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Billet de blog 22 mars 2020

L’heure de faire les (bons) choix à Perpignan pour le second tour des municipales

Francis DASPE est animateur de groupe d’action de La France Insoumise à Perpignan. Il est également secrétaire général de l’AGAUREPS-Prométhée. Poursuite de l'analyse politique des municipales de Perpignan, dans un entre-deux après les résultats du premier tour et dans l'attente d'un hypothétique second tour.

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La réflexion politique peut exister avec ou sans confinement. Elle n’a pas à s’interrompre. Surtout quand il s’agit d’une question aussi sensible et structurante que les municipales de Perpignan. Et plus particulièrement sur la manière dont le second tour (bien qu’encore hypothétique) doit être abordé, après le verdict du premier tour qui, quelle que soit l’opinion que l’on en puisse en avoir, doit servir de point de départ.

En effet, il faut considérer les résultats du premier tour tels qu’ils sont, et pas tels qu’on aimerait qu’ils aient pu être, ou pire, tels qu’on aimerait les interpréter pour mieux les tordre afin de leur faire dire ce qu’on aimerait entendre et ce que l’on n’a pas réussi à obtenir par les bulletins de vote. Il faut ensuite proposer d’agir en fonction de l’intérêt général que l’on assigne à Perpignan et à son environnement tant local que global, et pas en fonction de calculs à court terme pour mieux préserver ses intérêts particuliers qui n’ont que peu d’intérêt immédiat.

Louis Aliot, candidat d’extrême droite, est arrivé en tête. Comme c’était prévu, mais avec un écart sur ses poursuivants plus large qu’envisagé dans la plupart des cas. C’est la première réalité à prendre en compte. Jean-Marc Pujol, maire sortant, est deuxième, avec quatre points de plus que la liste menée par Agnès Langevine. Et pas l’inverse… Tous les deux obtiennent des scores médiocres et décevants. Jean-Marc Pujol, de surcroît pour un maire sortant, est loin de son score de 2014. Même si l’addition des scores de Jean-Marc Pujol et de Romain Grau, qui tous deux étaient sur la même liste,  parvient au total de 2014. Je conviens aisément que cet argument est peu solide, car la politique n’est pas une question d’arithmétique… Le score d’Agnès Langevine se situe plus de trois points en deçà du total des listes EELV (Jean Codognès) et PS (Jacques Cresta) de 2014. Sensée les regrouper, le liste Langevine montre qu’elle n’a ni rassemblé, ni fédéré, ni créé de dynamique au cours de cette campagne.

Des rappels complémentaires ne sont pas inutiles pour prendre la mesure de la situation. Le score de Romain Grau, qui est allé en s’effritant, montre que l’étiquette macronistre est bien devenue un boulet. Avis à celles et ceux qui projettent un large « front républicain » ou même une quelconque fusion… L’Alternative ! n’a pas transformé l’espoir suscité à son lancement. Pour des raisons diverses, qu’il importera de discuter en interne autour des notions de stratégie (politique), de dynamique (politique) et de logiciel (politique). Et j’ai commencé, avec d’autres, de manière constructive, à le faire en toute responsabilité et clarté.

Une triangulaire au second tour reviendrait à offrir la mairie de Perpignan sur un plateau à Louis Aliot. Agnès Langevine doit se rendre compte qu’elle est arrivée en troisième position. Pas en deuxième. Et cesser de tramer des mécanos politiciens improbables caractéristiques d’un vieux monde politique qui nous a menés à la situation dans laquelle nous sommes. Un duel Aliot / Pujol ne garantit plus la défaite de l’extrême droite. C’est l’abus de front républicain qui en est une des causes majeures, en rehaussant régulièrement le plafond de verre du FN / RN. Et également parce que le bilan de Jean-Marc Pujol devient un véritable passif.

Que faire alors ? Même si la situation est délicate, il convient en toute circonstance de faire parler la raison politique, qui finit toujours par s’imposer à nous. Avec plus ou moins de violence ; en nous laissant plus ou moins de capacité à réagir ; en nous retranchant plus ou moins de crédibilité ; avec plus ou moins de temps. Car c’est en cela que résident en fin de compte les véritables enjeux. Et en gardant présent à l’esprit que l’important est de préserver sa dignité, en écartant toutes les manipulations autant dérisoires que vaines.  La ligne de crête n’est pourtant pas compliquée à discerner. Elle tient dans un triptyque simple. Pas de triangulaire. Pas de front républicain. Tabler sur l’émergence d’un sursaut populaire citoyen.

Pourquoi pas de triangulaire ? Outre que ce serait un cadeau fait à Louis Aliot. Car le pari du maintien, avec ou sans alliés pour une fusion, de la liste Langevine est une carabistouille peu glorieuse. Elle a fait le deuil de la mairie de Perpignan, et garde pour seule ambition de s’approprier par le subterfuge de la triangulaire le statut de principale opposante à un Louis Aliot devenu maire. Rôle qu’elle ne tiendra nullement dans les faits au quotidien, puisqu’elle se consacrera en priorité à sa fonction à la région Occitanie. Illustration concrète de la politique du pire, ou du pire de la politique à l’ancienne, jusqu’à l’écœurement. Pas de triangulaire parce qu’Agnès Langevine n’est pas la bonne personne pour rassembler et fédérer une opposition de gauche. Il suffit de voir comment elle s’est autoproclamée candidate en refusant toute discussion avec qui que ce soit ; il suffit de se rappeler comment elle a déclaré qu’elle ne croyait pas à la démocratie participative et à l’implication populaire à Perpignan. Elle n’a pas été capable de faire fructifier l’appui considérable de la presse dont elle a bénéficié, avec les véritables publi-reportages de la presse nationale (dans la droite ligne du choix fait par les tenants de l’oligarchie de faire de Yannick Jadot un de ses nouveaux plan B) et l’énergie mise par un (seul) journaliste de L’Indépendant à la promouvoir outrageusement, parfois même au mépris de la vérité des faits et des évidences admises. Parce qu’elle incarne les raisons sur lesquelles l’extrême droite ne cesse de proliférer : le renoncement à tenir ses promesses de campagne au Conseil régional Occitanie (voir en cela ses votes en faveur du capitalisme vert ou de l’austérité, ses concessions récurrentes aux lobbies si peu écologistes, allant même jusqu’à s’asseoir sur les promesses faites à ses amis catalanistes au sujet du nom de la région…).

Pourquoi pas de front républicain ? Outre que ce ne soit plus l’assurance d’une victoire contre l’extrême droite. Parce que c’est le « machin de circonstance » qui a continuellement placé le FN en position de plus en plus en centrale, alimentant sa théorie de victimisation résumée par la formule pourtant sans fondements « nous contre le reste du monde et le système ». Alors même qu’ils sont les idiots utiles du système qu’ils prétendent contester. Parce que le maire sortant Jean-Marc Pujol n’a plus ni ressort ni crédibilité. Parce que c’est se compromettre une fois de plus. Parce que c’est continuer à croire que les candidats disposent comme par magie des voix de leurs électeurs. Parce que c’est s’obstiner à faire dans son coin des petits calculs d’une arithmétique définitivement dépassée. Parce que c’est perdre sa dignité politique en espérant (quémandant ?) un carton d’invitation à la table des petits nobles locaux ou la jouissance a posteriori de misérables prébendes d’un passé clientéliste révolu. Parce que c’est continuer à mettre sous cloche une gauche populaire de combat. Parce que ces combinaisons et ces connivences n’inspirent que mépris et dégoût aux citoyens qui ne sauraient se confondre avec les « premiers de cordée » d’une société civile coupée du peuple réel.

Pourquoi alors tabler sur l’émergence d’un sursaut populaire citoyen ? Parce que ce serait la concrétisation dans les urnes d’une stratégie s’appuyant sur des mobilisations antérieures de terrain, et qui en retour les stimulerait puissamment en leur donnant une raison de se démultiplier. Parce que c’est la seule solution qui subsiste à l’heure actuelle, tant les autres remèdes se sont révélés à l’usage être des expédients empirant le mal qu’ils étaient sensés soigner. Parce qu’il s’agit de la solution qui aurait dû être utilisée en premier, dès le début, à l’exclusion des autres qui furent des calamités. Parce que c’est croire en l’intelligence collective du peuple, qui ignore des consignes de vote qui ne possèdent désormais plus aucune résonance. Parce que, si le pire survenait, ce serait le seul procédé viable de construire une opposition populaire solide et cohérente. Parce que les pyromanes de toute nature ne peuvent raisonnablement prétendre à jouer aux pompiers de service face à un incendie qu’ils ont eux-mêmes allumé.

La question du second tour des municipales à Perpignan ne peut pas être prise à la légère, avec des recettes périmées, dans une logique d’entre soi mortifère. Nombreux sont celles et ceux qui sont d’ores et déjà prisonniers de leurs errements passés. Le passé se révèle à cette occasion un bien cruel passif qui peut disqualifier. Mes textes antérieurs sur le sujet font foi d’une cohérence et d’une vision de long terme faisant défaut à d’autres. Il ne s’agit pas d’une vulgaire tactique à la petite semaine.

Il ne faut pas perdre de vue que si le premier tour peut rester pour partie une question locale, le second tour devient pleinement un enjeu national. Très loin des tambouilles localistes. Et qu’il faut faire confiance au peuple. En commençant par accepter les verdicts du premier tour. Ensuite pour trouver les solutions que d’autres n’ont pas été capables de faire émerger. Quand ils ne les ont pas battues en brèche.

Ces quelques réflexions sont bien évidemment trop longues. Elles sont pourtant également trop rapides en bien des endroits, quand elles n’oublient pas d’évoquer d’autres aspects dont l’apport serait utile à l’analyse publique… Certains de ces éléments sont contenus dans mes textes antérieurs que j’évoquais plus haut. Il sera possible de s’y reporter.

« L’extrême droite : la combattre (d’abord) politiquement pour la battre (ensuite) électoralement » 18 février 2020

https://blogs.mediapart.fr/francis-daspe/blog/180220/l-extreme-droite-la-combattre-politiquement-pour-la-battre-electoralement

« Contre le déshonneur et le lâche soulagement des pyromanes, la vertu républicaine de l’alternative » 3 mai 2017

https://blogs.mediapart.fr/francis-daspe/blog/030517/deshonneur-et-lache-soulagement-des-pyromanes-vertu-republicaine-de-lalternative

« Combattre (enfin) efficacement le Front National » 3 avril 2015

https://blogs.mediapart.fr/francis-daspe/blog/020415/combattre-enfin-efficacement-le-front-national

▲ « Perpignan à l’italienne ? » 26 mars 2014

https://blogs.mediapart.fr/francis-daspe/blog/260314/perpignan-l-italienne

▲ « A Perpignan, le Front National ne doit pas être dé-diabolisé » 3 juillet 2013

https://blogs.mediapart.fr/francis-daspe/blog/020713/perpignan-le-front-national-ne-doit-pas-etre-de-diabolise

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