Italie une année d’échecs du gouvernement “souverainiste-populiste", où va-t-il?

Italie : un an de gouvernement M5S-Ligue ; bilan d’échecs cachés, de faveurs à ses grands électeurs, litiges, nouvelle vague de sales affaires. Mais, pour l’instant, tout au profit de Salvini qui soutient la montée raciste-fasciste-sexiste. Ça va durer car il y a les élections en Mai, mais meme après car la gauche n’existe pas; alors sera le tour d’un gouvernement «institutionnel» de Mattarella

Le gouvernement Conte est le 65ème de la Republique italienne, le premier de la XVIIIème législature; il est en charge depuis le 1er juin 2018 à la suite des élections du 4 mars de l’année dernière. Il a été le fruit d’un “accouchement” difficile après trois mois d’incertitudes car aucun parti avait atteint 40% (la majorité des votants selon la loi en vigueur). Le M5S, qui avait eu 32,7% des votes, aurait pu essayer une alliance avec le Parti Démocratique (PD, qui avait eu 18,7% des votes), mais Renzi et les siens s’y sont opposés avec obstination. Ainsi, le M5S a fini par s’allier avec la Ligue (17,4% des votes) à condition d’exclure les autres partis de droite (Forza Italia de Berlusconi, 14% et Fratelli d’Italia 4,3%). Le M5S croyait d’être malin, le résultat est que, malgré tous les maladresses, actes ignobles et les «affaires», aujourd’hui la Ligue est cotée dans les sondages à 31 ou 37% d’intentions de vote alors que le M5S peine à atteindre 21%.

Le gouvernement jaune-vert (les couleurs des deux principaux partis du gouvernement) s’est installé avec le chef (Conte, un inconnu en politique), 8 ministres du M5S, 5 de la Ligue, 3 indépendants, e 2 autres proches l’un du M5S et l’autre de la Ligue, 3 vice-ministres de chacun de ces deux partis, 22 sous-secrétaires du M5S et 13 de la Ligue plus 3 autres indépendants. Di Maio, devenu le chef du M5S et Salvini chef de la Ligue ont été nommés vice-chefs du gouvernement, titre purement politique sans aucun réel pouvoir institutionnel, mais décisif sur la durée du gouvernement, en tant que garants du respect du «contrat de gouvernement» signé par les deux partis comme pacte «sacré» de leur accord.

Ce «contrat» (54 pages) qui se voulait celui du «grand changement» dans l’histoire politique italienne (rien que ça !) touchait un peu à tous les domaines comprends les mesures voulues par ces deux partis et donc leurs grandes promesses déjà annoncés lors de leur campagne électorale (voir en annexe tous les points du sommaire de ce «contrat».

Les promesses les plus couteuses étaient et restent : le revenu et la pension de citoyenneté (fortement voulu par le M5S pour satisfaire l’attente de son électorat surtout parmi les couches plus pauvres du Sud), l’abolition de la loi Fornero sur les retraites et la flat tax pour les entreprises (voulue par la Ligue car elle représente les petits patrons surtout au Nord). Ces mesures/lois aurait dû être assurées par la croissance du PNB (qu’ils estimaient à 1,5 sinon 2, par un ratio déficit/PNB à 2,4% et encore par la lutte à la fraude fiscale. Mais voilà que tout de suite est arrivé le stop intransigeant de la Commission européenne et de la BCE et Salvini et Di Maio ont dû fermer leur grande gueule et se soumettre au dictat européen, sous pression aussi du président de la République et de la haute finance car le spread avait tout de suite monté sans arrêt à presque 300 (voir en note le link des articles publiés sur Médiapart[1]). Le deuxième coup dur à la quotidienne démagogie des deux partis est arrivé avec la prévision à la baisse de la croissance italienne qui depuis ne cessent pas de chuter : désormais toutes les institutions internationales estiment que l’Italie est presque en récession ! Mais les deux partis ont continué dans leur démagogie prétendant que de toute façon eux ne se laisseraient pas faire par ces autorités internationales et que leurs promesses seraient maintenues.

En réalité, de toutes ces promesses ils n’ont maintenu -mais partiellement- que les cadeaux à leurs principaux électeurs à travers un milliers de décrets, par ailleurs tout de suite taxés de faveurs et de mesures favorisant toujours les fraudeurs di fisc et les habitués de la corruption et des affaires louches.

Entretemps, les litiges entre M5S et Ligue ont éclatés et se sont multipliés sans cesse tout d’abord parce que le seul à gagner dans les sondages a été Salvini alors que le M5S a chuté de plus de 10 points.

Depuis le début de 2019 tout le monde se demande quand ce gouvernement va tomber car la montée des litiges a atteint le maximum.

Mais, l’échéance des élections européennes exclue la rupture car tous les deux partis craignent d’en payer les frais. La dernière occasion de bagarre a été la démission forcée de l’un des sous-secrétaires de la Ligue défendu à jamais par Salvini et les siens. Ce monsieur avait déjà été condamné pour banqueroute frauduleuse et avait accepté la condamnation (pour éviter le pire, merci à la « négociation de la peine») avant meme d’être nommé à ce poste ; mais une nouvelle enquête l’a inculpé de collusion avec un homme d’affaire de la mafia. Salvini n’arrête pas ses sorties quotidiennes (à coups de twitter et par d’autres social network, supporté par un habile expert très désabusé) pour réclamer le bannissement immédiat de tous ceux qui indique comme ennemis (migrants irréguliers, antifascistes, militants contre les grands travaux, féministes etc.) ; mais pour son copain de parti prétend le défendre ainsi que les siens sans discussion. De leur part le M5S a cherché à sauver un peu son image très très ternie disant de vouloir reprendre la lutte contre la corruption et donc a réclamé la démission de ce sous-secrétaire. En effet, depuis leur arrivée au gouvernement le M5S s’est disqualifié de plus en plus avec son revirement flagrant sur les dossiers environnementaux et parce qu’a légitimé les affaires de la Ligue et sa perpétuelle propaganda raciste. C’est précisément pour cacher les multiples illégalismes des gens de la Ligue que Salvini se consacre tous les jours à sa démagogie misant sur la distraction de masse avec les anathèmes contre l’immigration, les Roma, les militants de gauche qui taxe de «subversifs», tandis qu’il défend les nazis de CasaPound et autres bandits fascistes.

Or, jusqu’à présent ce jeu a fonctionné ! Dans l’actuelle conjoncture favorable au racisme, au fascisme et au sexisme, les droites et une partie non négligeable meme des catholiques et de l’ex-gauche partage ses discours. Si un parti comme la Ligue (ou comme Renzi voulait en faire du PD) arrive à prendre 40% des électeurs (qui en réalité sont 60% des ayant droit de vote), il lui reste que conquérir le consensus de 11 millions de votants (et selon les sondages avec Fratelli d’Italie s’y approche et certainement avec la moitié sinon plus du parti de Berlusconi, une partie de gens prêts à tout pour aller au gouvernement).

Reste à savoir combien de temps ça va durer le succès de Salvini vu que ses promesses se révèlent que du baratin et surtout vu que les enquêtes judiciaires pour corruption, fraudes et autres affaires sont en train de toucher les plus connus de son parti et risquent d’atteindre lui-même. Entre autres, juste le 07 mai 2019 quatre-vingt-dix personnes ont été inculpés par le Tribunal de Milan, 43 arrêtés entre politiciens, fonctionnaires publiques, entrepreneurs e gens de la 'ndrangheta pour différents délits et parmi les inculpés il y a le gouverneur (de la Ligue) de la Lombardie lui-même.

Salvini fait semblant de rien et il a eu le culot d’aller parler de "Une nouvelle justice: l'entreprise que sert à l'Italie", une soirée organisée en soutien de la Ligue dans la Villa Necchi Campiglio (tables à 10 mille euros); bien évidemment personne a parlé de l’enquête judicaire éclatée le jour avant. Par ailleurs, maintes fois quelques médias a révélé que dans sa fougue de ramasser les plus possible d’adhésions à la Ligue, Salvini a fini par recruter ou serrer liens au Nord comme au Sud avec toute la “faune” d’affairistes et gens proches ou meme appartenant aux mafias. Comme toujours, ceux-ci vont avec qui est au pouvoir : c’est ce qui avait permis à Berlusconi de gagner tous les sièges en Sicile, phénomène qui a touché aussi l’ex-gauche et tous les partis des majorités du passée.

 

Les élections européennes une échéance inutile

            Sauf surprises vraiment éclatantes, l’Italie s’approche à l’échéance des élections européennes sans atteindre aucun changement. Il est fort probable qu’on va avoir plutôt une ultérieure dégradation de la situation économique et des innombrables problèmes d’illégalismes tolérés, de violences fascistes, problèmes graves de santé publique et privée, de l’environnement outre que le fléau des économies souterraines (travail au noir, néo-esclavagisme, violences des caporaux-recruteurs sur les travailleurs, fraude fiscale, liens avec la criminalité organisée).

La crise du gouvernement, voir le règlement de comptes entre M5S et Ligue va éclater après les élections européennes, mais plus probablement entre la fin de l’année et la première moitié de 2020 car le crack économico-financier va avoir des conséquences lourdes sur la population. Il est désormais certain que la TVA devrait augmenter ; selon la dernière prévision de la CE l’Italie se place au dernier rang de la croissance en Europe, est menacée par plusieurs faits négatifs qui augmenteront la dette publique jusqu’au record de 135,5 % du PNB, second après la Grèce. Cela veut dire que le risque grave est que les Italiens seront assujettis à des coupures encore plus lourdes des dépenses publiques et comme toujours des couts publics de la santé, de l’assistance sociale, des travaux d’effective utilité publique, alors que le gouvernement, les droites et meme l’ex-gauche et les syndicats ne réclament que des grands travaux, inutiles, trop couteaux et en plus dangereux pour la santé des habitants car touchent des roches d’amiantes et autres minéraux toxiques. Alors, puisque les sommets de la finance ne veulent pas de crise politique mais de la stabilité, encore un fois, il est possible que la solution qui va imposer l’Europe en accord total avec le président de la République Matterella sera celle d’un gouvernement dit «institutionnel» avec des «techniciens» … et tout ce monde prie que Draghi revient en Italie pour prendre la barre de la gouvernance en Italie. Face à Draghi, qui depuis des années est considérée celui qui a sauvé l’Italie, il y aura sans doute une majorité de consensus en dépit des pseudo-souverainistes-populistes qui se sont révélés nuls face à la troïka mondiale, la CE et surtout face à l’arrogante prétention de Trump de continuer à traiter l’Italie comme le minable allié larbin d’Europe, abusant librement du territoire italien pour des bases militaires qui en plus sont très toxiques et en Libye appuyant Haftar de fait contre l’ENI, la multinationale italienne du pétrole.

 

Mais voilà que tous les partis se présentent aux élections européennes sans parler de ces prévisions ou disant qu’ils vont surmonter tous les problèmes.

 

Selon le dernier sondage de Demopolis sur 42.871.000 Italiennes/s ayant droit de vote 18 millions pensent de ne pas aller voter (42%) et encore cinq millions ne savent pas si iront ou non. Bref dans la pire des prévisions plus de 50% ne votera pas. Pour l’instant, 31% des votants choisirait la Ligue de Salvini, 23% le M5S et 22% le PD qui est en train de remonter son effondrement aux dernières élections politiques. Pour le reste, le parti de Berlusconi chute à 8,5%, Fratelli d’Italia (les héritiers du parti fasciste) est coté à un peu moins de 5% et les autres (une liste centriste européenne, une autre à gauche du PD et encore une autre gauche-verte) risquent de ne pas atteindre 3%.

La campagne électorale est encore très peu visible mis à part les affiches et des meetings pour les fidèles de chaque parti. Salvini ne répète que ses discours habituels ajoutant haine contre les immigrés, les militants qui s’opposent aux grands travaux et maintenant aussi contre ceux qui veulent la marijuana libre. Le M5S promet qu’il va reprendre et faire valoir ses engagements en politique sociale et le PD semble copier un peu le M5S tout en prônant lui aussi pour la relance économique avec les grands travaux (choix digne de son orientation libériste très consolidée et très stupide car entre autres le fait confondre avec les droites et donc la Ligue de Salvini). Par ailleurs on constate que malgré le danger de la monté fasciste-raciste-sexiste, PD et gauches restent incompatibles. Zingaretti, le nouveau chef du PD qui se veut l’homme du renouveau et d’un peu de retour à gauche (effaçant la gestion catastrophique de Renzi) ne fait que suivre l’orientation que ce parti a adoptée depuis longtemps.

La tragédie de la gauche italienne est qu’elle n’arrive plus à trouver le chemin de sa relance et les prévisions à court terme son désolantes (pire que pour la gauche française). Le PD est non seulement libériste en économie et en politiques sociales, l’environnement et aussi dans le tournant anti-immigrés (le choix indigne de son ministre de l’intérieur, Minniti, de miser sur la Libye pour stopper les migrants et en meme temps pour défendre le pétrole de l’ENI). Comme les autres partis il est souvent noyé dans des affaires de corruption et de complaisance avec les économies souterraines et parfois meme avec les mafias. C’est connu : en Italie les illégalismes tolérés (fraude fiscale, exploitation du travail au noir et négociations avec la criminalité) valent 10 millions de votes. A l’heure actuelle aucun parti qui vise à atteindre plus de 20% peut se permettre de lutter sérieusement contre ce fléau. Le M5S avait réussi à tromper 32 % des électeurs la plupart dégoutés par les droites et par l’ex-gauche le 4 mars 2018 ; mais voilà que, arrivé au pouvoir, il fait comme les autres et a légitimé le racisme-fascisme-sexisme de Salvini et sa Ligue (rappelons que ce parti préconise une loi contre tous les LGBT, contre le divorce, contre l’avortement et d’autres mesures dignes de l’ultra-intégrisme catholique).

            L’inconsistance de la gauche italienne se voit de manière évidente dès qu’on constate son incapacité à démasquer la démagogie du M5S et de la Ligue de Salvini, à ne pas savoir montrer comment la Ligue soit le parti de ceux qui ésclavisent les immigrés et ne veulent que des gens sans aucun droit, voire de la main d’œuvre use-et-jette.

Se comprends donc le choix des féministes de Nonunadimeno ainsi que d’autres que ne veulent pas se mêler aux élections car en particulier dans cette conjoncture il n’y a aucune chance de pouvoir soutenir les buts contre les guerres permanentes, contre le racisme, le fascisme et le sexisme, contre le néo-esclavagisme, contre les grands travaux inutiles, couteaux et dangereux pour la santé des habitants et donc pour l’effective prévention de contaminations qui sont la cause de la majorité des décès et la prévention des désastres sanitaires-environnementaux.

 

Annexe: Le contrat de gouvernement M5S-Ligue

Après les règles de fonctionnement du gouvernement et meme des groupes parlementaires on lit: les eaux publiques; l’agriculture et la pêche “made in Italy”; l’environnement  la green economy (écrit en anglais) et déchets zéro (point voulu par le M5S); la banque pour les investissements et l’épargne et la protection de l’épargne (point voulu par la Ligue); le conflit d’intérêts (point voulu par le M5S); la culture; la dette publique et le déficit; les affaires militaires; les affaires étrangères; le fisc et donc la flat tax et la “simplification” (des procédures bureaucratiques), la “stérilisation des clauses TVA et taxes, la détaxation et simplification pour les familles, les entreprises et les travailleurs avec TVA (points chers à la Ligue); la justice rapide et efficace, le secteur de la magistrature et tribunaux, le domaine de la pénalité, la procédure pénale et la défense toujours légitime,  la certitude de la peine, le secteur civil (de la justice), la procédure civile et les couts de la justice, le droit de famille, les délits environnementaux e la protection des animaux, le contraste des mafias,  le cadre pénitencier, la justice tributaire (points chers aux deux partis mais interprétés de manière opposée); l’immigration: rapatriements e stop au business (point «fort» de la Ligue et des droites, allusion aux ONG sui « sucreraient» sur l’immigration selon Salvini); travail; lutte à la corruption (point fort du M5S); ministère des personnes non habiles (voulu par la Ligue); retraites et stop à la loi Fornero (point fort de la Ligue) ; politiques pour la famille et la natalité (point fort de la Ligue); revenu de citoyenneté et pension de citoyenneté (point fort du M5S); réformes institutionnelles, autonomie de régions et démocratie directe ((point fort de la Ligue); santé ; école ; sécurité, légalité et forces de l’ordre, pompiers, police locale et coordination avec les forces de l’ordre étatiques, cyber security et contraste au bullismo (violences entre très jeunes), au paris à risque,  les occupations abusives, sécurité routière, campements des nomades (tous points « fortes » de la Ligue ; sport, installations, sociétés et associations sportives ; Sud ; coupures aux couts de a politique, des institutions et des pensions d’or (point fort du M5S); transports, infrastructures et télécommunications ; tourisme ;  Union Européenne (point fort du pseudo souverainisme des deux partis) ; université et recherche.

 

[1] - https://blogs.mediapart.fr/salvatore-palidda/blog/261018/quel-sera-l-aboutissement-du-pari-du-pseudo-souverainiste-populiste-italien

- https://blogs.mediapart.fr/salvatore-palidda/blog/221218/italie-une-loi-de-finances-qui-obeit-la-troika-ou-le-volte-face-des-m5s-ligue

- https://blogs.mediapart.fr/salvatore-palidda/blog/040119/italie-un-budget-2019-entre-volteface-et-combines-clientelaires-habituelles

- https://blogs.mediapart.fr/salvatore-palidda/blog/070219/la-comedie-grotesque-d-un-gouvernement-qui-vit-de-la-distraction-de-masse

- voir aussi d’autres articles sur l’Italie sur mon blog : https://www.mediapart.fr/search?search_word=palidda&sort=date&order=desc

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