Quand la Méditerranée occidentale calque la Méditerranée centrale

Il est loin le temps si proche où l'Espagne accueillait l'Aquarius. Devant l'augmentation du nombre d'exilé-e-s gagnant l'Europe par l'Espagne, la répression se durcit, du Maroc à la frontière française.

S'il marque les esprits, un coup médiatique est loin de faire une politique. Ainsi, le geste du gouvernement espagnol d'accueillir l'Aquarius suite au refus des gouvernements maltais, italiens et français de le laisser accoster, n'a pas signifié un changement de la politique migratoire espagnole. Les exilé-e-s à peine débarqué-e-s à Valence, les gouvernements espagnols et français s'associaient en amont du sommet européen du 28 juin pour proposer la création de centres fermés de débarquement des exilé-e-s dans l'Union européenne, dans lesquels serait fait un tri sommaire entre les personnes dont la demande d'asile serait examinée et celles qui seraient expulsées. Le Conseil européen a repris la proposition sous la forme euphémisée de "centres contrôlés" (voir ici, ici, ici et ).

La coopération entre l'Union européenne et la Turquie d'une part, la Libye, gouvernement et milices confondus, d'autre part, rendant plus difficile l'accès à l'Union européenne par le sud-est et par la Méditerranée centrale, les passages augmentent vers l'Espagne, vers les enclaves de Ceuta et Melilla sur la côte marocaine, mais surtout par la Méditerranée occidentale vers le continent européen.

Comme la Libye, le Maroc relaie sur son sol les politiques européennes. Des rafles son menées non seulement dans les forêts autour de Ceuta et Menilla, mais aussi dans les villes du nord du pays, notamment Tanger, où les personnes sub-sahariennes, de manière souvent indistincte qu'elles aient ou non un titre de séjour, sont arrêtées, mises dans des bus et relâchées dans le sud du pays. Souvent elles dépouillées de leurs biens, parfois violentées. Cette politique n'est pas nouvelle, elle s'est récemment intensifiée et notamment dans les villes.

https://www.amnesty.org/fr/latest/news/2018/09/morocco-relentless-crackdown-on-thousands-of-sub-saharan-migrants-and-refugees-is-unlawful/

http://www.leseco.ma/tous-les-reportages/69701-migrants-irreguliers-a-tanger-la-peur-au-ventre.html

https://www.huffpostmaghreb.com/entry/des-associations-marocaines-sinsurgent-contre-les-expulsions-abusives-de-migrants-au-maroc_mg_5b8fdcd1e4b0162f4728e80e

La même politique s'est aussi intensifiée depuis plusieurs mois en Algérie, avec des rafles dans les villes du nord du pays, les personnes arrêtées étant déposées dans le no-mans-land entre les postes frontières algériens et nigériens, en plein désert.

Le gouvernement espagnol durcit sa politique à la frontière de Ceuta et Melilla, avec le refoulement immédiat de cent seize exilé-e-s qui avaient réussi à passer les barrières le 22 août - refoulement assumé par le gouvernement, qui annonce que ce genre d'opération pourrait se répéter - mais aussi avec l'arrestation et les poursuites pénales à l'encontre de dix exilés qui avaient franchi les barrières le 26 juillet.

https://www.yabiladi.com/articles/details/68336/ceuta-avocats-migrants-expulses-feront.html

https://ledesk.ma/encontinu/ceuta-dix-migrants-de-lassaut-du-26-juillet-traduits-en-justice/

La proposition franco - espagnole de centres permettant l'enfermement des exilé-e-s débarqué-e-s sur la rive européenne de la Méditerranée et l'expulsion rapide de celles et ceux qui ne seraient pas considéré-e-s comme relevant de l'asile est complémentaire de ce durcissement aux frontières de Ceuta et Melilla.

Depuis 2015, utilisant le prétexte des attentats, la France a rétabli les contrôles à ses frontières. Des effectifs importants de police et de gendarmerie sont ainsi mobilisés à la frontière franco - italienne pour arrêter les exilé-e-s, multipliant les pratiques illégales, contrôles au faciès, refoulements à la frontière hors de toute procédure, séquestration hors de tout cadre légal dans l'attente du refoulement, violences.

De même, depuis cet été, les contrôles et les patrouilles ont été intensifiés à la frontière franco - espagnole, et la pratique du refoulement hors de tout cadre légal est déjà constaté.

https://elpais.com/politica/2018/08/31/actualidad/1535739245_344129.html

 

 

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