Nantes: un suspect chrétien, Dupont-Aignan déçu

L’ex-futur premier ministre de Marine Le Pen, Nicolas Dupont-Aignan, aurait tant souhaité que l’incendie de la cathédrale de Nantes soit un « acte anti-chrétien ». Pas de chance, le présumé coupable est présumé chrétien.

La chrétienté menacée ?

Affiche de propagande de Debout la France ! Affiche de propagande de Debout la France !
Dès l’annonce de l’incendie de la cathédrale Saint-Pierre-et-Saint-Paul de Nantes (destruction totale de l'orgue), dans la nuit du 25 au 26 juillet, la droite extrême, l’extrême-droite, et la fachosphère ont déversé leur haine habituelle. Un des premiers à dégainer fut Nicolas Dupont-Aignan condamnant, sur Twitter, les « actes antichrétiens » avec ce slogan : « aujourd’hui, ils brûlent nos cathédrales, demain nos maisons ? ». Comme il avait déjà suspecté un attentat pour Notre-Dame de Paris (il lui fut tout de même reproché de souffler sur les braises), il prétend avoir vu juste. Et sur BFM, il appelle à ce que « notre pays réagisse face aux gens qui s’en prennent aux lieux de culte ». Philippe de Villiers n’est pas en reste : ces deux incendies sont bien la preuve d’un « grand désordre et d’un grand basculement » : « la décivilisation est en marche » ! Bercoff ironise : sans doute un court-circuit ou la faute au coronavirus. Perspicace à son sujet, il ajoute : « tout autre hypothèse ne peut venir que d’esprits maladivement complotistes et réactionnaires ».

Pour Benjamin Cauchy, ex-gilet jaune passé chez Dupont-Aignan, « l’ennemi de l’intérieur doit être neutralisé. Ce sera Eux ou Nous ». Gollnisch, du RN, médite sur « le terrible recul de notre civilisation ». Florian Philippot saute sur sa vidéo pour dire que « la France millénaire est attaquée dans son âme ». Selon lui, 877 églises ont été « attaquées, vandalisées, incendiées » en un an (extrapolant sans vergogne, car ce chiffre regroupe de nombreux incidents mineurs et néglige le fait que nombreux édifices sont vétustes et la plupart des incendies sont accidentels, comme celui de la basilique Saint-Donatien… à Nantes, dont la toiture fut détruite en quasi-totalité en juin 2015).

Michel Onfray, qui a tourné casaque depuis pas mal de temps, écrit : « il y a aujourd’hui en France une destruction des racines chrétiennes à bas bruit ». La fachosphère était à deux doigts de nous révéler que les incendiaires se prénommaient Ahmed et Karim, on sentait qu’elle brûlait d’impatience, en tout cas elle y faisait des allusions… à bas bruit. Sauf que les pompiers avaient eux-mêmes prévenus : trois départs de feu font suspecter un acte criminel mais cela peut aussi être un accident technique (électrique). Mais NDA n’en avait cure, ce qui importait c’était de conforter ses tweets à la mitrailleuse, à la tonalité bien souvent xénophobe ou raciste, tout en faisant mine de se préoccuper du petit peuple et de brocarder les élites.

Un suspect étant Rwandais, de nombreux médias se ridiculisèrent en essayant d’interviewer en vain un individu, parce qu’il était... tout simplement Noir, sortant du commissariat, ne comprenant rien à ce qui lui arrivait.

Orgue de la cathédrale Saint-Pierre-et-Saint-Paul de Nantes [Photo YF, août 2017] Orgue de la cathédrale Saint-Pierre-et-Saint-Paul de Nantes [Photo YF, août 2017]
Maintenant que Dupont-Aignan sait que le présumé coupable est un chrétien, demandeur d’asile venu du Rwanda en 2012, alors son dernier tweet consiste à accuser l’État de ne pas expulser les clandestins et, ainsi, de ne pas nous préserver de « nouveaux drames de ce genre ». Sauf qu’il avait affirmé que c’était un attentat et, à mots couverts, laissé entendre que les coupables étaient des musulmans. Il est gêné aux entournures que le suspect soit chrétien [il y a très peu de musulmans au Rwanda et, lors du génocide, ils ont dénoncé les massacres commis par des chrétiens contre des chrétiens ; des chrétiens ont été massacrés dans des églises, parfois trahis par des curés ; aucun meurtre n’a été perpétrés par des Hutus dans les mosquées qui ont protégé ceux qui s’y réfugiaient].

Le suspect avait la confiance du clergé de la cathédrale qui insiste sur le fait qu’il était « gentil, discret, dévoué, aimable, serviable ». Il servait la messe depuis longtemps. Bon chrétien en somme, qui avait la confiance de l’Église catholique, mais pas de l’État français. Présent depuis 8 ans sur le territoire, il faisait l’objet d’une OQTF (obligation de quitter le territoire français) : comme souvent, on ne sait pourquoi la préfecture lui refusait un titre de séjour (il invoquait des raisons de santé, suite à une agression dont il avait été victime sur le parvis de la cathédrale), refus qui l’aurait conduit à ce geste désespéré.

Dupont-Aignan, "digne" représentant de l’extrême droite haineuse, est incapable de s’interroger sur le fait qu’un chrétien puisse commettre un tel acte : pour ce défenseur autoproclamé de la chrétienté et ce xénophobe patenté, un coupable idéal ne peut être chrétien et est forcément d’origine étrangère.

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Le même Dupont-Aignan, du parti d’extrême-droite Debout la France, suite à la mort d’un soldat tué au Mali, s’est bien gardé de préciser dans un post rendant hommage au militaire que ce hussard parachutiste de 1ère classe du 1er régiment de hussards parachutistes de Tarbes, se nommait Tojohasina Razafintsalama, né à Madagascar. C’est trop lui demander.

Faut pas nous prendre pour des canards sauvages...

[Photo sur site HuffPost] [Photo sur site HuffPost]
Darmanin prononce un mot ("ensauvagement") régulièrement utilisé par la fachosphère, par Valeurs Actuelles, les Le Pen, Ciotti, Wauquiez, Retailleau, certains syndicats de police... Ce mot fonctionne, comme sait le faire l’extrême-droite, par allusion : contenant "sauvage", il correspond à la "racaille" de Sarkozy. Faut pas nous prendre pour des demeurés, on comprend bien la manœuvre : les incivilités et agressions seraient le fait des étrangers. On se souvient des « sauvageons » de Chevènement (en 1999) et ceux de Cazeneuve (2016), ministres de l’intérieur, pour désigner les jeunes délinquants. Mais aussi et surtout de « l’immigration sauvage », formule dont Jean-Marie Le Pen se gargarisait. Mais, à l’époque, de larges secteurs de la société réagissaient contre ce racisme affiché par le leader de l’extrême-droite. Aujourd’hui, une partie de la droite ratisse sur ses terres.

. voir En parlant « d’ensauvagement de la société », Darmanin donne des gages à la police et à la droite dure, HuffingtonPost, 25 juillet.

 

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