Le patriarcat est-il la cause de toutes les misères des femmes ?

Le patriarcat est-il la cause de toutes les misères des femmes? L'évolution remet-elle en cause l’organisation de nos sociétés? Plutôt que le patriarcat ne faut-il pas combattre la domination masculine? Les hommes et les femmes sont différents mais complémentaires, les deux indispensables à leur survie et celle de leur espèce. Est-ce si difficile à admettre qu'ils soient de valeur égale?

Le patriarcat en tant que tel n'implique pas l’oppression. Le père « gouverne » ses enfants, plus ou moins durement, mais il est évident qu'au début de leur existence il doit le faire pour les protéger. (La mère fait pareil même si les moyens qu'elle utilisent sont le plus souvent différents.) Les difficultés surgissent quand ils grandissent et doivent s'émanciper.

Si cette organisation de la société a dépassé le cercle familial, si elle s'est répandue sur la plupart des territoires et a duré des millénaires, elle a dû assurer, même à ce niveau, une fonction primordiale.

Le principe fondamental de l’organisation patriarcale est la gestion verticale. Elle aurait pu être pratiquée par les femmes, donc produire le matriarcat. Il est fort probable qu'il n'y aurait pas eu de différences notables. Affirmer le contraire serait la négation de l'égalité des capacités féminines et masculines que les féministes veulent faire reconnaître laughing  Toutefois, dans les premières sociétés la force physique jouait un rôle important ce qui a probablement privilégié la domination des « mâles ».

La perversion de la « gestion verticale » de la société

Malheureusement, le pouvoir sur les autres comporte la tentation de s'en servir à son profit personnel puis utiliser la force pour éviter de le perdre. Dans les sociétés patriarcales, les chefs exploitent et oppriment aussi bien les femmes que les hommes et, souvent, traitent ces derniers avec une plus grande violence. Après avoir lu de nombreux récits de femmes violées je sais que les conséquences sont difficilement imaginables à ceux qui n'ont pas subi cette horreur. Pourtant, n'est-il pas aussi terrible, sinon pire, d'être torturé pendant des heures et des jours, ou d'être dépecé, petit bout par petit bout, après avoir été forcé de participer à une  guerre?

Les modifications des conditions de vie ont provoqué plusieurs changements violents de l'organisation de nos sociétés qui sont passées de l'esclavagisme au féodalisme puis au capitalisme, sans pour autant abolir la gestion verticale. Au contraire, elle a fini par se renforcer dans des régimes totalitaires - communistes comme capitalistes (1) .

Besoin de compléter la « gestion verticale » par l'organisation horizontale

Toutefois, depuis le XVIIe siècle le monde commence à avoir besoin d'une autre organisation que verticale :

  • Le saut technologique des transports maritimes permet de relier les continents et de découvrir de nouveaux territoires. En même temps, les échanges entre les Européens se développent grâce aux relais postaux, créés au XVe siècle pour les courriers administratifs et militaires, puis ouverts aux privés. L'invention de l'imprimerie enrichit les esprits et fait circuler les idées.
  • Parallèlement, de nombreuses sciences connaissent un développement radical et de nouvelles disciplines naissent. Elles permettent d'étudier l'évolution de la vie sur terre, de découvrir l'histoire de l'humanité depuis sa naissance, de comparer différentes civilisations, etc. La recherche s'affranchit d'un bon nombre de préjugés, ses méthodes deviennent plus fiables, ses résultats vérifiables. L’acquisition de ces savoirs a abouti, entre autres, à la création de l'Encyclopédie.
  • Toutes ces avancées approfondissent la connaissance de la plupart des civilisations du monde, passées et présentes, et posent les prémices d'une meilleure compréhension entre les individus et les sociétés éloignées.

Cette richesse d'informations et d'expériences, à la fois personnelles et collectives, sans équivalent jusqu'alors, a provoqué un bond dans l'étude de l'homme, de sa place dans l’univers et de l'univers lui-même. Elle a posé les fondements d'une nouvelle étape du développement de l'humanité qui passe de l'échelle étatique à la dimension mondiale.

Les frontières entre les civilisations s'effacent. Ce changement brusque rend la vie en société, et même la perception de soi-même, extrêmement complexes. Pour maîtriser cette remise en cause profonde et élaborer une organisation planétaire, il faut pouvoir utiliser toute la richesse humaine disponible.

La raison, profonde mais inconsciente, de la révolte actuelle des femmes ?

D'une part, cela nécessite l'abolition des préjugés à tous les niveaux : entre les religions, entre les façons de vivre et les cultures qui les expriment, et, bien sûr, entre les hommes et les femmes.

  • Serait-ce la raison, profonde mais inconsciente, de la révolte actuelle des femmes ? Cette évolution du monde explique-t-elle qu'à présent de nombreux hommes les soutiennent ?
  • Les femmes ont supporté l’oppression plus longtemps que les hommes. Était-ce dû à leur faiblesse physique qui ne leur laissait pas d'autre issue ? Ou bien cette soumission correspond-elle aux relations naturelles entre les sexes ? Chez la plupart des animaux les femelles semblent être passives et les mâles donnent l'impression de les dominer même si, in fine, se sont elles qui donnent leur accord, ou pas, pour l'accouplement, et donc décident de ce qui est le plus important, la perpétuation de l'espèce. Ceci dit, dans la minorité ethnique chinoise Na (que le gouvernement appelle Moso, ou Mosuo) ces relations sont inversées et apparemment les hommes s'en accommodent très bien.

La nécessité du concept de la « fraternité universelle »

D'autre part, cela implique la compréhension de l'interdépendance de toutes les formes de vie. Cette nécessité s'exprime pas le concept de la « fraternité universelle », choisie consciemment et acceptée. Ce n'est pas la même chose que d'être frères et soeurs parce qu'on a le même "Père qui est aux cieux", ou bien parce qu'on a accepté l'idée de l'évolution et de l’interdépendance du vivant.

Spinoza a été parmi les premiers a avoir compris ce changement. A la lisière entre le XVIIe et le XVIIIe siècle les savants de la Royal Society de Londres – dont certains ont été en relation personnelle avec le philosophe hollandais, d'autres ont pratiqué l’alchimie, proche des concepts similaires – ont inventé un système qui ouvre la voie vers la réalisation de ces impératifs : la franc-maçonnerie moderne (2) Elle prône la tolérance, l'égalité, la fraternité et, en son sein, alterne la verticalité et l'horizontalité des pouvoirs. Cependant, assaillie par le pouvoir politique anglais presque immédiatement après sa création - puis dix ans plus tard par l'église catholique, elle n'a pas (encore?) réussi à répandre "au dehors du temple" ce nouveau mode d'organisation de société.

Néanmoins, elle reste un des outils valables pour favoriser cette évolution.

Le féminisme en est un autre même s'il est tiraillé, lui aussi, entre des idéologies contradictoires.

Le « monde globalisé » ne peut pas être organisé suivant le seul modèle vertical

Théoriquement, le monde du XXIe siècle pourrait s'unir en une seule entité qui serait toujours dirigée suivant un schéma vertical. Ce n'est pas cela qu'imaginaient les fondateurs de la franc-maçonnerie moderne mais on peut examiner cette option. Lénine, Staline et Hitler ont voulu la réaliser: le résultat a été catastrophique. Pendant un moment, la bombe atomique a fait penser aux Américains qu'ils pourraient y parvenir et instaurer une démocratie planétaire sous leur direction. L'enfer a toujours été pavé de bonnes intentions. Mais, même si certains Américains y croient encore au risque de provoquer la disparition de l'humanité dans un « hiver nucléaire », une civilisation mondiale uniformisée n'est plus possible. Plusieurs États sont devenus suffisamment forts pour que les Américains puissent leur imposer l'abandon total de leur propre culture - et, d'ailleurs, il est peu probable que les ressortissants de ces pays seraient capables de s'adapter à un mode de vie qui n'aurait plus rien à voir avec leurs traditions.

Par conséquent, il s'agit d'unir l'humanité dans le respect de sa diversité. Elle est aussi importante que la biodiversité.

Le long de ce cheminement, le patriarcat s’émiettera puis disparaîtra inévitablement.

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(1) Je ne fais pas allusion uniquement au nazisme ou au maccarthysme. Les régimes "libéraux totalitaires" se développent au-delà de ces exemples.

Par ses médias puissants, les États-Unis imposent au monde entier leur mode de vie (j’hésite d'écrire "leur civilisation"). Cela a commencé par le cinéma hollywoodien, continué par la télévision et s'est poursuivi par les efforts des Google et compagnie. Les multinationales - les plus influentes étant surtout américaines - trouvent ainsi un terreau favorable à leurs produits, en inondent la planète et deviennent plus puissantes que les États.

Une poignée de banques et autres entreprises immensément riches - les plus fortes, dans ce domaine, étant aussi en premier lieu américaines - manipulent les marchés financiers pour accaparer encore plus d'argent. Avec les multinationales elles intimident, induisent en erreur ou corrompent les législateurs de leur pays et de tous les autres pour faire disparaître toute régulation qui pourrait entraver leurs activités.

Enfin, les États-Unis espionnent tous le monde, fournissent à leurs entreprises des informations sur leurs concurrents qui leur permettent de raffermir encore leur mainmise sur la planète.

Au besoin, tout ce beau monde et les "services" poussent de côté, ou éliminent pour de bon, les gêneurs les plus importants. Cela "déblaie" le chemin vers le pouvoir pour ceux qui veulent bien servir les puissances politiques, économiques et financières précités.

Ce modèle a séduit les potentats de très nombreux pays, y compris ceux des anciens états "communistes". Voilà pourquoi je crois qu’aujourd’hui nous vivons presque tous sous le régime du "libéralisme totalitaire". 

A part cela, les dirigeants de ces régimes croient pouvoir échapper aux conséquences de leurs actes - comme une bonne partie de leurs prédécesseurs. Ce n'est plus le cas : merci de voir https://blogs.mediapart.fr/peter-bu/blog/100713/esperance-de-vie-en-bonne-sante-elle-baisse  et https://blogs.mediapart.fr/peter-bu/blog/010318/deux-minutes-de-la-guerre-nucleaire

(2) http://www.franc-maçonnerie-moderne.com

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N.B. : Observez les hommes. Les petits s’écartent spontanément pour laisser passer les grands.
Pourtant, les méchants géants de la « partiarchie » ont édicté des règles de politesse qui les obligent de s’effacer du chemin des femmes même si, en général, elles sont plus petites que les hommes.
Malheureusement, « Le pouvoir corrompe, le pouvoir absolu corrompe absolument » (Lord Acton), et d'autres mâles ont imposé d'autre règles appelées la morale et la religion, pour soumettre les femmes - et les hommes incapables d'y résister. Règles que les femmes s'empressent de transmettre à leurs descendance.
Le patriarcat serait-il vraiment, intrinsèquement, la cause de toutes les misères des femmes ?

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Pour voir les autres articles de ce site sur le nucléaire, le féminisme, l'environnement, les migrations des populations, l'Europe, la gouvernance :  https://blogs.mediapart.fr/peter-bu/blog/100918/sommaire-de-ce-site 

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