Macron: un RSA de survie pour inciter au travail

Le Chef de l’État a avoué hier qu’il considérait qu’il fallait maintenir un RSA au plus bas pour inciter les chômeurs à chercher du travail (alors que leur nombre a bondi à plus de 4 millions). Pendant ce temps, la fortune et l’épargne des plus riches explosent… et certains d’entre eux font diversion en facilitant la propagation des propos haineux et racistes de Zemmour et Cie.

Le RSA, selon le gouvernement : RAS

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Le 6 octobre, malgré le peu de place consacré aux plus démunis dans le Plan de relance (« Personnes précaires » à la portion congrue), Matignon avait fait savoir que si une aide ponctuelle était envisageable, un coup de pouce au RSA était exclu (ici). Pourtant, sur un échantillon représentatif de 15 Départements, la hausse du nombre d’allocataires du RSA a bondi de 9,2 %. Plusieurs études ont montré que les plus précaires ont été les plus touchés par l’épidémie (sur le plan sanitaire et sur le plan économique). Ainsi que les jeunes pour lesquels, comme l’a réclamé Christophe Robert, Président de la Fondation Abbé-Pierre, il faudrait instaurer un RSA alors même qu'ils sont fortement impactés par les dégâts économiques de la crise sanitaire (ici).

Non seulement le gouvernement se refusait donc à augmenter le montant du RSA (qui reste, pour une personne seule, à un niveau extrêmement bas, inférieur à la moitié du seuil de pauvreté) mais il ne proposait rien pour que ces collectivités locales puissent faire face à ce surcroît de dépenses (elles n’ont pas le droit, à la différence de l’Etat, de s’endetter). Par ailleurs, des Départements se permettent depuis des mois de faire leur propre loi en refusant le RSA à ceux qui auraient quelques économies. Il est à craindre que les propagandistes habituels anti-sociaux ne vont pas tarder à nous expliquer à nouveau avec cynisme que la faillite de l’État est due... à ces dépenses d’assistance. [6 octobre]

Selon le Président : faut en baver pour être inciter à chercher du travail

L'Elysée, le 14 octobre, sur TF1 et France 2 L'Elysée, le 14 octobre, sur TF1 et France 2
Le Chef de l’État hier soir, sur TF1 et France 2, annonçant l’instauration d’un couvre-feu dans certaines métropoles, a confirmé que le RSA ne serait pas augmenté. Une aide exceptionnelle sera accordée aux titulaires du RSA et des APL : 150 euros et 100 euros par enfant (comme lors du confinement). Il a précisé qu’il ne fallait pas perdre de vue « nos fondamentaux : sortir de la pauvreté c’est par l’emploi ». Alors que des associations réclamaient une hausse permanente du RSA (de 100 €... seulement), il a donné la raison de son refus rarement fournie officiellement par les gens du pouvoir : « plus on augmente nos minima sociaux plus on rend difficile le retour à l’activité ». Sauf que cela n’est pas démontré : la grande majorité des personnes sans emploi, condamnées à vivre du RSA ou de l’ASS ne demandent qu’une chose, avoir du travail et un salaire pour vivre. Il a d’ailleurs précisé qu’il avait augmenté la prime d’activité justement pour inciter à la reprise du travail. Il aurait fallu qu’un intervieweur lui dise qu’il suffit alors d’augmenter le RSA parallèlement à l’augmentation des salaires du niveau du SMIC (quitte à ce que ce niveau soit amélioré par la prime d’activité). Son propos dit clairement : pour que les gens sans-emploi retournent au travail, il faut qu’ils galèrent avec moins de la moitié du seuil de pauvreté pour vivre. C’est d’un mépris sans nom.

Emmanuel Macron, pour montrer sa générosité, a alors cité « l’augmentation historique » du minimum vieillesse [ASPA] et de l’allocation pour handicapé [AAH] « de près de 100 euros par mois ». C’est vrai : mais justement, si une personne seule âgée ou handicapée a besoin au minimum de 900 € pour vivre, pourquoi n’en serait-il pas de même pour une personne dont le tort est de ne pas trouver de travail dans une société qui n’en fournit pas suffisamment ? Les sans-emplois ne sont responsables en rien de cet échec qui incombe à ceux qui gouvernent et à la politique économique qu’ils mettent en œuvre. [14 octobre]

. additif le 16 octobre : le Président s’est trompé, la prime de 150 € concerne les titulaires du RSA et de l’ASS, et 100 € par enfant (100 € par enfant aussi pour les bénéficiaires de l’APL qui n’ont pas par ailleurs le RSA, et qui ne percevront pas la prime de base de 150 €, contrairement à l’espoir qu’Emmanuel Macron avait fait naître). 

 « Les Français »

Pendant le confinement, « les Français ont économisé 60 milliards d’euros », qu’ils disaient ! Cela paraissait étonnant  car on savait aussi que les distributions alimentaires des associations caritatives avaient nettement augmenté. Le Conseil d’Analyse Économique, qui n’est pas un repaire de gauchistes, vient d’indiquer (Le Monde du 12 octobre) que le surcroît d’épargne accumulée par les ménages a été en réalité de 46,6 Md€ et que 70 % de cette somme a été thésaurisée par les 20 % des ménages les plus fortunés. Je pense là à ces "journalistes" qui reprenaient cette généralité (« les Français ») sans recul, sans commentaire critique sur une affirmation carrément provocatrice envers les 20 % des Français les plus pauvres qui se sont globalement endettés dans la période. Et, comme dit plus haut, le RSA a explosé. [13 octobre]

Nos billionnaires croassent

Selon la banque UBS [rapport en anglais ici], la France arrive juste après la Chine dans la croissance de la fortune des milliardaires entre 2009 et 2020. Chine : x 11 ; France : x 4,4 [439 %]. Cette fortune des milliardaires de l’hexagone s’élève à 442 milliards soit davantage que le budget de l’État. Une bonne raison pour supprimer l’impôt sur la fortune ! [8 octobre]

Relocaliser sur France 5

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France 5 diffusait le 29 septembre en soirée, en prime time, une émission spéciale de C dans l’air sur le défi de la relocalisation des industries. Pendant le documentaire, on pouvait entendre le patron de PSA et les habitués du plateau comme Bruno Jeudy et Françoise Fressoz (qui sont politologues plutôt macroniens et non pas économistes), Elie Cohen (économiste « libéral »), Agnès Verdier-Molinié (l’ultra-libérale de choc, très critique contre toutes les mesures du gouvernement qui ne favorisent pas exclusivement les entreprises), Philippe Dessertine (économiste de la finance, « libéral »), Sophie Fay (L’Obs, avec un discours plutôt correct sur la question sociale), mais aussi une sacrée tirade d’Arnaud Montebourg et les analyses de l’économiste Thomas Porcher, membre des Economistes atterrés. Mais le débat qui suivit réunissait Fanny Guinochet (journaliste économie et syndicats à L’Express », après avoir été à L’Opinion, canard très « libéral » du sarkozyste Nicolas Beytout, mais elle est, elle, plutôt respectueuse des droits sociaux) et Soazic Quémener (journaliste politique à Marianne), et toujours Elie Cohen (déjà présent dans le documentaire) et Nicolas Bouzou, économistes « libéraux », le premier insistant sur le fait qu’il faudra rembourser la dette absolument (discours que l’on va entendre sans cesse désormais) et tous deux réservés sur les relocalisations. Bien sûr, il ne faut pas s’attendre à ce que Maximal Production qui produit C dans l’air puisse tenir un autre propos économique que celui du néo-libéralisme (Maximal appartient au Groupe Lagardère). Il n’y a aucun problème à entendre des économistes qui ont fait le choix de soutenir les puissants en défendant les thèses du « libéralisme » (c’est-à-dire du capitalisme pur et dur), mais en démocratie l’avis de ceux qui défendent une autre économie devraient être tout aussi présents. Et le CSA  s’incline devant ce détournement. [2 octobre]

Congrès noir

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Le documentaire de France 5 diffusé le 14 octobre (Modèles noirs, regards blancs) décrit la représentation des Noirs dans la culture populaire française. Il évoque rapidement le congrès des écrivains noirs francophones en 1956 à Paris : y participèrent Frantz Fanon, Richard Wright, Léopold Sedar Senghor, Aimé Césaire, René Depestre, Édouard Glissant, James Baldwin... Les intellectuels de l’époque, Jean-Paul Sartre ou Claude Levi-Strauss, leur faisaient bon accueil. Vous imaginez aujourd’hui les commentaires du hargneux Finkielkraut, du pathétique Bruckner, du raciste Zemmour, du célinien Rioufol, et de quelques autres identitaires, xénophobes et agités du bocal si un tel groupe osait se réunir aujourd’hui en France pour échanger sur ce qu’ils ont en commun ? [14 octobre]

Pour la fermeture de CNews

Le dénommé Éric Z., condamné le 25 septembre, à 10.000 euros d’amende pour “injure et provocation à la haine”, suite aux propos qu’il a tenus lors du rassemblement d’extrême-droite de septembre 2019 baptisé Convention de la droite, vient pour la énième fois d’étaler tranquillement son racisme notoire en accusant les jeunes mineurs étrangers d’être tous des « voleurs, assassins, violeurs... C’est tout ce qu’ils sont ».

Cet individu irresponsable, déversant à longueur de tribunes sa haine, son venin facho, doit être sévèrement puni mais plus encore, CNews doit être poursuivi, condamné et se voir retirer par le CSA le droit d’émettre. Et au sein de cette chaîne, ceux qui ont donné la possibilité, en toute connaissance de cause, à ce petit nazillon de s’exprimer, doivent aussi passer en justice.

Le Président causait le 2 octobre de « séparatisme » : le premier séparatisme c’est celui qu’instaurent ces identitaires d’extrême-droite qui se persuadent de plus en plus qu’ils ont un boulevard devant eux et qu’ils peuvent violer en toute impunité les principes de la République. [1er octobre]

Plainte contre Z.

Philippe Martin, président du Conseil départemental du Gers, ancien ministre, va porter plainte contre Éric Z. Il explique : "un raciste comme lui ne peut pas reconnaître qu'un mineur qui a fait 3000 kilomètres pour fuir la mort, puisse être pris en charge, pour un jour devenir un artisan, un professionnel reconnu. Nous avons 132 mineurs étrangers qui sont scolarisés dans le Gers. 95% sont en apprentissage et 5% sont toujours scolarisés à temps plein."

Espoir que les autres départements, les associations, les syndicats, les partis politiques républicains lui emboîtent le pas, que des manifs soient organisées devant CNews pour faire taire ce chroniqueur qui sue la haine. J’ai vu en avant-première, au Festival de Ciné 32 à Auch, le film (documentaire) J’ai aimé vivre là, de Régis Sauder, sur Cergy-Pontoise et je pense à cette jeune femme, d’origine étrangère, qui était devenue directrice financière dans une boîte de publicité et qui a tout lâché pour s’occuper de sans-papiers hébergés sur l’ancienne patinoire de la ville nouvelle. Je pense à ses larmes devant les histoires douloureuses de tous ces hommes, femmes et enfants auxquels elle vient en aide. Et il faudrait supporter sans réaction l’attitude ignoble et anti-française de Z. et de la chaîne qui l’héberge ? [2 octobre]

Les départements du Gers, de la Haute-Garonne, des Pyrénées-Orientales et de l'Aude portent plainte contre Eric Zemmour, france3-regions Occitanie, 2 octobre. 

Après Zemmour, Valeurs actuelles

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Comme de juste, Valeurs actuelles, sans citer Zemmour, a publié plusieurs articles sur les "mineurs isolés", prenant prétexte de l’agression commise par un jeune Pakistanais sur deux policiers. Le dossier est pauvre : manipulateur comme il se doit de la part du canard de l’extrême-droite. Beaucoup d’imprécisions sur le sujet des MNA (mineurs non accompagnés), des photos sans garantie qu’elles représentent vraiment des mineurs isolés étrangers, confusion avec les mineurs marocains impliqués dans des actes de délinquance à Paris mais qui ne relèvent pas du dispositif MNA à la charge des Départements. Exploitation également d’une situation particulière à Bordeaux où la police se plaint de gamins délinquants dont beaucoup ont 10 à 12 ans (qui ne sont sans doute pas des mineurs réfugiés). VA ne dit pas un mot du travail d’insertion mené avec les jeunes, dont la plupart sont battants pour réussir formation et stages. Le directeur de l’Assemblée des Départements de France, sarkozyste notoire, tient un propos de discrédit à l’encontre de ces jeunes (alors même que, comme indiqué plus haut, plusieurs Départements ont porté plainte contre Zemmour pour sa diatribe diffamatoire). Le député européen Bellamy, LR, flagorneur, cherchant à plaire à la feuille de chou raciste sur la question de l’immigration, ne dit même rien sur les MNA dans un dossier censé en causer. VA cite tout de même au détour d’une phrase, sans insister, un éducateur qui constate qu’une « très large majorité [de ces jeunes] ne pose aucun problème »,  « beaucoup sont prêts à tout pour s’en sortir ». Ça méritait vraiment ce titrage racoleur ? Il justifie tout autant des poursuites pour diffamation.

A noter que ces jeunes posent si peu de problèmes que des responsables de maisons d’enfants préfèrent les accueillir parce que la grande majorité d’entre eux veulent s’en sortir, bien davantage que les mineurs habituellement reçus.

L’hebdo Marianne (9 octobre), quant à lui, a cru bon mettre sur le même pied d’égalité les propos racistes de Zemmour et ceux de l’anti-raciste Lilian Thuram tous « séparatistes » ! No comment. [11 octobre]

Ces gens-là

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On se souvient sans doute de ce sourire indécent de Jean-Pierre Jouyet annonçant sur le perron de l’Elysée la nomination d’Emmanuel Macron comme ministre de l’économie. Ce sourire en disait long sur ses tractations auprès de Hollande pour obtenir cette promotion de son poulain. Mais Macron l’a rejeté, trahissant ainsi son mentor. Alors le mentor se venge et déverse dans un livre récent toute sa haine. Chez ces gens-là, Monsieur, on n’pense pas, Monsieur, on n’pense pas, on se bat pour les places et on se trahit en veux-tu en voilà. [9 octobre]

Ce que je n'avais pas vu venir c'est l'ambition d'Emmanuel Macron, francetvinfo. 

Passe-droit

L’Obs a annoncé le 29 septembre et Le Canard enchaîné le précise dans son édition du 7 octobre : Jean-Marie Bigard, qui menaçait de se porter candidat à la présidentielle mais a finalement lâché prise, a révélé qu’il était intervenu pendant le confinement auprès d’Emmanuel Macron pour obtenir (avec succès) une admission de sa belle-mère à l’Hôpital Beaujon parce qu’elle avait des signes de la Covid. C’est peut-être faux mais Macron n’a pas démenti. Donc si c’est vrai, cela ne fait que confirmer qu’on est dans un monde de fous. Déjà le Président de la République avait pris la peine de téléphoner au raciste en chef Zemmour parce que Monsieur s’était fait houspiller dans la rue. Maintenant, il intervient en faveur des people pour faciliter leur accès à la santé ! Il va pousser le bouchon jusqu’où ? Réserver des lits de réa à ses potes ? [7 octobre]

Certaines de ces chroniques sont parues sur mon compte Facebook, ici dans une version parfois remaniée et complétée.

Billet n° 576

  Le blog Social en question est consacré aux questions sociales et à leur traitement politique et médiatique. Parcours et démarche : ici et .

Contact : yves.faucoup.mediapart@sfr.fr ; Lien avec ma page Facebook ; Tweeter : @YvesFaucoup

 

 

 

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