La situation syrienne: là où j'en suis de ma réflexion (12)

Décidément on ne peut pas espérer respirer cinq minutes sans que la presse nous sorte un nouveau "n'importe quoi" sur la Syrie.
Madame Donati n'ayant plus trouvé grand chose à dire ces derniers temps et  Pierre Piccinin n'ayant manifestement pas réussi à convaincre les foules avec son bouquin (ou alors fort discrètement), je nourrissais du secret espoir d'un peu de repos.

Que Nenni! Ce n'était là qu'espoir vain : j'avais compté sans Le Monde...

Ah trahison suprême!... Dire que ces gens là furent mes employeurs pendant des années!
Dire qu'ils restent une référence !  (et que c'est tout de même mieux ainsi)
Eh bien, même eux ont osé la pratique ahurissante (et tellement basse et racoleuse) de l'éditorial dont le titre suggère ponctuellement l'inverse de ce qu'il y a marqué dans le corps du papier... Même eux.
J'en pleurerais.

Voilà la chose:

http://www.lemonde.fr/idees/article/2013/01/19/alerte-a-l-arme-chimique-en-syrie_1819481_3232.html

Bon.  Alors, avant de s’intéresser à cette fameuse histoire de "données faisant état d'un possible emploi d'armes chimiques à Homs, le 23 décembre 2012." (sic),  il faut en plus signaler, dans le même brillant papier (ya haram!), que, pour ce qui est des 80 étudiants morts (et 200 blessés) de l'université d'Alep, on peut lire que "le régime de Damas et la rébellion syrienne se renvoient chacun la responsabilité de ce drame" ce qui est une formule tout à fait novatrice (!), voire inattendue, dans le cas d'une guerre civile, où c'est un peu, toujours, l'essence du problème...Mais il faut croire que la parole de l'OSDH était bien d'or jusqu'à maintenant (même si elle s'est carrément plantée au départ sur le nombre de morts...) Enfin.... subitement dans ce cas précis, le Monde considère que le fait que le régime de Damas ne soit pas d'accord avec la version OSDH, est notable. 

Sur quels critères? 

Nous n'en saurons pas plus, pauvres lecteurs passifs que nous sommes. 

On pourrait bien entendu suggérer que c'est parce qu'en fait, le doute plane sérieusement sur la responsabilité possible des insurgés, mais que , comme cela voudrait AUSSI dire que nous autres français serions donc implicitement complices de ces morts (et que ce point de vue est politiquement incorrect) , le Monde en reste à un prudent , mais vide, "renvoi de responsabilité".

 Bien. Ce point étant fait, passons au "possible emploi d'armes chimiques" d'il y a un mois, sur lequel je maintiens que le terme "Alerte" utilisé dans le titre renvoie d'une part au présent et d'autre part à une notion d'urgence qui n'est pas le propos, sur ce sujet précis, puisque l'on parle du doute ambiant sur cette affaire et du manque remarqué d'éléments précis...

La seule pierre que je puisse apporter à l'édifice de toute cette tristesse est que mes amis de Homs ne voient pas de quoi on parle avec cette histoire de gaz, qui a l'air de tellement nous turlupiner, mais par contre, aimeraient que l'on garantisse l'ouverture des boulangeries contre les attentats de tous poils. A Homs l'urgence, c'est de manger du pain, pas de susciter les interrogations contradictoires de l'ONU. Franchement, je comprends mes amis.

Ceci dit, tout n'est pas si noir car je viens de lire la tribune, écrite par des non-journalistes, la plus intelligente et la plus juste que j'ai été donné de lire sur la population syrienne et le vole de sa parole. C'est dans Libération de ce matin, page 21.

Précipitez-vous pour acheter ce numéro, et cette tribune signée par le Collectif de cinéastes syriens Abounaddara. 

On peut y lire des phrases aussi brillantes que: "Ainsi , à force de se focaliser sur la figure de l'ogre en répétant que ses jours sont comptés, on a fini par discréditer l'institution médiatique" ou encore " Mais la confusion des images n'en a pas moins été entretenue par les médias étrangers (....) Mais qu'a-t-on vraiment fait pour donner à voir et à entendre la société syrienne qui avait été condamnée à l'invisibilité par le tyran contre lequel elle se soulève à présent? Et comment redonner la parole à cette société dont l'existence parait sujette à caution du fait qu'elle n'avait guère le droit à l'antenne?"

Les voilà les vraies questions. Nos vraies responsabilités. Un vrai regard sur l'évolution de la situation. 

Sans compter l'urgence de ce combat pour survivre "sinon elle  (la société syrienne) risque de sombrer dans le chaos, pour le plus grand plaisir de Bachar al Assad et des jihadistes de tous poils".

Bref un papier subtil et généreux qui s'applique à garder "le sens des proportions" et des réalités du jour, aurais-je envie d'ajouter, et non pas à diaboliser l'un où les autres, en méconnaissant tout le monde au final, quand la population syrienne est dans la souffrance et les coupures d’électricité, dans l'urgence de savoir s'il y aura du pain demain et si aucune bombe ne va sauter quand elle sort dans la rue.

Je ne peux pas vous donner le lien de Libération car il est payant...mais voici déjà le lien vers le site d'Abounaddara. 

Permettez moi de vous donner aussi celui-là:  où Charif Kiwan, porte parole de Abounaddara, explique combien il est important, par le cinéma entre autres, de reconstruire (voire aider à construire) l'opinion d'une société civile longuement écrasée par l'époque Assad, désagrégée un peu plus par les évènements reçents et de respecter son droit de parole et d'image.

Je continue d'écrire par étape ma reflexion commencée ici d'une part car j'aimerais prendre le temps et que je n'en ai pas beaucoup et d'autre part parce que je m'en voudrais de ne  pas disséquer ma pensée, afin de la partager au mieux , et au plus respectueux, avec vous.

De surcroit l'actualité sur ce sujet étant à mes yeux  maintenant, en pleine évolution, j'essaie, désormais, d'y "coller" au mieux.

A  mercredi prochain.


Précédents billets sur le même thème:

Là où j'en suis de ma reflexion...(1)

Là ou j'en suis de ma reflexion...(2)

Là où j'en suis de ma reflexion...(3)

Là où j'en suis de ma reflexion...(4)

Là où j'en suis de ma reflexion...(5)

Là où j'en suis de ma reflexion...(6)

Là où j'en suis de ma reflexion...(7)

Là où j'en suis de ma reflexion...(8)

Là où j'en suis de ma reflexion...(9)

Là où j'en suis de ma reflexion...(10)

Là où j'en suis de ma réflexion (11)

Le billet suivant:

Là où j'en suis de ma reflexion (13)

+ mes papiers sur la Syrie:

Le dernier billet de la série "Ma Syrie" 

Lien vers "Ma Syrie" (20)

Lien vers "Ma Syrie" (19)

Lien vers "Ma Syrie" (18)

Lien vers "Ma Syrie" (17)

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Lien vers "Ma Syrie" (15)

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Lien vers "Ma Syrie" (13)

Lien vers "Ma Syrie" (12) 

Lien vers "Ma Syrie" (11) 

Lien vers "Ma Syrie (10)

Lien vers "Ma Syrie" (9)

Lien vers "Ma Syrie" (8) (Journée de la femme)

Lien vers "Ma Syrie" (7)

Lien vers "Ma Syrie" (6)

Lien vers "Ma Syrie" (5)

Lien  vers "Ma Syrie" (4)

Lien vers "Ma Syrie" (3)

 Lien vers "Ma Syrie" (2)

Lien vers Ma Syrie (1)

La première partie de mes écrits sur la Syrie, se trouve dans l'édition sur les révolutions dans le monde arabe sous les liens suivants:

(cliquez ici pour avoir accès au huitième article de cette série sur le monde bédouin du centre de la Syrie) C'est dans cet article que j'explique mon désaccord avec l'édition spéciale de  Médiapart et à la suite duquel, je suis revenue sur mon blog....

(cliquez ici pour avoir accès au septième article de cette sériesur le monde bédouin du centre de la Syrie)

(cliquez ici pour avoir accès au sixième article de cette série sur le monde bédouin du centre de la Syrie)

(cliquez ici pour avoir accès au cinquième article de cette série sur le monde bédouin du centre de la Syrie)

(cliquez ici pour avoir accès au quatrième article de cette série sur le monde bédouin du centre de la Syrie)

(Cliquez ici pour avoir accès au troisième article de cette série sur le monde bédouin du centre de la Syrie)

(Cliquez ici pour avoir accès au second article de cette série sur le monde bédouin du centre de la Syrie)

(Cliquez ici pour avoir accès au premier article de cette série sur le monde bédouin du centre de la Syrie)

 

 

 

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