L'ESPE de Créteil marche sur la tête !

Contre l'interdiction du port du voile à l'Ecole supérieure du professorat et de l'éducation de Créteil (Val-de-Marne), à l'ordre du jour du conseil de l'école ce jeudi 19 mars, cinquante universitaires, enseignant-es, étudiant-es, militant-es, se mobilisent: « Il n’existe pas de législation interdisant le port de signes religieux au sein de l'enseignement supérieur, et il est crucial que cela reste le cas. »

Contre l'interdiction du port du voile à l'Ecole supérieure du professorat et de l'éducation de Créteil (Val-de-Marne), à l'ordre du jour du conseil de l'école ce jeudi 19 mars, cinquante universitaires, enseignant-es, étudiant-es, militant-es, se mobilisent: « Il n’existe pas de législation interdisant le port de signes religieux au sein de l'enseignement supérieur, et il est crucial que cela reste le cas. »


 

La direction de l'Ecole supérieure du professorat et de l'éducation (ESPE) de Créteil propose à l'ordre du jour du conseil de l'ESPE de ce jeudi 19 mars une proposition de vote sur l'intégration d'une note de service au règlement intérieur de l'ESPE. Elle vise à interdire le port des signes religieux à l'ESPE de Créteil. La direction a proposé ce point à l'ordre du jour, après avoir appris qu'une “intersyndicale” de formateurs et formatrices s'apprêtait à présenter une motion à ce sujet.

Au lieu de se concentrer sur la question des moyens et la dénonciation de la politique mise en place par Geneviève Fioraso, qui assèche les budgets des universités, l'“intersyndicale” des formateurs et formatrices s’apprête à jouer un rôle qui n'est pas le sien en votant cette proposition. En effet, ce n'est pas à l'“intersyndicale” d'anticiper sur ce que pourrait imposer le ministère juridiquement. D'un point de vue juridique, la note de service n'a aucune valeur contraignante.

La situation des ESPE est complexe d'un point de vue juridique mais c'est le résultat d'une réforme de la formation des enseignant-e-s qui a été faite n'importe comment, avec comme objectif de faire des « économies ». C'est la réforme qui crée un double statut en M2 : « fonctionnaire stagiaire » et étudiant-e. D'ailleurs, cela a été utilisé pour que les stagiaires soient rétrogradé-e-s de l'échelon 3 (2000 € brut/mois) à l'échelon 1 (1615 € brut/mois)...

L'ESPE voudrait-elle appliquer une loi qui n'existe pas encore, même si la secrétaire d'Etat aux droits des femmes s'est déclarée favorable à une telle interdiction? Aujourd'hui, le débat juridique du port de signes religieux par des étudiants stagiaires est ouvert. Nous considérons que c'est le respect des règles universitaires qui doit primer. L’ESPE de Créteil est membre de l’Université Paris-Est Créteil (Upec) : nous rappelons qu’il n’existe pas de législation interdisant le port de signes religieux au sein de l'enseignement supérieur, et il est crucial que cela reste le cas.

Nous en sommes d'autant plus convaincu-es que le débat a lieu dans un contexte de polémique sur l'interdiction du foulard dans les universités et plus largement dans un contexte islamophobe de stigmatisation et de diabolisation des musulman-e-s, avec une islamophobie en hausse depuis les attentats de janvier.

Nous demandons également que cessent les humiliations des étudiantes portant le voile – des remarques au refus de les accepter en cours.

Si cette mesure était effectivement mise en place elle s'avérerait discriminatoire, divisant sur ce lieu d'étude les lauréat-e-s et les non-lauréat-e-s du concours, entre les élèves de M1 et de M2. L'accès au cours est un droit pour toutes les étudiantes, sans discrimination de religion.

Les élu-es syndicaux/ales, qui devraient défendre l'égalité et la solidarité, ne doivent pas tomber dans le piège de la division et se tromper d'ennemis. Le problème, c'est la politique d'austérité du gouvernement, la stigmatisation croissante des minorités et le climat de « guerre de civilisation » qu'on veut nous instiller, pas les étudiantes voilées.

Premiers signataires

Zahra Ali (doctorante, EHESS), Valérie Amiraux (professeure en sociologie, Université de Montréal, en détachement du CNRS),

Jean Baubérot (professeur émérite, chaire histoire et sociologie de la laïcité, EPHE), Laure Bereni (chercheuse au CNRS), Saïd Bouamama (chargé de recherche, l’IFAR Lille), Antoine Boulangé (enseignant en SVT Vitry sur Seine, militant syndicaliste), Marie-Hélène Bourcier (maître de conférences, Université Lille 3, activiste queer), Solène Brun (doctorante, militante syndicaliste), Frédéric Burnel (enseignant au collège Paul Eluard Montreuil, militant syndicaliste),

Sébastien Chauvin (maître de conférences, Université d’Amsterdam), Ismahane Chouder (co-présidente du Collectif Féministes pour l'Egalité), Isabelle Clair (chargée de recherche, CNRS), Philippe Corcuff (maître de conférences, Institut d'Etudes Politiques de Lyon), Anne Clerval (maîtresse de conférences, Université Paris-Est Marne-la-Vallée),

Sonia Dayan-Herzbrun (professeure émérite en sociologie, université Paris-Diderot), Marielle Debos (maîtresse de conférences, Université Paris-Ouest Nanterre), Emmanuelle Delanoë-Brun (maîtresse de conférences, Université Paris-Diderot), Christine Delphy (directrice de recherche émérite, CNRS), Elsa Dorlin (professeure des Universités, Université Paris 8 Vincennes Saint-Denis), Anne-Valérie Dulac (maîtresse de conférences, Université de Paris 13 Villetaneuse),

Jean-Claude Emin (retraité, ancien sous directeur au MEN), Olivier Esteves (maître de conférences, Université Lille 3),

Eric Fassin (professeur Université Paris-8 Vincennes Saint-Denis),

Juliette Galonnier (doctorante, Sciences Po Paris et Northwestern University - Chicago), Vincent Gay (enseignant au collège Paul Eluard Montreuil), Marie Laure Geoffray (maîtresse de conférence, IHEAL-Sorbonne Nouvelle), Nacira Guénif (professeure des Universités, Université Paris 8 Vincennes Saint-Denis)

Abdellali Hajjat (maître de conférences, Université de Paris-Ouest Nanterre), Claire Hancock (professeure des Universités, Université Paris-Est Créteil), Maris-Pierre Harder (ATER, Université Paris 8 Vincennes Saint-Denis),

Caroline Izambert (enseignante d'histoire-géographie à Saint-Denis),

Milena Jaksic (chargée de recherches, CNRS), Alexandre Jaunait (maître de conférences, Université de Poitiers, Membre du Haut conseil à l'égalité entre les femmes et les hommes), Rodolphe Juge (enseignant lycée professionnel Monod Noisy le Sec, militant syndicaliste),

Amélie Le Renard (sociologue, chargée de recherche CNRS, Centre Maurice Halbwachs), Michael Löwy (directeur de recherches émérite, CNRS),

Adèle Martin (étudiante, militante syndicaliste, féministe), Sarah Mazouz (postdoctorante, Marie Curie fellow, Université Humboldt de Berlin et centre Marc Bloch), Cornelia Möser (chargée de recherche, CNRS), Nasima Moujoud (maitresse de conférences en anthropologie, Université Pierre Mendès France, Grenoble),

Olivier Neveux (professeur des Universités, Université Lyon 2), 

Patrick Simon (directeur de recherche à l'INED), 

Simona Tersigni (maîtresse de conférences, Université de Paris-Ouest Nanterre), Martine Tessard (anciennement professeur documentaliste à l'IUFM de Créteil, militante féministe et anti-raciste), Pierre Tevanian (professeur agrégé de philosophie, militant), Sylvie Tissot (professeure des Université, Université Paris-8 Vincennes Saint-Denis), Enzo Traverso (professor of Romance Studies, Cornell University)

Eleni Varikas (professeure émérite Paris8/CRESPPA), Hennette Vauchez (professeure de droit, Université Paris-Ouest Nanterre)

Ayse Yuva (A.T.E.R. en philosophie, Université de Lorraine).

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