Opinion
Israël sabote la lutte contre l'antisémitisme
en embrassant l'héritage antisémite de l'Europe
L'inclusion par Israël de partis européens au passé ouvertement antisémite
à une conférence internationale sur l'antisémitisme
qui se tient cette semaine à Jérusalem
leur offre une réhabilitation symbolique.
Mais ce geste calculé recèle un danger plus profond.
Dov Maimon, Haaretz, dimanche 25 janvier 2026
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Israeli Diaspora Affairs Minister Amichai Chikli.
Credit: Naama Grynbaum
La participation de partis ultranationalistes européens ayant un passé extrémiste ou ouvertement antisémite à une conférence internationale sur l'antisémitisme organisée par le ministre des Affaires de la diaspora, Amichai Chikli, n'était pas un accident, ni le résultat d'un malentendu ou d'une inertie bureaucratique.
Elle s'inscrit dans un processus politique délibéré deliberate political process. [Voir ICI] Et c'est précisément parce qu'elle était délibérée qu'elle mérite d'être examinée de manière critique, et non excusée au nom du réalisme politique.
La logique qui sous-tend les invitations à la conférence de Jérusalem de cette semaine this week's Jerusalem confab est assez claire. Les décideurs israéliens opèrent dans un contexte d'isolement diplomatique croissant et de polarisation idéologique. Ils partent du principe que des mouvement politiques autrefois marginaux pourraient bientôt détenir le pouvoir dans plusieurs États européens et considèrent un engagement précoce comme une protection contre une hostilité future.
Il existe également une crainte – non infondée – d'une convergence croissante entre les éléments antisionistes radicaux et d'extrême droite en Occident. Garder les mouvements ultranationalistes « proches » est considéré comme un moyen de les empêcher de dériver vers un territoire ouvertement anti-israélien ou antisémite.
Ce raisonnement n'est pas naïf. Mais le réalisme seul ne suffit pas à garantir une politique judicieuse.
Il y a une profonde contradiction interne à inviter des mouvements ayant un héritage antisémite à une conférence consacrée à la lutte contre l'antisémitisme. Ce n'est pas seulement symbolique, c'est structurel. L'antisémitisme n'est pas une tache accidentelle dans l'histoire de bon nombre de ces mouvements ; il a souvent été au centre de leur vision du monde. Le traiter comme un épisode regrettable du passé, corrigible par le dialogue et des gestes symboliques, risque de banaliser le phénomène même que la conférence prétend combattre.
Les partisans de cette inclusion affirment que les partis ont changé ; ils défendent désormais Israël publiquement et partagent les préoccupations d'Israël concernant l'islam radical et la violence politique. Mais l'alignement contre un ennemi commun n'efface pas les fondements idéologiques plus profonds. Bon nombre de ces mouvements continuent de promouvoir des définitions exclusives de la nation, dans lesquelles les Juifs de leur propre pays restent, au mieux, des membres conditionnels de la communauté nationale.
Leur soutien à Israël est souvent extériorisé. Israël est admiré comme un État-nation fort, capable de défendre ses frontières et d'affirmer son identité. Mais les minorités juives dans leur propre pays sont souvent considérées avec suspicion, ambivalence ou hostilité ouverte. Ce n'est pas une contradiction pour ces partis ; cela fait partie de leur logique interne. Israël est acceptable parce que la souveraineté juive s'exerce ailleurs.
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A neo-Nazi rally in Germany, 2022.
Credit: AP
L'histoire devrait rendre les Juifs particulièrement sensibles à ce schéma. Pendant des siècles, l'antisémitisme européen a été alimenté non seulement par la haine religieuse ou raciale, mais aussi par l'affirmation selon laquelle les Juifs n'appartenaient pas véritablement à la nation, qu'ils manquaient de loyauté et participaient à la société sans partager pleinement le destin national.
Les mouvements ultranationalistes d'aujourd'hui louent peut-être Israël précisément parce qu'il résout ce « problème » à l'extérieur, en délocalisant l'existence collective juive hors d'Europe. Il ne s'agit pas d'une rupture avec l'antisémitisme, mais d'une reformulation de celui-ci.
Inviter ces mouvements à Jérusalem ne se limite pas à ouvrir un canal de communication ; cela leur accorde une réhabilitation symbolique. Cela leur permet de se présenter comme des acteurs légitimes dans la lutte contre l'antisémitisme sans exiger qu'ils remettent sérieusement en question leurs présupposés idéologiques. Ce faisant, Israël risque de faire peser sur lui-même le fardeau de la clarté morale qui leur incombe.
Il existe également un danger conceptuel plus profond. En envisageant l'antisémitisme principalement à travers le prisme des ennemis extérieurs – l'islam radical, l'extrême gauche, l'antisionisme militant –, Israël risque d'en restreindre la définition. L'antisémitisme ne se manifeste pas seulement par des appels explicites à la violence contre les Juifs ou à la destruction d'Israël, mais aussi par une acceptation conditionnelle : l'admiration du pouvoir juif associée au rejet de la présence juive ; l'éloge d'Israël parallèlement à l'hostilité envers les Juifs en tant que citoyens égaux ailleurs.
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France's National Rally leader Jordan Bardella in Jerusalem, last year.
Credit: Menahem Kahana/AFP
Une conférence qui ne tient pas compte de ces distinctions risque d'obscurcir le problème plutôt que de le clarifier.
Cela ne signifie pas pour autant qu'Israël doive refuser tout contact avec des acteurs politiques contestables. Les États doivent parfois interagir avec des forces auxquelles ils ne font pas confiance. Mais il y a une différence entre maintenir des canaux discrets et offrir une tribune publique and offering a public stage. Entre le dialogue et l'approbation, la nécessité stratégique et la légitimité symbolique.
La question n'est pas de savoir si Israël peut dialoguer avec ces mouvements, mais s'il doit les inviter à contribuer à définir la lutte mondiale contre l'antisémitisme.
À un certain moment, la realpolitik doit reconnaître ses limites. Une lutte contre l'antisémitisme qui sacrifie la clarté morale peut garantir des alliances à court terme. Mais elle risque de vider de son sens cette lutte et de répéter, sous de nouveaux aspects, des erreurs que les Juifs ont déjà payées cher.
Dov Maimon est chercheur principal au Jewish People Policy Institute, où il dirige les activités en Europe.
Dov Maimon, Haaretz, dimanche 25 janvier 2026 (Traduction DeepL)
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