D'hommages ministériels

Le ministère de l'Éducation Nationale est si bon de nous autoriser, cette année, de rendre un hommage à notre collègue Samuel Paty. La précision « cette année » est importante car l'an passé c'était plutôt du mépris qui nous était adressé. Alors disons merci à notre ministre pour toute son œuvre.

Merci pour les quelques heures initialement prévues pour nous concerter à la rentrée des vacances de à Toussaint 2020 qui ont finalement été annulées sans explication.

Merci de nous avoir fourni un support pour l'hommage à Samuel Paty avec la lettre de Jaurès et merci de l'avoir écourtée en supprimant des passages portant sur notre liberté pédagogique de peur que nous nous y attachons alors que votre projet est de liquider celle-ci. 

Merci d'avoir empêché l'hommage à notre collègue Christine Renon et d'avoir effectué une retenue sur salaire pour les collègues qui avaient tenu malgré tout de lui rendre hommage.  

Merci d'avoir assuré que la continuité pédagogique était prête le 13 mars 2020 alors que vous déclariez la veille que la fermeture des écoles n'avait jamais été envisagée. 

Merci d'avoir accusé les hackers russes ensuite et pour avoir réutilisé cet argument un an plus tard sans jamais apporter la moindre preuve à part votre fameux "tout le monde sait cela". 

Merci d'avoir affirmé que 200 000 enseignants avaient été formés aux outils de l'école à distancealors que vous avez imposé la réduction de la formation continue aux maths et au français. 

Merci d'avoir feint de ne rien comprendre aux chiffres de contamination qui ne vous arrangeaient pas et que vous préfériez falsifier. 

Merci d'avoir refusé d'acheter des purificateurs d'air en prétextant leur inefficacité

Merci d'avoir déclaré qu'aucun pays au monde ne fournissait des masques gratuitement aux élèves.

Merci d'avoir annoncé la vaccination des enseignants pour le mois de "mars au plus tard" pour finalement la repousser pour le mois de juin 2021. 

Merci d'avoir promis des masques transparents pour les enseignants travaillant en maternelle ou avec des enfants en situation de handicap dont bon nombre de ces enseignants n'ont jamais vu la trace.

Merci d'être dans l'incapacité d'organiser des tests massifs dans les écoles

Merci d'avoir fourni des masques potentiellement toxiques aux enseignants.

Merci d'avoir refusé l'achat de masques chirurgicaux ou FFP2, préférant les masques en tissu.

Merci d'avoir organisé l'école basée sur le volontariat des familles en mai et juin 2020 créant ainsi une rupture d'égalité entre les classes sociales.

Merci d'avoir demandé aux amis ou voisins des familles concernées de convaincre les parentsde mettre leurs enfants à l'école alors que c'est vous-même qui aviez mis en place le principe du volontariat.

Merci d'avoir joué en permanence avec les protocoles sanitaires, les allégeant ou les durcissant sans aucune logique apparente, ceux-ci étant toujours respectés car truffés des expressions telles "éventuellement" ou "dans la mesure du possible" : où essayer c'était déjà gagner.

Merci d'avoir déclaré :"Assumer ce risque (de contamination) quand on est parent me paraît peu de choses par rapport à l’importance qu’un enfant ne se déscolarise pas." tout en ayant toujours clamé que les enfants n'avaient pas été déscolarisés en France (cf continuité pédagogique).

Merci d'avoir de nombreuses fois utilisé les médias pour faire des annonces avant d'en informer le personnel par voie officielle.

Merci d'avoir posté une vidéo parodique le 28 mars 2021 pour dénoncer la souffrance des enfants engendrée par l'école à la maison trois jours seulement avant l'annonce de M Macron sur le retour de celle-ci.

Merci d'avoir fourni aux médias des chiffres sur les enseignants "disparus" pendant le confinement.

Merci d'avoir estimé que la plainte du collectif "Stylos rouges" était un coup de "poignard dans le dos", contre vous, si bon, si protecteur, si paternaliste envers les enseignants.

Merci d'avoir promis une revalorisation "historique" des salaires enseignants, parlant même d'en faire "les mieux payés d'Europe" pour finalement réduire cette historicité uniquement à une prime informatique de 150 euros annuels pour la majorité des enseignants.

Merci d'avoir voulupriver les professeurs documentalistes de cette prime en expliquant que celle-ci est réservée aux enseignants qui sont "devant les élèves".

Merci d'avoir promis le recrutement massif d'enseignants pour la rentrée 2020 sans préciser qu'il s'agitpour la plupart de contractuels, donc précaires et dont les contrats n'iraient même pas jusqu'à la fin de l'année scolaire.

Merci d'avoir soutenu un syndicat lycéen monté de toutes pièces pour soutenir votre politique , faisant ainsi croire à une adhésion des lycéens à votre projet et en minimiser les oppositions.

Merci d'avoir balayé, lors de la médiatisation de l'affaire, toutes les accusations d'un revers de main en parlant d'une "affaire à partir de rien" ou encore de "beaucoup de sauce et peu de lapin".

Merci d'avoir tenté de supprimer l'EPS et l'éducation artistique des programmes de l'école primaire et de confier celles-ci aux municipalités (avec une rupture d'égalité que cela entrainerait) à travers votre projet 2S2C.

Merci d'avoir demandé une "tenue républicaine"aux collégiens et lycéens.

Merci d'avoir instrumentalisé notre collègue Samuel Paty en flirtant avec l'extrême droite et en dénonçant "les ravages de l'islamo-gauchisme dans les universités"

Merci d'avoir continué de flatter l'extrême droite en prétendant que des enfants musulmans refuseraient de s'asseoir sur des chaises rouges car ce serait la couleur du diable.

Merci d'avoir eu le culot de dire que vous avez failli perdre la vie en ayant exercé des fonctions au service de l'école républicaine! (S'agissant d'un accident de pirogue en Guyane, je peux vous opposer le cas d'un collègue qui a été victime d'un accident de la route en se rendant dans une école du 15ème arrondissement de Marseille pour y effectuer un remplacement auprès des élèves parmi les plus défavorisés de France. L'administration lui avait dit qu'il ne fallait pas trop trainer avec la reprise car les remplaçants étaient devenus une denrée rare.)

Merci d'exercer la répression contre les enseignants récalcitrants à vos réformes comme avec les 3 de Melle, ceux de Bordeaux, Hélène Careil, ou encore Edouard Descottes.

Merci de prônerla méritocratie qui fait endosser la responsabilité de l'échec aux seuls non méritants car notre institution ne peut rien pour ceux-là.

Merci d'avoir permis aux écoles privées de bénéficier de quelques millions supplémentaires grâce à la loi sur la scolarité obligatoire dès trois ans.

Merci d'imposer une école basée sur les fondamentaux car une bonne partie du programme scolaire est en effet secondaire. La réalité étant qu'une bonne partie de nos élèves a vocation à rester en bas de l'échelle sociale, il n'y a aucune raison de gaspiller des moyens humains et matériels pour leur apprendre des choses qui ne leur seront d'aucune utilité. Ces connaissances superflues risqueraient même de mettre en danger notre république si ces connaissances venaient à éveiller chez eux une compréhension du monde réel, si cruel et pourtant si nécessaire à la croissance de notre PIB et à l'enrichissement de nos élites.

Merci d'imposer en ce sens des évaluations nationales à l'utilité réelle incertaine mais avec une valeur certaine en tant que prétexte.

Merci d'avoir acté la fin des commissions paritaires et donc l'exclusion des représentants des personnels des instances qui examinent la transparence et l'équité dans les opérations de mutations et de promotions.

Merci de ne pas vous avoir insurgé lorsque le président avait déclaré que les enseignants ne servaient pas à redresser le pays.

Merci d'avoir stigmatisé la partie de la population la plus pauvre en déclarant que l'allocation de rentrée scolaire était utilisée pour l'achat des écrans plats.

Merci d'avoir instrumentalisé les victoires françaises aux Jeux Olympiques pour essayer de redorer votre blason, vous qui tentez de supprimer l'EPS (cf 2S2C). Mais aussi pour essayer de brouiller le rôle de l'EPS, encore une fois.

Merci enfin pour votre plus grande œuvre : la précarisation, la prolétarisation du monde enseignant à travers la loi Rilhac, l'expérimentation des 50 écoles marseillaises ainsi que les recommandations du Grenelle de l'éducation, à travers lesquels vous tentez de faire de l'école une entreprise comme les autres. C'est à dire celle où on est surveillé et contrôlé de près, où les consignes ministérielles sont appliquées à la lettre, même celles contraires aux intérêts de nos élèves, celle où règne la peur des sanctions et où la hiérarchie est omniprésente. Celle aussi ouverte au marché privé (du numérique ou pas). Cette école est notre futur proche si on n'y prend pas garde.

Il est temps de se lever pour dire stop

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