Edwy Plenel
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Billet de blog 12 mai 2020

Mediapart à l’épreuve de l’épidémie: parlons-en jeudi 14 mai à 13 heures

Mediapart vous convie à un chat en ligne et en vidéo jeudi 14 mai de 13 heures à 14 heures. Vous pouvez d’ores et déjà poser vos questions sur un formulaire en ligne.

Edwy Plenel
Journaliste, président de Mediapart
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Afin de vous rendre compte de son travail et de répondre à vos interrogations, Mediapart vous donne rendez-vous jeudi 14 mai à 13 heures. Vous pouvez poser vos questions par avance via ce questionnaire en ligne. En attendant, comme nous l’avons toujours fait, voici, en toute transparence, les dernières nouvelles de votre journal et, surtout, de celles et ceux qui le font.

Depuis deux mois (l’annonce en fut faite ici), toute l’équipe de Mediapart est en télétravail et, pour la majorité d’entre nous, le reste encore tant que l’épidémie n’a pas nettement reflué. Cela ne nous a pas empêchés de relever le défi d’un journalisme d’intérêt public, plus que jamais au service du droit de savoir, comme l’ont montré, tout au début du confinement, nos révélations inaugurales sur le scandale de la pénurie de masques (les retrouver là).

Un immeuble virtuel, bien plus vaste que nos locaux réels, a été d’emblée créé par notre équipe technique dirigée par Olivier Grange-Labat, avec une multitude de salles dédiées pour nos réunions : non seulement la conférence de rédaction quotidienne – où nous avons été parfois plus de soixante-dix connectés ensemble en réussissant à éviter toute cacophonie –, mais aussi les diverses rencontres des services et des pôles, ainsi que les séances hebdomadaires du Comité social et économique, sans oublier une salle détente pour des retrouvailles apéritives, ainsi qu’une salle de sport pour des cours de gymnastique matinale, généreusement dispensés par l’une d’entre nous, Laura Seigneur.

Pour faire face à cet événement inattendu de Covid-19, qui nous défiait et nous requérait, il fallait d’abord s’assurer collectivement des bonnes conditions de vie et de travail de chacune et de chacun. Le confinement peut s’accompagner de solitudes et de lassitudes, sans compter que la maladie n’a pas épargné notre équipe. Diverses décisions d’accompagnement ont été prises, notamment l’octroi de cinq journées de congés supplémentaires pour que les jours de repos confiné ne réduisent pas le crédit annuel de vacances des salarié·e·s. De même, Mediapart a fait le choix d’un engagement auprès de ses pigistes, en veillant à ce que, de notre part, ils ne subissent pas de perte de revenus.

Pendant que le pôle gestion de Mediapart, sous la responsabilité de Marie-Hélène Smiéjean et de Cécile Sourd, veillait ainsi en coulisses, assurant par ce travail d’accompagnement et de soutien la cohésion et la solidarité de l’équipe, le contenu du journal, sous la responsabilité de Stéphane Alliès et Carine Fouteau, qui animent notre Direction éditoriale élargie, était au rendez-vous d’une exceptionnelle mobilisation. Enquêtes, reportages, analyses, entretiens, partis pris, correspondances de l’étranger : nous avons tenté d’approcher l’énigme de l’épidémie dans toutes ses dimensions, aussi bien sanitaires que politiques, économiques et sociales, géopolitiques et intellectuelles, culturelles ou littéraires.

Dès les premiers jours du confinement, autour de Valentine Oberti et de Mathieu Magnaudeix, en compagnie de notre partenaire historique Pierre Cattan et de son équipe de Small Bang, Mediapart inventait une émission vidéo quotidienne, « À l’air libre ». Elle a fait la démonstration qu’une virtualité technologique pouvait rendre compte, au plus près, des réalités vécues, en délaissant les refrains communicants et les clichés médiatiques. C’est la société, dans sa diversité et sa vitalité, qui y prend la parole, en toute franchise et fraîcheur, faisant vivre une politique sensible, en somme une politique du commun et de l’égalité (toutes les émissions, en accès libre, sont à retrouver ici).

C’est ainsi, par cette mobilisation collective, d’entraide et de partage, que Mediapart a été au rendez-vous de sa responsabilité tant professionnelle que sociétale : fournir des informations d’intérêt public afin de comprendre et d’agir ; défendre l’exigence démocratique de la vérité et de la connaissance contre le mensonge et l’ignorance. Quand Vincent Lindon a proposé à Fabrice Arfi de confier à Mediapart son formidable appel (le retrouver ici en texte et vidéomêlant colère, réflexion et proposition sous le choc révélateur de la pandémie, il lui a dit qu’il se tournait vers nous car il ne fréquentait aucun réseau social numérique, à l’exception d’un seul, notre journal, qui, pour lui, en tenait lieu. Ce compliment rencontrait notre ambition de toujours d’être au carrefour des attentes et des espoirs du plus grand nombre, comme nous l’avions signifié en mettant tout le journal en accès libre le week-end des 11 et 12 avril.

L’évolution des abonnements et de la fréquentation de Mediapart durant cette crise en porte le fruit (nos derniers chiffres à fin 2019 sont ici). Nous avons dépassé la semaine dernière les 210 000 abonnés individuels et notre audience a parfois atteint les dix millions de visiteurs uniques. Commercialement gérée par une équipe spécifique, basée à Poitiers et animée par Marine Sentin, cette affluence nous semblait inimaginable quand, il y a douze ans, nous avions fait le pari à contre-courant d’un journal numérique ne vivant que du soutien de ses lecteurs, sans recettes publicitaires ni subventions étatiques. Éditorialement, elle a entraîné une richesse accrue des contributions dans notre Club participatif, avec une croissance notable du nombre de blogs tenus par nos abonné·e·s. Mais elle a exigé aussi une mobilisation accrue des équipes qui ont en charge de faire connaître Mediapart, ses informations et ses innovations, qu’il s’agisse du pôle marketing, qui assure notre promotion numérique, ou du groupe dit « communautés », qui anime notre présence sur les réseaux sociaux.

Cette rencontre d’un journal et d’un moment n’est rien d’autre que la mise à l’épreuve de notre raison d’être. Puisque les femmes furent, et sont encore, en première ligne de cette crise sanitaire (lire ici et voir ), laissons l’une des grandes figures pionnières du journalisme, Séverine, que l’on surnommait « la frondeuse », toujours au rendez-vous des attentes sociales et démocratiques, la résumer : « Je suis, on le sait, de l’école du fait. Plus que les théories, si généreuses soient-elles, plus que les plaidoyers, si éloquents soient-ils, j’apprécie la sobriété péremptoire de l’événement. »

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