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Billet de blog 6 octobre 2018

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Quand, chez Mélenchon, on fait FI de l'insoumission de Clémentine Autain

C Autain s'est retrouvée toute seule à faire face aux député-es de la FI, remonté-es contre elle pour avoir signé le récent Manifeste en faveur des migrant-es. Voilà qui interroge sur la FI, tant sur le fond, la question des migrant-es, que sur la forme, la démocratie d'organisation ... qui est aussi une question de fond, celle de la démocratie tout court !

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Libération rapporte ceci en ouverture de son article "Immigration : Clémentine Autain, au ban des Insoumis" :

"La députée de Seine-Saint-Denis a vécu une réunion de groupe houleuse à l’Assemblée. Les autres parlementaires de son parti lui ont reproché d'avoir signé le manifeste rédigé par les rédactions de «Mediapart», «Politis» et «Regards» pour l’accueil des migrants."

Photo Loïc Venance. AFP (Libération)

Elle est en effet la seule des député-es de la FI à avoir signé cette pétition mais ce qui est notable c'est que cela lui ait valu de "se retrouver seule face aux seize autres députés. Tension ". Seule, après tout, pourquoi pas si le pluralisme du groupe est reconnu, comme Manuel Bompard, de la direction de la FI, le déclarait dans un récent billet publié sur Mediapart : "Certains de mes amis, bien que partageant les idées de cette note [que j'écris pour expliquer pourquoi je ne signe pas], choisiront peut être de soutenir ce manifeste pour exprimer leur rejet de l’Europe forteresse." (lire le billet de Bompard) (1). Faut-il, au vu des déboires de Clémentine Autain en réunion des parlementaires de la FI, penser que l'amitié dont il est fait mention ici, n'existe pas en interne de la FI ? Dit autrement, n'est-on plus ami-es insoumis-es quand on ne suit pas la position de la direction ? Plus clairement : des député-es doivent-ils obéissance à un positionnement de ladite direction dont on ne sait pas qu'elle ait jamais reçu mandat des militant-es d'adopter telle position, soit celle de Mélenchon, Bompard et d'autres refusant de donner leur signature au Manifeste pour l'accueil sans réserve des migrant-es, et non telle autre, celle de Clémentine Autain faisant tout le contraire.

Par où l'on retrouve le gros problème récurrent que pose le fonctionnement interne de la FI. Lequel fonctionnement, au demeurant, ne regarde pas que ses adhérent-es si l'on postule, comme je le fais, que c'est précisément dans la démocratie d'une organisation aspirant à gouverner que tout citoyen-ne, pour utiliser le vocabulaire cher aux insoumis-es, doit d'abord, avant même de lire ce qui est énoncé dans son programme, repérer et vérifier qu'il y a bien les prémices de ce que sera la démocratie que cette même organisation mettra en oeuvre quand elle sera au gouvernement. Or j'ai déjà eu à évoquer (lire Coup de gueule : la girouette Mélenchon. Impérial ! ) la contradiction qui tenaille la FI entre, d'une part, son appel au peuple à ce qu'il prenne le pouvoir et, d'autre part, son fonctionnement hiérarchique-verticaliste qui dépossède ses militant-es du pouvoir de décider au profit de la direction et, plus spécialement, de son dirigeant, Jean-Luc Mélenchon. On reconnaîtra, au passage, tout ce que ces façons organisationnelles de faire doivent à la théorie populiste de Chantal Mouffe sur la nécessité que la gauche se dote d'un chef charismatique. Et l'on sait que Mélenchon suit de près les préconisations de cette théoricienne. Comme elles-mêmes doivent beaucoup, sans grande originalité, à la figure, si chère au leader insoumis, de François Mitterrand. Cette fidélité étant, pour moi, l'avertissement qu'il y a urgence à anticiper, sans concession, le cours politique des choses, en refusant toute adhésion à un homme (ce serait la même chose pour une femme) charismatique car le charisme est le terrible ferment de dissolution de la souveraineté populaire et de sa soumission irrémédiable à une logique de l'Etat existant et se perpétuant. Comme il s'est passé, dans ces années Mitterrand, avec le basculement de l'homme charismatique et providentiel, pourtant contempteur du coup d'Etat permanent qu'était la Ve République, en monarque de cette même république...

Il reste, en tout cas pour moi qui suis extérieur à la FI, bien que j'eusse souhaité trouver des points de convergence avec elle, que ces deux lignes rouges, sur les migrant-es et sur la démocratie en acte ici et maintenant, sont, par définition, infranchissables à moins de poursuivre dans le sens de la dérive populiste, telle qu'elle s'enclenche : celle d'une adhésion comme on dit ... une soumission, elle-même fortement connotée allégeance, à une logique politicienne par où un dirigeant s'auto-érige chef auquel chacun-e doit acquiescer. Sous peine, antienne de la vieille gauche pour se gagner des fidélités réflexes, d'être accusé, comme il arrive à la pauvre Clémentine Autain, de faire le jeu de l'ennemi : tout critique de Jean-Luc Mélenchon est, aujourd'hui mécaniquement accusé, en un complotisme tellement ébouriffant (2), d'affaiblir une citadelle qui serait assiégée par l'ennemi (vous avez vu la poignée de main à Marseille ?). Sans que jamais ne soit envisagé que c'est ce syndrome panique du siège par l'ennemi, et de la traîtrise induite par tout refus de l'intérioriser, que l'on veut susciter, qui 1/ divise le camp de l'opposition large au dit ennemi et 2/ paradoxe retournant le boomerang spécieux, affaiblit l'organisation que l'on prétend défendre ! Cécité de ne pas voir que c'est la citadelle assiégée qui s'assiège elle-même et ainsi s'ouvre à l'ennemi !

Scène marseillaise du 7 septembre 2018. Photo Le Figaro/Arthur Berdah

Voilà ce que je vois à travers ce que subit Clémentine Autain et qui interroge sur l'impasse politique dans laquelle celle-ci, comme son organisation, Ensemble, ou au moins sa partie qui a rejoint la FI, s'est enfermée en intégrant le mélenchonisme. Lisons, pour bien comprendre, les propos que Mediapart rapporte récemment (Les gauches toujours dans le piège de la Ve, article réservé aux abonné-es) de cette député-e courageuse dans sa défense des migrant-es mais butant sur le cercle de fer qu'est la FI : sur la question du "comment être gauche de changement tout en se proposant de passer, pour ce changement, par les institutions de la V République, dont on "fête" les 60 ans ? ": "« Avec cette histoire de Cinquième République, la gauche est un peu la souris qui tourne dans sa roue. Le système est tellement rigide qu’on est bien obligé de jouer le jeu à un moment donné si on veut pouvoir changer les choses. »" Or, si on est vraiment dans la situation de la souris, c'est perdu d'avance pour "changer les choses", la souris ne sort jamais de la roue. Mais lisons mieux : Autain dit qu'ils sont, à la FI, "un peu (sic) la souris..." ! Et "un peu", ça change ... tout : avec un peu de pédalage dans l'institutionnalisme, on fait la révolution. Par les urnes, beaucoup d'urnes ! Y'a pas de justice en mélenchonie. Se faire tancer sur les migrant-es par ses gardiens de l'orthodoxie, type garde rapprochée du Chef qui, comme on le voit chez leurs député-es, dit la ligne à suivre, alors qu'on entérine une telle concession stratégique qui tient de l'aporie politique insurmontable... Insurmontable à moins de la défaire, mais c'est bien sûr, en cédant sur ce qui élargirait, et pas à gauche, les scores électoraux, en commençant par le sujet des migrant-es dont on dit "raisonnablement" et donc un peu (sic) moins insoumis, que l'on ne peut pas accueillir toute la misère...pardon, qu'il faut arrêter les guerres, etc. pour tarir les migrations, même si, les effets tout de suite... enfin bon, on accueille humainement mais, eh bien...on ne peut quand même pas régulariser tout le monde. Et donc ? Et donc on ne signe pas la pétition... Et on cherche à se faire une santé en soutenant l'Aquarius, histoire de faire oublier "un peu" le refus d'ouvrir sans réserves les frontières et de se battre pour cela. Et parce que c'est quand Mélenchon sera président, au grand soir électoral, que tout s'arrangera pour de bon, promis...

Décidément la polémique sur les migrant-es est un révélateur politique implacable de ce qui mine une certaine gauche très imbue d'elle-même jusqu'à s'enferrer dans des polémiques politiciennes, quand elle traite du malheur des malheureux parmi les plus malheureux, et dans des pratiques organisationnelles inquiétantes quant à la démocratie qu'elle nous propose !

(1) Martinez, de la CGT, ne parle pas le Bompard (FI) et c'est bien !

(2) Un député FI, selon Libération : «[Clémentine Autain] ne se rend pas compte que les initiateurs du manifeste se servent d’elle pour affaiblir La France insoumise !»

Note d'anticipation : évidemment on me reprochera de citer Libération (et d'utiliser une photo du Figaro !), ce média  univoquement placé, comme tous ses semblables qui ne sont pas soutien de la FI, sous la férule du grand capitaliste qui le possède et qui réduirait les journalistes à la condition de robots débitant en boucle le discours du maître. Un peu comme font, avec leur Chef, les perroquets de la FI, je ne parle pas des sérieux, qui sévissent en commandos dans les pages commentaires de Mediapart ?

Lectures complémentaires :

Le difficile débat à gauche sur l’accueil des migrant-es et l’antiracisme

Migrants. Mélenchon en un trouble papillonnage ...

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