Europacity : ils sont devenus fous !

A la façon dont est mené le projet EuropaCity, on peut sérieusement s'inquiéter de la santé mentale des politiques qui le soutiennent. Le bêtisier politico-administratif qui entoure EuropaCity est en effet un condensé de démarches et mesures aberrantes.

LE  GRAND  "SAUCISSONNAGE", UN OBSTACLE A UNE POLITIQUE COHÉRENTE

Si la lutte contre EuropaCity a acquis,  du fait de la communication des opposants, une audience et une valeur symbolique, elle ne doit pas faire oublier que ce projet n’en est qu’un parmi tant d’autres impliquant une artificialisation des sols. En fait, ce mouvement d'artificialisation des sols remonte à plusieurs décennies, comme le montre une historique dressée par Médiapart et Europacity n'en est que le dernier avatar.
Les seules années 2010 ont vu la construction d'un nouveau centre commercial (Aéroville) qui peine à attirer les commerces autant que les clients. Sur la zone  Sur le triangle de Gonesse lui-même coexistent plusieurs réalisations achevées (ZAC Tulipes de 42 hectares) ou en devenir (centre d’affaires de 200 hectares qui fera concurrence à la zone Paris-Nord 2, pourtant loin d’être saturée) . Dans le même bassin d’emploi, le centre commercial Aéroville (1973) a été construit sur 11 hectares. En 2015, deux zones d’activité implantées sur Roissy et l'extension d'une zone d'activité à Mitry-Compans  absorbaient un total de 124 hectares .
Pour le futur, la commune de Tremblay projette la construction de 85 hectares de bureaux. Goussainville mettra en service en 2020 une gare de frêt sur 116 hectares.  le terminal T4 de l’aéroport (167 hectares) de Paris va encore accélérer la bétonisation de l’Ile de France et ajouter une empreinte carbone supplémentaire à une époque où il faudrait utiliser les transports aériens à bon escient.
Cette liste, loin d'être exhaustive, ne rend compte que des projets sur le périmètre de Roissy. Mais elle donne l'image d'une bétonisation effrénée qui se développe comme un cancer. Car les bétonneurs exercent leur nuisance sur toute la France et, selon l'émission "pour quelques hectares de plus" diffusée l'année dernière sur France 2, c'est en 2050 la superficie de deux départements français qui aura disparu sous le béton si la tendance se confirme.
Dans cette optique, la tenue d'un débat public en 2016 sur le seul projet EuropaCity  apparaît dérisoire et c'est faute de mieux, que le CPTG et d'autres associations y ont contribué par les avis individuels de leurs militants et par la rédaction de cahiers d'acteur. L'exercice de "saucissonnage", qui consiste à débattre d'un projet nuisible en occultant tous les autres, revient à vouloir guérir un cancer en s'attaquent à une seule métastase. On ne l'observe pas seulement dans le débat, mais également dans les prises de décisions, celles des maires qui décident chacun de leur côté ce qui est bon pour leur commune au détriment de l'ensemble et, plus encore, celles de promoteurs qui se moquent comme de leur première chemise des questions d'aménagement du territoire. Pour mener la politique effective et efficace que voulait Nicolas Hulot, c'est une démarche d'ensemble qui doit s'imposer, car l'aménagement du territoire est une prérogative d'état, qui suppose que celui-ci ait une vue globale et la possibilité d'imposer ou d'interdire, tant aux collectivités locales qu'aux promoteurs souffrant de bétonisation compulsive.

LE DELIRE POLITICO-ADMINISTRATIF

Il ya d'abord ces deux rapports contradictoires qui posent question : comment, à partir du même dossier, peut-on obtenir des conclusions aussi diamétralement opposées, l'une dénonçant les nuisances d'Europacity et donc défavorable au projet de modification du PLU, l'autre favorable à la déclaration d'utilité publique qui permet d'exproprier les terrains sur lesquels doit se construire le grand projet inutile ? L'explication est simple : le rapport favorable est un travail bâclé, qui n'a pas cru utile d'analyser les oppositions motivées de plus de 80% des participants à l'enquête publique, mais qui donne libre cours au côté "mouton de Panurge" de son rédacteur, avec l'idée que nous sommes obligés de faire comme tous les autres !!!  Ces enquêtes apparaissent d'ailleurs totalement inutiles, car leurs conclusions n'ont aucun caractère contraignant : aussi le Conseil Municipal de Gonesse a-t-il pu voter la modification du PLU contre l'avis du Commissaire Enquêteur et c'est la raison pour laquelle le CPTG attaque cette décision.

En mars 2018, le Tribunal Administratif de Pontoise annulait l'arrêté de création de la ZAC du triangle de Gonesse, en raison de l'insuffisance des études d'impact sur l'environnement, que le promoteur devait compléter. Mais ceci s'avérait mission impossible sans vider complètement le projet de sa substance délirante. Aussi l'état choisit-il de faire appel de la décision, ce qui est une procédure judiciaire normale. Mais, dans le même temps, il demandait un sursis à exécution du jugement !
Cela signifie, si celui-ci était accordé, que les autres procédures pourraient se poursuivre, en particulier l'expropriation des terrains concernés, rendue possible à la suite du rapport bâclé dont nous parlions plus haut, sur une ZAC qui n'existe pas. Le CPTG veut croire que les chances pour l’État  d'obtenir ce sursis à exécution sont très faibles, car ce serait pour la justice préjuger d'une décision future. Le bêtisier politico-administratif se compléterait ainsi d'un volet judiciaire;

A cette folie s'ajoute l'octroi du permis de construire de la gare qui desservirait EuropaCity et seulement EuropaCity. L'absurdité compacte de cette mesure saute aux yeux quand on sait que, là encore, cette gare est projetée sur une ZAC qui n'existe pas et que, de toute façon, la ligne 17 nord, qui est prévue pour desservir cette gare ne sera pas créée au plus tôt avant 2027, et pourrait être abandonnée en raison des dérapages budgétaires du Grand Paris, épinglés par la cour des comptes. Ce manque de coordination entre les décisions des collectivités locales et celles de l’État vire à la schizophrénie !
Mais les inepties ne s'arrêtent pas là : les plans de la future gare font apparaître qu'en réalité, il y en a deux : l'une pour la ligne 17 et l'autre pour le barreau de Gonesse, dont le Conseil Régional a annoncé depuis un an l'abandon (!!!). De plus, il n'est pas non plus prévu de desserte routière pour cette gare. On a donc ici inventé un nouveau concept : une gare "interconnexion" à une seule entrée, isolée en plein champ sans métro ni route pour la desservir.

Il est permis de s'inquiéter de la santé mentale de ceux qui ont pondu ce génial projet. Mais le plus grave, c'est que cet équipement coûtera 100 millions d'euro pour la seule gare. Et si les autorités administratives se décident enfin à ajouter au projet de gare en plein champ les moyens d'y accéder, ce sera un milliard d'euro, qui ne seront consacrés qu'à la desserte d'EuropaCity. Et le CPTG pose légitimement la question : est-ce aux contribuables de financer des infrastructures destinées à un groupe privé ?

 

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.