La situation syrienne: là où j'en suis de ma réflexion (13)

Il s'est passé cette semaine un évènement tout à fait remarquable et qui ne peut que redonner un certain espoir sur une sortie possible du bourbier politique qui s'installe en Syrie et l'épouvantable précarité dans laquelle est plongée la population .
Il s'agit de l'initiative prise par Ahmed Moaz al-Khatib, chef de l'opposition qui, via sa page Facebook, s'est déclaré prêt à dialoguer, sous conditions, avec des représentants du régime de Damas.
En dehors du fait qu'il est toujours à mes yeux, extrêmement noble de se déclarer prêt au dialogue avec l'enemi et que cela s'inscrit dans la plus pure tradition de l'Islam (et du monde bédouin), il est tout à fait intéressant de voir les différents arguments qui motivent ce choix surement mûrement réfléchi:
Il s'indigne "des Etats (...) qui disent aux Syriens "Attaquez!" et les abandonnent au milieu de la bataille", ceux "qui promettent de l'aide aux révolutionnaires (...) et les laissent mourir" et d'autres qui "s’assoient sans rien faire et disent "Attaquez, ne négociez pas!"

On ne saurait être plus clair. A l'heure où les soutiens à Bachar Al Assad, continuent leur petit bonhomme de chemin, les soutiens aux rebelles sont de plus en clairsemés et surtout de moins au moins au fait des réalités de terrain dans lequel ce gigantesque miroir aux alouettes "révolutionnaire" à plongé une partie de la population.
Comme le disait, lors de sa rencontre avec Médiapart, Jihad Yazigi, rédacteur en chef du Syria Report, site d’information et d’analyse économique : "Il faut aussi rappeler que les zones semi-libérées, au nord du pays, sont largement rurales ; elles vivent en partie comme avant mais sans l’aide du gouvernement. Ces populations étaient auparavant dépendantes de l’État, elles bénéficiaient des subventions notamment sur le mazout, l’électricité, le pain et le sucre"
De tout cela que comprendre concrètement?

Pour qui connait la Syrie, c'est tristement lumineux: ce chef présenté comme un bourreau honni, n'était manifestement et concrètement, pas que cela. Il faisait aussi son travail de chef et l'état, malgré tous ses défauts, s'occupait de la population et fournissait des denrées essentielles aux régions reculées ( que l'on s'étonne après cela que la population des campagnes n'ait pas été partante avec la volonté rebelle!).
Monsieur Khatib fait  ici montre de beaucoup de lucidité et d'empathie avec la population. En reconnaissant que tout n'est pas à jeter dans le gouvernement encore au pouvoir (car, qu'on le veuille ou non il est encore au pouvoir. C'est "un détail" qui exaspère les médias français et le gouvernement français, dont l'approche est le déni. Je suis confuse d'être si intraitable mais les faits sont là et Bachar aussi, alors déclarer "vouloir faire avec" tombe aussi un peu sous le sens!), M Kahatib nous montre qu'il est bien conscient que l'argent des armes fournie par "les amis de la Syrie" (sic) (on en pleurerait d'avoir des amis pareils....) et le fait que notre président est reconnu un ambassadeur fantoche ne donne pas à manger aux foules.
On en viendrait presque à suggérer cyniquement, à l'américaine allais-je écrire, que la France balance par avion dans la campagne syrienne des flyers ainsi rédigés "Ne vous inquiétez de rien, tout est sous contrôle, vous avez maintenant un ambassadeur en France et nous sommes toujours vos amis (poulet dans un prochain envoi)"
Quand on paye des armes à des rebelles et soutient leur action, on devrait aussi s'appliquer à payer le pain des gens qui vivent dans le pays, c'est aussi cela que dit monsieur Khatib et cet homme a douloureusement raison.


Cette opération d'apprenti sorcier tourne à la panade complète et au lieu de la fuite en avant, il choisi de réconcilier les gens entre eux, dans le cadre d'une initiative qui est à la fois un Mea Culpa et une preuve de légitimité pour le mouvement qu'il représente.
Nous nous devons d'entendre tout cela et de le soutenir. De soutenir son initiative et de sortir du déni.
Nous le devons au peuple syrien qui survie sous la neige, en attendant que les grands de ce monde veuillent bien prendre leur souffrance en considération.

 

Voici des liens intéressants:

Un "cours de fabrication de bombes" donné par les rebelles aux journalistes de la BBC , qui montrent bien combien la fuite en avant est vaine, et ne fera pas manger:

Les deux papiers du Point qui s'interessent aux propositions de Monsieur Khatib:
http://www.lepoint.fr/monde/syrie-le-chef-de-l-opposition-pret-au-dialogue-avec-des-representants-du-regime-30-01-2013-1621940_24.php
et
http://www.lepoint.fr/monde/syrie-pourquoi-le-chef-de-l-opposition-veut-negocier-31-01-2013-1622399_24.php

Un papier du Monde sur le même thème:
http://www.lemonde.fr/proche-orient/article/2013/01/31/syrie-l-opposition-n-acceptera-le-dialogue-que-s-il-porte-sur-un-depart-d-al-assad_1825765_3218.html


Il faut signaler l'excellent reportage de Lewis Roth dans l'édition papier du Monde du 31 janvier, ainsi que la douloureuse évidence du dessin Xavier Gorce "les Indégivrables" dans un camps de réfugiés syriens. (je n'arrive pas à trouver un lien sur ce dessin qui vaut 1000 articles!)

Je continue d'écrire par étape ma reflexion commencée ici d'une part car j'aimerais prendre le temps et que je n'en ai pas beaucoup et d'autre part parce que je m'en voudrais de ne  pas disséquer ma pensée, afin de la partager au mieux , et au plus respectueux, avec vous.

De surcroit l'actualité sur ce sujet étant à mes yeux  maintenant, en pleine évolution, j'essaie, désormais, d'y "coller" au mieux.

A  mercredi prochain, j'espère!


Précédents billets sur le même thème:

Là où j'en suis de ma reflexion...(1)

Là ou j'en suis de ma reflexion...(2)

Là où j'en suis de ma reflexion...(3)

Là où j'en suis de ma reflexion...(4)

Là où j'en suis de ma reflexion...(5)

Là où j'en suis de ma reflexion...(6)

Là où j'en suis de ma reflexion...(7)

Là où j'en suis de ma reflexion...(8)

Là où j'en suis de ma reflexion...(9)

Là où j'en suis de ma reflexion...(10)

Là où j'en suis de ma réflexion (11)

Là où j'en suis de ma reflexion (12)

+ billet suivant

Là où j'en suis de ma réflexion (14)

+ mes papiers sur la Syrie:

Le dernier billet de la série "Ma Syrie" 

Lien vers "Ma Syrie" (20)

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Lien vers "Ma Syrie (10)

Lien vers "Ma Syrie" (9)

Lien vers "Ma Syrie" (8) (Journée de la femme)

Lien vers "Ma Syrie" (7)

Lien vers "Ma Syrie" (6)

Lien vers "Ma Syrie" (5)

Lien  vers "Ma Syrie" (4)

Lien vers "Ma Syrie" (3)

 Lien vers "Ma Syrie" (2)

Lien vers Ma Syrie (1)

La première partie de mes écrits sur la Syrie, se trouve dans l'édition sur les révolutions dans le monde arabe sous les liens suivants:

(cliquez ici pour avoir accès au huitième article de cette série sur le monde bédouin du centre de la Syrie) C'est dans cet article que j'explique mon désaccord avec l'édition spéciale de  Médiapart et à la suite duquel, je suis revenue sur mon blog....

(cliquez ici pour avoir accès au septième article de cette sériesur le monde bédouin du centre de la Syrie)

(cliquez ici pour avoir accès au sixième article de cette série sur le monde bédouin du centre de la Syrie)

(cliquez ici pour avoir accès au cinquième article de cette série sur le monde bédouin du centre de la Syrie)

(cliquez ici pour avoir accès au quatrième article de cette série sur le monde bédouin du centre de la Syrie)

(Cliquez ici pour avoir accès au troisième article de cette série sur le monde bédouin du centre de la Syrie)

(Cliquez ici pour avoir accès au second article de cette série sur le monde bédouin du centre de la Syrie)

(Cliquez ici pour avoir accès au premier article de cette série sur le monde bédouin du centre de la Syrie)

 

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