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Billet de blog 14 avr. 2019

Espagne. Une campagne électorale sur les chapeaux de roues d'un royal bobard

Le grand poète et romancier Valle-Inclán avait inventé un mot, devenu un genre littéraire génial, quasiment intraduisible : "esperpento". Notre "loufoquerie" s'en rapprocherait. Eh bien, le président du Parti Populaire, candidat à gouverner le pays, vient de nous sortir un superbe et royal "esperpento" qui, comme chez l'auteur espagnol, dit beaucoup de la réalité politique de l'Espagne.

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Il s'appelle Pablo Casado, il a succédé à Mariano Rajoy à la tête du Parti Populaire quand, l'an dernier, celui-ci avait été débarqué du gouvernement par une motion de censure que le vote des député-es catalanistes avait rendue possible. Merci à eux/elles... n'est-ce pas Pedro Sánchez, l'actuel socialiste chef de gouvernement, dont la politique cherche, comme le PP, avec d'autres moyens, à sauver la mise d'une monarchie corrompue et à bloquer, toujours dans la continuité du PP, toute possibilité d'autodétermination de la Catalogne ?

Mais revenons à Pablo Casado, le fringant "rénovateur" d'un parti éclaboussé par des scandales en cascade mais qui, dans le sillage de ce qu'a bâti son prédécesseur à la tête du PP, tente de faire diversion sur les turpitudes des siens (élites économiques comprises) en focalisant l'attention générale sur les monstres que seraient les "séparatistes" catalans, ces égoïstes qui ne veulent pas partager leurs richesses avec les pauvres du reste de l'Espagne. Alors que chacun sait que le PP et la famille royale, pour ne prendre que cet exemple si représentatif des élites susmentionnées, ne rechignent pas à opérer des distributions de nourriture dans les quartiers défavorisés, mieux même, à promouvoir des politiques sociales redistributives sans égales en Europe, que dis-je, dans le monde... Salauds de Catalan-es ! 

Mais restons sur Pablo Casado. En fait vous allez le remarquer, nous ne nous en sommes pas éloigné : Pablo Casado, le Roi, les pauvres et in fine la Catalogne. Nous avons là une chaîne politico-lexicale qui, quelques commentaires à l'appui, s'éclaire à la lecture de ceci qui a fait la une de la presse espagnole :

Traduction : L'énormité, dont tout le monde parle, lâchée par Casado sur Felipe VI (La barbaridad que Casado ha dicho sobre Felipe VI de la que todo el mundo habla)

Au deuxième jour de la campagne des législatives, lors d'une réunion publique de son parti à Valladolid, il a osé ceci : "Le roi est le chef de l'Etat que nous avons tous élus" ! (1)

Il est à craindre que le Felipe, sixième du nom, n'ait pas été convaincu du service rendu par son dithyrambique fan. Surtout en un moment où sa popularité est au plus bas...Pardon, soyons précis : on ne sait rien de sa popularité dans le pays car les instituts de sondages ont décidé, après l'embellie de son accès au trône, sans rien expliquer, de ne plus publier d'enquêtes sur le sujet. Toujours prompte à faire bande à part et dans sa traditionnelle effronterie, la Catalogne s'est cependant autorisée un tel exercice sondagier (2) qui, sans surprise, a donné un résultat au demeurant prévisible...sur le peu d'estime que les Catalan-es (bien plus largement que les seul-es indépendantistes) portent à celui dont leur Parlement, comme la ville de Barcelone (3), a appelé à abolir la charge !

Mais heureusement Pablo Casado... Revenons-y... pour mettre en évidence l'opportunité qu'il y a à avoir fait une telle royale sortie, la veille de l'anniversaire de la proclamation de la Seconde République (1931-1939). République assassinée, via une Guerre Civile rondement menée par celui qui, devenu chef de l'Etat, désigna son successeur en la personne de Juan Carlos de Bourbon, premier roi (et père de l'actuel), en une magnifique Transition, de la démocratie retrouvée à la mort dudit caudillo. Curieusement Pablo Casado reste silencieux sur la façon dont fut élu Francisco Franco ! Une botte secrète qu'il réserve pour un prochain meeting ?

Cette sublime anecdote, à l'espagnolisme échevelé, du "roi d'Espagne élu par tous" est en fait l'apothéose d'une tonitruante campagne électorale du Parti Populaire où, chaque jour, naît une surenchère sur ce qui a été dit la veille... Avec tout de même une exception de taille : le Pablo C avait en effet cru bon de se distinguer dans le débordement à droite toute de ses concurrents, en particulier de celui qui lui taille des croupières dans la perspective des élections à venir, le parti d'extrême droite Vox, en annonçant qu'il se proposait, pour la première fois de l'histoire de la démocratie, de baisser le salaire minimum... Mémorable autre sortie mais moins royale car notre homme sentit la nécessité de se mettre sur le reculoir seulement quelques heures après avoir émis son extraordinaire fantaisie. La régénerescence de l'Espagne éternelle, chère au PP, ne s'accommode quand même pas du n'importe quoi, sauf royal, policier, spéculatif, cupide, etc., l'électorat "populaire", du moins dans ses profondeurs, ayant quelques faiblesses pour un salaire mini récemment maximisé par un PSOE en quête d'un électorat ... populaire (sans guillemets) qui le boudait et qu'il savait devoir se gagner en y mettant le prix. Quitte à laisser se généraliser la précarité via le maintien des Réformes cumulées PPSOE (2010 et 2012) du Travail (El Gobierno admite que no derogará la reforma laboral: "No es un fracaso, es realismo").

Nous avons dit ailleurs que les Catalan-es mis aux bancs des accusé-es du procès de Madrid étaient la métaphore de la résistance démocratique à l'espagnolisme liberticide. Osons que Pablo Casado est la représentation la plus millimétrée de ce qu'est la médiocrité manipulatrice d'une "démocratie" espagnole vouée, pour compenser une telle débandade politicienne, à recourir sans retenue à des procès à charge (4) comme on dit que les policiers et la Garde Civile ont procédé, avec l'approbation solennelle du monarque, à de violentes charges contre les démocrates catalans le 1er octobre 2017 .

14 avril, donc, vivement la République pour en finir avec les remugles néofranquistes du régime (5). La République, justement ce pour quoi se bat une Catalogne sur la base du concept éminemment démocratique d'autodétermination des peuples. Du peuple catalan comme des autres peuples, à commencer par ceux de l'Espagne, comme ces Catalan-es mais aussi ces Galicien-nes, ces Basques, ces Andalous-es et ces Madrilènes sont venu-es le crier dans la capitale même : lire ici

(1) Pour ceux et celles qui, par-delà la loufoquerie d'un roi d'Espagne élu par le peuple, voudraient en savoir plus sur la façon dont la monarchie a été "démocratiquement" validée en 1978, lire Document. La Monarchie espagnole incluse en fraude dans le vote de la Constitution...

(2) 79,1% des Catalan-es sont partisan-es de la République, les pro-monarchie ne rassemblant que 12,3% ! C'est du côté des électeurs du PSC que vient la surprise car, en opposition radicale avec la direction de ce parti, ils sont 69,8% à faire le choix de la république contre seulement 18,6% à être favorables à la monarchie. Lire ici

(3) El Parlament pide la abolición de la monarquía y reprueba el discurso de Felipe VI contra el referéndum

Catalogne. Nouveau défi républicain à la Monarchie espagnole !

Le roi d'Espagne, persona non grata aux cérémonies contre l'attentat de Barcelone

(4) Procès de Madrid. Un pilier bien fissuré de l'accusation...

(5) Espagne : Les "égouts" de l'Etat sont toujours en place.

A lire aussi Espagne. Elections en vue, poussée de l'indépendantisme catalan

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