On ne pourra pas dire que l'on ne savait pas

On ne pourra pas dire que l'on ne savait pas, après avoir découvert la privatisation de la création monétaire, après avoir constaté la mise en place d'un libéralisme effréné et la perte massive des emplois, après avoir pris acte du mépris à l'égard des peuples et de la fin de la démocratie, après avoir assisté au rachat d'une partie du Pirée par les Chinois, après avoir assisté à la révolte des Irlandais, après avoir mesuré la mise sous tutelle de la Grèce et de l'Italie

On ne pourra pas dire que l'on ne savait pas, après avoir découvert la privatisation de la création monétaire, après avoir constaté la mise en place d'un libéralisme effréné et la perte massive des emplois, après avoir pris acte du mépris à l'égard des peuples et de la fin de la démocratie, après avoir assisté au rachat d'une partie du Pirée par les Chinois, après avoir assisté à la révolte des Irlandais, après avoir mesuré la mise sous tutelle de la Grèce et de l'Italie, après avoir remarqué, effaré, que Barroso est encore à la tête de la commission européenne, après avoir entendu dire qu'un certain Van Rompuy... est toujours un inconnu et après avoir appris, horribile dictu, que le sinistre Mario Draghi, qui aida plus ou moins directement la Grèce à falsifier ses comptes, a été nommé président de la BCE!

Non, on ne pourra pas dire que l'on ne savait pas ou que l'on n'avait aucun moyen de savoir. Et rien n'est plus incroyable, rien n'est plus choquant que l'aveuglement dont nous sommes frappés. L'évidence est là et nous la nions. Elle est trop énorme.

Qu'avons-nous fait, enfin? Quelle Europe avons-nous construite?

Peut-on se contenter de dire que tous ces dysfonctionnements relèvent de responsabilités limitées, nationales ou individuelles? Non, lorsque l'on en arrive à un tel point, c'est bel et bien le système créé lui-même qui est vicié, en son coeur.

Pendant longtemps, on a pu avoir des doutes sur l'URSS, et puis est venu un moment où l'on ne pouvait plus, où l'on ne devait plus avoir de doutes : trop de choses, trop de valeurs, trop de misères étaient en jeu.

Nous en sommes là avec l'actuelle construction européenne.

J'ai voté contre Maastricht : je sentais vaguement que l'on perdrait les moyens de décider de notre destin. Mais je ne m'en fais pas gloire, je n'en suis pas heureux. Il m'est arrivé aussi de douter avoir fait le bon choix, j'avais même pas encore remarqué l'article 104, et, parfois, j'espérais n'être qu'un oiseau de mauvaise augure, j'espérais que tout irait bien, finalement, que la prospérité et la démocratie brilleraient grâce à la Construction Européenne. On ne sait pas tout à fait quoi penser, au début; on se fait une idée mais on reste prudent; on choisit mais on hésite. On n'est jamais que des petits citoyens. Alors je comprends très bien ceux qui ont voté différemment. Il y eut tellement de promesses! Et tellement de menaces. Sans la Construction, ce devait être le chaos et la guerre!

Mais c'est maintenant que commence le chaos, dans et par cette construction. Il suffit de voir la Grèce!

Il faut se rendre aux faits : le plan A a échoué.

Et voilà ce qui va se passer : contrairement à ce que disent les menteurs récidivistes, qu'on appelle, sans doute par antiphrase, "experts" et "politiques sérieux", la Grèce ne pourra pas rembourser et elle devra sortir de l'euro, qui l'a poussé à s'endetter. Un simple accident limité, un accident de parcours? Ou un effet systémique prévisible? Mais c'est le même processus à l'oeuvre en Irlande, en Espagne, en Italie, en France!

Pourtant, vous entendez, comme moi, ces voix, ce chant des sirènes hertziennes ou numériques, les mêmes qui nous avaient assuré que tout irait bien, les mêmes qui nous expliquaient que la crise était finie, les mêmes qui nous ont expliqué que la Grèce allait pouvoir payer, les mêmes qui nous ont dit qu'ils allaient sauver l'Euro, les mêmes sont déjà en train de nous expliquer que, sans doute, la Grèce va devoir sortir de la zone Euro!

Mais qu'ils se taisent désormais! Que les journalistes, s'il en est encore qui ont un peu de conscience professionnelle, les renvoient! Au bout de combien d'erreurs et d'echecs un "expert" est-il discrédité? Sont-ils seulement jamais "discréditables"? L'incompétence rivalise avec la fatuité. Pour la pensée comme pour la finance, ce système tourne à vide.

Et que nous propose-t-on pour nous sauver? Le PS, l'UMP, et avec les mêmes personnes! Les grands constructeurs des ruines présentes!

La véritable alternance n'est plus entre ce qu'on appelle "gauche" et ce qu'on appelle "droite" : elle est entre les eurolâtres et les autres, entre ceux qui sont prêts à tout sacrifier pour sauver cet euro qui nous enchaine aux marchés, et ceux qui sont prêts à sacrifier l'euro, et la forme actuelle de la construction européenne, pour sauver les peuples.

Oui, ce sont des eurolâtres : ils vouent un véritable culte au Marché et à l'Idée européenne, car les deux sont liés, comme d'autres ont voué un culte à l'Idée communiste. Et peu importe si, pour sauver l'Idée, il faut raser le réel.

Ils ont déjà tellement sacrifié : la droite, sa conviction républicaine et patriotique; la gauche, son socialisme. L'Euro, nouvelle idole, symbole de l'Europe tant aimée, tant espérée, qui, telle un Messie devait nous apporter Prospérité, Paix et Bonheur sur la terre.

Ils n'auraient tout de même pas renié toutes leurs convictions pour rien! Non, il leur est impossible, psychologiquement, de commencer à l'imaginer. Une telle pensée les répugne trop.

Comment voulez-vous alors qu'ils ne précipitent pas notre ruine au nom de la belle, de la grande, de la prestigieuse Idée européenne?

Ils ont déjà dépensé plus de 60 milliards pour maintenir l'euro en Grèce - lorsque les suppressions de postes des fonctionnaires rapportent seulement 500 millions! Combien faudra-t-il encore en supprimer? Faites les calculs.

 

La Grèce sortira de l'euro et ne remboursera pas. Cela sera un choc. Au début, elle aura un peu de mal à se redresser - au début. Parce qu'ensuite, son économie pourra repartir, bien meilleure que la notre. Des investisseurs viendront : sans dettes, la Grèce redevient solvable. J'espère seulement que les politiques grecs en profiteront réellement pour déclarer qu'ils ne rembourseront rien. C'est ce que je ferais à leur place : quitte à être au plus bas, autant l'être sans déficits.

Mais j'en doute encore un peu : c'est qu'il leur faudrait du courage. Et, malheureusement, nos gouvernants européennes ont autant le mot à la bouche qu'ils ne l'ont plus au coeur. Enfin, je ne suis pas très juste. Car, ça, du "courage" pour s'enfoncer encore plus dans les erreurs, pour faire faire encore plus de sacrifice au nom de l'Idée, certes, ils en ont toujours assez. Et ils en sont fiers, et ils espérent bien qu'on leur en saura gré. Ils ont, d'ailleurs, la reconnaissance de leurs pairs. Entre fous de la même secte, on se comprend.

L'heure est grave, chers lecteurs, je le pense vraiment et j'aimerai que vous en preniez bien conscience si ce n'est déjà fait : l'avenir est réellement en train de se décider. Ce n'est plus simplement un spectacle ou un jeu.

On ne vous présente pas la véritable alternance : dans la "gauche de gouvernement" et la "droite de gouvernement", ce "de gouvernement" que signifie-t-il, croyez-vous? "Dans la ligne du Parti libéral européen", rien de moins. Jospin a privatisé plus que les gouvernements précédents. Est-ce par hasard? Il a essayé de resister : mais l'Europe lui a rappelé les "engagements de la France". Croyez-vous vraiment qu'Hollande ou Aubry feront autre chose?

Ce qui est amusant est que l'on présente ces "partis de gouvernement" comme les seuls sérieux et responsables alors même que les faits ne cessent de démontrer le contraire!

 

Mais quoi? Pour qui irai-je donc voter? Après tout, si je suis "contre l"euro" (comme si c'était un choix partisan, d'instinct et non de reflexion) si je suis "contre l'euro", je dois bien être un de ces ignobles du FN, non? Ce doit être pour ça, quoi que j'en dise et quoi qu'en disent les faits, parce qu'à part le FN, de toute façon, qui donc a l'audace imbécille d'être contre l'euro et la construction européenne, franchement? Personne.

C'est évidemment ce que l'on voudrait faire croire : ne pouvant plus nous persuader du bien fondé de leur Idée européenne, les idolâtres veulent néanmoins nous dégoûter de tout autre choix.

Mais non, on ne vous la fera pas car vous connaissez aussi Mélenchon, qui fustigea longtemps l'euro, avant de se radoucir (il fallait bien s'allier avec les communistes qui sont, comble du comble, un peu pris de l'Idée européenne libérale, eux-aussi).

Ah, c'est vrai que les médias ont essayé de l'assimiler également au FN, au début, mais enfin il s'en est assez bien tiré. Il faut dire que l'assimilation était osée. Mais c'est à ça qu'on les reconnait, n'est-ce pas!

Reste que Mélenchon est devenu plus discret sur l'euro. Sa position n'est pas mauvaise et si vous voulez voter pour lui, ma foi, je ne vous en détournerai pas. Pour autant, puisqu'il n'est plus officiellement contre cette monnaie et tout ce qui va avec, il semble ne rester que le Fn sur cette position.

Cela est grave. Car on lui prépare ainsi une réelle avenue électorale. Je l'ai dit, la Grèce, qu'on le veuille ou non, qu'on s'en réjouisse ou non (en fait plus rien n'est réjouissant dans l'UE), elle va sortir. Et on sera tout étonné, ensuite, qu'elle s'en sorte mieux. Alors les gens se diront : "Tiens, mais alors on pourrait aussi". Et finalement ils réfléchiront : "Au fait, qui avait expliqué que l'on pourrait et que ce ne serait pas plus mal, déjà?" Ils se souviendront du tapage médiatique : "Ah oui, c'était le FN qui, seul contre tous, soutenait cette position. Mais alors, ils étaient les seuls vraiment crédibles en économie, en réalité, contrairement à tout ce qu'on nous a dit!"

Et c'est ainsi que par leur propre négligence et leur profonde incompétence économique, les partis "de gouvernement" (cad de l'Idéologie) contribuent, par leur manoeuvre politicienne, à crédibiliser les extrèmes.

Il faut ménager des alternatives démocratiques aux choix économiques. Sans quoi, l'histoire le prouve, on finit par faire élire même les personnes les moins recommandables, car ils semblent les seuls à proposer autre chose.

Or cette alternative, pour sortir de la Construction économique européenne actuelle et fonder une autre Europe, cette alternative non extrèmiste, elle existe pourtant bel et bien. Oh, mais c'est un "petit candidat", dont vous aurez bien du mal à entendre parler avec sérieux. Après tout, il ne représente rien, seulement une toute petite nuance politique sur legrand échiquier des choix qui nous sont offerts, rien de bien original ni d'intéressant.

Il y a malgré tout quelques canaux d'informations qui en parlent, sur le Net, ou à RMC, notamment, et il est bon de le signaler. Mais pour le reste, rien. C'est que les médias importants n'ont pas besoin d'être tenus par le CSA - ils ne le sont pas encore : ils se censurent très bien tout seuls, servils et possédés qu'ils sont de l'Idée.

Il faut dire que N. Dupont-Aignan (car c'est de lui qu'il s'agit) n'a pas de chance : il n'est pas " dans la ligne". Ils ne pensent pas comme les "éditonomistes", ces éditorialistes, ou assimilés, qui se prennent pour des experts économiques et passent leur temps à faire la leçon aux gens qu'ils interviewent - ou qu'ils refusent d'interviewer. Lorsque l'on sait que les "vrais experts", où ils puisent la manne de leur savoir, c'est-à-dire les experts médiatiques ne cessent eux-mêmes de se tromper, ça peut donner une assez bonne idée de leur propre niveau d'incompétence. Mais bon, c'est ainsi.

Alors, évidemment, ce candidat, N. Dupont-Aignan, doit travailler beaucoup, sur le terrain, pour espérer se faire connaitre et obtenir, péniblement, ses 500 signatures. Ce n'est d'ailleurs pas comme s'il s'attendait à autre chose. Si les journalistes, de nos jours, servaient à informer le citoyen, ça se saurait.

 

Et puis bon, après tout, pourquoi s'embêter? Que nous fait, nous, que le salaire de base en Grèce soit désormais de 700 euros par mois? Pour des voleurs, c'est déjà bien payé, non?

Allons, allumons plutôt Secret Story ; peut-être qu'on apprendra ce qui s'est passé de croustillant dans la chambre avec DSK, ou si Borloo a enfin arrangé sa coiffure, ou quelle vacherie Sarko a encore préparée pour ses colloc socialistes. Le divertissement, c'est ce qui compte.

Show must go on... dût-on le faire sur les cendres du monde.

Il restera seulement à expliquer à nos enfants qu'on ne pouvait pas savoir...

 

Mais ça ne devrait pas être trop compliqué, en fait, idiots comme ils seront.

Allez, petit, toi aussi, arrête de me lire, tu perds ton temps, allume vite ta télé.

 

 

 

 

 

 

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