Portfolio

2020 en dix expositions

Le classement des dix expositions qui ont pour moi marqué cette étrange année 2020, rythmée par les fermetures sanitaires liées au coronavirus et ordonnées par un gouvernement qui, de façon arbitraire, a interdit au secteur culturel ce qu'il autorise à tous les autres. Un sentiment d'injustice lourd de conséquences à venir.
  1. William Kentridge. Un poème qui n'est pas le nôtre (LaM, Villeneuve-d'Ascq)

    Le LaM à Villeneuve-d'Ascq propose une plongée dans la production foisonnante et spectaculaire de l'artiste sud-africain William Kentridge. « Un poème qui n'est pas le nôtre » revient sur trente années d'une création engagée qui fusionne arts plastiques, cinéma et arts du spectacle pour créer une œuvre d'art unique, totale, une réflexion poético-politique sur le monde.

    « Un poème qui n'est pas le nôtre », exposition monographique de William Kentridge. Commissariat de Marie-Laure Bernadac et Sébastien Delot, conservateur directeur du LaM - Lille Métropole, musée d’art moderne, d’art contemporain et d’art brut.

  2. Robert Morris. Le corps prospectif (Mudam Luxembourg / Musée d'art moderne et contemporain de Saint-Etienne Métropole)

    Figure centrale de l’art minimal, post minimal et conceptuel, Robert Morris est l’un des artistes américains majeurs de l’après-guerre. L'exposition qui vient de s’achever au Musée d’art moderne et contemporain de Saint-Etienne Métropole, initiée avec lui avant son décès en 2018, revient sur la période décisive des premiers travaux, du début des années 60 à la fin des années 70.

    « Robert Morris. Le corps perceptif ». Commissariat de Jeffrey Weiss et Clément Minighetti, assisté par Sarah Beaumont (Mudam) et Alexandre Quoi, responsable du département scientifique du MAMC+. 

  3. Charlotte Posenenske. Work in progress (Mudam Luxembourg)

    Initiée par la DIA Beacon, l’exposition rétrospective consacrée à l’œuvre pionnière de Charlotte Posenenske (1930-1985) qui fait escale au MUDAM pour sa quatrième et dernière présentation, offre sans nul doute le panorama le plus complet à ce jour sur le travail d’une artiste qui, si elle fait autorité, reste encore largement méconnue. En réunissant une cinquantaine d’œuvres auxquelles s’ajoutent documents, films et pièces préparatoires, elle permet de retracer la carrière de l’Allemande à travers une production qui se révèle primordiale tant du point de vue plastique que politique.

    « Charlotte Posenenske. Work in progress ». Commissaires: Jessica Morgan et Alexis Lowry. Commissariat de la présentation au Mudam : Clément Minighetti assisté par Sarah Beaumont.

     

  4. Jochen Lempert. Jardin d'hiver (Centre d'art contemporain d'Ivry - Le Crédac)

    Biologiste de formation, le photographe allemand Jochen Lempert construit, à travers ses tirages en noir et blanc au motif végétal, une œuvre singulière à la grande pureté formelle, entre art et science, rigueur et poésie, humour et mélancolie. Il installe son « jardin d'hiver » au Crédac à Ivry-sur-Seine, imaginant un dispositif de vitrines qui rappelle celles des cabinets botaniques.

    Commissariat de Claire Le Restif, directrice du Crédac.

     

  5. Susanna Fritscher. Frémissements (Centre Pompidou Metz)

    Au cœur de l’architecture blanche du Centre Pompidou-Metz, Susanna Fritscher, transforme en paysage imaginaire une des galeries suspendues entre terre et air.

    "On est dans un paysage qui est fuyant, en expansion, où l'horizon s'est inversé, retourné à l'intérieur de la galerie". Pour les dix ans du Centre Pompidou Metz, l'artiste autrichienne Susanna Fritscher imagine une installation paysage en saturant l'espace du troisième étage de long fils de silicone verticaux qui captent et réflechissent la lumière, s'animant, tel un ballet, à la faveur des pulsations de l'air produites par le système de ventilation du lieu, qui semblent lui donner un poult, transformant l'espace minéral en organisme vivant. Fritscher poursuit son travail de basculement dans l’immatérialité pour mieux redéfinir notre rapport à la réalité. L'architecture se trouble soudain, apparait liquide, aérienne. L'utilisation de matériaux volatiles (ici les fils de silicone) donne à l'air une texture, un flux perceptible, le rendant audible par vibration, oscillation. A l'image de "Frémissements", les oeuvres éphémères de Susanna Fritscher invitent au-delà de la contemplation, à faire l'expérience de la disparition de la forme. Elles se traversent, s'éprouvent, se vivent. A Metz, l'artiste s'empare de l'espace pour le rendre évanescent à grands coups de vagues ondulatoires à chaque fois uniques. L'art de Fritscher s'incarne dans une poétique du doute, la permanence de l'incertitude.

    Commissariat d'Emma Lavigne.

  6. Gérard Deschamps. Peinture sans peinture (LAAC - Lieu d'art et d'action contemporaine, Dunkerque)

    « Je n’ai pas abandonné la peinture. J’ai constaté qu’elle n’était pas seulement dans les tubes » déclarait Gérard Deschamps en 1998. L’importante rétrospective – la première depuis 2004 - que lui consacre le LAAC à Dunkerque permet de vérifier cette affirmation. Plus d’une centaine d’œuvres datées de 1956 à aujourd’hui sont réunies pour célébrer la carrière de ce membre discret et facétieux du groupe des Nouveaux Réalistes dont le parcours à la fois chronologique et thématique – dédiant les quatre salles du premier étage à quatre aspects qui traversent la pratique de l’artiste depuis ses débuts – s’ouvre avec « Fleurs de Hollande », accumulation de tissus imprimés datée de 1963 acquise par l’institution dunkerquoise en 2016, après plusieurs présentations du travail de l’artiste au cours d’expositions passées.

    Commissaires : Hanna Alkema & Sophie Warlop

  7. Kehinde Wiley. Peintre de l'épopée (Centre d'art La Malmaison, Cannes)

    Première rétrospective dans une institution publique française pour l'artiste afro-américain Kehinde Wiley, qui expose une trentaine de toiles au centre d'art cannois La Malmaison sur la Croisette. Pouvait-on rêver meilleur écrin que cette ancienne villa du XIXème siècle pour celui qui avoue sa fascination pour les symboles du pouvoir qu’il dénonce ?

    Commissariat de Numa Habursin, directeur du Pôle art moderne et contemporain de Cannes (PAMoCC).

  8. Nicolas Daubanes. L'huile et l'eau (Palais de Tokyo, Prix des amis du palais de Tokyo 2018)

    Lauréat du Prix des Amis du Palais de Tokyo 2018, l'artiste marseillais Nicolas Daubanes interroge, à travers le dessin et la sculpture, les formes de résistance dans le récit des manifestations populaires qui font l'histoire des luttes sociales. De la Commune de Paris aux actions récentes en faveur des droits des minorités, c'est bien l'urgence du présent qui résonne.

    Commissariat de Franck Balland.

  9. Points de rencontres (Centre Pompidou)

    Première exposition du Fonds de dotation Centre Pompidou Accélérations né en 2018 d’une rencontre avec 7 entreprises qui ont décidé de s’engager dans un dialogue original avec le monde artistique, les équipes et les publics du Centre Pompidou, "Points de rencontres" donne à voir des oeuvres inédites réalisées lors d'une série de résidences d’artistes au sein des entreprises s'est déroulée au cours du premier semestre 2019.

    Les pièces créées par Hubert Duprat, Lionel Estève, Alexandre Estrela, Agnès Geoffray, Jonathan Monk, Camila Oliveira Fairclough et Bruno Serralongue dialoguent avec une sélection d’œuvres modernes ou contemporaines issues des collections (Joseph Albers, Brassaï, Sonia Delaunay, Paul Klee…) ; toutes ont l’émotion comme point commun, du rire aux larmes, de l’amour à la détestation.

    L'heureuse surprise de cette année, tant ce genre de manifestation est habituellement destiné à remercier les nouveaux mécènes d'entreprises, désormais partenaires incontournables des établissements culturels publics. Confié ici à Frédéric Paul, génial conservateur au Musée national d'art moderne (Collections contemporaines) qui peut s'enorgueillir de compter en son sein un érudit dont la générosité et la bienveillance sont des qualités plutôt rares de nos jours, "Points de rencontres" fait la part belle aux oeuvres et aux artistes, instituant un dialogue intelligent avec des pièces du musée, rares (l'Alphabet pour adultes de Man Ray), quelquefois inédites. Une totale liberté d'expression émane des pièces réalisées au cours des résidences, à l'image du très politique "The world in safety vests" de Jonathan Monk (résidence AXA) ou du "Je suis à vous" de Camila Oliveira Faiclough illustrant si bien le difficile apprivoisement de la création artistique et de l'entreprise.

  10. Picturalité(s) (maison des arts de malakoff)

    Exposition inaugurale de la saison 2020-21 placée sous le signe, plus que jamais nécéssaire, de l'empathie, l'exposition "Picturalité(s)" propose de prendre le temps de la peinture en donnant à voir la production dormante des réserves d'atelier, privilégiant ainsi les oeuvres existantes plutôt que la commande de nouvelles pièces. Elle pose ainsi la question d'une surproduction artistique et du coût logistique de celle-ci, et invente une nouvelle forme d'aide directe aux plasticiens en affectant la totalité du budget initial à leur rémunération et à leurs droits de monstration, ces derniers étant encore trop souvent ignorés par les lieux d'expositions sur le territoire national.

    Avec : Sylvain Azam, Amélie Bertrand, Emilie Brout & Maxime Marion, Terencio González, Maude Maris et Agnès Thurnauer, sur une proposition d'Aude Cartier.

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.