L’Europe des écrivains sur Arte : ce soir, l’Irlande

« L’Irlande n’est petite que si vous la mesurez », c’est sur cette phrase de Colm Tóibín que s’ouvre le formidable documentaire qu’Arte consacre ce soir à la terre de naissance de Roddy Doyle, Robert McLiam Wilson, Edna O'Brien et Colm Tóibín : au-delà de la géographie, des voix, une histoire contrastée et conflictuelle, le kaléidoscope d’une irishness sans doute insaisissable, objet d’une quête littéraire.

« L’Irlande n’est petite que si vous la mesurez », c’est sur cette phrase de Colm Tóibín que s’ouvre le formidable documentaire qu’Arte consacre ce soir à la terre de naissance de Roddy Doyle, Robert McLiam Wilson, Edna O'Brien et Colm Tóibín : au-delà de la géographie, des voix, une histoire contrastée et conflictuelle, le kaléidoscope d’une irishness sans doute insaisissable, objet d’une quête littéraire.

Edna O'Brien © Arte Edna O'Brien © Arte

 

Ce documentaire ouvre une collection qu’Arte consacre à l’Europe à travers ses écrivains. Saisir l’histoire d’un pays, son identité culturelle, ses enjeux passés et présents à travers des œuvres littéraires, les voix de ses auteurs. Pour chaque épisode heddomadaire (du 6 novembre au 4 décembre), des entretiens avec un ou plusieurs écrivains, des images d’archives et documents, des extraits de romans (lus par leurs auteurs).

Ce soir, à 22 h 35, l’Irlande à travers quatre voix majeures qui composent la fresque d’un pays insulaire et complexe, tissé de crises aussi bien économiques que politiques ou religieuses, une terre « ambivalente » comme le dit McLiam Wilson : cette ambivalence est celle de sa terre natale mais aussi son propre rapport à ce lieu, « un endroit qui dit quelque chose de vous ».

 

Chacun des écrivains interviewés revient sur cette ambivalence, marquée par leur exil. Colm Tóibín vit entre Dublin, Barcelone et New York, loin de son Wexford natal. Dans le reportage, Robert McLiam Wilson revient dans la banlieue de Belfast où il a grandi mais il réside désormais à Paris. Edna O’Brien, originaire d’une Irlande rurale, traditionnelle et religieuse qu’elle a quittée pour Londres en 1958, confesse qu’elle n’aurait jamais pu écrire sans ce départ. Pour tous, l’exil fut une nécessité, une respiration, une liberté mais est aussi une douleur. Et les œuvres en reviennent sans cesse à cette Irlande jamais totalement quittée.

 

Edna O’Brien évoque aussi la figure tutélaire de cette Irlande en exil, « saint et pécheur », qui incarne toutes les contradictions fertiles de l’irishness, James Joyce. Tous disent des luttes, des combats, la volonté de saisir, par l’écriture, le roman, ces complexités, cette violence (McLiam Wilson), ces « peurs » (O’Brien). Roddy Doyle évoque ses récits qui vont contre l’histoire officielle qu’on lui avait enseignée dans les années 60-70, sa volonté d’écrire « depuis le fond de la classe », dire les rebellions, raconter « même quand on n’est pas à l’aise avec les réponses ».

En 52 minutes, le documentaire de Mathilde Damoisel dit ce pays à l’identité impossible, en constante métamorphose, parvient à évoquer littérature, histoire, économie sans fermer les perspectives, tout en montrant combien, aussi, l’Irlande se dit hors de ses frontières : comme le souligne Colm Tóibín (et c’est le sujet Brooklyn) le départ, dans sa dimension politique comme poétique, est au cœur de l’histoire de l’Irlande, une essence paradoxale de son identité.

L'Europe des écrivains - L'Irlande vue par Robert McLiam Wilson - ARTE © ARTE

L'EUROPE DES ÉCRIVAINS tous les mercredis sur Arte, à 22h35 :


- L’Irlande de Robert McLiam Wilson, Edna O’Brien, Roddy Doyle et Colm Tóibín — réalisé par Mathilde Damoisel, le 6 novembre
- L’Italie d’Erri De Luca et Claudio Magris — réalisé par Nicolas Autheman, le 13 novembre
- L'Angleterre de Martin Amis — réalisé par Mark Kidel, le 20 novembre
- L'Espagne de Juan Goytisolo, Manuel Rivas et Bernardo Atxaga — réalisé par Carmen Castillo, le 27 novembre
- La Hongrie de Péter Esterházy et Péter Nádas — réalisé par Sylvain Bergère et Francesca Isidori, le 4 décembre

A venir :

Toutes les images de cet article sont extraites du documentaire de Mathilde Damoisel (Arte et Seconde Vague Production).

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