Primaire de la droite: le retour des réacs

Ce dimanche, François Fillon devrait représenter sa famille politique à la présidentielle 2017. Le conditionnel est de mise car au jeu des pronos, pas de vainqueur. Cette semaine, l'hebdo du club sera exclusivement réservé à la primaire de la droite et du centre qui a vu le Manceau caracoler en tête au premier tour et nos abonnés réagir.

Rien ne se passe plus comme prévu. Le premier tour de la primaire de la droite et du centre en reste le dernier exemple. Tout le monde voyait, écrivait, parlait d’un second tour et d’un candidat potentiel à la présidentielle qui ne pouvait être qu’Alain Juppé ou Nicolas Sarkozy. On ne pariait que sur le cheval qui arriverait en tête ou second. Tout faux ! Les sondeurs en particulier ont encore frisé le ridicule. Cette claque qui semble sonner la fin de la Sarkozie et annonce avec François Fillon le retour d’une France réactionnaire a traversé le Club de Mediapart. Dans notre hebdo, nous allons revenir sur cette actualité politique qui a fait réagir, qui a donné lieu à de nombreuses contributions sans occulter par ailleurs la littérature naturelle qui alimente chaque jour nos colonnes.

Tout a débuté dans le club la semaine du premier tour par cette approche comparée des processus d’adoption au PS et à LR de primaires ouvertes. L’analyse en trois volets de Rémi Lefèbvre, professeur de science politique à l’université Lille 2-CERAPS et Eric Treille, chercheur associé, CRAPE-Arènes a fait réagir nos abonnés à la marge, du mardi au samedi, veille du vote. Et puis le raz-de-marée Fillon qui a relégué loin du rivage les six autres prétendants au second tour a sonné le réveil. Les billets se sont succédé et les fils de commentaires ont vibré en réaction.

Tous d’un intérêt certain pour réagir à propos à la victoire sans appel de François Fillon. Un des premiers à avoir dégainer la plume, à nous rafraîchir la mémoire et à nous proposer un billet d’angle intitulé «Fillon : fol qui s’y fie !» est l'historien de l'éducation Claude Lelièvre. Dans un jet d’encre, il rappelle que l’ancien ministre de l’Enseignement supérieur, puis de l’Education nationale et enfin Premier ministre du quinquennat Sarkozy présenté comme un homme de « principes » cache un politique plus complexe. Et de conclure en gras et en italiques sur une interrogation : «Un Fillon étrange ; un Fillon filou ; un Fillon variable. A coup sûr un Fillon aux positions conservatrices et thatchériennes. Mais est-il du bois dont on fait les dames de fer». Dans l’édition participative Ecole et Cie, B.Girard embraye le pas et dans son accroche campe le décor : «La victoire de Fillon aux primaires de la droite est comme un coup de tonnerre non pas dans un ciel serein mais dans un climat lourd de menaces pour l’éducation. Si son programme éducatif – finalement très proche de celui de Le Pen – prévoit de ramener l’école très loin en arrière, Fillon traîne également derrière lui un passé - de chef de gouvernement et de ministre de l’Education – très caractéristique de la pensée réactionnaire».

Plus cash, Vingtras, dans un billet court, qualifie Fillon dans «Le cave s’est rebiffé» « de père-fouettard de la République bourgeoise ». Une référence à Audiard, un vocabulaire adéquat emprunt de traits d’esprit qui annonce que François Fillon «sera un conservateur hyper réactionnaire, un Versaillais pur jus.» Sur les 108 commentaires qui suivent, celui de Morvan56 qui ajoute son écot à la démonstration de notre historien normand, auteur-réalisateur de films. 

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Moins direct, le regard distancié de Noël Mamère qui dans «Primaires de la droite : une journée particulière», le député de Gironde pose un œil sur ces primaires de droite en se rappelant celles des écologistes: «Décidément les primaires se suivent et se ressemblent : les tenants des appareils et celles et ceux qui sont considérés comme les favoris tombent les uns après les autres. Après Cécile Duflot, c’est donc au tour de Nicolas Sarkozy, l’idole des fans "LR", de "tomber" brutalement. Même si les deux primaires ne peuvent être comparées, sur le plan quantitatif comme sur celui des enjeux, une même logique les structure, qui avait déjà mise au tapis Martine Aubry en 2011».  Et d’aller plus loin dans le raisonnement: «Dans ce jeu de massacres, chaque électeur se sent désormais libre de son choix et refuse d’être un pion manipulé par un chef de parti et ses lieutenants ; les partis ne sont plus les faiseurs de roi et tout est possible. Les primaires sont une machine à détruire les appareils et à renforcer les phénomènes d’incarnation, de personnalisation, de présidentialisation, pour le meilleur et pour le pire». Ce billet a déclenché une cinquantaine de commentaires tous de bonne tenue. Et une pensée divergente. Sur ce fil, plusieurs abonnés avec en tête de liste Sycophante relayé par Egalidad, René Datry, B.Girard… ne sont pas d’accord avec la lecture de Mamère et le disent. 

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Ex d’EELV comme Noël Mamère, Françoise Diehlmann, membre de l'Association France Palestine Solidarité et de l'association Russie-Libertés, militante des droits humains nous livre un billet pessimiste. Avec elle, nous sommes déjà au second tour de la Présidentielle, à devoir faire un choix cornélien. Dans l’absolu elle ne veut ni de Fillon ni de Le Pen, le problème c’est qu’elle ne voit pas d’alternative à gauche. Néanmoins, elle ne désarme pas et sous un titre incantatoire «Urgence : Empêchons que s’installe la révolution conservatrice» tente de réveiller les consciences. Vision aussi sombre, mais sur un autre terrain ; celle de Yasser Louati qui signe qu’«il n’y a aucune bonne nouvelle dans cette victoire bien qu’elle conduit à nous débarrasser de Nicolas Sarkozy et sa double ration de frites ou de Jean-François Coppé et ses pains au chocolat». Notre blogueur, militant des droits humains et libertés publiques, dans son billet «Néolibéralisme et racisme assumé : mais de qui François Fillon est le candidat ?» Dans son chapô, Yasser Louati par syllogisme ouvre sa démonstration : «Que Nicolas Sarkozy et Bruno Le Maire aient appelé à voter Fillon montre qu’il y a bien convergence des luttes chez les islamophobes et que le mythe de la cohésion nationale est sur les rotules tant il a été sapé par les concepts de France de Vichy, identité nationale, déchéance de nationalité, français de papier, ennemi de l’intérieur...»

Est-ce étonnant surtout après la lecture de la tribune de Paul Ariès, rédacteur en chef du mensuel les Zindigné(e)s et Christian Terras, directeur de la rédaction de Golias qui unissent leur voix pour sonner la sonnette d'alarme. « François Fillon est bien le nom du retour de la vieille droite catho. Parce que athée pour l’un et catholique pour l’autre mais tous deux amoureux de la laicité et de la séparation de l’église et de l’Etat, nous sommes inquiets face au mélange des genres qu’introduit François Fillon. » L’attaque du papier donne le "la" :«La victoire sans appel de François Fillon aux primaires de la droite signe (de croix) le retour du vieux vote catholique réac en France. La carte électorale de François Fillon correspond largement depuis des années à celle de la pratique religieuse catholique en France.»… «François Fillon est le candidat sorti du chapeau de la mal-nommée "manif pour tous" qui avait mobilisé des millions de catholiques conservateurs contre l’égalité des droits devant le mariage républicain.» Et comme dans le billet précédemment cité, les auteurs pointent une «régression politique puisque l’existence même d’un vote identitaire catholique nous ramène, sinon à Vichy, du moins au XIXe siècle, avant que l’église n’accepte de pactiser avec la République. François Fillon a bénéficié pour son élection de la mobilisation de la grande majorité des réseaux de la droite catholique dont l’association Sens Commun, émanation directe de la manif contre l’égalité des droits.»

Ce dimanche 27 novembre 2016, sortira des urnes le candidat de la droite à l'élection présidentielle. Fillon favori, Juppé outsider. Revue Frustration dans un billet du 23 novembre «Fillon ou Juppé, bourgeoisie vraiment affamée cherche candidats faussement modérés» conclut cet hebdo. Quel que ce soit le résultat, ce sera blanc bonnet ou bonnet blanc. Les rédacteurs de ce trimestriel politique indépendant expliquent que «Les grands vainqueurs du premier tour de la primaire de la droite (et soi-disant du centre) sont ceux qui, pour prendre le contrepied du petit teigneux Sarkozy, ont joué le rôle des grands garçons sages et modérés, Fillon et Juppé, Juppé et Fillon. Pourtant leur sagesse et leur modération se révèlent un grave danger pour la très grande majorité de la population». Pour eux, nul doute: «Services publics, droit du travail, protections sociales : ils veulent tout détruire. Il n’y en a pas un pour rattraper l’autre, le deuxième tour de la primaire sera donc un duel fratricide : candidat des riches contre candidat des riches.»

 

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