Version numérique de la revue Dedans-Dehors, ce blog informe sur les conditions de détention en France. Il décrypte les politiques pénales et pénitentiaires, ainsi que leurs effets sur le terrain. Il1…
donne la parole aux témoins quotidiens de la prison : les détenus et leurs proches venant au parloir, les professionnels et intervenants en détention (personnels pénitentiaires, médecins, enseignants, associations, chercheurs…). Des informations et paroles qui reflètent une toute autre réalité que celle des faits divers. Cet envers du décor, où se cachent les dégâts et effets contreproductifs de l’approche répressive, dans laquelle médias et politiques ont enfermé le débat public. www.oip.org
Photo de couverture : (c) G. Korganow / CGLPL
En 2007, le détenu Jamel M. a été victime de violences commises par des surveillants du centre pénitentiaire de Salon-de-Provence. À l’appui, un dossier fortement étayé : certificat médical, blessures inexpliquées, témoignages de surveillants, reconnaissance de manquements à la déontologie... Pourtant, la justice française ne donnera pas de suite.
Alors que son client était poursuivi pour des violences, une avocate découvre que c’est le surveillant plaignant qui est en tort. Elle raconte toute l’absurdité de la procédure disciplinaire. Un témoignage qui donne à voir comment, sans la pugnacité et les convictions d’une avocate, une inversion des rôles et des responsabilités peut très vite arriver.
La réponse d’un magistrat* qui a exercé au parquet est sans appel : sans preuve factuelle, la parole du détenu victime de violence de la part d’un surveillant ne fera pas le poids face au risque de déstabilisation de l’institution.
Des surveillants de la prison de Lille-Sequedin ont porté plainte contre un détenu pour des violences qu’il aurait commises à leur encontre, le 24 mai dernier. Mais le jeune homme nie toute agression, et affirme avoir lui-même subi des violences de la part des agents. Une version que semblent confirmer les premiers éléments de l’enquête.
Comment faire pour démontrer que l’on a été victime d’une agression lorsqu’on est incarcéré ? En prison, rassembler des preuves s’apparente, plus qu’ailleurs, à un parcours du combattant. D’autant plus quand l’auteur des violences est un surveillant pénitentiaire. Décryptage.
Jean-Pierre G. a passé neuf ans en prison. Peu avant sa sortie, il a déposé plainte contre un surveillant pour un coup porté au visage qui l’aurait rendu totalement sourd d’une oreille. Deux ans plus tard, il est toujours sans nouvelles de son dossier. Il témoigne.
On connaissait la tendance, chez certains policiers, à abuser de la plainte pour outrage à agents(1). Il semblerait que ce type de dérive touche aussi la pénitentiaire. Certains surveillants iraient même jusqu’à provoquer l’incident pour obtenir des dommages et intérêts.
Monsieur S. déclare avoir été victime de violences de la part d'un surveillant à l’occasion d’une fouille intégrale en 2017, alors qu’il était détenu dans une prison du sud-est. Une plainte a été déposée dans la foulée, malgré les tentatives d’intimidation qu’il dit avoir subies. En avril 2019, il n’avait toujours aucune nouvelle du parquet. Il témoigne.
En 2009, à la prison de Saint-Quentin-Fallavier, de nombreux détenus subissaient des violences de la part de quelques surveillants. Des faits orchestrés par un lieutenant et couverts par la direction : au total, un véritable système, mis au jour par une enquête administrative hors normes. Les mesures prises, en réponse, par l’administration centrale sont loin d’être à la hauteur.