La situation syrienne: là où j'en suis de ma réflexion (10)

J'écoutais le 7 janvier le discours de Bachar , et je me disais, qu'en fait de révolution, il est toujours là, ce gars.

Pas spécialement mal dans ses baskets. Visible en public, et..... pire que tout pour notre aveuglement constant, il a été applaudi par une foule réelle et non négligeable. Une foule dont on peut tout de même croire qu'elle n'était pas juste une masse d'andouilles payées, ou des gens sortis par  force de chez eux, à un moment où l'armée a manifestement à faire ailleurs.

On doit tenir compte des gens qui ont applaudis Bachar lors de son dernier discours, car aucune démocratie ne pourra voir le jour en Syrie tant que leurs paroles et leurs rancoeurs contre cette situation seront niées, étouffées.

C'est tout d'abord une question d'honneur, et  l'honneur est une chose avec laquelle on ne plaisante pas du tout dans beaucoup de régions du monde. Dois je rappeler que la Syrie est un pays arabe ? C'est même un des fleurons de l'unité arabe. C'est aussi une question de survie. On ne peut pas d'un coup ignorer la voix de tout ceux qui n'ont pas fait la révolution populaire (et qui sont à mes yeux beaucoup plus nombreux que tout ce que les médias se sont appliqués à voir. Voire amplement majoritaires....) et les solliciter ensuite pour reconstruire un pays à terre, plus divisé que jamais d'un point de vue confessionnel, et dont certains poumons économiques sont lourdement détruits et traumatisés.

C'est pure folie de continuer de soutenir que ceux qui n'ont pas voulu la révolution sont des bourreaux pro-tyrannie. D'une part parce que c'est faux, on pouvait tout à fait vivre en Syrie à l'époque de Bachar et y trouver un semblant de bonheur, sans avoir du sang sur les mains, comme je l'ai montré du mieux que j'ai pu tout au long de ce blog, d'autre part  parce que la notion de démocratie n'a, pour l'instant, que des définitions très occidentales et qu'il serait vain de vouloir la plaquer sur un pays qui ne vient pas de cette culture. Un système comme celui qui s'est installé en Syrie ne vient pas de nul part . Il est le fruit d'une histoire, d'une évolution, d'une acceptation plus ou moins partagée "de la façon de gérer la cité". Je maintiens qu'il  est d'une prétention sans borne de vouloir imposer, de l’extérieur, une Syrie plus "démocratique". Dans cet esprit , l'acceptation de  l'ambassadeur d'une mouvance dont la légitimité n'a rien d'évident aux yeux de bon nombre de syriens vivant en Syrie n'a aucun sens. Cela peut être tout à fait pris comme une trahison, voire  une provocation.
Force est de constater que si les syriens étaient peut-être divisés avant la crise, c'était un pays où l'on pouvait vivre à peu près en paix. On pouvait manger. On pouvait aller à l'école. On pouvait sortir et être heureux. On pouvait se promener dans la tenue que l'on souhaitait. Les limites de cet espace de liberté était bien entendu relativement restreintes par rapport à nos habitudes occidentales, mais elles n'étaient pas très différentes de celles de n'importe quel pays arabe (voire beaucoup plus cool que certains, comme l'Arabie Saoudite pour ne citer qu'elle, sur laquelle je ne me souviens pas d'avoir lu ou vu un tel acharnement). Par contre ces limites (c'est à dire en fait la petitesse de cet espace de liberté) étaient connues de tous et cela donnait lieu à beaucoup d’excès et de relations de pouvoir aux profils assez féodaux, c'est un fait.

Je ne pense pas que l'Irak nous offre un modèle très brillant du "plaquage démocratique occidental" sur un pays arabe. 
Il est, de surcroît, beaucoup trop tôt pour présumer d'une réussite dans d'autres pays (par exemple la Libye). Sortons déjà de "nos affaires" sur ce sujet , nous estimerons après...

Où en sommes nous?

Maintenant, c'est à dire quasiment deux ans après le début des "évènements" (pour reprendre le terme que les libanais utilisent toujours pour parler de la guerre), le flou persiste toujours quant à l'avenir de notre pauvre Syrie. Bachar est là, et son discours avec les applaudissements qu'il provoque, montrent bien qu'il est vraiment là. Par ailleurs, l'opposition ne fait pas montre d'une grande clarté ni même d'une grande unicité. Nous n'avons toujours pas de grand projet proposé pour l'avancée du pays, incluant la reprise de la vie normale déjà et puis les progrès vers lesquels se diriger (à ce titre le silence des intellectuels syriens, surtout ceux bien au chaud en Occident, est assourdissant).  Par contre la population locale....se cherche bien souvent un toit, fait la queue pour aller chercher du pain, risque de mourir en allant à l'école....Pour ce qui est de la construction du grand projet démocrate, pour l'instant, les syriens n'ont de cesse de se disputer (ou de s'entre-tuer ).... La féodalité n'a pas perdu de terrain, bien au contraire puisqu'elle s'exprime maintenant dans la rue, en direct . Les deux (les 1000...) camps peuvent s’enorgueillir des actions les plus monstrueuses, des vidéos les plus percutantes, du sang versé le plus inutile. La misère, animal aux dents pointus et aux tentacules multiples, s'installent partout où elle le peut.
On me dit que l'on a gagné en dialogue dans les cafés....c'est possible. Mais mes contacts m'expliquent qu'ils n'ont jamais autant dialoguer avec les gens ...avec qui ils dialoguaient déjà. Ils n'ont pas agrandi leurs cercles, tout au contraire, et vue l'ambiance, ce n'est pas moi qui les critiquerais. Bref, beaucoup de négatif.
On pourra mettre au positif que maintenant le monde sait que la Syrie existe mais il me semble que la Syrie se serait volontiers passée de cette bouleversante entrée dans le village global (j'ai beaucoup écrit la-dessus). 

Dans son discours, Bachar fait des propositions , c'est tout sauf le moment d'être cynique, ironique ou sourd.
Écoutons-le.
Le nier, ou nier ceux qui espèrent une victoire de l'armée est une bêtise absolue et aux lourdes conséquence sur l'avenir.
La presse ici n'a eu de cesse de suivre avec engouement les opposants au pouvoir en place et il ne semble pas que le résultat de ce  total parti pris est donné pour l'instant le moindre résultat intelligent ou constructif.
Ne serait-il pas pertinent de s'en rendre compte?  De faire un peu un point sur ces pratiques médiatiques?

Il parle, écoutons le. (historique de ces discours)
Arrêtons-nous sur le point de vue d'un homme qui a dit: "On nous attaque, mais je préviens ce qui attaquent, ça va faire mal" et comme de fait, ça a fait très mal. Acceptons ses mots car il représente aussi le temps d'avant, le temps d'une paix surement médiocre, mais paix tout de même. Réfléchissons à ce qu'il dit puisqu'il représente encore des syriens, qu'il est encore manifestement à la tête d'un pays et d'une armée dans laquelle une partie de la population à encore confiance.
Essayons de bien évaluer sa "solution politique", ne serait-ce qu'à cause de ce, si sage, proverbe chinois "apprend à respecter ton ennemi".

 

Je continue d'écrire par étape ma reflexion commencée ici d'une part car j'aimerais prendre le temps et que je n'en ai pas beaucoup et d'autre part parce que je m'en voudrais de ne  pas disséquer ma pensée, afin de la partager au mieux , et au plus respectueux, avec vous.

De surcroit l'actualité sur ce sujet étant à mes yeux  maintenant, en pleine évolution, j'essaie, désormais, d'y "coller" au mieux.

A  mercredi prochain.


Précédents billets sur le même thème:

Là où j'en suis de ma reflexion...(1)

Là ou j'en suis de ma reflexion...(2)

Là où j'en suis de ma reflexion...(3)

Là où j'en suis de ma reflexion...(4)

Là où j'en suis de ma reflexion...(5)

Là où j'en suis de ma reflexion...(6)

Là où j'en suis de ma reflexion...(7)

Là où j'en suis de ma reflexion...(8)

Là où j'en suis de ma reflexion...(9)

Billet suivant:

Là où j'en suis de ma reflexion... (11)

+ mes papiers sur la Syrie:

Le dernier billet de la série "Ma Syrie" 

Lien vers "Ma Syrie" (20)

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Lien vers "Ma Syrie" (8) (Journée de la femme)

Lien vers "Ma Syrie" (7)

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Lien vers "Ma Syrie" (5)

Lien  vers "Ma Syrie" (4)

Lien vers "Ma Syrie" (3)

 Lien vers "Ma Syrie" (2)

Lien vers Ma Syrie (1)

La première partie de mes écrits sur la Syrie, se trouve dans l'édition sur les révolutions dans le monde arabe sous les liens suivants:

(cliquez ici pour avoir accès au huitième article de cette série sur le monde bédouin du centre de la Syrie) C'est dans cet article que j'explique mon désaccord avec l'édition spéciale de  Médiapart et à la suite duquel, je suis revenue sur mon blog....

(cliquez ici pour avoir accès au septième article de cette sériesur le monde bédouin du centre de la Syrie)

(cliquez ici pour avoir accès au sixième article de cette série sur le monde bédouin du centre de la Syrie)

(cliquez ici pour avoir accès au cinquième article de cette série sur le monde bédouin du centre de la Syrie)

(cliquez ici pour avoir accès au quatrième article de cette série sur le monde bédouin du centre de la Syrie)

(Cliquez ici pour avoir accès au troisième article de cette série sur le monde bédouin du centre de la Syrie)

(Cliquez ici pour avoir accès au second article de cette série sur le monde bédouin du centre de la Syrie)

(Cliquez ici pour avoir accès au premier article de cette série sur le monde bédouin du centre de la Syrie)

 

 

 

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