Charles Conte
Abonné·e de Mediapart

Billet publié dans

Édition

Les Cercles Condorcet

Suivi par 33 abonnés

Billet de blog 17 janv. 2022

Refonder la nation pour refouler le nationalisme

Jean-Michel Ducomte décrit le patriotisme républicain comme le meilleur rempart contre le nationalisme xénophobe.

Charles Conte
Chargé de mission à la Ligue de l'enseignement
Abonné·e de Mediapart

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

De nombreux auteurs, de Jean Jaurès à Régis Debray en passant par Henri Lefebvre et Pascal Ory (dans la présente édition), ont décrypté le nationalisme xénophobe comme une perversion radicale de l’idée moderne de nation née avec la Révolution française. Jean-Michel Ducomte a analysé ce phénomène dans une conférence reprise sous forme de contribution écrite. Ce travail, à la fois érudit et clair, a été réalisé dans le cadre des activités du GREP MP (Groupe de Recherche pour l’Éducation et la Prospective de Midi-Pyrénées) et publié dans la revue « Parcours ». Il est plus que jamais d’actualité.

Article intégral (pdf, 517.5 kB)

.

En voici des extraits significatifs :

La conception révolutionnaire de la nation

Serment du Jeu de paume, par David. 20 juin 1789, premier moment d'affirmation de la souveraineté du peuple.

La conception révolutionnaire de la nation apparaît très vite dans le discours révolutionnaire, avec Mirabeau qui propose, le 15 juin 1789, que les États Généraux se constituent en Assemblée Nationale. La nation n'est ici qu'un adjectif, mais quel adjectif ! On admet dorénavant que ce qui était une composante de la culture de la société holiste d'ancien régime puisse devenir l'expression de l'universalité des Français, quelle que soit leur origine ou leur appartenance, à l'égard desquels commence à se construire un principe de ré-élaboration : l'idée nationale permet de considérer qu'à partir du moment où l’individu s’affirme en son sein, il devient titulaire de droits égaux à ceux de ses semblables et libre d'en faire usage…

La Déclaration des droits de l’homme et du citoyen du 26 août 1789 va parachever l’édifice en faisant de la nation le fondement du régime issu de la révolution. Son article 3 affirme en effet : « Le principe de toute souveraineté réside essentiellement dans la nation. Nul corps, nul individu ne peut exercer d'autorité qui n'en émane expressément ». Il s’agit là d’un changement considérable, qui se traduit notamment par le fait que le principe de souveraineté qui fonde le pouvoir ne réside plus désormais dans un principe transcendant (le droit divin), mais simplement dans l'existence de la nation, constitué des individus qui en font partie. C’est de cette Nation que les soldats de Valmy, le 20 septembre 1792 (24 heures avant la proclamation de la République) se revendiqueront, lorsqu’ils s’élanceront au combat au cri de « Vive la Nation »...

Les temps ont changé et les vieux mécanismes intégrateurs semblent avoir perdu de leur capacité à générer un sentiment de commune appartenance et l’idée d’unité nationale a conduit des forces politiques, clairement héritières des nationalismes fermés d’hier, toujours antisémites mais désormais islamophobes, antirépublicaines, nostalgiques de la collaboration et de la colonisation, a construire un discours de l’identité nationale, substituant à l’unité civique et à l’universalité juridique, le concept d’identité ethnique et culturelle. Des forces politiques revendiquant une filiation républicaine n’ont pas hésité à leur emboîter le pas. La ruse a consisté à s’emparer d’un certain nombre des principes républicains pour en subvertir la signification et les muer en concepts chargés d’une fonction identitaire comme le principe de laïcité…

Comment résister à la dérive nationaliste ?

"La Marseillaise" Film de Jean Renoir 1936

On connaît le célèbre aphorisme de Romain Gary : « le patriotisme, c'est aimer son pays, le nationalisme c'est détester celui des autres » ! Et c'est ce qui aujourd'hui se joue : oui, il faut manifester son intérêt pour la nation à laquelle on appartient, oui il faut être attentif à la patrie dans laquelle on se trouve. Pour citer Jaurès : « un peu d'internationalisme éloigne de la patrie, beaucoup d'internationalisme y ramène. Un peu de patriotisme éloigne de l'internationale, beaucoup de patriotisme y ramène ». Oui la question des mots est importante, et je pense qu'aujourd'hui nous avons l’obligation à redonner aux termes de nation et de patrie la signification initiale qui était la leur, en rappelant notamment que le patriotisme est civique, qu'il mobilise le citoyen dans sa loyauté mais aussi dans son esprit critique, qu'il soumet le gouvernement à la critique du public, alors que le nationalisme, en jouant sur la force contraignante du déterminisme social et culturel, en imposant une vision identitaire de la nation et en stérilisant l'esprit critique qualifié de menace pour la communauté, pousse au conformisme, à la massification et à la démission de la raison…

Retrouvez les articles de Jean-Michel Ducomte publiés dans nos éditions : L’Europe face à ses responsabilités ; Condorcet et Jean Zay, deux grands éducateurs ; ses contributions lors des Rencontres laïques sur la liberté d’expression et sur  Question laïque / question sociale et la présentation d'un de ses maîtres ouvrages: Laïcité, laïcité(s)?

___________________________

Les Cercles Condorcet sont affiliés à la Ligue de l'enseignement. Celle-ci anime une autre édition sur Médiapart: "Laïcité". Fondée en 2009 cette édition propose plus de 500 articles. Elle assure le suivi des événements, initiatives et publications liées à la laïcité au sens le plus large. Ne manquez pas de la visiter !

Bienvenue dans le Club de Mediapart

Tout·e abonné·e à Mediapart dispose d’un blog et peut exercer sa liberté d’expression dans le respect de notre charte de participation.

Les textes ne sont ni validés, ni modérés en amont de leur publication.

Voir notre charte

À la Une de Mediapart

Journal — Exécutif
Une seule surprise, Pap Ndiaye à l'Éducation
Après vingt-six jours d’attente, Emmanuel Macron a nommé les vingt-sept membres du premier gouvernement d’Élisabeth Borne. Un casting gouvernemental marqué par sa continuité et toujours ancré à droite. La nomination de l’historien Pap Ndiaye à l’Éducation nationale y fait presque figure d’anomalie.
par Ilyes Ramdani
Journal — Gauche(s)
Union de la gauche : un programme pour mettre fin au présidentialisme
Jean-Luc Mélenchon et ses alliés de gauche et écologistes ont présenté le 19 mai leur programme partagé pour les élections législatives, 650 mesures qui jettent les bases d’un hypothétique gouvernement, avec l’ambition de « revivifier le rôle du Parlement ». 
par Mathieu Dejean
Journal
Écologie politique : ce qui a changé en 2022
Les élections nationales ont mis à l’épreuve la stratégie d’autonomie des écologistes vis-à-vis de la « vieille gauche ». Quel dispositif pour la bifurcation écologique, comment convaincre l'électorat : un débat entre David Cormand, Maxime Combes et Claire Lejeune.  
par Mathieu Dejean et Fabien Escalona
Journal — France
À Romainville, un site industriel laissé à la spéculation par la Caisse des dépôts
Biocitech, site historique de l’industrie pharmaceutique, a été revendu avec une plus-value pharaonique dans des conditions étranges par un promoteur et la Caisse des dépôts. Et sans aucune concertation avec des élus locaux, qui avaient pourtant des projets de réindustrialisation. 
par Romaric Godin

La sélection du Club

Billet d’édition
Pour une alimentation simple et saine sans agro-industrie
Depuis plusieurs décennies, les industries agro-alimentaires devenues des multinationales qui se placent au-dessus des lois de chaque gouvernement, n’ont eu de cesse pour vendre leurs produits de lancer des campagnes de communication aux mensonges décomplexés au plus grand mépris de la santé et du bien-être de leurs consommateurs.
par Cédric Lépine
Billet de blog
L'effondrement de l'écologie de marché
Pourquoi ce hiatus entre la prise de conscience (trop lente mais réelle tout de même) de la nécessité d’une transformation écologique du modèle productif et consumériste et la perte de vitesse de l’écologie politique façon EELV ?
par jmharribey
Billet de blog
Reculer les limites écologiques de la croissance… ou celles du déni ?
« À partir d’un exemple, vous montrerez que l’innovation peut aider à reculer les limites écologiques de la croissance ». L' Atécopol et Enseignant·es pour la planète analysent ce sujet du bac SES, qui montre l’inadéquation de l’enseignement des crises environnementales, et les biais de programmes empêchant de penser la sobriété et la sortie d’un modèle croissantiste et productiviste.
par Atelier d'Ecologie Politique de Toulouse
Billet de blog
Rapport Meadows 9 : la crise annoncée des matières premières
La fabrication de nos objets « high tech » nécessite de plus en plus de ressources minières rares, qu'il faudra extraire avec de moins en moins d'énergie disponible, comme nous l'a rappelé le précédent entretien avec Matthieu Auzanneau. Aujourd'hui, c'est Philippe Bihouix, un expert des questions minières, qui répond aux questions d'Audrey Boehly.
par Pierre Sassier