La fin du «Monde» de Beuve-Méry

Le conseil de surveillance du Monde a approuvé à l'unanimité, mercredi 22 septembre, sa perte de pouvoir au sein du groupe Le Monde au profit des trois nouveaux propriétaires, Pierre Bergé, Xavier Niel et Matthieu Pigasse. L'augmentation de capital qui permettra l'entrée de ces nouveaux actionnaires majoritaires se fera le 2 novembre.

Le conseil de surveillance du Monde a approuvé à l'unanimité, mercredi 22 septembre, sa perte de pouvoir au sein du groupe Le Monde au profit des trois nouveaux propriétaires, Pierre Bergé, Xavier Niel et Matthieu Pigasse. L'augmentation de capital qui permettra l'entrée de ces nouveaux actionnaires majoritaires se fera le 2 novembre.


Une fondation regroupant les actionnaires historiques (sociétés de personnels, société des lecteurs, association Beuve-Méry) disposera de la minorité de blocage dans le groupe grâce à un apport de Pierre Bergé.

Un «pôle d'indépendance» — regroupant les actionnaires historiques — s'est constitué pour préserver les valeurs du Monde au-delà de la perte de pouvoir capitalistique. Les sociétés de personnels (notamment la SRM) se sont prononcées mardi en faveur de la recapitalisation. Mais comme l'ont souligné les élus du comité d'entreprise, elles l'ont fait «sans avoir pu prendre connaissance de l'intégralité des documents du protocole d'investissement comme de la charte du pôle d'indépendance» alors que plus de trois mois se sont écoulés depuis le vote en faveur du trio Bergé-Niel-Pigasse. «De toute évidence, poursuivent les élus, les conditions de rachat des parts des minoritaires dans les filiales (Monde interactif, Monde Pub...) vont peser sur le montant des 110 millions d'euros de cette recapitalisation. Il y a lieu de craindre que les sommes ainsi consacrées n'hypothèquent les nécessaires besoins de financement du développement interne.»

Ils demandent aux nouveaux actionnaires des éclaircissements sur les projets de développement, notamment en ce qui concerne l'offre du week-end avec une nouvelle formule du «Monde magazine» et un remplaçant au supplément New York Times (passé au Figaro) qui pourrait être basé sur des articles fournis par Courrier international. Ils s'inquiètent également de l'avenir de l'imprimerie d'Ivry-sur-Seine et des discussions entamées avec Xavier Niel (renouvellement d'une rotative? impression hors Livre?): «La baisse des coûts d'impression promise semble relever de la déclaration d'intention», jugent-ils.

La fuite de la publicité qui se maintient plutôt chez les concurrents les inquiète également et pose la question de l'éventuelle dénonciation des accords avec Publicis dans le Monde Pub et de Lagardère dans Publicat pour réintégrer les régies à l'intérieur du groupe. Enfin, la question des sites Web, dont les rédactions devaient se rapprocher de celle du journal papier, reste pendante.

L'association Hubert Beuve-Méry, représentant les intérêts moraux du fondateur du Monde et notamment l'ambition de «soutenir un journal de journalistes géré comme un bien public»,a décidé, à l'uninamité de se dissoudre, constatant, explique sa présidente Monique Dagnaud qu'avec l'arrivée de nouveaux actionnnaires, son objectif – permettre aux journalistes de rester «maîtres de leur destin en disposant d'une majorité dans le capital de l'entreprise» – tombait. «Nous apportions des voix d'appoint pour permettre à la rédaction d'obtenir la majorité, explique-t-elle. Hubert Beuve-Méry considérait que c'était là la garantie de l'indépendance.» Après la dissolution, au terme de la recapitalisation, les titres seront donnés (gratuitement) au pôle d'indépendance.

L'association a également exprimé le regret que les nouveaux actionnaires aient refusé la création d'un comité des sages composé de personnalités extérieures indépendantes et chargées d'arbitrer les conflits d'intérêts.

Quant à la Société des lecteurs, elle réunit samedi ses membres pour en débattre. Parmi ses membres, l'un des fils d'Hubert Beuve-Méry, Pierre-Henry, a décidé de poser publiquement la question du maintien d'une structure imaginée, elle aussi, pour conserver l'indépendance financière. «Je veux demander aux lecteurs ce qui fait la valeur du Monde: l'argent du trio ou les valeurs du fondateur?», dit-il.

A son sens, l'objectif initial – apporter de l'argent à un journal pour lui permettre de survivre et de se développer en restant aux mains de ses employés – est perdu à partir du moment où l'ensemble des actionnaires en ont perdu le contrôle, «car ils n'ont pas su conserver l'équilibre des comptes, condition indispensable». «Le pôle d'indépendance n'est-il pas un subterfuge pour mimer l'indépendance d'un journal et la Société des lecteurs n'apporte-t-elle pas désormais ses fonds pour faire la communication des nouveaux propriétaires qui veulent afficher le maintien d'une image de marque?,poursuit Pierre-Henry Beuve-Méry. J'aimerais que les lecteurs soient informés et que, s'ils croient que ces valeurs sont importantes, plus encore aujourd'hui qu'hier, ils se regroupent pour voir comment faire vivre ces valeurs.»

 

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