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Billet de blog 24 avr. 2022

Réponse aux critiques sur la base idéologique de la série « Plan C (…) »

Dans les commentaires du billet « Plan A et Plan B sont dans un bateau », il est formulé plusieurs critiques à l’encontre de la série « Plan C : que faudra-t-il faire quand l’effondrement sera complet ? ». Si je pense avoir déjà répondu aux critiques qui concernent la première section, je n’ai en revanche rien dit sur celles qui concerne la deuxième dont le contenu est essentiellement idéologique.

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La série d’articles intitulée « Plan C (…) » peut être séparée en deux sections :

C’est à ces critiques-là auxquelles je vais m’intéresser dans le présent billet et notamment à celles, particulièrement intéressantes, qui sont formulées par Jean-Claude Ichaï. Comme je l’ai déjà dit, j’accueille avec plaisir quelque critique que ce soit car elle me sera toujours profitable, quelles qu’en soient les conséquences de manière générale. Profitable, parce qu’elles me permettent, soit de réfléchir à des questions que je m’étais déjà posé selon un angle nouveau, soit d’essayer de répondre à des questions que je ne m’étais pas encore posé.

Pour comprendre la nature de la critique, commençons tout d’abord par quelques citations de Jean-Claude Ichaï dans un des commentaires du billet « Plan A et Plan B sont dans un bateau… ».

« (…) à partir d'un certain niveau la démarche m'apparaît sérieuse. À partir d'un certain niveau, mais pas à tous les niveaux, à mes yeux, et plus particulièrement pas au niveau du socle de la réflexion, qui me semble rester dans la validation d'une approche (malgré l'effondrement annoncé) de type "se maintenir" plutôt que d'être, de résister à l'entropie plutôt que de composer à partir d'elle et avec elle. » 

« J'y vois comme une crispation sur une certaine idéologie de l'avoir, matériel, identitaire, idéologique. À vous lire, la promotion de la lutte reste au programme, sauver l’espèce dans une lutte "amélioratrice",  dans la désorientation de sa dimension oxymorique. Je ne me sens pour ma part aucune vocation au maintien de l'espèce peu ou prou en l'état. Si vivre a pour moi du sens, durer ne m’intéresse pas. Surtout à la lumière de son sens paradoxal, en tant que processus de destruction massive. » 

« (…) mais toujours avec l'idée de perdurer, rester en l'état, "sauver l'espèce" ce qu'on ne peut faire que dans le référentiel existant. Si fondamentalement on pense avoir, c'est-à-dire avoir quelque chose à perdre, la mort devient ce qui doit être évité à tout prix. Mais le paradoxe c'est que dès lors qu'il s'agit de conserver en l'état ce qui est acquis, il ne peut plus être question de vie. Et ce qu'on a de plus insensé, dans ce monde de la croyance revendiquée et combative, c'est justement la vie. »

« La lutte est au programme de toute volonté de perdurer en l'état (physique ou idéologique). Elle ne s'envisage que dans un paradigme qui rend vertueuse l’auto-destruction. Posséder quoi que ce soit, à commencer par la vie, "être un être", est la première sinon la seule désastreuse folie que la conscience orchestre. » 

« Lorsqu'on lutte, on lutte systématiquement contre soi-même, pensant lutter contre un extérieur à soi. Quoi qu'on en pense, l'extérieur à soi, comme le soi, n'est pas vu, mais postulé. Lutter est un principe suicidaire, prôner la lutte c'est faire l'apologie du suicide. »

Avant toute autre chose, quand on fait l’objet d’une critique, il s’agit d’abord de bien comprendre le sens de tout ce qui est dit. Autre point important, il me semble important d’essayer de se mettre dans la tête de celui qui émet la critique pour envisager au mieux son point de vue et surtout pour appréhender l’idéologie qui sous-tend la critique.

Aussi ai-je passé du temps à lire attentivement, non seulement tous les commentaires de Jean-Claude Ichaï au sujet de la série « Plan C : (…) », mais aussi les billets qu’il a publiés, ainsi que les commentaires auxquels ils ont donné lieu. Au delà de l’intérêt évident de la lecture de ces réflexions  bien élaborées, je pense avoir ainsi bien compris son idéologie et le cheminement qui l’a amené à l’adopter. Et les critiques qu’il formule sur la série d’articles « Plan C : (…) » sont tout simplement la conséquence de ces deux choses.

Alors, avant de discuter de la critique en elle-même, je vais tout d’abord tenter d’exposer ma compréhension du processus qui l’amène, car je ne pourrais y répondre si je ne le faisais pas.

L’objectif de Jean-Claude Ichaï est, selon toute vraisemblance, à peu de chose près le même que le mien, à savoir, l’abolition à terme de la violence « inutile » et de l’Hubris, autrement dit, la tendance à la démesure ou à la folie imprudente des humains, comme s’ils étaient tentés de rivaliser avec des dieux. Hors, l’un et l’autre semblent bien prendre leurs racines dans la peur de perdre quelque chose que l’on possède et auquel on tient. Souvent (mais pas toujours), ce quelque chose est d’ailleurs notre propre vie ou la vie de quelqu’un à qui l’on tient, auquel on éprouve de l’attachement. Dès lors, si l’on voulait s’attaquer à la racine du « mal », il nous faudrait donc supprimer la cause de cette peur. Aussi, l’attachement aux choses que l’on possède serait véritablement le problème. Il en découle une base idéologique centrée sur « l’être » plutôt que sur « l’avoir », mais sans toutefois s’attacher au fait même d’exister en tant qu’individu. En effet, le fait de clamer sa propre existence en tant qu’individu devient source de problème puisqu’on en serait alors réduit à être attaché à cette chose-là également.

Évidemment, une telle base idéologique à de nombreuses implications dont les principales sont le fait de rejeter toute lutte, toute projection, tout volontarisme, toute appartenance, toute propriété  qu’elle soit matérielle ou non.

Or, il est tout à fait envisageable de remettre en doute l’existence individuelle par le biais de nombreux arguments, qu’ils soient d’ailleurs d’ordres biologique, physique, éthologique ou métaphysique (et j’en oublie peut-être…). En effet, je peux tout à fait intégrer, au sein d’un ensemble plus vaste, l’amas de matière organisée constituant ce que je considère comme étant ma personne. La frontière que je définis comme délimitant ce qui appartient à mon individualité est en effet postulée par mes soins selon un certain nombre de principes que je considère comme étant logiques, mais un point de vue qui dirait que ce même amas de matière s’intègre dans un tout cohérent bien plus vaste et plus complexe serait tout aussi recevable. De même, on pourrait décomposer cet amas de matière en de simples atomes qui s’articulent les uns avec les autres, et comme il semble bien que ces atomes soient de l’énergie sous une forme condensée, on pourrait tout aussi bien postuler que « tout n’est qu’énergie ». Ainsi, l’individualité ne serait qu’une construction de l’esprit, née de l’organisation particulière de cette énergie. 

Une fois l’individualité ainsi troquée pour une vision du monde, soit holiste, soit moniste, « l’avoir » n’a alors plus de sens et on peut vivre dans la simple contemplation de la beauté, délivré de toute peur de mourir puisque, ne possédant plus rien et tout à la fois, on ne peut plus rien perdre, plus rien acquérir. Il n’y a plus rien à conserver, plus rien pour quoi lutter. Cette manière de voir la réalité est évidemment plurimillénaire vu qu’on en trouve l’essence même dans certaines écoles de philosophie de la Grèce antique, dans le taoïsme ou dans l’hindouisme et ses dérivés.

En ce qui me concerne, une telle idéologie pose non seulement quelques problèmes dans son applicabilité collective, mais surtout, je lui reproche exactement ce que Jean-Claude Ichaï reproche à celle que j’ai tenté d’élaborer : un socle de réflexion défaillant. Autrement dit, le fondement même de cette idéologie est pour moi contestable et c’est d’ailleurs probablement pour ça qu’elle serait amenée à générer des problèmes pratiques.

Abordons justement ces supposés problèmes pratiques avant de remonter à ce qui en serait la cause. Sur un plan « individuel », l’idéologie prônée par Jean-Claude Ichaï est tout à fait libératrice puisque la personne qui y adhère se sent en effet libérée de toute peur, car libérée de tout attachement, mais si on applique collectivement cette idéologie, les choses en viendraient immanquablement à poser problème. En effet, s’il m’apparait évident que l’attachement provoque un certain nombre de dommages, voire même des ravages, tant sur le plan individuel que sur le plan collectif dans tout un tas de situations, le supprimer impliquerait qu’une telle chose serait inutile, qu’il s’agirait d’un handicap pour notre espèce et que l’être humain s’en sortirait donc mieux sans lui plutôt qu’avec lui. J’ai traité ce sujet en détail dans le livre « Le chemin du prophète » au chapitre 33 intitulé « l’amour » (page 156 - 162), mais pour ceux qui préfèrent un résumé, je tente d’y expliquer pourquoi l’attachement, malgré le lot d’afflictions qu’il entraîne, serait surtout la base psychologique-même de ce qui permet la constitution des familles, donc des sociétés humaines. Pour reprendre un exemple du passage en question, une mère qui serait dénuée d’attachement à son enfant nouveau-né, n’y verrait qu’une entrave à son développement personnel et aurait tôt fait de l’abandonner à son triste sort. Quant au père, qui serait dénué d’attachement à l’égard de la mère (et réciproquement d’ailleurs), il n’aurait de toutes façons aucune raison d’être encore à ses côtés neuf mois après leur rapport sexuel et irait certainement jusqu’à ignorer la naissance de son propre enfant, dont il n’aurait eu que faire également s’il avait été au courant de son existence. Et quand bien même déciderait-on de fonder des sociétés où chaque enfant serait élevé par des professionnels dans des établissements dédiés à cet effet et non par leurs parents biologiques, l’absence d’interaction parent-enfant aboutirait rapidement à des syndromes autistiques. Aussi n’existe-il aucune société qui puisse survivre à la suppression collective de l’attachement, ni même qui puisse se construire sur une telle base idéologique. Or, pour l’avoir suffisamment justifié dans la série d’articles « Plan C : (…) », Homo sapiens est une espèce grégaire, ce qui veut dire qu’un individu isolé diminue considérablement ses chances de survivre et de se reproduire par rapport à un individu inclus au sein d’un groupe socialement organisé. Ainsi, spontanément, les individus ayant opté pour pareille idéologie disparaitraient au profit de ceux qui ont pris le chemin d’autres idéologies plus aptes à bâtir des sociétés, et notamment les idéologies croissancistes, celles-là même qui nous ont menées dans notre actuelle situation, donc précisément celles qu’il faudrait faire disparaitre…  

L’autre désavantage notable de sociétés qui se bâtiraient en partant d’une idéologie basée sur l’absence d’attachement, c’est celui de son abandon de la lutte pour la survie. Dès lors que l’on a plus d’attachement à sa propre vie, à la vie de ses enfants, à la vie de personnes avec lesquelles on partage sa vie, cela laisse le champ libre aux individus souhaitant exploiter les autres à leur propre bénéfice. Ces derniers adoptent toujours un expansionnisme belliqueux pour acquérir des biens et des services au détriment d’autres individus ou d’autres groupes d’individus. Or, on n'arrête pas la massue d’un agresseur avec sa tête, aussi dure soit cette dernière, on l’arrête en luttant pour sa survie ou pour la survie du groupe d’individus que l’on représente dans pareille altercation. Autrement dit, dire « non, merci » à celui qui vient vous prendre vous, votre famille et les choses nécessaires à votre survie, ne lui fera pas tourner les talons avec un air dépité. Seule la démonstration de votre force vous donnera une chance de l’en dissuader, sinon de le vaincre. En bref, si on voulait voir se généraliser à l’espèce entière une idéologie détournée de « l’avoir », il faudrait une adhésion totale et immédiate de toute la population mondiale, sans qu’il ne reste quiconque qui puisse être tenté par la domination des autres pour son propre bénéfice. Or, une idéologie met au moins des siècles, sinon des millénaires pour devenir hégémonique au sein de notre espèce. Et quand bien même une telle chose serait possible, nous avons vu précédemment que cette idéologie aboutirait fatalement à un délitement des sociétés qui aboutirait rapidement à la disparition de notre espèce au profit d’autres devenues plus adaptées, comme Canis lupus (le loup gris), par exemple.

Ainsi, dans l’idée de supprimer la peur de manière générale, peur qui induirait un comportement auto-destructeur ou « suicidaire » (sic) pour notre espèce, l’idéologie prônée par Jean-Claude Ichaï mènerait précisément au même résultat, mais selon des modalités différentes. En caricaturant un peu, on pourrait comparer cela à quelqu’un qui, pour soigner une maladie, ferait une proposition qui aboutirait au final à la mort certaine du malade : « Cet homme est malade du coeur ? Alors, retirons lui son coeur. »

En fait, c’est bien parce que j’avais déjà fait face aux incohérences contenues dans ce type d’idéologies que je les ai considérées comme non pertinentes pour mener un projet idéologique à l’échelle de notre espèce entière. Pour autant, je n’avais pas forcément réfléchi au fondement même de ces incohérences et les critiques de mon interlocuteur m’ont ainsi permis, après une réflexion approfondie, de mettre, je pense, le doigt sur le problème fondamental qui en serait à l’origine et que je vais tenter de vous exposer.

Pour commencer, partons d’un constat difficilement contestable : les représentants de l’espèce Homo sapiens sont des êtres vivants. Vous, moi, tous nos congénères, nous sommes des êtres vivants, autrement dit, des amas de matière organisée luttant contre l’entropie et capable de se reproduire. Cette lutte permanente contre l’entropie vise l’homéostasie, autrement dit le maintien en son sein de tout un ensemble de facteurs indispensables à la survie de l’être vivant concerné. Pour atteindre l’homéostasie, chaque être vivant tente de maintenir différents types de « gradients » entre son milieu intérieur et le milieu extérieur, ces deux espaces étant délimités par une membrane ou tout autre type d’interface permettant de définir (ou de postuler) un intérieur et un extérieur. Cette délimitation entre un intérieur et un extérieur est un point clé du vivant aussi loin que l’on puisse remonter dans le temps jusqu’à nos jours. Et cette délimitation permet de définir « un individu », autrement dit, une entité dont on ne peut séparer des éléments sans altérer lourdement le fonctionnement global de l’ensemble, d’où la pertinence d’un tel découpage. Dès lors qu’on a délimité un individu dont les efforts concourent au maintien d’un gradient entre son intérieur et son extérieur, ceci afin de maintenir son individualité, on se rend compte que son existence en tant qu’entité indivisible, autrement dit son « être », est indissociable de « l’avoir ». Il ne peut « être » que parce qu’il « a », et s’il cesse « d’avoir », il cesse « d’être ». Inversement, il ne peut « avoir » qu’à la condition « d’être » et, dès lors qu’il n’est plus, de fait, il n’a plus également. Ce découpage du réel, dont la pertinence est à mon avis difficilement contestable, aboutit à la conclusion que l’être et l’avoir sont indissociables l’un de l’autre, qu’ils sont les deux faces d’une même pièce.

Avant d’aller plus loin, il me faut aborder un point de discussion important. S’il est vrai que toute délimitation est postulée, l’absence de délimitation l’est tout autant et toutes deux possèdent finalement une pertinence propre dont chacune permet une lecture différente mais complémentaire du réel. Le fait de supprimer une de ces deux lectures malgré sa pertinence aboutit donc à une interprétation forcément partielle de la réalité. À titre de comparaison, ce serait un peu comme si on décidait de ne plus utiliser la théorie de la relativité générale, au profit seul de celle de la mécanique quantique pour tenter d’expliquer la réalité dans le domaine de la physique ; il en découlerait une foule d’incohérence dans l’observation des phénomènes macroscopiques. Je pourrais aussi prendre l’exemple des frontières entre les états, frontières qui n’ont pas d’existence propre et qui ne sont que le résultat d’une convention (la plupart du temps) entre groupes sociaux. Vouloir faire une lecture de l’humanité en occultant l’existence de ce découpage, certes arbitraire, reviendrait à ignorer volontairement un aspect de la réalité des relations inter-humaines sous leur forme actuelle et passée. Évidemment, cela ne veut pas dire qu’elles sont choses sacrées et qu’on ne peut pas raisonner dans plusieurs situations en argumentant leur absence de réalité physique et leur côté éphémère ; pour autant, les rejeter systématiquement dans tout raisonnement me semble tout autant être une erreur qui nous couperait d’une partie de la réalité.

Ainsi, si l’on part du principe que la délimitation du vivant en divers individus évoluant dans un milieu extérieur possède une pertinence difficilement contestable, alors « l’avoir » devient indissociable de « l’être » de ce point de vue-là. L’attachement à « l’avoir », donc la lutte pour le conserver, devient de fait nécessaire à « l’être ». Cette lutte prend d’ailleurs la forme d’adaptations multiples de la part des organismes vivants, adaptations qui ont d’ailleurs donné lieu à l’apparition de ce qu’on appelle « l’instinct de survie » chez les multicellulaires possédant un système nerveux. Et cet instinct de survie n’est que la partie consciente de notre tentative de maintenir l’homéostasie de notre milieu intérieur. Or, il se trouve que cet instinct de survie est à l’origine de cette fameuse « peur de perdre », elle-même à l’origine de tant de maux et de comportements inadaptés aussi bien individuellement que collectivement au sein de notre espèce.

Alors, s’il est impossible de séparer « l’avoir » de « l’être » et que cela implique donc, au final, de ne pouvoir supprimer cette peur, source de tous nos comportements auto-destructeurs, cela voudrait-il dire que nous sommes condamnés à répéter ces erreurs encore et encore sans pouvoir rien y faire ? Pas forcément d’après moi.

En effet, plus que la « peur de perdre », c’est à mon avis d’avantage notre manière inappropriée d’y réagir qui abouti à des comportements auto-destructeurs. Si l’on ne peut s’en affranchir, alors peut-être pouvons-nous plutôt arriver à la gérer mieux que ce que nous faisons actuellement. Or, nous avons vu tout à l’heure que c’était bien souvent notre propre vie ou celle d’un de nos proches que nous craignions le plus de perdre. D’ailleurs, de manière générale, les autres peurs (peur de manquer, peur de l’avenir, peur de la violence, peur de l’obscurité, peur des monstres, etc) peuvent d’ailleurs bien souvent être ramenées à cela, de manière directe ou moins directe. Aussi une meilleure gestion de cette peur passerait simplement par une meilleure gestion de son objet principal : la mort. Ainsi, mieux gérer la « peur de perdre » impliquerait une meilleure capacité à gérer la mort, à l’accepter comme ce qu’elle est : une issue inévitable pour tout être vivant, souhaitable pour le vivant en général. D’une part, l’acceptation de l’impermanence de toutes choses  et de sa nécessité propre deviendrait alors un point clé pour accepter l’idée que nous et nos proches mourront à un moment ou à un autre, quoi que nous puissions tenter de faire pour l’éviter. D’autre part, l’acceptation de l’incertitude généralisée, nous permettrait de mieux accepter l’idée que la fin de notre vie ou celle de nos proches est susceptible de survenir n’importe quand et que cela ne dépend pas toujours de nous, ni totalement, ni même partiellement. Une fois ces deux choses acceptées une bonne fois pour toutes, « la peur de perdre » s’assourdit, s’estompe, elle est intégrée comme une partie de nous-même, nécessaire, avec laquelle il faut vivre, sans pour autant qu’elle ne gouverne à elle seule nos réflexions et nos actions. On est alors en mesure de profiter véritablement de l’instant présent et d’accéder au bonheur dans la mesure où la lutte prend une forme plus apaisée, plus raisonnée, bien moins guidée par la « peur de perdre », bien plus par « l’exaltation de créer ».

L’avantage d’une telle gestion de la « peur de perdre », par rapport à une idéologie qui tente d’en faire disparaitre la cause, est qu’il n’est nul besoin d’annihiler une partie de ce qui nous définit comme des êtres vivants, ce qui nous évite les impasses évoquées précédemment. C’est la raison pour laquelle j’ai fait le choix d’intégrer cette gestion de la « peur de perdre » au sein de l’idéologie que j’ai tenté d’élaborer dans « Le chemin du prophète » et dans la série d’articles « Plan C : (…) ». Les passages où j’aborde cette gestion se trouvent d’ailleurs dans la partie 9, à la fin du chapitre intitulé « Le système religieux » pour ce qui concerne la série d’articles. En revanche, il m’est plus difficile de déterminer un passage précis sur ce sujet dans « Le chemin du prophète » puisqu’il y est abordé de manière plus diffuse.

Avant de conclure, il me semble important d’aborder un point qui pourrait donner lieu à une fragilisation de l’argumentaire que j’ai tenté de bâtir : celui de l’hypothèse de la séparation du corps et de la « psyché ». En effet, si l’on partait du principe la « psyché » était en mesure d’évoluer pour son propre compte, détachée de son support matériel, alors une partie de notre « être », pourrait alors s’affranchir totalement de « l’avoir » et tout ce que je viens de dire serait nul et non avenu dans ce cas de figure-là. Dans la mesure où je me suis très largement épanché sur le côté trop peu vraisemblable d’une telle hypothèse qui me semble d’ailleurs trouver sa source dans la vanité humaine et dans la peur de mourrir, je préfère vous renvoyer aux passages où j’argumente à ce sujet : 

  • Dans « Le chemin du prophète », chapitre 22 «  Le philosophe » de la page 104 à la page 113.
  • Dans « Le chemin du prophète », un peu dans le chapitre 21 « la chasseuse et la femme qui voulait protéger les animaux », de la page 95 à la page 103.
  • Dans la série d’articles « Plan C : que faudra-t-il faire quand l’effondrement sera complet ? », dans la partie 7, chapitre intitulé « L’être humain supérieur au reste du vivant et l’idéal d’immortalité ».
  • Dans la série d’articles « Plan C : que faudra-t-il faire quand l’effondrement sera complet ? », dans la partie 10, dans le chapitre intitulé « b - une volonté supérieure ? », vers la fin.

Ce dernier point écarté, il m’apparait possible de conclure que les critiques formulées par Jean-Claude Ichaï, si elles sont évidemment intéressantes car appelant les réflexions que j’ai pu présenter dans le présent billet, ne me semblent pas entamer la pertinence de l’idéologie que j’ai tenté d’élaborer dans le conte philosophique « Le chemin du prophète » et dans la série d’articles « Plan C : que faudra-t-il faire quand l’effondrement sera complet ? », notamment pour ce qui concerne le socle de réflexion.

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