L'Hebdo du Club: avec les Roms

À l'occasion de la journée des Roms, qui aura lieu le 8 avril, l'Hebdo propose un zoom sur le blog de Juliette Keating qui a chroniqué de juillet à décembre 2016 l'errance de 13 familles roms de Montreuil, la mobilisation citoyenne autour d'eux et sa colère face à la lâcheté politique.

La « Chronique d'Amnesty International » du mois d'avril a ouvert ses colonnes à Juliette Keating, avec les photos de Gilles Walusinski et une fresque réalisée par Damien Roudeau pour raconter l'errance de 13 familles roms (40 personnes dont 13 enfants) de Montreuil, suite à l'expulsion brutale de leurs habitations du boulevard de la Boissière, le 28 juillet 2016.

Après avoir recherché plusieurs solutions alternatives, avec l'aide des citoyens engagés, ces familles ont finalement dû quitter Montreuil « préférant retourner en Roumanie plutôt que d'être éloignées de Montreuil mais sachant qu'elles n'auront pas d'autres choix que de revenir. Mi-février, quelques familles sont de retour et dorment dans de vieilles voitures ou sous des tentes à même la rue. Dans ces conditions, il est peu probable que les enfants retrouvent rapidement le chemin de l'école. Les « Roms de Montreuil » ont fait une part de l'histoire de la ville mais ils semblent être exclus de son avenir ».

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En 6 pages, Juliette a résumé ce qu'elle avait chroniqué dans son blog du Club, du 30 juillet au 1er décembre 2016, avec une grande régularité (plus de 30 billets !) et un engagement remarquable pour faire participer les autres contributeurs du Club (pour se mobiliser, interpeller les pouvoirs publics, participer à la cagnotte...). 

Extrait de son billet du 10 novembre 2016, Montreuil: une seule solution (provisoire), la réquisition pour les familles à la rue : 

« Je transcris les paroles de Bobby puis de Daniel, montreuillois à la rue et Roms, que l'on peut entendre sur l'enregistrement de la réunion effectué par une militante solidaire  (ICI) : « Bonjour à tous, (avant l'expulsion) nous n'étions pas du tout des mendiants, nous ne faisions pas la mendicité à Montreuil, nous avions un travail de récupération, de ferrailleur, c'était un travail de recyclage. On se retrouve dans cette situation alors qu'on n'aime pas du tout faire la mendicité. On est obligés de faire la mendicité pour pouvoir nourrir nos enfants.

Le jour où il a neigé, on a vu des enfants en train de passer avec leur parents et qui étaient contents de la neige. Il n'y avait que nous et nos enfants qui n'étions pas contents parce qu'il faisait très très froid et nous étions cachés dans nos tentes. Ce n'est pas normal que ça nous arrive. Plus de trois mois dans la rue, ça nous suffit. On ne peut plus supporter d'être dans la rue. Il n'y a aucune solution pour nous ? C'est incroyable, il n'y a aucune solution ? On est sales, on n'est pas lavés. On sent mauvais devant les gens qui passent et on ne se sent pas bien devant leur regard, ce mauvais regard sur nous. Et cette situation, c'est pas nous qui l'avons créée. 

« A cause de cette situation, ma fille ne va plus à l'école depuis plusieurs semaines . Elle a une otite, elle a mal aux dents. Elle doit rester au chaud. Ma fille me dit qu'elle a froid, qu'elle se sent pas bien et qu'elle ne peut pas aller à l'école. Le cinéma Méliès, quand ils ont vu la neige, ils nous ont fait rentrer. Merci beaucoup au cinéma Méliès. Depuis trois mois on est dans la rue, on n'est pas violents, on est calmes, On veut trouver des solutions calmement avec vous. Pourquoi on a été jeté du terrain où nous avait installé la précédente municipalité? On avait payé l'eau et l'électricité. Comment c'est possible qu'il n'y ait pas de solution? Il y a des terrains, il y a des gymnases, il y a des solutions pour se mettre à l'abri. On est prêts à payer les charges. On ne veut plus que nos enfants vivent dans cette situation, on veut un changement pour l'avenir de nos enfants. »

Fresque de Damien Roudeau – élaborée sur un mur du théâtre à partir des dessins que l'artiste a réalisés depuis qu'il travaille avec les Roms –- effacée par la Mairie au mois d'août 2016. Fresque de Damien Roudeau – élaborée sur un mur du théâtre à partir des dessins que l'artiste a réalisés depuis qu'il travaille avec les Roms –- effacée par la Mairie au mois d'août 2016.

A la veille de la journée internationale des Roms du 8 avril, dont le but est de célébrer la culture rom et de sensibiliser les populations aux problèmes rencontrés par ce peuple, et alors que le film « A bras ouverts » enfile les clichés nauséabonds sans aucune retenue (la critique de l'écrivain tsigane Jacques Debot est à lire ici), nous voulions rappeler ici que le sort tragique des Roms ne nous indiffère pas. 

A la différence des candidats à la présidentielle dont aucun (corrigez-moi si je me trompe) n'a de projet pour améliorer le sort de cette minorité européenne... 

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