"Notre-Dame, c'est l'incendie de trop"

Pourquoi les historiens de l'art et spécialistes du patrimoine sont en colère. Les architectes et les historiens de l'art dénoncent un manque cruel d'entretien dans les bâtiments du patrimoine français.

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Après l'incendie de la cathédrale Notre-Dame de Paris, lundi 15 avril,qui a presque entièrement détruit la toiture de l'édifice, les architectes et les historiens de l'art font part de leur colère froide face au manque d'entretien de ces bâtiments. Didier Rykner, le rédacteur en chef du magazine la Tribune de l'art, et Alexandre Gady, historien de l'art, étaient les invités de franceinfo, mardi.

"On ne va pas reconstruire Notre-Dame, on va la réparer. Mais on l'a perdue", déplore Alexandre Gady, historien de l'art, qui fait part "d'une forme de colère froide. On se dit qu'un tel édifice, dans une ville comme Paris, dans un pays qui est la sixième puissance mondiale, ça a un côté profondément dérisoire d'assister impuissant à ce qu'il s'est passé."

"Nous disons depuis des années que le budget des monuments historiques est trop faible, qu'on en fait une variable d'ajustement mais à un moment, ça devient des problèmes de sécurité graves", pointe Alexandre Gady.

Pour Didier Rykner, "on va dépenser des milliards d'euros pour les Jeux Olympiques en 2024 qui vont nous ruiner et avant cet incendie, on n’avait pas l’argent pour entretenir la cathédrale ? Je ne cache pas une certaine colère, qui est aussi celle de beaucoup d'historiens d'art et beaucoup de conservateurs."

"On s'aperçoit tout à coup que le patrimoine, c'est formidable, et on va mettre beaucoup d'argent... Mais il aurait peut-être fallu s'en apercevoir avant !" déplore Didier Rykner. Même son de cloche pour Alexandre Gady, qui fait part de son "immense tristesse".  "L'état du patrimoine n'est pas du tout à la hauteur du niveau d'un grand pays. On a rogné sur les budgets, cherché des pis-aller, jusqu'au dernier, le loto du patrimoine. Tout ça est bien sympathique mais le patrimoine, c'est une charge régalienne, c'est l'image de la France, c'est notre histoire ! A force de faire des petits bouts de trucs à droite et à gauche, on finit par le mettre en danger." 

"Je ne cache pas une certaine colère (...) L'État doit prendre sa responsabilité" poursuit Didier Rykner. Selon lui, en annonçant le lancement d'une "collecte nationale" pour la reconstruction de Notre-Dame, Emmanuel Macron n'a pas eu la bonne réaction. "La bonne réaction aurait été de dire que l’État reconstruira. C’est l'État qui est propriétaire de la cathédrale de Paris. Il faut effectivement lancer des souscriptions, mais que l'État prenne enfin en charge le patrimoine dans ce pays. L'État a l'argent".

Didier Rykner salue le geste de la famille Pinault qui va donner 100 millions d'euros pour la reconstruction de Notre-Dame. "Et même pour la famille Pinault ce n'est pas rien, 100 millions d'euros. Cela fait 1/350e de sa fortune, ce n'est pas rien."

  • 1/350°, soit  moins de 0.3% est nettement moins que ce que paye en taxes diverses un salarié au SMIC.
  • La famille Pinault - ou les autres familles qui se sont lancées dans une surenchère de charity business - sont-elles aussi généreuses avec leurs salariés ? Il semblerait que non (cf. les licenciements chez Carrefour par ex.)

Le brasier de Notre Dame est une triste illustration d'une politique qui réduit les budgets partout (suppression des instituts spécialisés pour les enfants handicapés par la loi Blanquer, sous-effectif dangereux dans les hôpitaux, réduction des effectifs aux impôts - alors qu'il y a 150 milliards de fraudes par an, loi Pacte qui privatise les aéroports de Paris, ...)

Qui sont vraiment les " cyniques " - voir même les fainéants et les extrêmes -que dénonçait Macron à Athènes ; alors qu'il vient se montrer au milieu du brasier dont sa politique de réduction des budgets est en partie responsable ?

Prolonger :

Sur Médiapart : " L’incendie de Notre-Dame de Paris : L’erreur commise " 16 avr. 2019 Par Rachid Barbouch

Nous en savons un peu plus sur l’incendie spectaculaire qui s’est déclaré hier à la Cathédrale Notre-Dame de Paris. Une alarme incendie s’est déclenchée 23 minutes avant que le feu ne commence à ravager la toiture de la cathédrale. Un dysfonctionnement grave et assez flagrant qui aurait pu être évité. Comment ? On vous explique tout..

Dans Le Figaro : " Comment la cathédrale est partie en flammes " Par  Gildas Des Roseaux le 16/04/2019

Il est 18H20 lorsqu'une première alerte incendie est déclenchée dans la cathédrale, où se déroule une messe. Les fidèles sont évacués. Mais l'incendie n'est pas détecté et les fidèles sont invités à retourner dans l'enceinte de la cathédrale. À 18h43, une seconde alarme se déclenche. Cette fois, le départ d'incendie est constaté. La cathédrale est à nouveau évacuée.

Sur France 2 : " Incendie de Notre-Dame : l'enquête se poursuit " le 16/04/2019 | 20:58

Une alarme a été déclenchée vers 18h20, une première levée de doute a été effectuée, mais rien n'a été constaté. 23 minutes plus tard, une seconde alerte retentit. Cette fois, de la fumée s'échappe de la charpente. Il est déjà trop tard.

précision : Aucun matériel de soudure n'était employé, seulement du matériel électrique, et les ouvriers avaient quitté le chantier.

Sur France culture le 15/04/2019 à 18h15 : " Pour qui sommes-nous prêts à payer l'impôt ? "

Ecouter l'argumentaire néolibéral du philosophe Philippe Nemo, ancien professeur à ESCP Europe, plus proche d'Hayek que de René Cassin ; laquelle école de commerce forme apparemment, à l'écoute des propos de Nemo, très peu de cadres du parti communiste et tout aussi peu d'agents publics pour la conservation du patrimoine national.

La protection des biens culturels est un droit de l'Homme dont l'Etat a l'obligation positive de garantir l'efficacité. La destruction d'un bien culturel est un crime international.

Macron faillit à sa fonction et Nemo l'absout.

Sur France culture le 16/04/2019 à 07h40 :  " Notre-Dame de Paris ravagée par les flammes : quel avenir pour la cathédrale ? "

" Les Matins " reviennent aujourd'hui sur ce drame en tentant d'évaluer les causes et les dégâts de cet incendie en compagnie de Maryvonne de Saint-Pulgent, ancienne directrice du patrimoine au Ministère de la Culture, Alexandre Gady, historien, François Angelier, producteur à France Culture, Mgr Benoist de Sinety, vicaire général de l'archidiocèse de Paris, et Lionel Avot, organiste responsable de l'orgue à Radio France.

" Lunéville, Versailles, la Bibliothèque nationale... Depuis une dizaine d'années, il y a beaucoup de problèmes liés aux travaux. Malgré notre tristesse, il faut se poser la question de la sécurité des chantiers. " Alexandre Gady

" Les beffrois ont été arrosés. On n'a aucune idée de l'état des vitraux, le maître-autel a l'air préservé... il va falloir maintenant couvrir, déshumidifier. On ne peut absolument pas commencer les travaux tout de suite. " Maryvonne de Saint-Pulgent

Un vaste chantier s'ouvre maintenant, qui sera forcément à la charge de l'Etat. L'émission s'achève alors par cet appel à sanctuariser le budget alloué à l'entretien du patrimoine. Car depuis Malraux, celui-ci n'a pas cessé de diminuer, met en garde Maryvonne de Saint-Pulgent. Et Alexandre Gady renchérit, rappelant qu'un incendie certes moins grave a eu lieu il y a quelques semaines seulement à l'église Saint-Sulpice à Paris : "Il faut arrêter de jouer au yoyo avec le budget du patrimoine. L'Etat doit mieux assumer".

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