La situation syrienne: là où j'en suis de ma réflexion (11)

La situation ne s'arrange pas, mais on parle néanmoins de moins en moins de Bachar.  Pourtant il y aurait de quoi dire en terme d'actualité.
A commencer par mardi, avec ce terrible attentat à l'université d'Alep , dont personne en Occident, pour une fois, n'ose accuser frontalement le gouvernement syrien, ce qui revient un peu à dire que l'on nage dans la guerre civile et que ce fantasme de révolution populaire a vécu. Ce qui revient aussi à dire que les coupables pourraient bien être "fortement aidés" par la Jabhat al Nusra, organisation intégriste s'il en est.

C'est un deuil épouvantable  les corps de ces 80 étudiants qui n'étaient que 20 aux yeux, toujours si objectifs, de L'Observatoire syrien des droits de l'homme (OSDH). C'est aussi une claque sans appel, aux grandes velleités "d'aide au peuple syrien". Voilà encore des morts, des bléssés et du sang qui compliquent douloureusement la donne et, deuxième information, qui commencent à jeter un sérieux doute sur la faculté de compter de l'OSDH.


On peut se demander si c'est la lassitude qui fait que l'on parle moins des évènements syriens, ou le fait qu'ailleurs sur la planète, l'intégrisme donne du fil à retordre à la sécurité mondiale.
Il faut se mettre à la place du journaliste français, ça devient compliqué de séparer les bon intégristes libérateurs de Syrie et les mauvais intégristes à combattre du Mali. (!) (lire à ce sujet un autre point de vue sur les intégristes maliens, donné dans cet intéressant papier. )

 Bons intégristes versus mauvais intégristes.

La presse française s'y perd un peu semble-t-il, et se fait de plus en plus balader, ce qui ne peut qu'inquiéter quand, en plus, vient s'ajouter la toute récente prise d'otages en Algérie...

J'avoue que j'ai tendance à trouver que ces jugements noir ou blanc sur l'intégrisme ont bon dos, ou en tous cas, que ça ressemble à une tentative d'instrumentalisation avec les risques qu'impliquent ce genre de manoeuvres d'apprentis sorciers. 

J'avoue que j'y pense. 

Je m'imagine des scénarios au plus haut niveau , sans autre validation que celle de ma petite connaissance des faits, comme une observatrice qui essaie de donner du sens à cette situation infernale.


Pourrait-on imaginer un scénario? (c'est une simple première supposition, je réfléchis) 

Celui que l'"on" ait prévenu Bachar avant, en lui disant quelque chose du type "Tu sais bien qu'Assad veut dire tyran aux yeux du monde, alors tu va tenir "tel type de discours" , où l'on déclenche une révolution (c'est là que les intégristes sont toujours utiles....) dont il te faudra beaucoup de temps pour montrer qu'elle n'est pas vraiment populaire. On gagnera donc ta tête, à la montre ".

Là, Bachar se croit le plus fort, il ne cède pas. 

"On" déclenche (sans mal, puisque c'est vrai, le passif est très lourd en Syrie) quelques évènements au Sud et plein Est du pays( régions historiquement antigouvernementales) mais à la suite de cela, là les choses ne se passent pas comme prévu. C'est à dire que, même si l'armée et surtout les tonnes de services armés plus ou moins officiels à la solde de l'état, multiplient les réactions violentes et monstrueuses auprès des malheureux qui osent rentrer dans ce schéma là, ( institutions fidèles en cela, à une habitude installée et une logique parano-hystérique qui étaient, on le sait, le grand maillon faible de la volonté réformatrice de Bachar. Au début, des évènement s'en était même à se demander s'il était au courant de ce qui se passait dans le pays...), la population elle, ne suit pas aussi massivement qu'on l'aurait pensé, qu'on aurait espéré. Loin s'en faut. Ceci pour toutes les nombreuses raisons que j'ai déjà évoquées dans ce blog, a commencer par le fait que l'opinion de la population syrienne sur Bachar, est assez éloignée de celle de l'opinion occidentale, sur la famille Assad. ...

Et voilà deux ans que la situation s'enlise, la relève éventuelle de Bachar, n'arrivant manifestement pas a gagner le coeur des foules et la contestation dans le pays étant de plus en plus orchestrée par des intégristes eux-mêmes, risque qui semblait avoir été mal mesuré par les instigateurs de la chose.

 Bien.

 Première question:

Qu'est-ce que l'on voulait obtenir de Bachar? Qu'est-ce qui pouvait faire si peur chez lui?

Force est de constater d'emblée que la Syrie n'avait jamais été aussi forte économiquement et surtout, oui, en effet, en pleine réforme dans sa vie financière, qu'au moment du déclenchement des évènements? Des hôtels étaient en construction à Damas (au moins cinq), Internet s'installait partout, la circulation de fonds avaient été rendue plus simple et le système bancaire se renforçait à vue d'oeil. Donc Bachar, gagnait en crédibilité auprès de sa population d'une part et d'autre part aux yeux du monde arabe , toujours très concerné par la Syrie. 

 - Avait-on peur que cet élan se transforme en agression, ou en exigence, vis à vis du voisin israélien, justement si fragilisé par son basculement démographique, faisant que sa population  ne va plus être majoritairement juive comme sa volonté politique d'état juif l'exige?

Le fait qu’actuellement Israël consolide par un mur sa frontière sur le Golan, pourrait aller dans ce sens.

 - La position géographique stratégique de la Syrie entre Israël et l'Iran , lui donnerait-elle de facto trop de pouvoir pour un conflit éventuel? Sans parler des ententes, officielles et non officielles, qui existent entre les deux pays.

 - Les pays du Golfe se sont-ils sentis agressés par cette montée en puissance alaouite, même si cette branche de l'Islam reste extrêmement minoritaire en Syrie?

 - L'Occident a-t-il eu peur de la montée en force d'une "position politique syrienne" dans les différents problèmes qui agitent actuellement le Proche Orient: le cas irrésolu des palestiniens, l'instabilité politique libanaise, l'indécent bazar irakien (après la fameuse "geurre propre" à l'américaine) (sic)....ou même d'une trop grande entente entre la Turquie et la Syrie, puisque bon nombre d'échanges de coopérations économiques étaient en cours, juste avant toutes ces horreurs? 

 Dans cette perspective, si on arrivait à voir ce qui dérangeait tant dans la Syrie à la veille des évènements, il me semble qu'il deviendrait de facto plus simple de savoir qui est le "on" qui aurait essayé de  poser ses conditions à Bacher Al Assad.

 Ceci n'est qu'une supposition de scénario. Mais l'exercice est nécessaire, car la situation est trop confuse et trop intolérable pour la population syrienne et donc pour nos consciences. En tous cas pour la mienne, et comme d'essayer de comprendre et d'analyser objectivement semble le cadet des soucis de la presse française actuellement....

Je pense à ma famille et mes amis syriens toute la journée et ne peux m'empêcher de me dire: "mais pourquoi donc tout ce gâchis?". 

Car aux vues des dernier évènement à l'université d'Alep, la situation s'éclaircit douloureusement encore un peu plus: voilà un pays qui a basculer dans la violence, à son corps défendant. 

Une recherche de sens à tout cela m'est nécessaire. 

Il nous  faudra réfléchir encore à d'autres scénarios, puisqu'il n'y a plus que cela à faire...

Je continue d'écrire par étape ma reflexion commencée ici d'une part car j'aimerais prendre le temps et que je n'en ai pas beaucoup et d'autre part parce que je m'en voudrais de ne  pas disséquer ma pensée, afin de la partager au mieux , et au plus respectueux, avec vous.

De surcroit l'actualité sur ce sujet étant à mes yeux  maintenant, en pleine évolution, j'essaie, désormais, d'y "coller" au mieux.

A  mercredi prochain.


Précédents billets sur le même thème:

Là où j'en suis de ma reflexion...(1)

Là ou j'en suis de ma reflexion...(2)

Là où j'en suis de ma reflexion...(3)

Là où j'en suis de ma reflexion...(4)

Là où j'en suis de ma reflexion...(5)

Là où j'en suis de ma reflexion...(6)

Là où j'en suis de ma reflexion...(7)

Là où j'en suis de ma reflexion...(8)

Là où j'en suis de ma reflexion...(9)

Là où j'en suis de ma reflexion...(10)

Le lien du billet suivant

Là où j'en suis de ma reflexion...(12)

+ mes papiers sur la Syrie:

Le dernier billet de la série "Ma Syrie" 

Lien vers "Ma Syrie" (20)

Lien vers "Ma Syrie" (19)

Lien vers "Ma Syrie" (18)

Lien vers "Ma Syrie" (17)

Lien vers "Ma Syrie" (16) 

Lien vers "Ma Syrie" (15)

Lien vers "Ma Syrie" (14) 

Lien vers "Ma Syrie" (13)

Lien vers "Ma Syrie" (12) 

Lien vers "Ma Syrie" (11) 

Lien vers "Ma Syrie (10)

Lien vers "Ma Syrie" (9)

Lien vers "Ma Syrie" (8) (Journée de la femme)

Lien vers "Ma Syrie" (7)

Lien vers "Ma Syrie" (6)

Lien vers "Ma Syrie" (5)

Lien  vers "Ma Syrie" (4)

Lien vers "Ma Syrie" (3)

 Lien vers "Ma Syrie" (2)

Lien vers Ma Syrie (1)

La première partie de mes écrits sur la Syrie, se trouve dans l'édition sur les révolutions dans le monde arabe sous les liens suivants:

(cliquez ici pour avoir accès au huitième article de cette série sur le monde bédouin du centre de la Syrie) C'est dans cet article que j'explique mon désaccord avec l'édition spéciale de  Médiapart et à la suite duquel, je suis revenue sur mon blog....

(cliquez ici pour avoir accès au septième article de cette sériesur le monde bédouin du centre de la Syrie)

(cliquez ici pour avoir accès au sixième article de cette série sur le monde bédouin du centre de la Syrie)

(cliquez ici pour avoir accès au cinquième article de cette série sur le monde bédouin du centre de la Syrie)

(cliquez ici pour avoir accès au quatrième article de cette série sur le monde bédouin du centre de la Syrie)

(Cliquez ici pour avoir accès au troisième article de cette série sur le monde bédouin du centre de la Syrie)

(Cliquez ici pour avoir accès au second article de cette série sur le monde bédouin du centre de la Syrie)

(Cliquez ici pour avoir accès au premier article de cette série sur le monde bédouin du centre de la Syrie)

 

 

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.