Plan de relance : « personnes précaires » à la portion congrue

Le Plan de relance de 100 milliards se répartit entre écologie, compétitivité et cohésion. Résumé du chapitre cohésion, avec la partie « soutien aux personnes précaires » réduite aux acquêts (0,8 % du Plan).

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Suite à la crise économique provoquée par la crise sanitaire, le gouvernement a présenté hier un Plan de relance censé « construire la France de 2030 » : 100 Md€  dont 30 pour l’écologie, 34 pour la compétitivité et 36 pour la « cohésion », qui, contrairement à l’habitude, n’est pas qualifiée de « sociale ». Beaucoup de mesures sur la formation, l’accompagnement professionnel, l’aide à l’embauche, aux collectivités locales… Je déroule ci-dessous ce Plan seulement sur sa partie dite Cohésion: résumé suivi de quelques commentaires.

Ce chapitre décline les actions selon le plan méthodologique : problématique, exemples, impact, coût, calendrier.

Evoque le chômage partiel mis en place rapidement pour éviter des licenciements économiques et le soutien aux formations (nouvelles technologies, cybersécurité).

L’aide à l’embauche des travailleurs handicapés (4000 euros pour les contrats conclus entre le 1er septembre 2020 et le 28 février 2021). Accompagnement de 15 000 jeunes à la création d’activité à partir de 2021 (1000 euros abondés par l’État, à charge pour les réseaux de trouver les 1000 autres euros nécessaires). Aide à Pôle emploi pour un accompagnement intensif jeunes (AIJ) : passer de 80 000 à 240 000 en 2021. Et passer de 340 000 jeunes accompagnés vers l’emploi par les Missions locales à 420 000. Augmenter le nombre de bénéficiaires de la Garantie Jeunes (100 à 150 000) et augmenter le nombre de jeunes (+ 80 000) percevant le montant du RSA (497 €). Aide aux employeurs d’apprentis. Contrats de professionnalisation. Contrats initiative emploi (CIE) : 50 000 bénéficiaires en 2021. 30 000 places dans le cadre du Plan Jeunes (accompagnement de jeunes bacheliers vers des formations courtes). 100 000 emplois supplémentaires au sein de structures d’insertion par l’activité économique. Passer de 3000 à 6000 places pour jeunes les plus défavorisés accompagnés vers les métiers du sport et de l’animation. Passer de 2500 à plus de 5000 emplois pour les jeunes dans le sport. 20 000 contrats Parcours Emploi Compétence (PEC), emploi-accompagnement-formation, pour atteindre 80 000 en 2021.

Création d’un programme de 35 000 places à destination des jeunes de 16 à 18 ans ne respectant pas l’obligation de formation pour leur permettre de découvrir les métiers et de construire leur projet professionnel. 115 000 jeunes formés dans le cadre de parcours qualifiants. Promouvoir la poursuite d'études et la réussite dans l'enseignement supérieur des collégiens et lycéens issus de milieux populaires, résidant dans des quartiers prioritaires de la ville ou en zone rurale isolée. Plan de revitalisation des internats avec de nouvelles places dans les territoires en tension, et la réhabilitation de places vétustes ou inadaptées. Places supplémentaires pour les néo-bacheliers, accompagner les réorientations et les élèves en CAP vers le diplôme et une insertion professionnelle.

Soutien à l’emploi associatif par le Fonds de coopération de la jeunesse et de l’éducation populaire (FONJEP). Augmentation de 100 000 du nombre de volontaires en service civique (déjà annoncé par le Président le 14 juillet 2020). Création d’une aide financière d’un montant maximal de 4 000€ attribuée aux entreprises, quels que soient leur taille et leur secteur, qui embauchent un salarié de moins de 26 ans, en CDI ou CDD de 3 mois et plus, et pour un salaire jusqu’à 2 fois le SMIC. Augmenter le nombre de prêts étudiants. Aide aux jeunes de 18/30 ans pour la création d’entreprise dans les DOM. Revalorisation de la rémunération des jeunes en recherche d’emploi en formation.

Dans le cadre du Ségur de la Santé, augmenter sur les deux prochaines années le nombre de formations menant aux diplômes d’infirmiers et d’aides-soignants.

Formation professionnelle : renforcer la digitalisation des formations, et favoriser les « métiers stratégiques de demain » (numérique, transition écologique, relocalisation de l’industrie). Soutenir France compétences (créée en 2018) qui finance l’alternance (contrats de professionnalisation, contrats d’apprentissage). Moyens supplémentaires à Pôle emploi (250 millions d’euros, 1500 postes). Soutien à la reconversion professionnelle. Revalorisation de la rémunération des adultes en formation (652 € + rime de 150 € à l’entrée en formation). Mobilisation du Fonds de cohésion sociale pour des prêts à la création d’emploi par des personnes fragilisées sur le marché du travail ou des bénéficiaires du RSA créant leur entreprise.

Enveloppe de 6 milliards d’euros répartie sur trois à cinq ans aux priorités d’investissement structurelles dans les secteurs sanitaire et médico-social ainsi que dans le numérique en santé. Rénovation de places en Ehpad.

Enveloppe de 250 millions d’euros pour favoriser une appropriation accélérée des nouveaux usages et services numériques par tous les Français. Et poursuite du Plan Très Haut-Débit.

Soutien aux collectivités locales qui auront perdu 9 Md€ d’épargne et donc de perte pour l’investissement : aide de 5 Md€ sur deux ans.

250 millions d’euros pour favoriser les dynamiques territoriales : financement d’opérations prêtes à démarrer, portées par des collectivités publiques et des acteurs associatifs et privés. L’objectif est de favoriser l’émergence de projets et de créer de l’activité dans les territoires, pour répondre à leurs besoins dans les domaines de la santé, de l’emploi et de la formation, des transitions écologique et numérique.

Création de 100 foncières territoriales dans le cadre de la Banque des Territoires pour créer 6000 commerces dans des petites villes d’ici 2025.

Soutien aux personnes précaires :

. majoration de 100 euros de l’allocation de rentrée scolaire cette année (coût : 533 M€) et tickets restaurants universitaires à 1 €.

. accès au logement, à l’hébergement, à l’insertion des personnes sans domicile, qu’elles soient à la rue ou hébergées (centres d’hébergement, hôtels) : mesures déjà existantes + 100 millions d’euros.

. soutien aux associations de lutte contre la pauvreté (100 M€).

Portion congrue pour les précaires

Manifestement l’État libéral est bien obligé d’admettre que l’État social est nécessaire d’où des mesures qui remettent en cause des reculs qu’Emmanuel Macron avait souhaités et organisés. Certaines mesures apportent des éléments nouveaux sur le plan social, y compris pour des personnes en situation de précarité, il ne s’agit pas de le nier mais d’autres sont une poursuite, parfois un peu renforcée, de dispositions déjà existantes. Beaucoup risquent de ne jamais voir le jour ou de se mettre en place lentement car elles nécessitent des moyens humains qui parfois manqueront. Mais de façon générale, pour les personnes précaires, les mesures prises sont la portion congrue du Plan (800 millions d'euros soit 0,8 % du Plan). Augmenter conjoncturellement l’ARS a son effet d’annonce mais cela ne règle pas le problème de fond, sur la durée, du pouvoir d’achat des populations les plus démunies qui finissent le mois vers le 20, parfois avant. Tout au plus cela a permis à une frange de la société de se défouler en exprimant son mépris classique envers les pauvres qui allaient s’acheter des écrans plats.

Rien de bien significatif sur l’action sociale, sur l’action éducative. Rien sur les minima sociaux (certains de nos concitoyens ont à peine 500 euros pour vivre chaque mois, hors logement). Rien sur la protection de l’enfance. Annonçant le plan de relance sur France Inter le 26 août, le premier ministre, Jean Castex, avait déclaré qu’il faut évidemment renforcer la prévention, comme « les éducateurs de rue, les travailleurs sociaux ». C’était plutôt une bonne idée.

 . France Relance, rapport de 296 pages. 

 . voir article d'ATD Quart Monde sur blog de Mediapart : Les plus pauvres sacrifiés dans le Plan de relance, 3 septembre.

 

Billet n° 570 : Le blog Social en question est consacré aux questions sociales et à leur traitement politique et médiatique. Parcours et démarche : ici et .

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