On abat des enfants (2) : Non au triage sélectif en pédopsychiatrie !

Abordons désormais les réformes en cours dans le champ de la pédopsychiatrie, en particulier celles concernant le démantèlement des CMPP par l’ARS Nouvelle Aquitaine. Là se conjuguent autoritarisme, démagogie clientéliste, conflits d’intérêts, privatisation, exclusion, idéologie managériale, psychophobie et destruction du soin…En marche !

Afin de mieux cerner les enjeux actuels dans le champ de la pédopsychiatrie, je vous propose un petit retour sur les réformes en cours avec, comme exemple paradigmatique, le « cahier des charges » imposé au CMPP par l’ARS Nouvelle Aquitaine.

Pour résumer sommairement, il s’agit là d’un plan autoritaire visant à démanteler en quelques mois les 29 CMPP de la Région, afin de les transformer « en plateforme ressource médico-sociale pour la prise en charge des enfants avec des troubles neuro-développementaux », sous peine de restrictions budgétaires, de perte d’habilitation, et d’interventions des ressources humaines….Dès lors, tous les enfants qui n’auraient pas de notification de handicap auprès de la MDPH certifiant l’existence d’un trouble du spectre autistique, d’un trouble hyperactivité / déficit de l’attention ou d’un trouble spécifique des apprentissages de type dys, se verraient qualifiés de « troubles psychologiques légers », et renvoyés vers des interventions en milieu scolaire via les Réseaux d’aides spécialisées aux élèves (RASED) en voie d’extinction, ou vers la pléthore de professionnels exerçant en libéral – ce qui représente tout de même 85% des files actives actuelles des CMPP, soit 60 000 enfants en Nouvelle-Aquitaine….

Que de morgue et de dédain à l’égard de ces enfants en souffrance et du désarroi de leurs familles…Circulez, et débrouillez-vous pour organiser et financer des soins dispensables, superflus, puisqu’on vous le dit…Votre enfant n’a pas le bon diagnostic, la bonne modalité de mal-être, donc changement de filière, voie de triage, évacuation…

Comme le dénonce les syndicats mobilisés, « le démantèlement se perpétue au mépris de toute la jeunesse et de ses droits à bénéficier dans notre République d’accueil et de soins psychologiques spécifiques publics, égalitaires et gratuits ».

Et ce n’est qu’un début, car, « comme le laisse entendre une directive ministérielle de juillet 2020, la volonté du gouvernement est de fondre à terme, dans tout le pays, sur ce modèle, tous les centres d’accompagnements psychologiques et médico-sociaux destinés aux enfants et adolescents ».

Tout cela dans un contexte où tous les professionnels et les usagers décrivent une catastrophique pénurie de moyens pour prendre en charge les besoins réels et l’afflux de demandes adressées aux institutions soignantes dans le champ de l’enfance. Mais ça, dans les hautes sphères de l’ARS, on s’en contrefout. Ce qui compte, ce sont les bonnes pratiques et l’amélioration de la qualité (c’est vrai qu’en ne gardant que 15 % des enfants, ça va créer un peu plus de disponibilité, pas bête !).

Pour accompagner ces mutations, l’ARS propose tout de même un « accompagnement par un cabinet expert des travaux constitutifs d'une démarche d'analyse de l'organisation du travail en rapport avec les attendus des politiques publiques ». Quelle heureuse coïncidence, la conjointe de l’un des instigateurs de cette réforme propose justement ce type de prestations lucratives…A bon entendeur….

Dans ce contexte, tant les collectifs de soignants que les représentants politiques et certaines associations de famille (comme le RAAHP ou l’UNAFAM) se sont mobilisés pour faire entendre raison aux technocrates de l’ARS et aux tutelles ministérielles.

Ils dénoncent par exemple le fait que, « les missions du CMPP devenu plateforme, se résumeront à effectuer et coordonner des bilans, coordonner et préconiser des recommandations éducatives et poser des diagnostics. C’est donc la disparition du SOIN », auquel doit se substituer un « accompagnement de projet ».

Par ailleurs, « l'intervention de la « Plateforme CMPP » uniquement au sein de l'école tend à réduire l'enfant à sa simple fonction d'élève, sans prise en compte de la dimension psychoaffective, de son histoire et de son contexte de vie. L’enfant n'est plus un sujet mais risque de se trouver réduit à un trouble isolé de toute dimension subjective ».

Ainsi, les enjeux relationnels, affectifs, familiaux, se trouveraient totalement occultés, les porteurs de l’autorité parentale n’étant plus appréhendés que du point de vue de leur « expertise » et de leur exigence à garantir la conformité des remédiations. Ma foi, cela doit être assez terrifiant de grandir avec un parent « expert », appliquant des pratiques recommandées et des protocoles validés, et évacuant toute la dimension émotionnelle des liens, l’histoire familiale, les doutes, les angoisses, les désirs, les crispations, etc.

En tout cas, certains élus ont pu légitimement s’inquiéter de ces dérives aboutissant à une compartimentation de l’offre dans le médico-sociale et à l’octroi de « prestations » réservées à certaines catégories d’usagers, avec des effets de ségrégation, d’exclusion et d’inégalités inacceptables. Des députés ont donc alerté les responsables de l’ARS sur ces évolutions problématiques vis-à-vis des principes républicains.

Voici quelques extraits de la réponse de Mr Michel Laforcade, directeur général de l’ARS Nouvelle-Aquitaine, à Mme Mme Bato, député des Deux Sèvres, en date du 10 juin 2020 – à noter que, depuis, Mr Laforcade a fait valoir ses droit à la retraite, en pleine crise sanitaire et après avoir initié la pulvérisation de l’offre de soins pédopsychiatriques dans le médico-social…(je précise par ailleurs que je prends de grands risques de censure, en osant commenter quelques citations de cette personnalité ….).

« En effet, j'ai décidé d'amorcer une démarche régionale et d'impulser une dynamique forte et à court terme d'évolution des CMPP (...) et de repositionnement de ces structures dans le paysage sanitaire et médico-social ».

Voilà…Le problème est d’emblée circonscrit dans le « j’ai décidé ». Visiblement, Mr Laforcade ne considère pas qu’une concertation avec des professionnels de terrain, avec les acteurs du soin, avec les élus locaux, avec les familles concernées – au-delà de certains représentants auto-proclamés – puisse avoir une quelconque légitimité. On se situe là dans le registre du fait du Prince, sans ambiguïté….

« Du point de vue factuel, le cahier des charges ne fait que réaffirmer l'objectif de conformité stricte aux recommandations de bonne pratique de la HAS en vigueur et ouvrir une démarche de repositionnement des CMPP en tant qu'acteur spécialisé médico-social afin de garantir leur plein contribution à des parcours inclusifs pour les enfants et les adolescents, ce dont les associations gestionnaires de CMPP sont parfaitement informées au titre de la politique régionale handicap poursuivie et de ses différents objectifs ».

Voilà voilà…Manifestement, la question du soin est véritablement un archaïsme superflu et à occulter vigoureusement, en faveur de prérogatives politiques. La réalité du terrain devra donc s’adapter à ces axes définis en haut lieu, et non l’inverse

« Le Parti finirait par annoncer que deux et deux font cinq et il faudrait le croire. Il était inéluctable que, tôt ou tard, il fasse cette déclaration. La logique de sa position l'exigeait. Ce n'était pas seulement la validité de l'expérience, mais l'existence d'une réalité extérieure qui était tacitement niée par sa philosophie. L'hérésie des hérésies était le sens commun » (Georges Orwell, 1984).

Continuons donc avec le courrier de Mr Laforcade : « les gouvernances associatives de ces structures médico-sociales (gouvernance et direction générale) sont très largement favorables à ces évolutions. Elles ont à plusieurs reprises sollicité l'ARS pour qu'une telle démarche s'engage ».

Juste un petit rappel : ces associations gestionnaires sont financées directement par l’ARS, à travers notamment des allocations de ressources qui en passent de plus en plus par des appels d’offre définissant telle ou telle priorité à court terme, en fonction de l’agenda politique. Ce type de modalités de financement favorise évidemment une posture d’allégeance, voire une tendance à la vassalité et au léchage de fion. Allez dire à celui qui peut vous retirer votre habilitation, vous supprimer vos financements que vous n’êtes pas d’accord avec ses orientations…Par ailleurs, les « gouvernances associatives » sont désormais infiltrées par des néo-managers illuminés, parachutés, sans aucune connaissance des pratiques soignantes, et en adhésion totale avec certains courants idéologiques hégémoniques….

Mr Laforcade reprécise donc son intention :
« -repositionnement en plateforme de service délivrant des prestations directes auprès des enfants scolarisés pour la part de leur activité à destination des enfants avec troubles ne donnant pas lieu à une compensation individuelle des conséquences d'un handicap (troubles psychologiques et troubles psychoaffectifs par exemple)
-évolution de l'offre pour la part de leur activité à destination d'enfants dont les troubles sont plus sévères et persistants et donnant lieu  à une compensation individuelle des conséquences d'un handicap vers un fonctionnement en plateforme ressource médico-social pour la prise en charge des enfants avec des troubles neurodéveloppementaux favorisant toujours les interventions en milieu scolaire et en garantissant la technicité des interventions en conformité avec les recommandations de bonne pratique
 »

Qu’est-ce que ce charabia implique concrètement, dans les pratiques, sur le terrain ? Prestations directes, interventions en milieu scolaire, technicité, plateforme ressource, mais pour faire quoi exactement, et comment ?....En tout cas, pour Mr Laforcade, il y a visiblement les troubles graves, « sévères et persistants », qui se situent dans le registre neurodéveloppemental et impliquent une reconnaissance de handicap, et les autres, « troubles psychologiques ou psychoaffectifs par exemple », qui, visiblement, ne justifient pas beaucoup d’attention, au-delà de « services plateformisés » - quelqu’un peut-il m’expliquer ce que cela signifie en pratique ?

La main sur le cœur, Mr Laforcade, en tant que serviteur dévoué du bien commun, rappelle tout de même qu’il fait cela non par idéologie ou par clientélisme, mais dans le souci sincère des usagers : « vous pouvez constater la forte attente de ces centaines de milliers de familles de notre région pour que ces structures essentielles à la santé publique puissent proposer les services qu'elles attendent ». On en pleurerait presque…Evidemment, ces centaines de milliers de familles expertes attendent depuis des lustres la création de plateformes de services techniques en conformité avec les recommandations officielles, et non pas des soins décents, ajustés aux besoins réels et singuliers de leur enfant. Tout le monde va être heureux désormais, dans le meilleur des mondes.

En plus, Mr Laforcade le revendique haut et fort, à quelques encablures de sa retraite, et après avoir imposé sans aucune concertation un cahier des charges imposant un démantèlement des CMPP en quelques mois : « j’ai pris l'engagement de partager tout cela avec l'ensemble des parties prenantes régionales tout le long de la démarche »…

Le 8 juillet, devant l’Assemblée Nationale, le ministre de la santé, interpellé sur le manque criant de moyens et de postes dans les structures d’accueil des enfants en difficultés psychologiques (les CMP dans le champ sanitaire, les CMPP dans le champ médico-social), avait reconnu la gravité de la situation et exprimé la volonté que « la France mette le paquet sur la filière de pédopsychiatrie ».

Le 24 août dernier, un collectif réunissant l’AFPEN (Association Française des Psychologues de l’Education Nationale), le CAP (Convergence Autismes Pluriels), la FDCMPP (Fédération des Centres Médico Psycho Pédagogiques), la FFP (Fédération Française de Psychiatrie), le RAAHP (Rassemblement pour une Approche des Autismes Humaniste et Plurielle) et l’UNAFAM (Union Nationale de Familles et Amis de personnes Malades et/ou handicapés psychiques), a donc adressé un courrier à Olivier Véran, ministre des Solidarités et de la Santé, à Sophie Cluzel, secrétaire d’Etat chargée des personnes handicapées à Claire Compagnon, déléguée interministérielle à la stratégie nationale pour l’autisme & TND et à Frank Bellivier, délégué ministériel à la santé mentale et à la psychiatrie, afin de les alerter des réformes en cours risquant de pulvériser définitivement les quelques reliquats de pédopsychiatrie publique résistants encore…

Voici, entre autres, ce qu’énonçait ce courrier : « dans la diversité de nos positions nous sommes animés par un principe commun intangible : une politique publique pour tous les enfants qui en ont besoin se construit en priorité dans la concertation ». Par ailleurs, en contradiction avec les « promesses de la société inclusive », les tendances actuelles vont effectivement dans le sens d’une pénurie de soins et d’accompagnement, voire d’une authentique mise à l’écart d’une proportion toujours plus importante d’enfants en souffrance. De fait, « nous sommes confrontés aux injonctions administratives d’ARS qui prétendent nous détourner de nos missions dévolues à la continuité des soins au profit d’une fonction de triage des enfants ». En outre, « l’écart entre la stratégie annoncée comme une priorité gouvernementale – améliorer le diagnostic précoce, l’accompagnement, l’inclusion – et la réalité reste dramatique. Comment une stratégie annoncée en faveur d’interventions précoces peut-elle se mettre en place sans moyens suffisants affectés, ou pire, en retirant des moyens à ceux qui, déjà en pénurie, s’efforcent de suivre les enfants dans la durée ? ».

Ainsi, « le cahier des charges imposé par l’ARS NA néglige la question d’une partie conséquente de la population traitée jusque-là et travestie pour la circonstance en « cas légers ».

« Non seulement cette démarche rompt brutalement la confiance de l’ensemble des personnels concernés, mais de surcroît, elle engendre des ruptures de soins en cascade qui ne peuvent que nuire aux patients et à leurs familles. Concrètement, certaines équipes ont déjà reçu la consigne d’interrompre les traitements de leurs patients actuels » - avec d’ailleurs l’interdiction de communiquer auprès des familles et de les informer en amont de ces échéances….

« Pour la seule région Nouvelle Aquitaine, près de 60000 enfants sont suivis pour des difficultés psychiques : troubles anxieux, phobies (dont la phobie scolaire), addictions, troubles alimentaires, troubles de l’attachement, séquelles de mauvais traitements, etc. Leurs troubles n’entrant pas dans le champ de l’autisme et des TND, ces enfants seraient contraints d’interrompre la fréquentation de ces CMPP « reconvertis » - on ne mélange pas les torchons et les serviettes…

« Ce cahier des charges que l’ARS NA prétend imposer se situe hors droit administratif, ne serait-ce qu’en négligeant l’étude de besoin, qui est réglementaire » - pourquoi s’intéresser à l’adéquation vis-à-vis des réalités, aux aspects légaux, éthiques, cliniques, thérapeutiques, épidémiologiques : l’ARS et ses zélotes sont dans le Vrai, ils sont porteurs d’une mission révélée, et doivent donc imposer leur doctrine et évangéliser les récalcitrants, de gré ou de force.

« Nous, parents comme professionnels, sommes d’accord sur un point décisif : tous les enfants en difficulté sur le plan psychologique, quels qu’ils soient, méritent nos soins. Personne ne peut accepter qu’une partie de ces enfants soit délaissée au profit d’une catégorie d’enfants vulnérables dont les troubles seraient davantage officiellement « ciblés » et pris en charge. Ensemble, nous dénonçons l'absence de démocratie sanitaire ainsi que la brutalité managériale des gestionnaires de l'ARS Nouvelle Aquitaine ».

 Ce qui n’est pas le cas de certaines associations de parents très impliqués dans un lobbying débridé, tel Autisme France, qui invalident « la possibilité de parler à la place des représentants des enfants avec un trouble du spectre de l’autisme qui se cumule souvent avec d’autres troubles neuro-développementaux, pas plus qu’à la place des professionnels experts dans ce domaine » - mais qui, en revanche, s’arrogent le droit et la prétention de représenter toutes les familles concernées ainsi que de posséder le monopole du savoir consacré et des pratiques valides en termes d’autisme.

Autisme France publie d’ailleurs un énième rapport sur l’incompétence des CMP / CMPP / CAMPS, basé sur une méthodologie tout à fait impartiale et rigoureuse - évidemment...-, et aboutissant mystérieusement aux mêmes stéréotypes assénés de façon incantatoire :  « manque d’accès à des bilans et refus d’engager une démarche diagnostique, manque d’information, intervention ou prises en charge trop peu intensives par manque de professionnels, manque d’écoute et d’empathie, personnels soignants peu formés aux troubles du spectre de l’autisme, persistances d’approches obsolètes basées sur la psychanalyse, et dans certains cas dénis des troubles et attribution de ceux-ci aux caractéristiques parentales, ou à la volonté de la personne porteuse d’un trouble ».

On voit bien que, dans ce sempiternel inventaire, se conjuguent des éléments de réalité (pénurie de moyens et de professionnels), des présupposés idéologiques (une bonne prise en charge dépendrait avant tout d’un diagnostic standardisé), des jugements de valeur assez iniques (accusation de malveillance à l’égard des familles), une évaluation biaisée de la compétence des professionnels (qui proposent des soins différenciés, et non pas l'application mécanique de procédures désubjectivantes), ainsi que des projections chargées d’animosité (l’étendard usé jusqu’à la moelle et mal rapiécé de la culpabilisation)…

Voici quelques témoignages de parents censés accabler les soignants de ces institutions pédopsychiatriques :

Il ne faut pas mettre d’étiquette à votre enfant » - quelle ignominie que de refuser une forme d’assignation ou de prophétie auto-réalisatrice

-« La pédopsychiatre affirmait qu’aucun diagnostic n’était possible avant sept ans, que mon fils était petit et qu’il ne fallait pas l’enfermer dans un diagnostic » - incompétence, surdité, malveillance…

Accusait l’hôpital Robert Debré de s’être trompé sur la pathologie (autisme) de l’enfant » - comment?!, oser suggérer une tendance au surdiagnostic de certains centres experts, mais il faut être carrément dérangé !

Culpabilisation énorme à mon égard, et à celle de mon fils. On a fini avec une AEMO, et une proposition de maison relais » - pour qu’un juge des enfants soit saisi et qu’une mesure judiciaire de protection de l’enfance mandatée, c’est qu’il y avait peut-être quelques éléments de préoccupation qui n’étaient pas seulement les fantasmes des méchants psy, réfractaires et accusateurs…

-« Des diagnostics non basés sur les catégories officielles de la CIM ou du DSM sont encore utilisés : - Dysharmonie évolutive (5 cas rapportés) - Psychose infantile (3 cas rapportés) » - quel toupet, quel archaïsme ; puisqu’on vous dit que cela n’existe pas…

Pas de prise en charge adaptée puisque pas de diagnostic, résultat déscolarisation etc.. Des thérapeutes qui suivent l'école de la psychanalyse et qui n'en démordent pas, au détriment du petit. » - évidemment, le décrochage scolaire est forcément le fait des ignobles thérapeutes qui n’ont pas correctement diagnostiqué. Si seulement ce fétiche magique avait été révélé par l’intermédiaire des écritures sacrée du DSM, le petit aurait sûrement été sauvé.

La prise en charge consistait à mettre notre fille dans une pièce et à la regarder jouer » - combien d’années d’étude pour en arriver là…Au moins, l’enfant n’était pas malmenée, et les parents n’étaient pas accablés

 -« Centre qui n'a plus de place pour proposer des suivis en psychomotricité, orthophonie, ergothérapie. Obligation de passer par du libéral. » - c’est justement ce qui est proposé par la plateformisation, plutôt que de donner des moyens véritables et adéquats aux équipes souffrant d’une pénurie chronique de personnels, du fait notamment d’un manque de reconnaissance et de rétribution….

-« Le CMP nous a rapidement indiqué qu'il ne pouvait pas proposer à notre enfant une prise en charge optimale de son TSA. Notre fille est donc suivie dans une association par une psychologue, un ergothérapeute, une orthophoniste et une psychopédagogue. Nous voyons seulement une pédopsychiatre au CMP qui nous aide pour les dossiers MDA et qui prescrit de la mélatonine. » - oui, voilà, c’est la privatisation des suivis mise en place par la réforme des CMPP

Voici donc la conclusion, neutre et objective, d’Autisme France : « notre enquête met en évidence un grand manque de moyens humains en personnel spécialisé, des préjugés sur les familles et la nature des troubles des personnes concernées (enfant comme adultes), préjugés qui sont liés à une incompétence générale sur les TSA et autres TND. La communication avec les familles, la bienveillance, la coordination avec des intervenants extérieurs laissent aussi beaucoup à désirer ».

Plutôt que d’appréhender et de dénoncer des causes structurelles (pénurie de moyens, modalités de tarification, etc.), ces militants désignent donc l’incompétence des professionnels, voire leur inimitié. Visiblement, tout positionnement non orthodoxe par rapport au Savoir détenu par Autisme France, tout abord des enjeux relationnels et familiaux, ne constituent que les préjugés d’ignares malveillants et des agressions honteuses voire maltraitantes…

Heureusement, les responsables politiques en charge de ces dossiers sensibles sauront surement faire la part des choses, être à l’écoute des différentes voix, faire preuve d’ouverture pour accueillir la diversité des regards, pour appréhender la complexité des situations, et se montrer sensible à la nécessité absolue de s’engager concrètement pour soutenir les équipes mobilisées auprès des très nombreuses familles en désarroi…

A ce propos, Olivia Cattan sort justement un ouvrage intitulé « le livre noir de l’autisme », qui aborde la maltraitance de certains enfants autistes servant de cobayes pour des essais non autorisés, pratiqués par des médecins peu scrupuleux et des chercheurs reconnus : Antibiotiques, détox à base de produits chimiques, injection de protéines, détournement de médicaments comme le Naltrexone (traitement de l’alcoolisme et de la toxicomanie), prescription de cannabis, neurofeedback, auriculothérapie… « Cela se déroule en France, parfois même dans un IME ABA tenus par des responsables associatifs. Et tout cela dans l’indifférence et la complaisance de l’Etat ».

De cela, il n’est jamais question dans les accusations des associations militantes, ni d’ailleurs dans les discours des responsables politiques…En décembre 2019, Claire Compagnon, interrogée sur le plateau de l’émission Complément d’Enquête au décours d’un reportage consacré aux « traitements alternatifs de l’autisme », n’a condamné ni le recours à la chélation, ni le protocole Chronimed (prescription massive d’antibiotiques). Par contre, la déléguée interministérielle ne rate jamais une occasion de rappeler que la psychanalyse n'est pas une approche recommandée pour l'autisme…

Le 18 septembre dernier, alors que les équipes de CMPP manifestaient devant le ministère de la santé et des solidarités, à l’occasion du compte rendu des travaux du comité Autisme de la Féderation Française de Psychiatrie, Claire Compagnon réitérait sa volonté inébranlable de lutter contre « les mauvaises pratiques » (à vous de deviner lesquelles…), et annonçait l’octroi d’une enveloppe de 100 millions d’euros supplémentaires pour les Centres Ressources Autisme. Par ailleurs, pour la déléguée interministérielle, l’Etat ne serait pas responsable des politiques locales et régionales (comme par exemple en Nouvelle-Aquitaine…). Parfois, ils nous prennent vraiment pour des cons…

Ce même jour l’ARS NA réunissait les responsables d’associations gestionnaires pour un « rendu de copie » concernant le cahier des charges des CMPP …Et les collectifs de soignants exprimaient à nouveau leur combat pour des soins psychiques décents, égalitaires et ajustés aux réalités des enfants et des familles.

Le 21 septembre, une délégation devait être reçue par Mme Compagnon au ministère de la santé. Espérons qu’un peu d’écoute et de bon sens aura permis une certaine prise de conscience…

Plutôt que de fétichiser le diagnostic d’enfants en plein période développementale, donnez aux équipes pédopsychiatriques les moyens de faire du repérage et de la prévention, en articulation avec les institutions de la petite enfance (PMI, crèches, écoles) ; favorisez les interventions précoces permettant des évolutions favorables en amont de la fixation des troubles et de l’inscription dans le champ du handicap ; soutenez les processus dynamiques, multidimensionnels, plutôt que des assignations immuables et déterministes…Quel bénéfice y-aurait-il à poser un diagnostic chez un très jeune enfant, si au décours, il n’y a pas de possibilités de déployer un projet de soins adéquat ? A moins que cette démarche diagnostique ne serve finalement qu’à séparer le bon grain de l’ivraie, à sélectionner les enfants qui auront droits à des prestations et à des compensations, et à exclure les autres…

L’autisme et les troubles neurodéveloppementaux, la réforme des CMPP en Nouvelle Aquitaine, ne sont finalement que les prémisses d’un mouvement beaucoup plus large, d’une guerre idéologique cherchant à privatiser et à rendre lucratif le champ de la souffrance psychique, en l’inscrivant dans des procédures facturables.

Malheureusement, ces chevaux de Troie sont déjà bien implantés, du fait d’un travail de lobbying intense mené depuis des décennies.

Comme le disait déjà Roger Misès il y a vingt ans, « on assiste au développement de réponses stéréotypées, centrées sur le symptôme, à partir de l’application de méthodes qui visent à obtenir des résultats à court terme, en négligeant la complexité du psychisme humain et la nécessité des détours par lesquels on arrive à se donner des points d’appui dans des actions multidimensionnelles ».

La lutte et la résistance doivent absolument continuer et se renforcer, sous peine d’une déferlante généralisée.

Au-delà du manifeste « Non au tri des enfants », et de la pétition en ligne, nous, soignants, allons devoir nous engager davantage, pour préserver la dignité de nos pratiques et de nos accueils

 « N'oublions pas comment s'impose toujours une idéologie. Pour dominer, la violence ne suffit pas, il faut une justification d'une autre nature. Ainsi, lorsqu'une personne exerce son pouvoir sur une autre - que ce soit un dictateur, un colon, un bureaucrate, un mari ou un patron -, elle a besoin d'une idéologie justificatrice, toujours la même : cette domination est faite "pour le bien" du dominé. En d'autres termes, le pouvoir se présente toujours comme altruiste, désintéressé, généreux » (Noam Chomsky).

 

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