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Billet de blog 23 avril 2023

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Cela devait être lui ou le chaos, c'est lui et le chaos

Et ce n'est pas fini. Je ne parle pas là de la colère citoyenne contre l'abus de position dominante que représente l’utilisation honteuse de codicilles de nos textes de loi pour promulguer des lois contre le peuple et contre ses représentants, par exemple la loi contre les retraites.

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Non, je veux parler du fait que, maintenant que les français n’ont plus, vis-à-vis de notre président, les yeux d’une Chimène (aveugle et sourde), la plupart d’entre eux sait que le roi est nu, et que les beaux atours de l’ex-jeune président cachent une nudité odieuse. En effet, tant que nous donnions « sa chance » à Emmanuel Macron, nous mettions de côté, tout en les remarquant au passage, ses glissements sémantiques traduisant le mépris profond qu’il a du peuple, de ceux qui ne sont « rien ». Erreurs de bavard qui s’écoute un peu parler, pensaient les éditorialistes, manque de maturité politique, murmuraient ceux qui savent qu’on ne peut pas tout dire quand on est un personnage publique.

Mais ça, s’était lors du premier quinquennat. Or, quand on fait une politique qui est l’exacte opposée de ce que l’on dit, on ne devrait pas briguer un second mandat, à moins de se voir "obligé", si l'on veut "avancer" dans le même sens, de se conduire en dictateur. En effet, cinq ans, c’est assez long pour réaliser ce que fait le pouvoir. Au bout de six, le doute n’est plus permis. Emmanuel gouverne pour les ultra-riches et détruit les acquis sociaux. Point.

Le problème d’Emmanuel Macron, c’est donc qu’il est passé, aussi, la deuxième fois. Et du coup, cela devient aussi notre problème.

Nous avons été nombreux à penser que, puisqu’il était élu pour éviter Marine Le Pen, il ne fallait pas lui donner les pleins pouvoirs comme pour son premier quinquennat. Puisque nous avions, en fait, deux candidats furieusement de droite au second tour, il fallait rogner les ailes de l’élu, quel qu’il soit, pour l’empêcher de nuire. Notamment, arrêter la destruction des lois sociales et des services publics, la persécution des pauvres et des immigrés, le développement de lois liberticides, etc.

C’est la raison pour laquelle, à mon avis, notre cher président n’a pas la majorité à l’Assemblée. Un sursaut s’est produit pour lui refuser le blanc-seing dont il avait bénéficié en 2017. Dans un pays normalement démocratique, cette Assemblée non-godillote aurait conduit à des discussions, des compromis... bref, des freins à l’exercice jupitérien du pouvoir qu’a théorisé, et inauguré Emmanuel Macron.

Mais ce n’est pas ce qui s’est passé. Même si, dans un premier temps, ce dernier avait reconnu que son élection n’était due qu’au refus vis-à-vis de Marine Le Pen, et que cela « l’obligeait », la réalité d’une Assemblée qui n’est pas à sa botte a enlevé les derniers bouts de tissus qui illusionnaient encore sur la bienséance de notre président-empereur. « Comment, les français osent me résister? »...

C’est tout bonnement impossible pour celui dont tout le parcours dévoile la stratégie, que je résumerais ainsi : « Si je perds, je vais gagner encore plus ! ».

Je vais donner un exemple de cette stratégie, mais je laisse chacun en trouver d’autres.

Les français sont, depuis longtemps, rétifs aux vaccinations obligatoires. Selon moi, cela a été largement aggravé par le ridicule de la vaccination contre la grippe AH1N1, mais c’est un fait. Qu’a décidé le gouvernement en 2017 ? De passer de 3 à 11 vaccins obligatoires pour les enfants, avec interdiction d’inscription en crèche ou à l’école pour les enfants non-vaccinés.

On pourrait traduire par « Ah, vous ne voulez pas vacciner vos enfants ? Eh bien vous allez voir... ».

Dans l’absolu, cette stratégie peut marcher. Un temps. L’homme qui frappe sa compagne quand celle-ci lui fait remarquer qu’il ne joue pas bien son rôle, conduit celle-ci à hésiter à le remettre en cause une nouvelle fois, et encore plus si cela se répète. Le manifestant, gilet-jaune (au hasard) qui, bien que pacifique, subit des tirs policiers dangereux et est traité comme un délinquant, hésite à revenir dans la rue. Ces stratégies, vieilles comme le monde, ont depuis toujours, contribué à la docilité des peuples dans la vie publique, dans les institutions (armée, école…), dans les entreprises et dans les familles (éducation autoritaire).

C’est aussi comme cela que l’on réduit les gens en esclavage : on les traite mal, on les infériorise et on les punit. La peur et le sentiment qui en résulte d’être un « moins-que-rien » inhibent et réduisent au silence.

Je vois dans la stratégie présidentielle un reflet de cette attitude. Devant le refus populaire de l’OPA que l’exécutif a opéré sur nos retraites, on pourrait s’attendre à ce que le président prenne la parole pour nous dire « Je vous ai compris !... ». Mais n’est pas De Gaule qui veut, et le Général avait un degré de respect pour le peuple dont on ne trouve aucune trace chez le dirigeant actuel de notre pays. Alors Emmanuel Macron dit (et fait dire par « ses » ministres) qu’il va accélérer les réformes. Encore plus de régressions sociales, encore plus de guerre au pauvres, etc. Et, aussitôt, on apprend que se prépare à Mayotte des expulsions d’immigrés sans solutions de rechange…

« Alors, les droits-de-l’hommistes, on s’oppose ? Vous allez voir ce que vous allez voir... ».

Ce qui est inquiétant, c’est que cette politique ne peut conduire qu’à encore plus de radicalité du pouvoir. Mais, ce qui est pire encore, c’est que cette radicalité semble convenir à Emmanuel Macron. L'hubris est un piège dans lequel rien n'indique que celui-ci n'y soit pas tombé. Or le danger majeur qu'elle représente, c'est qu'elle fait perdre le sens de la mesure...

J’avais écrit un texte sur l’hypothèse que notre président cherchait peut-être à retrouver l’état d’urgence (et donc le couvre-feu) qu’il avait instauré lors de la crise Covid, hors, selon moi, de toute nécessité (il n’y a pas besoin d’un état policier pour gérer une crise sanitaire). En tout cas, je me pose la question, après avoir beaucoup lu sur la genèse du phénomène Macron, du plaisir, voire de l’ivresse, que celui-ci aurait pu ressentir lors de son expérience de chef d’un État sous son contrôle. Comme on sait, et qu’on a pu constater, que ces situations entraînent secondairement une inscription secondaire dans la loi de restrictions liberticides, on ne peut qu’être inquiets.

Mais je vais formuler une hypothèse plus « complotiste ». Imaginons qu’Emmanuel Macron ait été élu avec l’encouragement et le soutien des grands groupes, et en particulier des multinationales américaines (n’oublions pas qu’il a participé au groupe « Young leaders » et est allé au Bilderberg avant son élection), groupes que sa politique servirait aux dépends des citoyens français (ainsi, casser la retraite ne va-t-il pas nous faire, in fine, demander une retraite par capitalisation qui va enrichir les géants de ce domaine, tout en nous faisant courir des risques financiers inconsidérés?). Imaginons toujours que l’attachement des français à leur modèle social est un frein à la privatisation du monde voulue par le capitalisme international. A ce moment-là, la fracture de notre pays sur une crise sociale volontairement induite, avec reprise autoritaire du pouvoir et crise économique qui en découlerait conduisant à des décisions internationales (Europe, FMI…) de vente à l’encan comme cela s’est fait pour la Grèce, ne serait-elle pas du pain béni pour ceux qui craignent que notre démocratie sociale ne répande son modèle chez nos voisins ou dans les pays émergents ?

Si mon hypothèse était juste, cela me conforterait dans le sentiment qu’il faut éviter la guerre civile, bien sûr, mais activer la pression économique : montrer que le capitalisme n’a de pouvoir que si nous consentons à acheter ses biens. Il y a un rapport de force, mais il n‘est pas totalement en notre défaveur. Les riches sont riches parce que les citoyens travaillent pour eux, et qu’ils bénéficient des cadeaux fiscaux sortant de nos poches, mais aussi parce que les pauvres et les classes moyennes achètent les biens inutiles mis en avant devant nos cerveaux hypnotisés. Il ne s’agit pas de mettre le pays en faillite, mais de choisir d’acheter auprès de ceux qui paient leurs impôts en France, qui sont artisans ou indépendants et traitent bien leurs salariés, qui ne maltraitent pas la planète, etc.

Nous ne sommes pas désarmés. Mais un de nos outils, en plus des grèves et des manifestations, se trouve dans notre porte-monnaie.

Et si mon hypothèse est fausse, c’est quand même, me semble-t-il, un outil non négligeable (et que l’on ne me dise pas que le boycott, au sens large, est une arme de riche qui ne marche pas : d’abord ça marche, et en plus on n’attaque pas le principe de la grève ou des manifestations au prétexte que tout-le-monde ne peut pas s’y engager) pour freiner un pouvoir destructeur de redistribution sociale et de services publics. D'autant plus que, du fait de sa minorité au Parlement, lui et son pouvoir ne sont pas si forts qu'ils le prétendent.

La question est donc : est-ce que notre président veut le chaos ?

Et la suivante : allons-nous le laisser faire ou allons-nous trouver des façons pacifiques de rendre notre démocratie sociale plus forte que ce président ?

Lui, le chaos ou le retour à une démocratie sociale respectueuse des hommes et des femmes constituant ce pays?

PS: Textes

Juste avant la crise Covid:

"Peut-il s’arrêter avant qu'il ne soit trop tard?"

Récemment:

"E.Macron n'a pas de regrets"

"Et si E.Macron souhaitait l'état d'urgence?"

"Consommation militante"

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