Les gens s'en vont

Le pouvoir veut attirer des "investisseurs" alors que les Français qui en ont les moyens s'en vont. L'atmosphère irrespirable et pesante de cette politique qui ne favorise que les "investisseurs" démontre l'inadéquation de la formation des cadres de la nation avec l'essentiel : un esprit démocratique.

Le problème que soulève Vingtras dans son dernier billet  semble plus venir - comme le souligne Vanessa Coddacioni - d'une immaturité démocratique provenant d'une imperméabilité voir du rejet de l'idée démocratique par la doctrine politique qui expliquent le succès du boulangisme d'un Fillon, Wauquiez ou d'une Marine Le Pen, voir même la mystification néo conservatrice et réactionnaire d'un Macron.

La dernière campagne a été un festival de surenchères contre-révolutionnaires allant du PS (Valls) à l'extrême-droite. Un particularisme culturel politique français admettant un débat et des propositions inconstitutionnels à chaque élection et qui lassent l'électorat.

Le mauvais traitement des réfugiés est la partie émergée de l'incapacité institutionnelle à intégrer le progrès social et humain à la notion de société, comme l'illustre la politique de régression globale que traduisent l'adoption de textes portant atteintes aux libertés publiques et aux droits sociaux ; pour le seul profit d'un tout petit groupe de privilégiés déconnectés des réalités et donc des valeurs fondamentales qui caractérisent une société démocratique moderne.

Le "sophisme économiciste" du discours actuel dominant des élites politiques et administratives françaises démontre l'archaïsme de leur mode de pensée, son inadéquation avec le monde moderne. Les jeunes députés LREM témoignent de la persistance et de l'imprégnation d'un mépris pour l'humain. Il n'y a aucun renouvellement.

Cela interroge donc sur les valeurs étudiées et transmises prioritairement dans la formation des cadres de la nation à propos desquelles le ministre de l'éducation devrait être interpellé et s'intéresser en priorité. Il est incohérent que la fabrication de brutes diplômées1 - le respect des "traditions" - prévaut sur l'enseignement efficace des valeurs démocratiques - le respect de la dignité - dans l'enseignement général.

La persistance de l'inertie de la médiocrité intellectuelle faisant grief et méprisant le droit fondamental questionne sur le sérieux de l'actualité politique française et l'intérêt à la suivre.

L'abstention montre qu'un nombre considérable d'électeurs s'en sont détournés et l'émigration qu'un nombre important de personnes s'en vont (il y a une ineptie à réduire la cause de ces départs2 au seul salaire3).

La gestion anxiogène et hystérisante de l'information - privilégiant le sensationnel immédiat sur le fond et la durée - dissuade à se maintenir dans un environnement étouffant et brutal. La politique est traitée comme un fait divers et non sous l'angle d'une étude critique de la validité des idées ou des programmes au regard de ce qu'exige la réalité sociale.

C'est un monde de fous et l'être humain aspire naturellement au calme. Les premiers qui s'en vont sont ceux qui en ont les moyens. Il serait intéressant de savoir combien sont ceux qui en feraient autant s'ils le pouvaient.

Aidant une amie à déménager de la Villeneuve de Grenoble, des jeunes nous voyant charger le camion ont demandé si on s'en allait. Répondant que oui, ils ont dit "Vous en avez de la chance".

 

1 - "La fabrique des forts" Par Léna Mauger Ebdo N°4 p.16 et s.

2 - Les Français, champions du monde du pessimisme - Le Figaro

Les Français se noient dans le pessimisme - Le Point

La France n'est que le 32e pays le plus heureux au monde - Les Echos

Des Français dans les rangs de l'organisation Etat islamique en Afghanistan - RFI

3 - La moitié des Français estiment que leur pouvoir d'achat baisse

Silver économie: la fuite des retraités vers le soleil - La Tribune

Un bonheur intérieur brut sera publié chaque trimestre - Les Echos

 

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