Le jardin naturel (6)

Amis ou ennemis ?

  suite des billets: Le jardin naturel (1) ; Le jardin naturel (2) ; Le jardin naturel (3) ; Le jardin naturel (4) ; Le jardin naturel (5)

 

                                       Amis ou ennemis ?

 

 Le chat

Sympathique animal de compagnie, il n’en est pas moins le plus terrible prédateur du jardin – et des jardins voisins qu’il ne manque pas de visiter. Il attrape les jeunes oiseaux qui commencent leur vie au sol (merles, rouges-queues, rouges-gorges). Il chasse les lézards et les papillons. Il s’attaque aussi aux musaraignes, ces petites carnivores cousines du hérisson souvent confondues avec les souris. Bien sûr, cet instinct est naturel. Mais ce qui ne l’est pas, c’est la grande densité des chats vivant dans les zones résidentielles : une dizaine peut passer successivement dans un même jardin durant une seule nuit. Dans la nature, un seul chat sauvage d’Europe couvre un territoire d’environ 3 km².

 © julien populin © julien populin

Pour tenter d’avertir les oiseaux de l’arrivée du chat, il suffit de l’équiper d’une clochette ou d’un grelot qui tinte facilement (sinon il apprend à se déplacer sans la faire sonner). Il faudra le garder à l’intérieur durant quelques jours si de jeunes oiseaux sont descendus du nid et sont nourris à terre par leurs parents (mai, juin).

 

La taupe commune

La taupe (Talpa europaea) est souvent considérée comme nuisible par les jardiniers et les agriculteurs à cause des monticules de terre qu'elle crée.

Toutefois, le travail des taupes contribue à la qualité du sol : les galeries drainent le terrain, tandis que les taupinières permettent de le fertiliser en faisant remonter à la surface la terre des couches plus profondes.

 En outre c'est l'un des rares prédateurs de certains vers et larves nuisibles qui s’attaquent aux racines des plantes du jardin (vers blancs de hanneton, vers de taupins, courtilière, limaces, etc).

 Par ailleurs, la plupart des techniques de destruction obtiennent souvent l'inverse de l'effet recherché. En effet, la plupart des tentatives de destruction (piégeage, gazage, déterrage, appâts) perturbent les habitudes de l'animal. Loin de s'enfuir, il se met à creuser de nouvelles galeries pour contourner celles qui ont changé. Ainsi, plus le jardinier lutte contre la taupe, plus les monticules se multiplient.

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 Si la présence d'une taupe peut susciter une gêne, c'est avec sa disparition que les véritables problèmes commencent. En effet, la présence de la taupe occupe le terrain ; sa disparition laisse un réseau de galeries inoccupé et bien structuré qui attire rapidement d'autres animaux plus problématiques pour les cultures (rongeurs notamment).

 Enfin, une fois que la taupe a fini son réseau de galeries, elle devient plus discrète et les taupinières sont plus occasionnelles (à l'entrée de l'hiver à cause du froid notamment).

 

Le rat brun

Egalement appelé rat d’égout ou surmulot (Rattus norvegicus). Le caractère nuisible du rat brun pour l'homme provient des dégâts qu'il cause (dans les greniers, les récoltes, les fils électriques) et par les maladies qu'ils contribuent à propager (peste, leptospirose, salmonellose…).

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De même, du fait de son caractère invasif, le rat occasionne de nombreux bouleversements dans les écosystèmes et contribue également à l'éradication de certaines espèces animales.

 

Les coccinelles asiatiques

 La coccinelle asiatique (Harmonia axyridis) est une espèce de coccinelle originaire de Chine. Elle présente une large gamme de coloris, allant du rouge à points noirs au noir à points rouges, en passant par de nombreuses nuances de jaune, ce qui peut faire croire à des espèces différentes. Les élytres sont ornés de zéro à 19 points.

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Elle a été volontairement introduite en Belgique. Depuis la fin des années 1980 elle est utilisée pour la lutte «biologique» contre les populations de pucerons dans les serres, les cultures et les jardins privés. N’importe qui pouvait acheter cette espèce auprès d’entreprises de lutte biologique. Elle a également été introduite aux Etats-Unis où elle s’est acclimatée depuis une vingtaine d’années.

La première observation dans la nature en Belgique remonte à septembre 2001 dans les environs de Gand. Depuis fin 2002, elle s’est répandue à une vitesse extraordinaire. Au départ, elle était essentiellement observée à Bruxelles, Anvers, Gand, Louvain, ... Aujourd’hui, elle a colonisé toute la Belgique. En deux ans, elle est devenue l’espèce la plus répandue dans les espaces verts de Bruxelles.

 Tout d’abord, elle représente une menace pour les coccinelles indigènes. Non seulement elle entre en compétition avec celles-ci mais en plus, elle est capable de se nourrir directement de leurs larves ou de larves d’autres insectes indigènes tels que les papillons, les chrysopes ou les syrphes (également prédateurs de pucerons).

 Elle peut également devenir une nuisance lorsque des centaines, voire des milliers d’individus envahissent les habitations dès les premiers jours froids d’octobre pour y passer l’hiver. Elle ne représente aucun danger sanitaire (pas de transport de maladies, rares cas d’allergies ou d’irritations) et elle n’abîme rien dans la maison mais la cohabitation s’avère parfois très désagréable : les insectes peuvent se trouver partout, en grand nombre et émettre un liquide malodorant.

 Ces problèmes étaient prévisibles puisqu’ils sont déjà bien connus aux Etats-Unis. De plus, une espèce indigène (la coccinelle à 2 points) est commercialisée sans poser les problèmes liés à la coccinelle asiatique mais sa production est économiquement moins rentable.

 Le risque de confusion est maximal avec la coccinelle à 2 points qui, comme la coccinelle asiatique, est très variable et s’agrège en hiver dans les maisons.

La combinaison de deux caractéristiques permet de distinguer la coccinelle asiatique :

- sa taille plus grande que celle de la plupart des espèces indigènes : 5 à 8 mm ;

- son pronotum qui peut présenter trois types dessins : clair avec un dessin en forme de “M”, clair avec “patte de chat” (une tache centrale avec 4 autres taches en demi-cercle autour) sans taches supplémentaires et, enfin, noir avec deux larges bandes claires

La coccinelle asiatique est très résistante au froid et on ne lui connaît pas, pour le moment, de prédateur ou de parasite suffisamment spécialisé. Son implantation définitive en Belgique (et en Europe) est donc très probablement inéluctable. Il est donc inutile de tuer les individus de coccinelle asiatique que l’on rencontre. La seule réaction que nous puissions avoir est d’en tirer les leçons pour l’avenir, afin d’éviter que cela se reproduise, notamment en mettant en place un système législatif qui permettrait d’exercer un contrôle et d’évaluer l’impact des agents utilisés en lutte biologique.

 

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