Les murs de Berlin

Visiter Berlin c’est inévitablement se trouver confronté à des commémorations d’événements tragiques : le régime nazi et sa folie meurtrière, le régime communiste et son pouvoir dictatorial. L’expression du souvenir passe le plus souvent par des murailles. Pourtant tous les murs de Berlin ne sont pas tyranniques et funestes, certains sont libertaires, gais et colorés.

Le Mur, entre l'ancienne Maison des ministères de la RDA, ancien ministère de l'Air du Reich, actuel ministère des Finances et des restes d'anciennes cellules de la Gestapo. Le Mur, entre l'ancienne Maison des ministères de la RDA, ancien ministère de l'Air du Reich, actuel ministère des Finances et des restes d'anciennes cellules de la Gestapo.

 Ce qui domine à Berlin en matière de mémoire, c’est évidemment le mur, dont on commémore demain les 30 ans de la chute. Il est omniprésent : non seulement par les morceaux qui subsistent (l’un s’étend tout de même sur 1,3 km) mais aussi par des musées et visites organisées sous la ville pour évoquer les tentatives de Berlinois de l’Est de fuir par les égouts ou, surtout, par des tunnels. Les murs, à Berlin, ce sont aussi la façon de commémorer la Shoah, à travers la symbolique de pierres anonymes couchées comme des tombes ou fièrement dressées (que ce soit le Mémorial de l’Holocauste ou le musée juif). Et quand ce ne sont pas des stèles qui arrêtent le regard ce sont les Stolpersteine, sous nos pieds, au cœur des pavés, « pierres d’achoppement » qui sont censées symboliquement nous faire trébucher pour que l’on se souvienne qu’ici un Juif, un Rom ou un communiste a été emmené pour être déporté. Ce qui est sûr c'est que l'Allemagne ne rechigne pas à rappeler son passé tragique.

Coupole du Bundestag, ex-Reichstag : à travers les vitres, sur place, on peut entrapercevoir les élus dans la salle des débats. Coupole du Bundestag, ex-Reichstag : à travers les vitres, sur place, on peut entrapercevoir les élus dans la salle des débats.

Stolpersteine (pavé en laiton rappelant le nom d'un déporté qui demeurait tout près) et sur Bebelplatz, vue sur le sous-sol avec une bibliothèque aux rayons vides pour commémorer le premier autodafé nazi qui eut lieu ici sur cette place (10 mai 1933). Stolpersteine (pavé en laiton rappelant le nom d'un déporté qui demeurait tout près) et sur Bebelplatz, vue sur le sous-sol avec une bibliothèque aux rayons vides pour commémorer le premier autodafé nazi qui eut lieu ici sur cette place (10 mai 1933).

Aux frontières, partout sur la planète, des murs s’érigent, murs de l’apartheid, murs de la ségrégation, murs de la honte (entre les États-Unis et le Mexique, Israël et les Palestiniens, le Maroc et la Mauritanie, l’Algérie et le Maroc, l’Espagne et le Maroc, le Brésil et la Bolivie et le Paraguay, la Corée du Nord et celle du Sud, l’Inde et le Bangladesh, la Grèce et la Turquie, entre les quartiers catholiques et protestants en Irlande du Nord, et bien d’autres, bref une soixantaine dans le monde). La République Fédérale d’Allemagne voudrait, tout en se souvenant du sien, afficher une certaine transparence et mettre en avant une architecture du verre (comme la coupole du Bundestag). Il n’est pas exclu que son accueil des réfugiés, dans un premier temps, ait été une façon d’ouvrir les portes, de ne pas mettre de barrières, même si des raisons économiques n’étaient pas étrangères à cette décision (suivie, par la suite, de nombreux refoulements). 

Murs vivants

Sur BülowStrasse, dans le quartier de Schöneberg, près du Musée Urban-Nation (street art) Sur BülowStrasse, dans le quartier de Schöneberg, près du Musée Urban-Nation (street art)
Enfin, peut-être plus qu’ailleurs, pour que le mur ne soit pas que muraille, ne soit pas synonyme de séparations, de malheurs, de conflits, certaines façades d’immeubles sont couvertes de graffitis, de tags et fresques diverses, et ce n’est pas vrai qu’à proximité du Musée de l’Art Contemporain Urbain. Dans certains quartiers, le street art s’y donne à fond, avec manifestement un tolérance publique. C’est le cas du Kreuzberg, quartier très populaire, où les tags, dessins et peintures diverses pullulent à tous les coins de rues. C’est aussi, évidemment, la plus grande galerie permanente en plein air, l’East Side Gallery, une fresque de 1,3 km sur une ancienne portion du Mur, peinte par 118 artistes. Rien n’est figé, des œuvres sont recouvertes par d’autres, de même que des façades d’immeubles changent au cours du temps. Une barre d’immeuble de l’époque soviétique a été rénovée (Solidarität) et graffitée par des designers lyonnais (Cité création). C’est enfin, dans le quartier de Friedrichshain, avec la RAW-Tempel, ancienne station de train transformée en immense zone alternative, gérée par une association à but non lucratif, où les murs sont couverts de tags et œuvres d’art. Le street art est tel à Berlin que des organismes proposent des visites guidées dans la ville.

Bernauer Strasse Bernauer Strasse
Mais l’Allemagne est confrontée également à un mur qui n’est fait ni de béton ni de briques : Helmut Kohl avait promis à l’Est des « paysages florissants » lors de la réunification. En réalité, la généralisation brutale du deutschemark a provoqué une réévaluation monétaire, positive dans un premier temps pour les salariés mais renchérissant les coûts de production (multipliés par 3). Ce choix  monétaire et la dispersion rapide des industries d’État, privatisées et bradées à vil prix à des investisseurs appâtés par des promesses de profits exorbitants, vont complètement détruire l’économie est-allemande. Avec faillites nombreuses, perte de millions d’emplois, chômage élevé (jusqu’à 18 %), émigration massive. Un article de Jean-Michel Hauteville dans Le Monde du 6 novembre décrit très bien cette réalité. De même, un dossier du Monde diplomatique  de novembre déroule sur deux pages « l’histoire d’une annexion », réquisitoire impitoyable sur la façon dont le monde ordolibéral a sacrifié ces populations de l’Est en imposant sa thérapie de choc (cf. Naomi Klein), alors que les salariés auraient pu se voir attribuer la gestion des entreprises de l’Est qui n’étaient pas florissantes mais qui existaient : des projets émanant de syndicats et de mouvements civiques allant dans ce sens ont été balayés sans discussion (1).

Le Monde diplomatique, dans un autre article (Un mur peut en cacher un autre), relève que si l’extrême-droite (AfD) progresse à l’Est, les habitants de cette partie de l’Allemagne ont également été dépossédés des postes à responsabilité : « la plupart des institutions économiques, juridiques ou intellectuelles sont dirigées par des personnalités de l’Ouest ».

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(1) Urbex RDA, de Nicolas Offenstadt (Albin Michel) raconte, texte et photos, cette Allemagne de l’Est en friches, usines et bâtiments divers. Parce qu’elle avait un retard très net sur l’Occident et parce que l’Ouest n’a rien fait pour sauver ce qui pouvait l’être.

Voir également le dossier de la revue L'Histoire sur La sortie du communisme, après la chute du Mur (n° d'octobre 2019).

A partir de Topographie des Terrors, vue à travers le Mur sur NiederkirchnerStrasse. A partir de Topographie des Terrors, vue à travers le Mur sur NiederkirchnerStrasse.

Le Mur de Berlin

Pour mieux percevoir ce qu’a été le Mur de Berlin, lors d’un voyage récent (fin octobre), j’ai visité la ville à partir de ses souterrains, avec pour guide une jeune française archéologue, employée de Berliner Unterwelten, association culturelle à but non lucratif qui protège le patrimoine souterrain de la ville et fonctionne sur fonds privés (elle interdit les photos, invoquant des droits à l’exclusivité). La visite commence par un des bunkers de la ville d’où on entre par une porte discrète à côté de la station de métro Gesundbrunnen. Cet abri, immense, date de la Seconde Guerre mondiale, pour protéger les Berlinois des bombardements aériens, le centre-ville ayant été détruit à 80 %. Ce bunker deviendra, durant la guerre froide, un abri antiatomique pouvant accueillir 3000 personnes. La visite souterraine nous conduit à passer sous des rues dont les noms s’affichent, écrits sur les murs (dont la Französiche Strasse).

CheckPoint Charlie CheckPoint Charlie
C’est dans ces lieux que l’explication sur le mur commence. Les Soviétiques sont arrivés les premiers à Berlin, qu’ils ont occupé. Après que les Américains aient pénétré eux-mêmes dans la capitale du Reich, les Russes se sont repliés et Berlin a été découpé en quatre parties : soviétique d’un côté et américano-anglo-française de l’autre. Suite à des tensions entre l’Est et l’Ouest, les Soviétiques instaurent un blocus de la ville qui va durer onze mois : deux millions d’habitants ont survécu grâce aux rotations d’avions, assurées par les Américains et les Anglais entre  le terrain de Tegel (actuel aéroport) et le reste de l’Allemagne de l’Ouest. Les Soviétiques lèvent le siège en mai 1949, sans condition : les 70 ans ont été fêtés il y a quelques mois. L’URSS fait payer de lourdes réparations à son satellite, la RDA, démontant ses usines, tandis que les USA aident la RFA avec le Plan Marshall.

Les Allemands de l’Est fuient vers l’Ouest (des agriculteurs, des artisans, des personnes ayant un métier). Alors un barrière infranchissable s’installe, les frontières se ferment (1952, le rideau de fer) entre l’Est et l’Ouest. Sauf que Berlin ayant un statut spécial, les candidats à l’exode viennent à Berlin-Est et gagnent sans difficulté Berlin-Ouest, ne serait-ce que par le métro. Là, de nombreux centres d’accueil sont ouverts pour les réfugiés politiques. Puis de Berlin-Ouest, trajet par avion à destination de la RFA. Ainsi, trois millions d’Allemands de l’Est sont passés à l’Ouest.

C’est pour arrêter cette hémorragie que les autorités de la RDA élèvent le mur dans la nuit du 12 au 13 août 1962, au cours d’un week-end, entre le samedi et le dimanche, prenant tout le monde de court. Le mur ne pouvant être érigé en un jour, 8000 soldats déroulent d’abord des barbelés sur la frontière séparant les deux villes, alors que des échanges avaient lieu entre les deux parties (les destructions dues aux bombardements de 1945 avaient provoqué un manque criant de logements, ainsi beaucoup de Berlinois travaillaient d’un côté et logeaient de l’autre). Du jour au lendemain, des familles sont brutalement séparées, sans espoir de se revoir. D’où les tentatives de passer coûte que coûte la ligne de démarcation. A noter que la chronique ne relève aucun cas d’Allemand de l’Ouest se réfugiant à l’Est.

Indication sur une pelouse du tunnel 57 (1964). Au bout, des tiges métalliques symbolisant le Mur, au delà c'était l'Ouest. Photo d'une gare fantôme affichée sur les murs de la station actuelle Nordbahnhof Indication sur une pelouse du tunnel 57 (1964). Au bout, des tiges métalliques symbolisant le Mur, au delà c'était l'Ouest. Photo d'une gare fantôme affichée sur les murs de la station actuelle Nordbahnhof

Pendant toute la durée de l’existence du mur, deux lignes de métro de Berlin-Ouest passaient sous Berlin-Est : la Bundesbahn payait des droits à la RDA mais seize stations furent condamnées et dénommées « stations fantômes ». Des soldats est-allemands surveillaient pour que personne, sous terre, ne saute dans le métro pour s’enfuir. Les câbles électriques étaient dénudés pour que les fuyards s’électrocutent, des grilles avec des piques étaient installées sur les ballasts. Des miroirs surveillaient tout mouvement et des postes de garde étaient installés sur les quais désertés. Par le métro, les 158 fuyards ont été pour l’essentiel des techniciens du métro (et leurs familles) et des gardes-frontières (des jeunes accomplissant leur service militaire). Les autorités de l’Est veillèrent alors à ce que ces gardes-frontières ne soient pas originaires de Berlin et soient toujours à deux pour patrouiller (le deuxième pouvant être souvent un informateur de la Stasi). 

En décembre 1961, un conducteur de train a foncé avec sa locomotive à vapeur avec 8 wagons et est entré dans Berlin-Ouest avec ses amis, collègues et quelques passagers non informés. Le lendemain, les rails étaient supprimés. Ce qui laisse des traces : aujourd’hui encore, certaines anomalies du réseaux de transport sont liées à cette partition et aux destructions de rails.

Sur cette photo prise du haut du Musée du Mur, on voit à gauche un bâtiment rond, chapelle de la Réconciliation, sur les bases de l'église du même nom, détruite en 1985 côté Est car trop près du Mur. A droite, morceau du Mur et mirador. Sur cette photo prise du haut du Musée du Mur, on voit à gauche un bâtiment rond, chapelle de la Réconciliation, sur les bases de l'église du même nom, détruite en 1985 côté Est car trop près du Mur. A droite, morceau du Mur et mirador.
Dès les premiers jours qui suivent l’installation du mur, des Berlinois de l’Ouest s’organisent pour aider ceux de l’Est qui veulent fuir. En particulier des étudiants cherchant à récupérer leurs copains qui avaient effectué leurs études à l’Ouest. Ce furent d’abord les canalisations car ce réseau souterrain ne pouvait avoir été complètement supprimé. Les plans sont récupérés et une première fuite a lieu en septembre 1961. Des Allemands de Berlin-Ouest étaient autorisés à venir à l’Est (mais pas l’inverse) : ils ouvraient les plaques pour permettre à des jeunes de l’Est de s’enfuir, et refermaient tranquillement les plaques d’égouts (130 kg) ce que les fuyards n’auraient pu faire. Et les sauveteurs passaient ensuite la frontière dans l’autre sens, tranquillement, légalement.

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Participèrent à ces opérations des jeunes européens venus à Berlin dans le cadre d’Erasmus. La fuite par les égouts était terrible, car il fallait se confronter à la puanteur et aux rats, et nager dans une eau pestilentielle pour passer sous les grilles fermant le passage. Les fuyards étaient aussitôt accueillis par des centres d’accueil, avec consigne de ne pas dire comment ils avaient procédé, car les services de la Stasi pouvaient récupérer ces informations. 800 personnes sont partis ainsi, surtout des étudiants : ce fut la méthode la plus efficace pendant deux mois. Sauf que des jeunes de l’Est ayant assisté à une fuite, ont voulu s’y prendre de la même façon, mais sans pouvoir remettre en place la plaque d’égout, et le subterfuge fut découvert.

Alors à l’automne-hiver 1961, un premier tunnel est creusé. Le plus souvent à partir de l’Ouest, car c’était moins risqué (pas de gravats à dissimuler). Ils n’ont souvent fonctionné qu’une seule fois, car ils ont été aussitôt repérés, certains se sont effondrés, car creusés dans un sol marécageux (mais aucune effondrement n’a fait de victimes). Les creuseurs n’étaient pas des ingénieurs, ils manquaient d’expérience : une vingtaine seulement a fonctionné permettant à 350 personnes de fuir. La Stasi attendait parfois la fin du creusement, repéré, pour pouvoir arrêter le jour J tous les fugitifs. Certains d’entre eux ont été abattus sur place. Un jour, trois garçons creusaient quand soudain, par sa fenêtre, leur mère a vu un poteau qui s’enfonçait. Un des garçons fut blessé par le poteau mais ils purent le remettre en place (du coup, devenu relique, le poteau est montré dans l’exposition). 28 personnes purent s’enfuir par ce tunnel. Les organisateurs avaient refusé de prendre un couple de retraités, de crainte d’être retardés par eux. Qu’à cela ne tienne : le vieil homme, M. Thomas, 81 ans, creusa lui-même un tunnel de 32 mètres en deux semaines. Il a fui avec d’autres : ce tunnel, appelé « le tunnel des retraités », est le plus haut jamais creusé. M. Thomas aurait expliqué, mais ce n’est pas certain : « nous voulions que nos femmes accèdent à la liberté la tête haute » !

Reconstitution d'une galerie et d'une entrée de tunnel, dans une maison de la BrunnenStrasse. Reconstitution d'une galerie et d'une entrée de tunnel, dans une maison de la BrunnenStrasse.

Après avoir sillonné sous la ville, la visite prévoit un parcours à l’air libre : par une porte dérobée, on se retrouve dans un couloir du métro (on se croirait dans Subway, de Luc Besson) puis dans les rues, en métro et à pied pour rejoindre dans la Bernauer Strasse une maison et sa cave. La Stasi détruisait tous les tunnels qu’elle découvrait, c’est pourquoi l’on ne peut voir qu’une maquette (avec photo autorisée). Cette maquette a été construite par Klaus, 80 ans, ancien maçon, qui voyant des travaux dans la rue il y a un peu plus d’un an, s’est adressé aux ouvriers du chantier car se trouvait là « son » tunnel qu’une pelleteuse a alors découvert. La Stasi, prévenu par un informateur, avait fermé le tunnel. Elle aurait creusé elle-même des tunnels en transversale dans l’espoir de tomber sur des tunnels de fugitifs. Joachim, un amoureux a creusé pour fuir avec sa petite amie, Christa, mais cette dernière est emprisonnée après la découverte du tunnel, condamnée à deux ans de prison pour « fuite de la République ». Alors, s’il est vrai que le monde se divise en deux catégories (ceux qui ont un pistolet chargé et ceux qui creusent), lui creuse infatigablement : en tout six tunnels et il finit par s’échapper le 4 octobre 1964 avec Christa (et 55 personnes) par le tunnel 57. Après leur mariage, il est embauché dans une entreprise… qui perce de nombreux tunnels dont celui sous la Manche !

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Le lendemain, ce même tunnel 57 a servi à d’autres, mais découvert par les militaires : un jeune allemand de l’Ouest, Christian Zobel, venu aider les fuyards, a tiré mortellement sur un soldat de la RDA, Egon Schultz qui deviendra un héros national, « assassiné par des agents de l’Ouest ». Le tir aurait visé également, selon le maître de la RDA, Honecker, « la barrière anti-fasciste qui protège notre paix, votre paix » (c’est-à-dire le mur). Zobel ne s’en remettra pas, culpabilisé ainsi d’avoir tué pour la liberté, mort sans connaître la vérité. Sauf que l’on a découvert après l’ouverture des archives de la Stasi que Schultz avait été tué réellement par le tir de riposte de ses camarades. Aujourd’hui, une plaque à Berlin indique dans quelles circonstances il est mort, et l’ancien héros est considéré comme une victime du Mur.

Fuite par un filin de la famille Holzapfel à partir de la Maison des ministères. Fuite par un filin de la famille Holzapfel à partir de la Maison des ministères.
D’autres fuites ont eu lieu : en montgolfière (ailleurs en RDA, voir le film récent Le Vent de la liberté) ou en se laissant glisser sur un filin à partir d’un immeuble du ministère de la Maison des ministères (ci-contre BD apposée sur les grilles du ministère actuel des Finances, voir également première photo de ce billet). On a dénombré 258 victimes du Mur, dont 67 abattues par les gardes-frontières. 

Ainsi l’existence passée de ce Mur est partout rappelée : outre Berlin souterrain, Die Mauer (panorama de l’artiste Yadegar Asisi), Checkpoint Charlie, le Musée du Mur. Le morceau du Mur à proximité du site de la Topographie des Terrors, musée sur les crimes de la Gestapo, est presque accolé, en parallèle à des restes d’un bâtiment où la centrale de la terreur national-socialiste, exerçait ses tortures. A noter que ce musée de la Gestapo, décrivant le mal suprême, évite d’interroger ce que fut l’implication des Allemands eux-mêmes (en tout cas de nombre d’entre eux) dans cette tragédie. 

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 Prison de la Stasi

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Au nord-est de Berlin, à plus d’une heure du centre-ville, dans un quartier tranquille (HLM et immeubles cossus), l’ancienne prison de la Stasi, police politique de la RDA, peut être visitée : autre lieu où les murs sont omniprésents. À la fin de la guerre, le NKVD soviétique récupère les bâtiments d’une ancienne usine servant de cuisine à l’Aide sociale des Nazis pour y ouvrir la maison d’arrêt de Berlin-Hohenschönhausen. Y sont alors détenus des prisonniers nazis. Puis la RDA récupère les locaux pour y établir un lieu de détention de la police secrète de l’Allemagne de l’Est. Une fondation assure aujourd’hui l’entretien et la visite de ces lieux, cette dernière étant effectuée bien souvent par d’anciens prisonniers, qui expliquent comment, parmi les détenus, des informateurs étaient infiltrés pour aider les interrogateurs et tortionnaires à monter des dossiers contre les "ennemis du peuple". Les conditions de détention étaient effroyables, plus particulièrement dans le "U-boot" (sous-marin), dans des cellules étroites sans fenêtres, véritable bunker, dans les sous-sols.

Après la chute du mur, le patron de la Stasi y fut un temps incarcéré : il se plaignit de ses conditions de détention. 

Photo de droite : le U-Boot Photo de droite : le U-Boot

 Le Mémorial de l’Holocauste

Réalisé par Peter Eisenman : 2711 stèles sans nom, de taille et d’inclinaison variées, installées sur le bunker de Goebbels. Comme un cimetière, au cœur de la ville, à deux pas de la Porte de Brandebourg. L’ambiance n’est pas vraiment celle du silence et du respect à la différence notable du lieu d’information et de commémoration qui se trouve en sous-sol, où les visiteurs lisent les panneaux dans un silence rare, dans une attitude de recueillement. Dans une salle sont égrenés les noms des Juifs d’Europe assassinés avec une biographie succincte : les noms en lumière s’affichent sur les murs, dans une salle plongée dans le noir. Il faudra six ans, sept mois et 27 jours pour les nommer tous, avant de recommencer.

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Sur la photo de droite, il s’agit au sein du Gropius Bau qui jouxte la Topographie des Terrors d’une installation intitulée In Memoriam, réalisée par Gustav Metzger, né en 1926 à Nuremberg  (ayant fui en Angleterre, mort en 2017), dont une partie de la famille a péri dans les camps d’extermination. Il fait explicitement référence au Mémorial de l’Holocauste mais là les stèles sont dressées et… en carton.

Le Musée Juif

S’il contient un certain nombre de documents et de pièces afin d’illustrer la Shoah, l’architecture de Daniel Libeskind en fait davantage un lieu de mémoire, un autre mémorial plus qu’un musée. Pour rester dans la thématique choisie, il importe de relever que dans le jardin de l’exil, dans un espace relativement étroit, 49 colonnes de béton se dressent l’une auprès de l’autre, creuses : elles sont remplies de terre et poussent au sommet de chacune d’elles des oliviers. Une Holocaust Tower, sombre et froide, conduit le visiteur à lever les yeux au ciel, peut-être à l’interroger : comment cela a-t-il été possible ?

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RAW-Tempel

A Berlin, dans le quartier de Friedrichshain, RAW-Tempel est une ancienne station de train transformée en une immense zone alternative, gérée par une association à but non lucratif. Dans ces anciens bâtiments industriels, on trouve bars-concerts (dont Cassiopeia), clubs, salle de répétition, salle de sport (dont escalade sur les murs d’un ancien château d’eau-bunker et un skate-parc avec la plus haute rampe d’Europe), sortie vélo, expos, ateliers d’artistes, espace de création, danse, théâtre, cinéma, librairie, supérette et surtout graffitis, fresques et tags à gogo (qui changent régulièrement car j’ai vu des reportages photos avec des peintures différentes). En parcourant cette zone, je pensais à Christiania visitée il y a bientôt 40 ans à Copenhague, commune libre de hippies, baba cools et dealers, dans une ancienne caserne mais sur une surface moindre : à Berlin, RAW-Tempel couvre 14 terrains de foot, sans doute le plus grand espace alternatif au monde. A Copenhague il s’agit davantage d’un lieu de vie (habitat), qui a été régulièrement menacé d’évacuation, et à Berlin d’activités (jour et nuit) officiellement tolérées. J’y vois, outre ce qui se vit en ces lieux (dans un étrange mélange entre ordre et désordre, à l'allemande peut-être), une autre façon d’évoquer les murs de Berlin. 

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La peinture de droite a été réalisée par Blu, célèbre graphiste : créature composée d'une centaine de corps roses se tordant de douleur, et un personnage blanc, seul, sur un de ses doigts. La peinture de droite a été réalisée par Blu, célèbre graphiste : créature composée d'une centaine de corps roses se tordant de douleur, et un personnage blanc, seul, sur un de ses doigts.

graffitis

 

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Le Mur

Réalisé par Banksy : Dancing to freedom ! Réalisé par Banksy : Dancing to freedom !

East Side Gallery East Side Gallery

East Side Gallery East Side Gallery

East Side Gallery East Side Gallery

A droite, détail du Panorama impressionnant de Yadegar Asisi, à taille humaine. A droite, détail du Panorama impressionnant de Yadegar Asisi, à taille humaine.

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 . Toutes les photos de ce billet : YF [j'ai effectué un séjour à Berlin d'une semaine, fin  octobre] 

 

Compléments photos sur mon compte Facebook :

. RAW-Tempel 

. Le Bundestag et sa coupole de verre 

. La prison de la Stasi

. Les fresques du Mur de Berlin 

. "Le Vent de la liberté"

. Le Mémorial de l’Holocauste 

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Billet n° 505

Contact : yves.faucoup.mediapart@sfr.fr ; Lien avec ma page Facebook ; Tweeter : @YvesFaucoup

   [Le blog Social en question est consacré aux questions sociales et à leur traitement politique et médiatique. Voir présentation dans le billet n°100. L’ensemble des billets est consultable en cliquant sur le nom du blog, en titre ou ici : Social en question. Par ailleurs, les 200 premiers articles sont recensés, avec sommaires, dans le billet n°200. Le billet n°300 explique l'esprit qui anime la tenue de ce blog, les commentaires qu'il suscite et les règles que je me suis fixées. Le billet n°400, correspondant aux 10 ans de Mediapart et de mon abonnement, fait le point sur ma démarche d'écriture, en tant que chroniqueur social indépendant, c'est-à-dire en me fondant sur une expérience, des connaissances et en prenant position. Enfin, dans le billet n°500, je m’explique sur ma conception de la confusion des genres, ni chroniqueur, ni militant, mais chroniqueur militant, et dans le billet n°501 je développe une réflexion, à partir de mon parcours, sur l’engagement, ou le lien entre militantisme et professionnalisme]

 

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