Procès de Madrid. L'obstruction du président du tribunal envers la défense

Le président du tribunal avait adopté, au début du procès, une attitude bienveillante à l'égard des accusé-es qui faisaient leurs dépositions, désormais, devant la faiblesse, voire le ridicule, de l'accusation (procureurs, témoins civils ou policiers) [1], c'en est fini. Fébrile, il enfreint systématiquement les droits de la défense. Les observateurs internationaux observent et déjà dénoncent.

Les avocats pieds et poings liés face aux scandaleux témoignages sous serment des agents de la Guardia Civil

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[Le président du tribunal] Marchena n'accepte pas les documents contradictoires mettant en cause la validité et la crédibilité d'un témoignage. C'est une règle fondamentale contre laquelle la plupart des avocats des accusés se sont élevés depuis le début de ce procès et que les observateurs internationaux (présents dans le public puisque l'accréditation d'observateurs leur a été refusée) qui, chaque jour assistent aux sessions, ont dénoncé. Tout au début de l'audition des témoins, Marchena avait autorisé la projection de certaines vidéos. Des images de la brutalité de la Guàrdia civil contre les gens qui allaient voter à Sant Carles de la Ràpita avaient été projetées à Mariano Rajoy [chef du gouvernement espagnol pendant le référendum d'autodétermination catalane]. Auparavant, la salle d'audience avait pu voir quinze secondes des charges de la police espagnole dans l'escalier du collège Pau Claris de Barcelone, avec les coups de pied lancés à la volée sur les gens qui s'y trouvaient.

Le moment où Marchena explose


Marchena en avait assez vu. Il a donc changé la règle et ni Zoido [ministre de l'Intérieur de Rajoy], ni personne du haut-commandement policier n'a pu voir la violence de ses agents. Il a été absolument impossible de contredire ces témoins quand ils disaient que le 1-O il n'y avait pas eu de charges et que la police espagnole avait agi avec « ménagement ». Les avocats avaient dû se résigner à ce changement de norme, jusqu'au début des dépositions des agents de la Guardia civil. C'est pour cela que les défenses ont déposé, vendredi, une plainte officielle contre l’interdiction de faire usage de matériel audiovisuel, usage pourtant autorisé et protégé par la constitution espagnole et la Convention européenne des droits de l'Homme. Elles ont même invoqué une jurisprudence du Tribunal suprême signée du même Marchena, dans un verdict rendu en 2007, qui précisait que lorsqu'il y a une contradiction évidente entre le récit d'un témoin et une preuve documentaire, les parties se doivent d'intervenir avec diligence et d'en faire la démonstration en examinant les documents contradictoires.

Le dépôt de cette plainte officielle a profondément irrité Marchena. Mais, quand a commencé la session d'hier, il n'en a pas dit un mot. Et le défilé des témoins a commencé jusqu'à ce moment où Me Marina Roig, interrogeant l’un d’eux, a rappelé la plainte. Marchena a alors explosé, a froncé les sourcils et a abandonné l'air faussement aimable qu'il affichait depuis le début du procès : il n'a pas toléré que les avocats aient déposé plainte contre lui, ni qu'ils insistent sur cette affaire de vidéos. Pour lui, le sujet est clos. Malheureusement, des dizaines et des dizaines d'agents de la Guardia civil doivent encore être entendus qui dérouleront, l'un après l'autre, comme on l'a vu hier et aujourd'hui, des récits hallucinants sur la violence terrible et « jamais vue » des gens qui manifestaient le 20-S ou qui allaient voter le 1-O. Et impossible de présenter des éléments contradictoires à leur version.

Marchena semble s'être définitivement aligné sur les accusations et l'impartialité du tribunal s'en ressent. Les défenses, elles, ont choisi d’enfoncer le coin car c'est sur ce manque d’impartialité qu’est fondée la plainte pour violation de l'article 6 de la Convention européenne des droits de l'Homme ; cet article, relatif au droit à un procès équitable, est la référence de la Cour européenne des droits de l'Homme de Strasbourg. Aujourd'hui, c'est Me Van den Eynde, l'avocat d’Oriol Junqueras et de Raül Romeva qui s’en est chargé. L’agent, matricule R77175H, a fait part de l’ambiance hostile et de la tension devant l’entrepôt de Bigues i Riells (Vallès occidental) où la Guardia civil avaient confisqué des millions de bulletins de vote imprimés pour le 1-O. Il expliquait qu’une trentaine de personnes s'étaient jetées contre les fourgonnettes de la Guardia civil, et que « deux hommes d'environ 60 ans » avaient réussi à les bloquer. Le témoin a qualifié de « techniques violentes de guérilla urbaine » l'attitude des personnes rassemblées, assises par terre, s'accrochant les unes aux autres par les bras. Son récit était grotesque, et les images, elles, auraient permis de comparer celui-ci à la réalité. Mais cela n'a pas été possible, ni ne sera possible pendant toute la phase des témoignages du procès.

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