Service national militarisé et punitif : les profs ne voient pas le problème

Près de 7 enseignants sur 10 favorables à la mise en place d’un service national obligatoire pour les élèves. Une enquête qui confirme que les enseignants partagent les mêmes représentations que l'ensemble des Français, attachés de façon irrationnelle au principe de la conscription et aux vieux fantasmes d’une éducation civique moralisatrice et coercitive.

Près de 7 enseignants sur 10 (67,5 %) favorables à la mise en place d’un service national obligatoire pour les élèves. Cette enquête menée par l’UNSA auprès des personnels de l’EN confirme ce que l’on pressentait : quoique le sujet soit depuis un an sur le tapis, quoique les modalités concrètes du SNU soient connues depuis six mois, les enseignants et leurs organisations représentatives s’étaient jusqu’à présent massivement cantonnés dans un silence prudent. Indifférence, manque d’information ? Non, plus simplement, il s’avère que les enseignants partagent sur ce sujet les mêmes représentations que l’ensemble des Français, toutes tendances politiques confondues, attachés de façon irrationnelle au principe de la conscription et aux vieux fantasmes d’une éducation civique moralisatrice et coercitive.

Ainsi :

- 7 enseignants sur 10 approuvent le principe d’un internement obligatoire des jeunes de 15 ans (en lycée, c’est la classe de 2nde qui est visée).

- 7 enseignants sur 10 n’ont rien à objecter à l’infantilisation institutionnalisée des élèves.

- 7 enseignants sur 10 ne veulent pas voir qu’un service obligatoire et punitif est d’abord la marque d’un pays qui se méfie de sa jeunesse.

- 7 enseignants sur 10 adhèrent à l’idée d’une formation civique fortement militarisée.

- 7 enseignants sur 10 ne voient pas d’inconvénients à ce que l’armée puisse recruter son personnel parmi les élèves, directement dans les établissements scolaires.

- 7 enseignants sur 10 ne remettent pas en cause le principe d’une éducation civique coercitive, fonctionnant sur le mode de l’injonction, de vérités et de principes indiscutables.

- 7 enseignants sur 10 ne s’interrogent pas sur la nature d’une citoyenneté qui exclut toute forme d’esprit critique.

- 7 enseignants sur 10 confondent morale et leçon de morale.

- 7 enseignants sur 10 acceptent à l’avance que les personnels de l’EN, puissent être réquisitionnés sur leur lieu de travail, pour participer à une entreprise de décervelage.

- 7 enseignants sur 10 ne voient pas le rapport entre les économies demandées à l’Education nationale (suppression de postes, formation allégée des profs, réforme du bac etc) et le coût du SNU (service national universel) estimé à 2 ou 3 milliards d’euros prélevés chaque année sur le budget de l’éducation (1). Comme ils ne font sans doute pas le rapport entre l’augmentation du budget militaire et la baisse de toutes les dépenses civiles (santé, logement etc).

Cette adhésion massive des enseignants au principe d’un service obligatoire est bien sûr à rapprocher du consentement sans failles manifesté depuis 36 ans à l’éducation à la défense qui fait de l’armée un partenaire incontesté de l’EN, avec comme terrains privilégiés l’éducation civique et l’enseignement de l’histoire (comme on vient encore de le constater avec la militarisation du centenaire de la Première guerre mondiale, ou la place inquiétante prise par les symboles identitaires dans les programmes officiels).

Dans le contexte actuel de répression de la contestation lycéenne, le SNU se confirme pour ce qu’il est réellement : une entreprise de reprise en main, voire de brutalisation des jeunes. L’adhésion d’une majorité d’enseignants à ce programme est quand même problématique…

 

 

(1) Dans un domaine voisin, le Mouvement de la Paix rappelle qu'il serait possible de geler une partie des 37 milliards d'euros consacrés à la "modernisation" de la bombe atomique française pour les années qui viennent. Question de priorité sans doute...

 

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