Le patriarcat est-il la cause de toutes les misères des femmes ?

Faut-il abolir le patriarcat? L'évolution remet-elle en cause l’organisation verticale de nos sociétés? Plutôt que le patriarcat ne faut-il pas combattre la domination masculine? Les hommes et les femmes sont différents mais complémentaires, les deux indispensables à la survie de leur espèce. Est-il si difficile à admettre qu'ils sont de valeur égale? (Réactualisé le 4/6//20).

Réflexions à commenter, à approfondir, à mettre en cause ?

1) D’après les féministes, les travaux ménagers sont monotones, souvent désagréables ou dégoûtants, et méprisés.

Travailler à la chaîne, réparer les chaussures, marcher au pas serait-il moins monotone ? Ramasser des ordures ou nettoyer les canalisations ne serait-il pas dégouttant ? Ces activités ne sont pas très attrayantes et la plupart des hommes tentent de leur échapper. De là à les mépriser...

Toutes ces tâches ne seraient-elles pas plutôt mésestimées ?

Cependant, travailler à la chaîne, ou même vider les poubelles offre certaines satisfactions, ne serait-ce qu'une fraternité entre les ouvriers. Les plus appréciés se hissent dans l'estime de leurs paires. On distingue entre les bons et les mauvais cordonniers et, en principe, les premiers gagnent plus que les seconds. Les soldats particulièrement doués pour ce rôle sont médaillés.

Les femmes qui se consacrent aux travaux ménagers connaissent rarement ce genre d'appréciations. Ce n'est pas à cause de leur « genre », mais à cause de leur solitude. Quel mari comparerait-il la tenue de sa cuisine avec celle du voisin ?

2) Les femmes, pour la plupart, sont plus petites et moins musclées que les hommes. Elles se serrent contre les hommes pour qu'ils les protègent. Cela ne souscrite pas nécessairement un sentiment de soumission chez les premières, ni de la domination chez les seconds, mais plutôt la tendresse.

Cette organisation de la société a garanti aux plus faibles la protection des plus forts. Les pater familias étaient au service de leur famille, les chefs de tribu au service de la tribu. Malheureusement, le pouvoir corrompe et les hommes ont transformé la protection en domination. Certains hommes dominent d'autres hommes, mais pour diverses raisons, cette attitude s'est généralisée par rapport aux femmes.

Pourtant, les hommes ont élaboré un système de domination sur les femmes. Certains hommes dominent aussi d'autres hommes, mais par rapport aux femmes cette attitude est généralisée.

C'est assez absurde compte tenu de la puissance du désir qui pousse les hommes vers les femmes et encore plus insensé quand on pense à leur besoin des femmes pour se reproduire.

Mais, justement, les hommes n'auraient-ils pas dominés les femmes pour les forcer à accepter leur fonction maternelle?

Les humains étant doté de la raison, les femmes ont vite réalisé le danger mortel que, souvent, la grossesse signifiait pour elles. Il serait logique qu'elles essaient d'y échapper.

Le brillant auteur anglais de romans policiers, Philippe Kerr, y fait allusion dans La trilogie berlinoise, en relatant probablement son expérience que je partage : « Quelle qu'en soit la raison, mon envie de procréer n'est rien moins que bestiale, et ça, les femmes le perçoivent tout de suite dans votre regard, et elles vous fuient. »

Aujourd’hui les hommes acceptent peu à peu une remise en cause de leur statut de dominants. N'y aurait-il pas un rapport avec le fait que depuis un siècle les femmes survivent presque toujours aux accouchements et donc acceptent plus volontiers (car quand elles ont accès à l’anti-conception, elles peuvent choisir) de donner la vie?

N.B. : «Elles survivent presque toujours » dans les pays riches. En comparaison avec le Moyen-Age sûrement, cependant d'après USA Today et Science Post - 'Les États-Unis (sont) l’un des endroits les plus dangereux du monde développé pour accoucher. Chaque année, environ 50 000 femmes américaines sont gravement blessées et 700 meurent pendant l’accouchement', révèle une enquête récente signée USA Today. Cela fait des États-Unis l’un des endroits 'les plus dangereux' du monde développé pour donner naissance, peut-on lire. Les États-Unis sont par ailleurs l’un des cinq pays (avec l’Argentine, le Brunei, le Chili et l’Uruguay) à revenu élevé à avoir un taux supérieur à 15 décès pour 100 000 naissances. »

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Le patriarcat en tant que tel n'implique pas l’oppression. Le père « gouverne » ses enfants, plus ou moins durement, mais il est évident qu'au début de leur existence il doit le faire pour les protéger. (La mère fait pareil même si les moyens qu'elle utilisent sont le plus souvent différents.) Les difficultés surgissent quand ils grandissent et doivent s'émanciper.

Si cette organisation de la société a dépassé le cercle familial, si elle s'est répandue sur la plupart des territoires et a duré des millénaires, elle a dû assurer, même à ce niveau, une fonction primordiale.

Le principe fondamental de l’organisation patriarcale est la gestion verticale. Elle aurait pu être pratiquée par les femmes, donc produire le matriarcat. Il est fort probable qu'il n'y aurait pas eu de différences notables. Affirmer le contraire serait la négation de l'égalité des capacités féminines et masculines que les féministes veulent faire reconnaître laughing  Toutefois, dans les premières sociétés la force physique jouait un rôle important ce qui a probablement privilégié la domination des « mâles ».

La perversion de la « gestion verticale » de la société

Malheureusement, le pouvoir sur les autres comporte la tentation de s'en servir à son profit personnel, et non les servir, puis utiliser la force pour éviter de le perdre.

Dans les sociétés patriarcales, les chefs oppriment et exploitent aussi bien les femmes que les hommes et, souvent, traitent ces derniers avec une plus grande violence. Après avoir lu de nombreux récits de femmes violées je sais que les conséquences sont difficilement imaginables à ceux qui n'ont pas subi cette horreur. Pourtant, n'est-il pas aussi terrible, sinon pire, d'être torturé pendant des heures et des jours, ou d'être dépecé, petit bout par petit bout, après avoir été forcé de participer à une  guerre?

Les modifications des conditions de vie ont provoqué plusieurs changements violents de l'organisation de nos sociétés qui sont passées de l'esclavagisme au féodalisme puis au capitalisme, sans pour autant abolir la gestion verticale. Au contraire, elle a fini par se renforcer dans des régimes totalitaires - communistes comme capitalistes (a) .

Besoin de compléter la « gestion verticale » par l'organisation horizontale

Toutefois, depuis le XVIIe siècle le monde commence à avoir besoin d'une autre organisation que verticale :

  • Le saut technologique des transports maritimes permet de relier les continents et de découvrir de nouveaux territoires. En même temps, les échanges entre les Européens se développent grâce aux relais postaux, créés au XVe siècle pour les courriers administratifs et militaires, puis ouverts aux privés. L'invention de l'imprimerie enrichit les esprits et fait circuler les idées.
  • Parallèlement, de nombreuses sciences connaissent un développement radical et de nouvelles disciplines naissent. Elles permettent d'étudier l'évolution de la vie sur terre, de découvrir l'histoire de l'humanité depuis sa naissance, de comparer différentes civilisations, etc. La recherche s'affranchit d'un bon nombre de préjugés, ses méthodes deviennent plus fiables, ses résultats vérifiables. L’acquisition de ces savoirs a abouti, entre autres, à la création de l'Encyclopédie.
  • Toutes ces avancées approfondissent la connaissance de la plupart des civilisations du monde, passées et présentes, et posent les prémices d'une meilleure compréhension entre les individus et les sociétés éloignées.

Cette richesse d'informations et d'expériences, à la fois personnelles et collectives, sans équivalent jusqu'alors, a provoqué un bond dans l'étude de l'homme, de sa place dans l’univers et de l'univers lui-même. Elle a posé les fondements d'une nouvelle étape du développement de l'humanité qui passe de l'échelle étatique à la dimension mondiale.

Les frontières entre les civilisations s'effacent. Ce changement brusque rend la vie en société, et même la perception de soi-même, extrêmement complexes.

Pour maîtriser cette remise en cause profonde

et élaborer une organisation planétaire,

il faut pouvoir utiliser toute la richesse humaine disponible,

donc instaurer l'égalité de tous, le respect de leur spécificité.

D'une part, ce changement de la gestion des sociétés nécessite l'abolition des préjugés à tous les niveaux : entre les religions, entre les façons de vivre et les cultures qui les expriment, et, bien sûr, entre les hommes et les femmes.Serait-ce la raison, profonde mais inconsciente, de la révolte actuelle des femmes ? Cette évolution du monde explique-t-elle qu'à présent de nombreux hommes les soutiennent ?

Serait-ce une des raisons, profondes mais inconscientes,de la révolte actuelle des femmes ? Cette évolution du monde explique-t-elle qu'à présent de nombreux hommes la soutiennent ? Les femmes ont supporté l’oppression plus longtemps que les hommes. Était-ce dû à leur faiblesse physique qui ne leur laissait pas d'autre issue ? Ou bien cette soumission correspond-elle aux relations naturelles entre les sexes ? Chez la plupart des animaux les femelles semblent être passives et les mâles donnent l'impression de les dominer même si, in fine, se sont elles qui donnent leur accord, ou pas, pour l'accouplement, et donc décident de ce qui est le plus important, la perpétuation de l'espèce. Ceci dit, dans la minorité ethnique chinoise Na (que le gouvernement appelle Moso, ou Mosuo) ces relations sont inversées et apparemment les hommes s'en accommodent très bien.

D'autre part, ce changement de mode de gestion des sociétés implique la compréhension de l'interdépendance de toutes les formes de vie. Cette nécessité s'exprime pas le concept de la « fraternité universelle », choisie consciemment et acceptée. Ce n'est pas la même chose que d'être frères et soeurs parce qu'on croit avoir le même "Père qui est aux cieux", ou bien parce qu'on a accepté l'idée de l'évolution et de l’interdépendance du vivant.

Spinoza a été parmi les premiers a avoir compris ce changement. A la lisière entre le XVIIe et le XVIIIe siècle les savants de la Royal Society de Londres – dont certains ont été en relation personnelle avec le philosophe hollandais et d'autres ont pratiqué l’alchimie, proche des concepts similaires – ont inventé un système qui ouvre la voie vers la réalisation de ses impératifs : la franc-maçonnerie moderne (b) Elle prône la tolérance, l'égalité, la fraternité et, en son sein, alterne la verticalité et l'horizontalité de la gouvernance. Cependant, assaillie par le pouvoir politique anglais presque immédiatement après sa création - puis dix ans plus tard par l'église catholique, elle n'a pas (encore?) réussi à répandre "au dehors du temple" ce nouveau mode d'organisation de société.

Néanmoins, la franc-maçonnerie reste un des outils valables pour favoriser cette évolution.

Le féminisme en est un autre même s'il est tiraillé, lui aussi, entre des idéologies contradictoires.

 

Le « monde globalisé » ne peut pas être organisé

suivant le modèle vertical uniformisé.

Théoriquement, le monde du XXIe siècle pourrait s'unir en une seule entité qui serait toujours dirigée suivant un schéma vertical. Ce n'est pas cela qu'imaginaient les fondateurs de la franc-maçonnerie moderne. Ce n'est sans doute pas cela non plus que désire la plupart des femmes. Mais on peut examiner cette option.

Lénine, Staline et Hitler ont voulu remodeler le monde entier à leur image: le résultat a été catastrophique. Pendant un moment, la bombe atomique a fait penser aux Américains qu'ils pourraient y parvenir et instaurer une démocratie planétaire, ou bien une dictature mondiale sous leur direction. Encore aujourd'hui des extrémistes politiques et militaires américains, rejoints par leurs homologues russes et chinois, rêvent d'imposer à l'humanité leur vision de la « société idéale », au risque de l'exterminer. L'enfer a toujours été pavé de bonnes intentions.

Mais même si certains y croient encore, une civilisation mondiale uniformisée n'est plus possible. Plusieurs États sont devenus suffisamment forts pour que les Américains ou d’autres puissent leur imposer l'abandon total de leur propre culture - et il est peu probable que les ressortissants des pays agresseurs seraient capables de s'adapter aux mode de vie des pays conquis qui n'aurait rien à voir avec leurs propres traditions.

Par conséquent, il s'agit d'unir l'humanité dans le respect de sa diversité.

Elle est aussi importante que la biodiversité.

Le long de ce cheminement, le patriarcat s’émiettera puis disparaîtra inévitablement.

 

Notes

(a) Je ne fais pas allusion uniquement au nazisme ou au maccarthysme. Les régimes "libéraux totalitaires" se développent au-delà de ces exemples.

Par leurs médias puissants, les États-Unis imposent au monde entier leur mode de vie (j’hésite d'écrire "leur civilisation"). Cela a commencé par le cinéma hollywoodien, continué par la télévision et s'est poursuivi par les efforts des Google et compagnie. Les multinationales - les plus influentes étant surtout américaines - trouvent ainsi un terreau favorable à leurs produits, en inondent la planète et deviennent plus puissantes que les États.

Une poignée de banques et autres entreprises immensément riches - les plus fortes, dans ce domaine, étant aussi américaines - manipulent les marchés financiers pour accaparer encore plus d'argent. Avec les multinationales elles intimident, induisent en erreur ou corrompent les législateurs de leur pays et de tous les autres pour faire disparaître toute régulation qui pourrait entraver leurs activités.

Enfin, les États-Unis espionnent tout le monde, fournissent à leurs entreprises des informations sur leurs concurrents qui leur permettent de raffermir encore leur mainmise sur la planète.

Au besoin, tout ce beau monde et les "services" poussent de côté, ou éliminent pour de bon, les gêneurs les plus importants. Cela "déblaie" le chemin vers le pouvoir pour ceux qui veulent bien servir les puissances politiques, économiques et financières précités.

Ce modèle a séduit les potentats de très nombreux pays, y compris ceux des anciens états "communistes". Voilà pourquoi je crois qu’aujourd’hui nous vivons presque tous sous le régime du "libéralisme totalitaire". ( Le libéralisme totalitaire et les super-mafias https://blogs.mediapart.fr/peter-bu/blog/060119/le-liberalisme-totalitaire )

A part cela, les dirigeants de ces régimes croient pouvoir échapper aux conséquences de leurs actes - comme une bonne partie de leurs prédécesseurs. Ce n'est plus le cas : merci de voir https://blogs.mediapart.fr/peter-bu/blog/100713/esperance-de-vie-en-bonne-sante-elle-baisse  et https://blogs.mediapart.fr/peter-bu/blog/010318/deux-minutes-de-la-guerre-nucleaire

(b) http://www.franc-maçonnerie-moderne.com

 

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N.B. : Observez les hommes. Les petits s’écartent spontanément pour laisser passer les grands.
Les méchants géants de la « partiarchie » ont édicté des règles de politesse qui les obligent de s’effacer du chemin des femmes même si, en général, elles sont plus petites que les hommes.

Malheureusement, « Le pouvoir corrompe, le pouvoir absolu corrompe absolument » (Lord Acton), et d'autres mâles ont imposé d'autre règles appelées la morale et la religion, pour soumettre les femmes - et les hommes incapables d'y résister. Règles que les femmes s'empressent de transmettre à leurs descendance.

Le patriarcat serait-il vraiment, intrinsèquement, la cause de toutes les misères des femmes ?

Ne serait-ce plutôt l'idiotie de certains hommes?

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Voir aussi

Féminisme? Pour ceux qui doutent de son utilité. https://blogs.mediapart.fr/peter-bu/blog/201216/feminisme-pour-ceux-qui-doutent-de-son-utilite

Franc-maçonnerie : l'initiation des femmes http://call-of-bratislava.com/fr/reflexions.html?id=46:linitiation-des-femmes-et-la-mixite&catid=9:reflexions

Toutes ces âneries sur es femmes: https://www.aneries-sur-les-femmes.fr/

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Pour lire les autres dossiers de ce site sur le nucléaire, l'environnement, les migrations des populations, l'Europe, la gouvernance, la littérature, le rire :  ouvrez  https://blogs.mediapart.fr/peter-bu/blog   et voyez l'article  Sommaire.

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