Les deux mérites de Trevor Milton, le patron déchu de Nikola

Hier le patron de Nikola a démissionné. Il reste que son mérite fut 1) d'avoir propagé sur les marchés financiers une vision de l'hydrogène comme carburant dans la mobilité et 2) d'avoir élaboré une stratégie pour faire aboutir cette vision en ciblant en priorité les camions.

Voici mes opinions personnelles qui vont à contre-courant de la meute de tous ceux qui s'amusent à crier aujourd'hui "Haro sur le baudet!" wink

Dès avril 2016, avant l'éclosion de Nikola, un article de ce blog titrait: La révolution passera par l'autobus puis le camion à hydrogène, camarade.

Cela explique qu'ensuite, j'ai applaudi quand Nikola a propagé 1) une vision de l'hydrogène dans la mobilité, alors que la patron de Tesla détruisait odieusement cette vision pour protéger ses investissements dans le lithium, et 2) une stratégie révolutionnaire qui commence par le camion à hydrogène.

Nikola n'a pas essayé de concurrencer l'arrivée de voitures électriques comme la Tesla qui, sans l'avouer, emporte un poids de plus de 600 kilos de batterie par voiture et qui présente des fonctionnalités de base loin derrière les fonctionnalités des voitures thermiques. Les beni-oui-oui d'Elon Musk sont devenus un puissant lobby. On peut même supposer que ce sont surtout des actionnaires de Tesla qui ont acheté des voitures Tesla en les payant avec les plus-values réalisées sur la vente des actions Tesla. Ce serpent qui se mord la queue ne prouve pas que le patron de Tesla avait raison de critiquer l'hydrogène.

Nikola n'a pas essayé non plus de réussir là où Hyundai (avec la IX-35FC puis la Nexo) et Toyota (avec la Mirai) avaient échoué. En effet, ces deux sociétés asiatiques ont été les pionnières des voitures à hydrogène commercialisées, mais elles n'ont pas réussi à concurrencer les Teslas, faute de pompes à hydrogène.

Par rapport à la folie des Teslas, Nikola a compris que, si une voiture peut transporter 600 kilos de batteries et attendre au moins une heure pour être rechargée, un camion ne peut pas transporter des tonnes de batteries et attendre des heures pour être rechargé. Ce que Nikola a compris et a fait savoir, c'est que l'avenir des gros camions électriques et non-polluants passe par l'hydrogène et les piles à combustibles.

Par rapport à l'échec de Toyota avec sa Mirai, Nikola a compris qu'il fallait lancer les véhicules à hydrogène et en même temps les pompes à hydrogène.

Au plan des mécanismes capitalistes qui sont mis en œuvre, ça passe évidemment par la recherche du profit, mais aussi la nécessité de lever des montagnes de capitaux pour réaliser une ambition telle que celle d'imposer le règne des camions à hydrogène.

A grand renfort de dettes publiques pour les générations futures, L'Europe, bien des années après Nikola, lance maintenant la révolution de l'industrie de l'hydrogène qui, il est vrai, dépasse la mobilité. L'hydrogène sera utilisé comme carburant, mais aussi pour décarboner des processus industriels, et non des moindres, à commencer par la sidérurgie.

Qu'est-ce qui vaut mieux pour démarrer l'industrie de l'hydrogène: augmenter la dette publique ou lever des capitaux en bourse ? A mon avis, dans le monde financier tel que nous le connaissons, les 2 méthodes sont nécessaires et complémentaires. Ces 2 méthodes sont des outils de travail pour réaliser la vision de l'hydrogène renouvelable.

Beaucoup de gens voudraient voir crouler le capitalisme. Pour l'heure, je pense qu'il devrait y avoir des lois pour empêcher qu'une personne puisse accumuler plus d'un milliard d'euros. Mais, à mon avis aussi, pour s'occuper du climat, on ne peut pas se permettre d'attendre que le capitalisme soit démantelé ou simplement borné.

Encore un mot à propos de la société de Hindenburg, une société d'obédience purement capitaliste et qui vit du short-selling (expliqué dans l'article précédent sur ce blog).

Force est de constater d'abord que Hindenburg a attendu que le cours de l'action de Nikola grimpe de 40% en une seule séance (à la suite de l'annonce du partenariat avec General Motors) pour faire connaître son rapport accablant pour Nikola et engranger sans doute des centaines de millions de dollars sur la chute du cours de l'action Nikola qui s'en suivit. Hindenburg fait la morale à Nikola, mais il était pourtant bien immoral d'attendre pour diffuser son rapport accablant. Ils ont attendu parce que ce sont des spéculateurs purs et durs qui ont, en quelque sorte, tendu un piège à ceux qui ont suivi la vision et la stratégie propagées par Nikola. Une telle démarche relève du cynisme voire même de la fraude mafieuse.

A contrario, d'aucuns pourraient prédire que, au final, le coup de massue de Hindenburg va forcer Nikola à transformer sa vision en exécution plus rapidement que prévu. Hindenburg serait alors une sorte de médecin cynique de Nikola qui vient de se faire payer très cher (par Nikola et par ses actionnaires) pour lui diagnostiquer et retirer une tumeur au cerveau.

En termes d’exécution, il faut rappeler que la Suisse avec Hyundai a déjà commencé à réaliser la vision de camions à hydrogène avec quelques années d'avance par rapport à Nikola et sans passer par les effets d'annonce. Mais, on peut penser aussi que la Suisse et Hyundai ont pu bénéficier indirectement des efforts et initiatives promotionnels, didactiques voire opérationnels de Trevor Milton chez Nikola.

A suivre...

Hardyment vôtre*

*Comme toujours sur ce blog de vision, mes opinions n'ont pas été copiées ailleurs.

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