La situation syrienne: là où j'en suis de ma réflexion (7)


Comme promis la semaine dernière, voici un papier sur les différents apports de lecteurs ou commentateurs de la situation.
Ceci est la suite de mon point de vue tel que commencé ici. Je continue de l'écrire par étape, d'une part car j'aimerais prendre le temps et que je n'en ai pas beaucoup et d'autre part parce que je m'en voudrais de ne  pas disséquer ma pensée, afin de la partager au mieux , et au plus respectueux, avec vous. 

Pour articuler cette réflexion , il me semble que commencer par l'angle " complexité de la société syrienne" est intéressant.
Comme me l'écrivait un lecteur, professeur d'histoire, qui a vécu au moins 7 ans la-bas et vit maintenant au Maroc, les dichotomies ville /campagne et femme/hommes sont incroyablement fortes en Syrie. Voici ses mots:

"Je crois aussi que cette société syrienne n'est pas la même selon si on est en milieu urbain (ou l'on a des comportements qui ressemblent à ceux du Maghreb, c'est-à-dire où les citadins qui "ne tiennent pas bien dans leurs babouches" sont nombreux, où la schizophrénie de rejet de sa propre culture tout en étant fier, d'une part, et celle de l'attirance de l'occident tout en le rejetant, d'autre part, est très forte). Dans les campagnes, cette schizophrénie me semble beaucoup plus rare car on a affaire à une autre culture, une culture paysanne ou une culture bédouine qui ne sont pas tiraillés par ces deux mondes. Je donnerais quelques exemples pour illustrer cet énorme différentiel. Pour un bourgeois (au sens de véritable citadin de père en fils et non le fils d'un paysan installé en ville suite à l'exode rural) il est malséant de porter des chaussures ouvertes dans la rue (sandales ou babouches). Ce sont les paysans et autres va nus pieds qui portent cela. D'ailleurs même les costumes traditionnels diffèrent entre la ville et la campagne : dans le monde rural c'est la jalaba et le kouffia qui est porté le plus souvent (tradition bédouine) alors qu'en ville le costume est la grande chemise, le gilet, le tarbouch, la taillole et le siroual. La dichotomie ville/campagne est très forte. Comme cela était le cas en Europe au XIXè et jusqu'aux années 1950 où parfois un citadin ne comprenait pas le parlé d'un rural habitant à quelques km et vice versa ..."
(...)
"Ces remarques rejoignent bien l'idée de complexité de la Syrie que vous défendez . Cependant je partage tout de même les idées que les syriens n'étaient pas aussi malheureux que certains voudraient l'imaginer et que les sociétés maghrébines me semblent  victimes d'un malaise bien plus accentué comme le révèle les comportements marginaux plus prononcés "

A cela j'ajouteraisque, même s'il est vrai que même si cette dichotomie ville/campagne se retrouve partout dans le monde arabe (et n'a pas toujours à voir avec une dichotomie riche/pauvre), l'aspect "vase clos" qu'à connu la vie Syrie depuis 40 ne semble que l'avoir accentué, alors qu'on aurait pu, aussi, imaginer l'inverse. Mais la conclusion serait donc que sous cette pression Baathiste constante, le mieux était de "penser avant tout à sa pomme" si j'ose dire sa pomme, son clan, son monde, mais surtout pas de risque d'ouverture...

Je me souviens d'une conversation que j'ai eu au Canada avec deux charmantes dames syriennes des beaux quartiers de Damas, venues en visite à Montréal chez un cousin médecin dont la vie elle aussi, semblait, des plus confortables. Quand je suis arrivée , elle me considérait manifestement comme de "leur monde" par le simple fait de mon appartenance à l'Occident. Voilà que je dévoile le morceau et leur annonce que, moi aussi, je vis en Syrie et que, moi aussi, je suis de passage à Montréal...Elles deviennent forts curieuses de tout cela. A la demande de nos amis communs, je sors donc des photos de là où je vis, de mes enfants, de ma belle famille...Ses dames s'étouffent et m'engueulent à moitié.

"Mais mais mais...." me disent-elles en substance " ce n'est pas la Syrie ça!"

J'hésite à continuer à montre mes photos. Nos amis communs se tordent de rire: "Ah si ça il n'y a pas de doute! Adeline habite en Syrie! ça je peux garantir! Enfin Maya.... des bédouins.... il y en a plein en Syrie !"
"mais je n'ai jamais vu ses maisons là" rétorque Maya en montrant mes photos de goubas (voir mon papier sur ce type d'habitat), "jamais de ma vie!"
"Il faut dire que c'est au moins à 250 km de chez vous" dis-je poliment
"Enfin j'aurais eu des occasions de les voir quand même!...Je connais mon pays, je voyage beaucoup... Je vis en Syrie depuis 65 ans madame!"
"Eh bien va  voir Adeline sur place alors!" reprend notre ami commun
"Ah non! là c'est tout de même un autre monde..."

Pour ce qui est de la dichotomie femme/homme, ce  même lecteur m'écrit:

"Je crois que dans une société très marquée par les différences homme/femme comme en Syrie, votre vision, votre témoignage, ne peut pas être le même que le mien. Peu d'hommes oseront ou voudront parler de politique avec une femme. Peu oserons lui demander un service (comme obtenir un visa ...)."

Par rapport à ce constat de différence de témoignage, je suis d'accord sur le principe, si tant est qu'il me semble que, pour le sujet de la politique, c'est précisément l'inverse qui se passe: en parler avec un homme est plus risqué (pour des histoires d'honneur), par contre en parler avec une étrangère, c'est quasiment anecdotique donc, me semble-t-il plus facile. D'ailleurs, j'ai beaucoup parlé politique avec beaucoup de gens en Syrie et ce, plutôt à leur demande qu'à la mienne (qui justement avait peur de mettre ma belle famille dans une position maladroite dont je ne me jugeais pas toujours à même de savoir la déceler , à temps). Par ailleurs, je peux garantir que malheureusement je n'ai jamais pu aller dans aucun pays arabe sans que l'on ne me demande de l'aide pour un visa pour la France. C'est vrai que j'ai constaté qu'en Syrie, on me le demandait beaucoup moins qu'au Maghreb (ou au Liban) et je n'ai pas encore toute les explications par rapport à ce phénomène, car je pense que les raisons en sont nombreuses. Pour ce qui est des gens que j'ai connu et qui détestent les Assad, ils s'étaient généralement arrangés pour préparer leur départ par leur propres moyens . Toute parole représentait un risque pour eux... Ce n'était pas un sujet léger (d'ailleurs, ça n'en ai jamais un, quelque soit l'angle "d'abordage" de l'interlocuteur).

Autre sujet traité par un autre lecteur:

"Vous mettez bien en évidence que les combattants qui ont investi le pays ne sont pas syriens pour une large part et que le peuple est pris en otage dans cette révolution soi disant populaire. Vous dites bien que défiler en criant "Liberté" ce n'est pas exactement la même chose que "Dégage". À mon avis vous pourriez approfondir ce point : pourquoi la Syrie n'est pas le n-ième avatar du Printemps Arabe, y a-t-il eu UN Printemps Arabe etc...
On reste un peu sur sa faim sur la question de la révolution populaire : j'entends en creux "contrairement à la Tunisie et  l'Egypte etc" est-ce que vous pouvez donner des critères clés ?"

C'est une question très difficile car  ma connaissance des autres pays arabes n'est pas aussi forte et nourrie que celle de la Syrie.
Une nuance cependant, mais que je n'appelerai pas cela des "critères clés" car, comme le disait si bien le Che , "la révolution n'est pas exportable":  je connais des tunisiens et des tunisiennes qui sont descendus dans la rue pour dire leur colère. J'en connais aussi qui partageaient une vision assez concrète de leur pays "après" et qui, d'ailleurs, partagent avec la même virulence, leur mécontentement actuel.
Je connais des égyptiens du même type.
Or moi qui connais sans hésiter 10 fois plus de syriens, je n'en connais aucun qui m'ai dit autre chose que ça: "il nous faudrait plus de liberté" "Dans ce pays, on ne sait pas ce qu'est que la liberté" et souvent aussi "Bachar, il aimerait bien nous donner plus de liberté mais on ne le laisse pas faire " "Bachar fait ce qu'il peut mais dans ce pays, il n'y a pas encore assez de liberté, ça viendra peut-être ".
Jamais quelqu'un n'a partagé avec moi sa vision de "la Syrie d'après BAchar" . Jamais d'ailleurs personne n'a évoqué un "après" car ce n'était pas dans ces termes que les choses avaient l'air de s'articuler dans la tête de mes interlocuteurs.  Cette notion de "ce que l'on pourrait faire sans Bachar" ne n''est arrivée que par voie de presse et que par des expatriés syriens sans grande vision, à part celle du remarquable intellectuel Michel Kilo qui est un écrivain dissident qui a passé au moins 7 ans de sa vie dans les geôles assadiennes. D'ailleurs, Michel Kilo a écrit un texte passionnant (en arabe) sur le fait qu'il ne"se retrouvait pas dans les rebelles" et préférait donc se distancier d'eux. Il a écrit ce texte il y a à peu près 8 mois et j'en donnerais le lien dés que j'aurais remis la main dessus (ce blog est une activité, non rémunérée évidemment, en plus d'une vie assez remplie). J'ai longuement parlé de ce texte avec une amie libanaise et nous nous étonnions beaucoup qu'il est si peu intéressé la presse occidentale, voire ces "analystes" (je parle ici de gens dont on devrait considérer que c'est le boulot quand même!!!!). Cela continue de m'étonner d'ailleurs.
Par ailleurs mes interlocuteurs syriens me répètent souvent que "quand on veut la démocratie on ne fait pas des attentats en voitures piégées", etc...en gros "qu'on n'utilise pas ces méthodes là". Ils soutiennent donc que ces actions ne sont pas le fait du peuple, au sens  "des gens qui vivent avec nous dans ce pays et veulent son amélioration". Je me garderais bien d'avoir un point de vue sur la question n'étant pas historienne et surtout n'ayant pas a subir le climat de terreur permanent qu’entraîne ce qui ce passe actuellement en Syrie.


Sur ce point de "révolution populaire" d'ailleurs, un autre lecteur fidèle, ancien étudiant à Harvard,  se montre bien plus catégorique:

"Sur le fond j'en conclus que vos contacts en Syrie ne sont pas du tout dans le coup... Il faut dire que quasi aucune révolution n'est populaire -- elles sont en général le fait de quelques forces minoritaires, très déterminées, et souvent bien soutenues de l'extérieur. je n'y connais pas grand chose mais si je pense aux révolutions US, française, russe, chinoises... les populations n'y avaient pas le rôle principal -- elles subissaient ou n'étaient même pas au courant. Après, oui, évidemment, tout le peuple uni s'est soulevé comme un seul homme et femme... ça fait des jolies histoires, ce qui est important et utile, mais ne représente pas la réalité. Plus récemment, vous savez bien que pendant la guerre froide, les révolutions étaient très soutenues et orientées par un côté ou un autre."
Je lui ai d'ailleurs répondu:
"Quasi aucune révolution n'est populaire"...oh la! comme vous y allez! Je ne dis pas que vous avez  tord mais je dis que ce n'est pas ainsi que l'on nous a présenté la chose depuis le début du printemps arabe et ce qui vous semble une évidence n'est en aucun cas ce qui fait les termes de l'actu. En un sens, ça me rassure ce décalage avec l'opinion "admise" et votre opinion: je fais bien d'écrire ce blog et d'essayer de relativiser les explications "officielles" car il y a urgence à réduire le gap entre l'approche historique des faits (qui serait plutôt la vôtre par exemple) et le blabla que l'on nous sert en "les analysant " actuellement, hors de toute connaissance acquises sur le sujet."
Ce qui l'a mené à une réflexion extrêmement profonde à mes yeux, sur la folie actuelle du paraitre , et la dictature de la rapidité des transmissions.
" Mais maintenant c'est fini tout ça! Nous vivons un monde merveilleux où les volontés populaires peuvent s'exprimer directement via Facebook etc., sans aucune intervention ou manipulation extérieure! C'est le printemps toute l'année!"

Une autre lectrice me dit:
"Je viens de lire vos 6 articles sur la situation en Syrie. Je partage totalement votre avis ... Et vos doutes. Par contre, je ne partage pas toutes vos opinions , principalement quand vous parlez  d’Israël "...a opposer d'ailleurs avec ce lecteur "Et quid du rôle d'Israël ? Vous  ne faites que des sous entendus...".
Bien.
Alors déjà si je n'affirme rien c'est parce que ce serait ridicule de prétention dans mon cas. Mon opinion, c'est que le comportement israélien vis à vis du droit international en dit déjà tellement long sur le fait que ce pays s'en moque royalement, que cela le rend à priori très suspect dans ses intentions vis à vis de la Syrie (pays avec lequel Israël s'entend si bien que l'on ne peut pas avoir le visa syrien pour rentre en Israël sur son passeport  et réciproquement). On me dit "mais Israël soutient Bachar bien entendu!" ou on lit: "Israël déteste les Assad assurement!". Bref on dit et on écrit strictement n'importe quoi. La seule réalité incontournable, c'est qu’Israël occupe illégalement le Golan, se moque là encore complètement  (et avec un certain bien-fondé finalement, ô triste ironie!) de ce que peut en penser l'ONU et que l'Etat syrien , qui a toujours fait montre d'une position pro-palestienne déclarée, ne lui pardonne pas cette occupation et ne l'accepte absolument pas (quel culot!) comme un dommage co-latéral regrettable...

Voilà, il me semble avoir le tour des sujets des"autres" commentaires de ce blog, sachant que les abonnés de Médiapart peuvent le faire ici, tout de suite et directement mais pas les lecteurs non abonnés. Or, j'ai une grosse diffusion sur Facebook et par listing, de gens qui souhaitent se tenir au courant de mes parutions. Il me semblait injuste et surtout regrettable de ne pas partager cela avec tous, car c'est grâce à un maximum d'échanges qu'une réflexion progresse et une opinion se nourrie, je ne vous apprends rien!!!

Pour finir je voudrais reproduire ici un papier qui m'a semblé intéressant, parut dans La Libre Belgique et écrit par une jeune femme syrienne qui retourne très, très régulièrement dans le pays où elle a passé son enfance.
Voici d'une part le texte in-extenso (j'espère qu'elle ne m'en voudra pas) et d'autre part le lien, ici.

Le jasmin damascène ne cessera jamais de fleurir

Mis en ligne le 30/11/2012. Myrna Nabhan

"Témoignage Aéroport de Beyrouth. Cette fois-ci je n’atterrissais pas à Damas pour rentrer chez moi. Suite aux sanctions, les pays voisins sont devenus un passage nécessaire si l’on veut se rendre en Syrie. Après deux heures de route, me voici à la frontière où se mêlent familles revenant d’un séjour au Liban, étudiants, travailleurs mais aussi des personnes fuyant les combats. Certains ont fait des kilomètres à pied en n’emportant avec eux que le strict minimum, à l’écart d’autres étaient entassés dans des bus. Un sentiment d’impuissance et de désolation prit le dessus sur la joie de retrouver mon pays. Alors que moi je revenais par choix, eux étaient contraints de partir. Sur le chemin de Damas, je réalisais combien ce pays m’avait manqué et je venais de comprendre qu’il continuerait à me manquer même en y étant présente. Ce pays, blessé, que j’ai vu évoluer au fil des années et qui un jour peut-être pardonnera pour tout ce qu’on lui fait subir. Les multiples check points de l’armée régulière, contrôlant véhicules et identités au plus vite afin d’éviter de longues files où le danger peut surgir de partout, m’ont vite ramenée à la triste réalité. Ce voyage ne serait pas comme tous les précédents, on m’avait prévenue. Plus rien n’était comme avant. Damas était plongée dans un calme oppressant, contrastant avec l’habituel brouhaha des rues animées auquel j’avais toujours été habituée. Tout était calme, trop calme. La vie semblait continuer son cours, mais à chaque visage croisé des questions se bousculaient dans ma tête. Est-il possible que parmi ces gens il y en ait qui seraient prêts à porter atteinte à ce qu’il nous reste de sécurité et qui contribuent à la destruction de notre pays, ou bien sont-ils comme la majorité des Syriens écorchés, fatigués, et profondément écœurés par tout ce qui est en train de nous arriver ? Maintenant, tout nous paraît suspect, on se méfie d’une voiture mal garée, d’une personne se rapprochant trop près de nous. Le sens d’observation s’aiguise au fur et à mesure que la méfiance grandit. Tout parcours anodin devient dangereux. Ça peut sauter n’importe quand, n’importe où et emporter n’importe qui ou quoi en l’espace d’une seconde. On vit constamment dans la probabilité, tout en étant sûrs d’une unique chose, celle que plus rien n’est comme avant. Malgré le calme trompeur et le risque continuel, Damas grouille de gens. Les Syriens, las de vingt mois de crise ont besoin de continuer à vivre, à respirer. Les cafés ne désemplissent pas jusqu’à la tombée de la nuit, à l’heure où les magasins abaissent leurs rideaux de fer. Schizophrénie d’un pays en guerre. Les commerçants tentent d’appâter les clients mais même si les gens flânent dans les ruelles des souks, ils n’achètent plus comme avant. La majorité de la population, victime de l’inflation galopante n’a plus les mêmes moyens financiers. L’économie a été sévèrement touchée, les prix ont plus que doublé suite à l’insécurité et aux diverses sanctions qui aggravent le quotidien de milliers de personnes. Sanctions censées punir le gouvernement, mais qui étouffent surtout le peuple syrien, que la plupart des chancelleries se sont donné pour mission de "sauver". Contradiction entre les buts fixés et les résultats qui en découlent. A cette pauvreté grandissante, s’ajoute une délocalisation interne importante. Des personnes contraintes de tout quitter trouvent alors refuge dans d’autres régions du pays. Ces déplacés ne veulent pas être considérés comme réfugiés, dépendants des aides extérieures, afin de continuer à vivre. Des jardins publics ainsi que des écoles sont transformés en lieux plus sûrs pour ces déplacés internes, oubliés des médias internationaux, n’ayant plus où aller. Assurément, plus rien n’est comme avant. Les premiers soirs, au loin, j’entendais les hélicoptères, les explosions, les tirs, mais ne sachant pas qui a visé quoi ou qui, je me demandais combien d’infrastructures ont été détruites, combien de personnes ont été blessées ou tuées, combien de vies ont été brisées et traumatisées à jamais. Mais au fur et à mesure que les jours passent, je commence à être comme ceux qui subissent cette pression continue depuis déjà presque deux ans. Les sentiments se transforment en lassitude et la compassion en haine parfois. Une haine envers ceux qui nous ont menés à cette situation, ceux qui en bénéficient et ceux qui nous détruisent lentement tout en nous faisant croire qu’ils veulent notre bien. Tous. Notre perception du bruit a changé, maintenant nous nous méfions du calme et les bombardements et rafales de tirs deviennent la bande son de notre vie qui se dessine au jour le jour, en se demandant chaque nuit ce que nous cache le lendemain et chaque matin ce que nous réservent les prochaines heures. Les multiples attentats, les assassinats ciblés, les kidnappings, les exactions les plus abjectes commises sans aucune humanité et en complète violation de tous les traités internationaux, le pillage de notre patrimoine historique millénaire, l’impuissance face à la souffrance indescriptible des habitants d’Alep, Homs, Daraya et de la Syrie tout entière font désormais partie de notre quotidien. Aucun mot, aucun sentiment ne sont assez forts pour exprimer ce que nous ressentons. Plus rien ne sera plus jamais comme avant, nous ne serons plus jamais comme avant. Au nom du "Printemps arabe", notre ciel bleu a été envahi par le gris de la fumée et la noirceur s’est emparée de nos cœurs. Au nom de la liberté, on nous a confisqué notre liberté et privés de notre sécurité. Au nom de la religion, ils bafouent la religion. Ils déchirent notre tissu social, ils sèment et alimentent la haine et trouvent légitime de tuer l’Autre. Ils remplacent l’odeur du jasmin par celle du sang, ils espèrent accéder au paradis alors qu’ils ne méritent que l’enfer. Au nom des droits de l’Homme, on viole les droits de l’homme, de la femme et de l’enfant, on nous désinforme, on élimine nos scientifiques, nos intellectuels, on détruit notre patrimoine historique, on souille nos lieux de culte, on brûle nos écoles et on pousse notre jeunesse à s’exiler. Au nom d’intérêts géostratégiques, ils soutiennent leurs ennemis d’hier et de demain en se servant d’eux aujourd’hui, ils nous ôtent nos choix politiques, ils se permettent de décider de notre avenir et s’approprient notre futur, ils s’affrontent dans les instances internationales au risque de faire éclater un conflit régional, ils peuvent répéter les erreurs sanglantes du passé, ils font fi de nos vies car nous ne sommes plus que des pions dans une guerre qui se joue quotidiennement au prix de notre sang. Ils volent la Syrie à la Syrie. Mais au nom de la Syrie, malgré la douleur et la colère et par respect pour nos martyrs nous résisterons, comme la fleur de jasmin - symbole de Damas - répondant au fusil qui la menace qu’elle ne le craint pas. Tout comme elle n’a pas craint avant lui ni la massue ni le fer de l’épée et encore moins la force de la pluie, car tous ces dangers ont tour à tour disparu alors que le jasmin damascène, lui, n’a jamais cessé et ne cessera jamais de fleurir."


A  mercredi prochain.


Précédents billets sur le même thème:

Là où j'en suis de ma reflexion...(1)

Là ou j'en suis de ma reflexion...(2)

Là où j'en suis de ma reflexion...(3)

Là où j'en suis de ma reflexion...(4)

Là où j'en suis de ma reflexion...(5)

Là où j'en suis de ma reflexion...(6)

Billet suivant:

Là où j'en suis de ma reflexion...(8)

+ mes papiers sur la Syrie:

Le dernier billet de la série "Ma Syrie" 

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Lien vers "Ma Syrie" (8) (Journée de la femme)

Lien vers "Ma Syrie" (7)

Lien vers "Ma Syrie" (6)

Lien vers "Ma Syrie" (5)

Lien  vers "Ma Syrie" (4)

Lien vers "Ma Syrie" (3)

 Lien vers "Ma Syrie" (2)

Lien vers Ma Syrie (1)

La première partie de mes écrits sur la Syrie, se trouve dans l'édition sur les révolutions dans le monde arabe sous les liens suivants:

(cliquez ici pour avoir accès au huitième article de cette série sur le monde bédouin du centre de la Syrie) C'est dans cet article que j'explique mon désaccord avec l'édition spéciale de  Médiapart et à la suite duquel, je suis revenue sur mon blog....

(cliquez ici pour avoir accès au septième article de cette sériesur le monde bédouin du centre de la Syrie)

(cliquez ici pour avoir accès au sixième article de cette série sur le monde bédouin du centre de la Syrie)

(cliquez ici pour avoir accès au cinquième article de cette série sur le monde bédouin du centre de la Syrie)

(cliquez ici pour avoir accès au quatrième article de cette série sur le monde bédouin du centre de la Syrie)

(Cliquez ici pour avoir accès au troisième article de cette série sur le monde bédouin du centre de la Syrie)

(Cliquez ici pour avoir accès au second article de cette série sur le monde bédouin du centre de la Syrie)

(Cliquez ici pour avoir accès au premier article de cette série sur le monde bédouin du centre de la Syrie)

 


 

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