Ceci est la suite de mon point de vue tel que commencé ici.   Je continue de l'écrire par étape, d'une part car j'aimerais prendre le temps et que je n'en ai pas beaucoup et d'autre part parce que je m'en voudrais de ne pas disséquer ma pensée, afin de la partager au mieux , et au plus respectueux, avec vous.

Il me faut maintenant aborder un sujet aussi incontrôlable et dangereux qu'une chute contre un mur, mais qui ne risque rien n'a rien et aucune tentative d'analyse de la société syrienne ne saurait échapper à l'essai de retranscription fidèle du point de vue qu'elle a sur son, si encombrant, voisin: Israël.

 Tout d'abord, il est important de noter que quiquonque a vécu au Liban un certain temps, sait que l'appellation "seule démocratie du Proche Orient" concernant Israël est, au pire un leurre pervers et au mieux, un voeu pieux. C'est à dire que lorsque l'on a eu trois fois dans sa journée le coeur soulevé par un énorme "boum", dont on a a désespérément cherché  l'explication et que pour finir, c'est votre épicier qui vous dit d'un ton las "Une forte détonation? Mais quand? Ah....tu veux parler des avions israéliens qui passent au dessus de Beyrouth peut-être? On dit qu'ils franchissent le mur du son, alors ça fait un genre de déflagration violente...Mabaref...Ou alors ils ont pilonnés cette fois? c'est possible....Tu sais, ils sont chez eux dans notre ciel...On verra ce soir si ça brûle quelque part... Yani....Je te remets des tomates?"

Ce que je raconte là, n'importe qui ayant séjourné plus de 6 mois au Liban vous le confirmera. C'est une habitude. Parfois il y a des croiseurs israéliens au loin sur la mer aussi... Pourquoi? On n'en sait toujours pas plus....Plus personne ne cherche la raison de cela...c'est l'habitude.

C'est tellement gros que l'on s'étonne que tout le monde s'en foute, mais l'aléatoire et surtout le "deux poids/deux mesures" qui fait le quotidien de la grande presse occidentale concernant le sujet israélien est tellement patent, évident, classique....que que...c'est bien là que je eux en venir: que les syriens eux, ont décidés de ne pas être blasés "à ce point" par les origines du mal: le déni de l'ambiance de peur qu'Israël fait en permanence régner dans la région, le déni de la situation palestinienne, le déni de l'épine que représente l'attitude d'Israël dans la volonté de construction d'une région à l'indéniable potentiel économique.

D'autant qu'avec le sujet du Golan, où même les autorités internationales reconnaissent qu'Israël occupe impunément cette zone si stratégique, dont le sous sol est une incontournable réserve d'eau, les syriens ont quelques raisons de se sentir dans leur droit. Eux n'occupent rien en Israël (n'en déplaise aux yeux du monde...).

 On sous-estime complètement en Occident combien notre déni des colonies israéliennes, des occupations , des actions rapides mais  totalement illégales (type voler au dessus de Beyrouth en franchissant le mur du son) a nuit à notre image dans le monde arabe. En particulier venant de la France "et leur chose des Droits de l'Homme" entendais-je souvent....De quels hommes parlons-nous en effet puisqu'il semble que l'on entende uniquement  la voix de certains hommes et pas celle d'autres? La question n'est pas ridicule et je vous encourage à demander à vos amis libanais (toutes religions confondues, ça n'a rien à voir) comment ils considèrent le viol régulier de leur espace aérien par Israël et vous risquez d'être fort surpris.

 J'en pense donc que quand une foule, en Syrie, manifeste dans la rue en criant "Nous voulons la liberté" , d'une part elle ne manifeste pas forcément frontalement contre son chef  et d'autre part qu'elle parle aussi beaucoup de "la liberté d'être entendue" (voire la liberté d'exister) aux yeux de ce fameux Occident qui semble si soucieux du bien être de l'individu et qui, par ailleurs soutient beaucoup les uns et mois souvent les autres. Il y avait surement un vague espoir que l'Occident ait peut-être ouvert les yeux sur la réalité du monde arabe, et veuille l'aider dans ses difficultés de modernisation par exemple.

Parce que soyons claire: vu d'un syrien, en quoi l'Occident , l'Amérique, la France, enfin bref, tous ces pays qui parlent beaucoup dans les médias et semblent si sûrs de leur fait; en quoi, donc, ces pays ont-ils réellement agi pour le bien-être de la population syrienne du Golan? Pour la population syrienne en général? pour le climat de peur installé au Liban après chaque survol de son grand champion démocratique de voisin? Pour l'Irak , à part en lui imposant un embargo qui a affamé la moitié de la population (comme si ce n'était déjà pas assez pénible d'avoir un Saddam?)

Il n'est pas facile de répondre à ces questions là...et pour cause....rien n'est bien clair et le peu de réponses possibles passe par les mots "soutien inconditionnel à Israël" "conscience pas bien tranquille" "lobby juif américain" voire (oh horreur!... "appât du gain")

Cela laisse prise à toute les rumeurs possibles et cette attitude grotesque qui consiste à nommer "Théorie du Complot" tout essai de remise en perspective de l'histoire d'Israël est ...un peu fatigante vu d'Occident, mais proprement incompréhensible vue de Syrie. Il était en particulier extrêmement compliqué pour les syriens de comprendre les grandes positions humanistes de la France et la façon dont elle a souvent nié la capacité de nuisance israélienne et son mépris incessant des promesses de 1948. On m'a demandé, fort poliment, des milliers de fois des explications sur la question "parce que tout de même les français, vous êtes moins manipulables que les américains. Ils sont plus loin eux... mais vous...on a une histoire commune quand même!...regardez Chirac, il leur a tendu la main, aux palestiniens, lors de sa visite (allusion aux incidents d'octobre 1996), il se rendait bien compte lui, il ne se laissait pas faire..."

J'ai fini par jeter le manteau d'ambassadeur qu'on voulait me faire porter, tant les questions pleuvaient (et que je n'avais pas de réponse, surtout!)

 Tout ça pour en arriver au fait que quand la contestation a commencé à Deraa, puis en Jezireh du côté kurdes, le fait que ces deux endroits soient des bastions traditionnels anti-gouvernementaux a été surexploité par les médias internationaux (les mêmes qui ferment les yeux sur Israël, c'est bien là que je suis en droit de me poser quelques questions....). Dans la vague du printemps arabe, "on" a tout de suite mis ça sur un "anti Basharisme" de base mais je m'interroge vraiment sur la justesse de l'analyse. Ce que j'en sais, c'est qu'il semble que la réaction des polices locales a été nulle et odieuse, ce qui a bien arrangé une lecture manichéenne des évènements alors que justement il me semblait, à moi, que le calme de Damas, d'Alep et de Homs (dont les mouvements ne sont venus que bien après) était aussi une info, mais que ce que disait cette information n’intéressait pas les médias engouffrés dans la brèche qui leur plaisait. 

Pourtant je maintiens que si le peuple syrien avait voulu dire "Merde" au pouvoir, il aurait choisi des places plus grandes et dans de vraies villes. Il se serait organiser en amont pour créer un effet de surprise et n'aurait pas commencé en envoyant ses enfants écrire des provocations sur les murs. Envoyer ses enfants se faire violer ou tuer pour commencer une révolution, ce n'est pas une méthode de citoyen convaincu de sa juste cause. 

Moi je pense que ces malheureux parents n'étaient pas dans une optique révolutionnaire, mais plutôt dans une tradition de résistance qui a été ensuite instrumentalisée par d'autres. En cela d'ailleurs, ces connards de mourabakhat (n'oublions qu'il n'existe pas moins de 12 types de police et autres forces de sécurité observant la population!) ont été aussi bassement manipulateurs que rapidement manipulés.  Savoir exactement qui tenait les rênes statégiques au début des évènements me semble extrèmement difficile, contrairement à ce que l'on en disait. De surcroit,  j'ai peine à croire que l'ensemble de ces évènements n'aient pas été, eux,  pensé par des gens qui n'avaient rigoureusement rien à faire de la liberté du peuple syrien ou de son éventuel bien-être. D'ailleurs, soyons réaliste: ils ont réussi leur coup: la Syrie est en sang, économiquement dans la panade totale, le chef n'est plus crédible tellement il a accepté et/ou commis d'horreurs, la population n'a jamais été aussi divisée, il n'y a pas d'opposition solide reconnue par le peuple et finalement les voisins...comment dire...les voisins peuvent attaquer d'autant plus fort de gauche et de droite, sans être sous les feux de la rampe...

On aurait presque un peu envie de dire "comme ça se trouve , hein?" mais on ne le dira pas, car c'est un propos odieux et hautement préjudiciable...

 Je ne sais pas qui sont les pays qui sont derrière cette instrumentalisation du mot "liberté" mais je sais qu'il y a beaucoup de gens qui préfèrent une Syrie faible, à terre et obligée de taire le déni international , qu'une Syrie forte, en santé économique (ce qui commençait à venir) et osant dénoncer, sans relâche, la lâcheté des uns et l'incroyable et indicible mépris du droit international, des autres.

 

A  mercredi prochain.


Précédents billets sur le même thème:

Là où j'en suis de ma reflexion...(1)

Là ou j'en suis de ma reflexion...(2)

Là où j'en suis de ma reflexion...(3)

 Le billet suivant : Là où j'en suis de ma reflexion...(5)

+ mes papiers sur la Syrie:

Le dernier billet de la série "Ma Syrie" 

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La première partie de mes écrits sur la Syrie, se trouve dans l'édition sur les révolutions dans le monde arabe sous les liens suivants:

(cliquez ici pour avoir accès au huitième article de cette série sur le monde bédouin du centre de la Syrie) C'est dans cet article que j'explique mon désaccord avec l'édition spéciale de  Médiapart et à la suite duquel, je suis revenue sur mon blog....

(cliquez ici pour avoir accès au septième article de cette sériesur le monde bédouin du centre de la Syrie)

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