Retour sur la loi antifoulard du 15 mars 2004
Un rassemblement commémorera, samedi 15 mars 2014 à 15H00, Fontaine des Innocents à Paris (Châtelet), le sinistre anniversaire des dix ans de la loi sur sur les « signes religieux ostensibles », interdisant le port du foulard dit islamique à l’école, sous peine d’exclusion définitive. Au bilan en termes d’exclusion scolaire, de nombreuses considérations doivent être ajoutées pour que le bilan soit complet, notamment à propos des suites innombrables qu’a eue cette loi sur le terrain idéologique, politique et social pendant la décennie qui a suivi, que ce soit avec la loi anti-niqab de 2010, les interdictions de sortie scolaire aux mamans voilées, l’affaire Ilham Moussaïd ou plus largement la production et la diffusion massive d’une voilophobie et d’une islamophobie « respectables » – sans parler des effets de division et de diversion et d’un dramatique dévoiement du féminisme. Le texte qui suit se concentre sur un aspect précis de cette sinistre loi : la manière dont elle a opéré, bien plus qu’une simple reformulation, un véritable dévoiement, ou plus précisément : une véritable révolution conservatrice dans la laïcité.
La loi anti-foulard du 15 mars 2004 a été présentée par ses promoteurs comme un « retour aux sources ». Selon le récit mythique qu’ils ont réussi à imposer à l’opinion, cette loi n’aurait fait que « ré-affirmer » des principes oubliés, « re-découvrir » la pertinence et l’actualité des textes fondateurs, « re-trouver » la saine intransigeance de Jules Ferry, Jean Jaurès ou Gambetta, « rappeler la loi » et ainsi « restaurer » ou « refonder » un ordre mis en péril par un renouveau de la menace religieuse. Le paradoxe, rarement relevé, est que cette rhétorique du retour aux sources a servi à promouvoir une nouvelle loi - une loi qui, en imposant désormais la « neutralité » aux usagers et non plus seulement aux agents du service public d’éducation, opère une transformation radicale de la laïcité française, en rupture totale avec l’esprit des lois fondatrices [1].
Si l’on peut parler de révolution conservatrice, ce n’est pas seulement parce qu’un « ordre nouveau » a été soutenu par une rhétorique « passéiste » [2]), « conservatrice » [3] ou « réactionnaire » [4]. C’est plus profondément parce que, dans son principe, dans ses objectifs et dans ses présupposés idéologiques, cette révolution rompt avec les principes de ce qu’on nomme le « progressisme » (la liberté et l’égalité) et s’inscrit au contraire dans un cadre idéologique profondément réactionnaire. Ce cadre idéologique réactionnaire peut être résumé par les quatre formules suivantes :
passage d’une conception laïque de la laïcité à une conception religieuse de la laïcité ;
passage d’une laïcité libertaire à une laïcité sécuritaire ;
passage d’une logique démocratique à une logique totalitaire ;
passage d’une laïcité égalitaire à une laïcité identitaire.
L'intégralité du texte est à lire ici sur le site Les mots sont importants
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