Thierry Carcenac, Julien Coupat, même combat ?

Voilà bien deux affaires, les affaires Coupat et Carcenac, que l’on pourrait croire sans aucun rapport. Et pourtant…

Si j’avais dû en croire son ordonnance de renvoi devant le tribunal correctionnel après 6 mois de détention préventive et une dizaine années de poursuite et de procédures, Julien Coupat, citoyen branché sur la philosophie et la sociologie politique, aurait « à COULOMB EN VALOIS le 8 novembre 2008 [...] dégradé ou détérioré un bien appartenant à autrui".

Si j’en crois… ce que j’ai parfaitement établi sur ce blog, Thierry Carcenac, alors président-sénateur du Tarn, a fait raser illégalement la Métairie neuve de Sivens le lundi 1er juin 2015, cela juste après un incendie criminel opportunément survenu le 28 mai 2015, sans délibération de l’assemblée départementale, sans même avoir fait une déclaration de sinistre à l’assurance du département… et il court toujours, tranquillement, étant même encore vice-président du comité de déontologie du Sénat.

Voilà donc deux affaires que l’on pourrait croire sans rapport. Et pourtant…

1- Des affaires de destruction de biens

Ces deux affaires - comme celle des paillotes corses du préfet Bonnet - sont, au départ… des affaires… de destruction de biens !

Dans l’affaire que j’appellerai ici pour les besoins de mon discours « l’affaire Coupat », la SNCF avait porté plainte au départ pour destruction de biens (des caténaires avaient été endommagés), les faits étant une destruction et dégradation de biens

Dans « l’affaire Carcenac », mes camarades de combat ont porté plainte début juin 2015 en visant comme faits la "destruction de la Métairie Neuve de Sivens" qui venait d’être complètement rasée par la bande à Carcenac en violation du Plan local d’urbanisme (ce qui est un délit), comme le montre la photo qui orne mon blog (prise le 3 juin 2015 à Sivens). Un peu plus tard, ils ont aussi porté plainte du chef du délit de destruction de biens en réunion, dès qu’il a été certain que Carcenac avait agi à l’insu de l’assemblée départementale et au détriment du département.

Difficile de ne pas évoquer en marge de ces deux affaires, celle du préfet Bonnet, pour lequel ce sont les paillotes corses détruites par incendie dans la nuit du 20 avril 1999 vers 2H du matin qui avaient mis le feu aux poudres, cette affaire étant à ce jour la seule qui a donné lieu à une condamnation pour destruction de biens (le préfet Bonnet ayant « pris 3 ans », Cour d’appel de Bastia, 15 janvier 2003, voir ici l’arrêt de rejet en cassation)

2- Des délits punis de 10 ans…

Les affaires Coupat et Carcenac ont un autre point commun : au délit que je qualifierai de « délit de base » (celui de destruction de biens) sont venus se rajouter, d’un côté et de l’autre, bien d’autres délits et non des moindres.

- Pour Julien Coupat et ses amis, je ne relèverai ici que le fameux délit d’association de malfaiteurs en relation avec une entreprise terroriste, passible de 10 années d’emprisonnement (voire de 20 ans pour celui qui dirige l’association ou organise l’opération), que le gouvernement et certains magistrats du parquet ou du siège ont voulu à tout prix lui mettre sur le dos.

- Pour Thierry Carcenac, j’ai démontré sur ce blog comment il avait commis, entre autres, le délit d’abus d’autorité contre l’administration aggravé et des délits de détournements de fonds publics, chacun de ces deux délits étant aussi passible de 10 années d’emprisonnement.

https://blogs.mediapart.fr/bernard-viguie/blog/101019/sivens-thierry-carcenac-le-cumulard-d-infractions 

Ces deux premiers points posés, je vais maintenant entrer de plein pied dans les réalités de ces deux dossiers, même si ces réalités dépassent la fiction. Elles concernent le traitement policier de ces deux affaires, le traitement judiciaire de ces deux affaires et enfin le traitement politico-médiatique de ces deux affaires.

3- Le traitement policier de ces affaires

Le traitement policier de ces deux affaires est tout aussi extraordinaire d’un côté que de l’autre.

♦ Pour « l’affaire Coupat », des moyens considérables ont été mis en œuvre pour essayer de coincer le prétendu groupe terroriste de Tarnac. A la grande époque des faits, une vingtaine d’agents étaient chargés de suivre d’heure en heure Julien Coupat. A Tarnac, 3 jours après le "sabotage" du 8 novembre, 150 policiers bloquaient la commune en grande pompe, perquisitionnaient et plaçaient le groupe de Tarnac en garde-à-vue. Car comme le dit le réquisitoire définitif de cette affaire : "Les observations et rapprochements faits à la suite de la nuit du 7-8 novembre 2008 tendant à démontrer le basculement du groupuscule vers le terrorisme, il était décidé de le démanteler" !

♦ Pour l’affaire Carcenac, c’est une toute autre musique que l’on a entendue : celle des gendarmes ont fait des rondes à Sivens à compter du petit matin du 1er juin 2015, pour s’assurer de ce que l’accomplissement des délits caractérisés commis par la mafia tarnaise se passait le plus tranquillement du monde.

Ils ont relevé l’identité de quelques personnes, témoins des délits commis, venues assister de loin à cet acte de vandalisme (des journalistes de médias régionaux pourraient confirmer ce que je viens de dire). Nous avons pour notre part relevé le nom de l’entreprise Benezech qui faisait les travaux illégaux. (Elle n’est pas belle la France ?)

4- Le traitement judiciaire de ces affaires

Le traitement judiciaire de ces deux affaires a été, lui aussi, extraordinaire d’un côté tout autant que de l’autre !

D’un côté, pléthore de mesures d’enquête et d’instruction pour des délits imaginaires, de l’autre RIEN pour des délits caractérisés.

Je ne prends ici que l’exemple de la téléphonie.

Dans les semaines qui ont suivi la destruction de la Métairie Neuve, nous avons pris soin de faire enregistrer au greffe du TGI d’Albi plusieurs demandes de recherches de téléphonie, visant la fine équipe concernée par les délits commis à Sivens. Aucune n’a été diligentée – bien entendu – par le procureur Dérens. AUCUNE.

L’affaire de Tarnac, elle, a donné lieu à 15000 heures d’écoutes diverses et variées, à d’innombrables « bornages ». (à rapprocher des milliers d’heures d’écoute des militants antinucléaires de Bure)

Quant à l’ampleur matérielle des dossiers, qu’on en juge :

♦ Dans l’affaire de Tarnac, un dossier de 27000 pages !

♦ Dans l’affaire Carcenac, un dossier d’enquête de 172 pages qui ne contient que les éléments que nous y avons versés, dans un désordre total, étant entendu que les pièces placées sous scellés après l’incendie par les opj toulousains venus sur les lieux ont été détruites sur ordre de Claude Dérens du 1er février 2016 !

Si la loi est prétendue « la même pour tous », il y a visiblement en France diverses manières de traiter des affaires sensibles.

Ainsi, dans l’affaire des paillotes corses, le préfet Bonnet n’avait pas été ménagé : perquisition en force à la préfecture, garde à vue, détention préventive… Mais il faut dire qu’il y avait eu auparavant des tensions ouvertes entre des autorités judiciaires locales et le préfet Bonnet, qui s’était retrouvé seul contre tous

... Alors que dans l’affaire Carcenac, nous avons eu dans le Tarn une collusion parfaite entre les plus hautes autorités du département, qui ont été – si je puis dire - comme bonnets blancs et blancs bonnets pour délinquer en toute tranquillité : Collusion avant, collusion pendant et collusion après. Qui dit mieux ?

Le procureur d’Albi ne pouvait que classer l’affaire sans suite puisque, comme je l’ai montré pièces à l’appui sur ce blog, il avait été complice des délits commis par Carcenac, contre lequel mes ami(e)s avaient porté plainte.

Quant à la juge d’instruction d’Albi, elle n’a pu que constater que le prétendu « dossier d’enquête » était sans queue ni tête et surtout… sans enquête et que le procureur Dérens avait été non seulement complice de Carcenac mais qu’il avait lui-même commis des délits en détruisant les scellés et en informant un homme-lige de Carcenac bien avant de classer les plaintes sans suite. En conséquence de quoi, elle a « jugé » plus utile d’essayer d’enterrer une affaire aussi chaude, en ayant fort opportunément et judicieusement pris soin de refuser l’accès au dossier d’enquête à l’avocate de Jean Claude Egidio… sachant qu’il contenait de l’explosif. 

Nous n’avons pu en prendre connaissance qu’une année plus tard, après plusieurs lettres recommandées, alors que nous nous apprêtions à engager une action en justice pour en obtenir copie, ce qui eut été un comble : agir en justice pour faire respecter par des magistrats un droit fondamental des citoyens reconnu par la loi et la CEDH.

Claude Dérens avait classé les plaintes d’Egidio et autres sans suite en visant d'autres faits et d’autres délits que ceux que nous avions reprochés à Carcenac ! N'importe quoi !

Il est des fois où l'on regrette de ne pas être Corse dans le Tarn.

Epilogues judiciaires ?

♦ Poursuivi comme il l’a été par ce que j’appellerai le pouvoir politico-judiciaire, le citoyen Julien Coupat a finalement été relaxé par des juges qui ont fait honneur à leur fonction en jugeant en droit les faits qui leur étaient soumis et la valeur des « preuves » invoquées dans le dossier.

- 10 années plus tard, l’affaire de Tarnac a été ainsi bouclée, le parquet n’ayant pas fait appel après un tel fiasco.

♦ Poursuivi par de simples citoyens, Thierry Carcenac a été protégé à ce jour d’une manière que j’estime scandaleuse par le pouvoir politico-judiciaire, en ayant tiré le meilleur parti possible de la complicité du procureur Claude Dérens dans les délits qu’il a commis à Sivens.

5 années plus tard, l’affaire Carcenac/Dérens n’est pas bouclée avec le résultat qu’au moins l’Histoire jugera.

5- Le traitement politico-médiatique de ces affaires

Je ne vais pas revenir ici sur l’énorme tapage politico-médiatique auquel a donné lieu l’affaire de Tarnac, orchestré au départ par la ministre Michèle Alliot-Marie et une justice aux ordres.

Comme trop, c’était trop, certains journalistes ont vu que l’affaire sentait le coup monté. Et cette affaire s’est mise alors à défrayer la chronique, mais dans un tout autre sens que celui prévu par la ministre au départ. Je renvoie au très bon livre « Tarnac, magasin général » de David Dufresne sur la question, dont les analyses se trouveront largement confirmées ensuite devant le tribunal correctionnel… Puisque cette énorme affaire médiatico-politique a finalement fait pschiit

C’est bien l’inverse qui s’était passé pour l’affaire des paillottes corses.

Je note que pour le préfet Bonnet, la justice l’a sanctionné dans le cadre d’un règlement de comptes et d’un battage médiatique sans précédent pour un préfet mis en cause dans une affaire de destruction par incendie de biens qui étaient, soit dit en passant, illégalement construits sur le domaine public, selon des décisions de justice qui avaient été précédemment rendues, alors que la Métairie neuve de Sivens était, elle, protégée par la loi.

Je dénonce donc bien plus grave dans le Tarn que l'affaire du préfet Bonnet. A tous points de vue, que ce soit dans la gravité des délits commis et dans la manière de les commettre.

Je dénonce publiquement des délits caractérisés commis par les plus hautes autorités tarnaises, que je qualifie de « mafia tarnaise » sans qu’aucun de ces mafieux ne s’en offusque, même s’il est vrai que ce n’est pas moi qui ai inventé cette expression bien connue de tous les opposants au barrage de Sivens et, depuis longtemps, de nombreux Tarnais. Je ne fais que reprendre cette expression à mon compte à ceci près que je l’assume dans mes écrits car depuis plus de 5 années, des centaines d’heures de travail m’ont permis d’accumuler les preuves formelles de ce que je dénonce, preuves que j’ai publiées sur ce blog à l’appui de mes accusations, bien loin de notre monde du tweet où règne ce que j’appelle souvent l’allégationnisme à tous crins.

Je dénonce des délits graves et caractérisés commis par les plus hautes autorités d’un département, je ne crois pas qu’il ait existé en France une chose pareille, et qu’entends-je ?

Un magnifique Silence dans les rangs !

Ancien avocat devenu jardinier par un juste retour des choses, tout se passe comme si je n’existais pas, sauf pour les poireaux, les betteraves rouges et les plantes médicinales que je vois pousser régulièrement, et sauf pour quelques pirates qui n’ont rien trouvé de plus intelligent à faire que de lancer une cyberattaque contre mon compte Mediapart (et sauf pour quelques amis médiapartiens que je salue au passage !).

Et je trouve tout cela formidable :

Je suis devenu une taupe, dans le fin fond de la campagne occitane.

J’ai creusé le droit, creusé les faits. Et voilà que je creuse des mots :

Tarn-ac, n’est-ce pas la contraction de Tarn et de Carcenac ?

J’ai creusé, creusé. Je creuse, je creuse, et plus j’avance, taupe là ! mieux je vois :

L’affaire Carcenac et l’affaire Julien Coupat sont bien deux visages radicalement opposés d’un même combat :

 

Le combat pour le droit. 

 

A suivre

Sivens/Magistrature (1) – Nouvelle demande de poursuites disciplinaires 

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