CHAPITRE 5, la "Théorie des corps économiques"

La masse corporelle des « corps économiques » & l’assèchement des « nappes phréatiques économiques » (jour # 60 du confinement - 16 mai 2020)

image-ok-parlons-dette
Imaginez.

« Imagine all the people »


 © Christophe Thollet © Christophe Thollet
Imaginez que l’on représente le fonctionnement de l’économie
en prenant l’image d’un corps humain.

Prenons un homme, une femme, regardons ses organes, son système sanguin, son système digestif, enfin, vous m’avez compris, tout ce qui lui permet de vivre et jouons à voir à travers cette image le fonctionnement de notre économie.

 

On peut s’amuser avec cette image à regarder l’économie sur plusieurs échelles, comme je l’ai fait dans mes précédents chapitres en parlant du PIB de ma maison puis du PIB de la France.

Alors voici le programme de ce chapitre 5 : on va commencer avec l’échelle du fonctionnement économique de nos foyers (seul ou en famille) pour comprendre l’idée, puis nous changerons d’échelle avec le "corps économique" de la France, puis le corps de l'entreprise avant d'aborder l'évasion  fiscale.

Sommaire du chapitre 5 © Christophe Thollet Sommaire du chapitre 5 © Christophe Thollet


Je vais essayer d’aller vite et surtout (pour une fois) de ne pas faire trop de ces apartés que je fais régulièrement pour bien m’assurer qu’on parle tous de la même chose, qu’on s’accorde sur le sens des mots qu’on utilise. L’histoire évolutive du sens de chaque mot qu’on utilise (liée à leur utilisation qui change au fil du temps) est pour moi à l’origine de bien des désaccords… Et ce n’est pas Alain Rey qui me contredira sur ce point.



A L’ECHELLE DE NOTRE FOYER

A quoi ressemble le corps de notre foyer ?
Est-ce que les organes vitaux fonctionnent bien ?
Est-ce que le corps de notre foyer est en bonne santé ?

 © Christophe Thollet © Christophe Thollet
Imaginons que les courses, le loyer (ou le crédit de la maison), l’essence, l’électricité, le chauffage, les impôts de toutes sortes (TVA, revenu, redevance, habitation, impôts locaux ou charges de fonctionnement du logement…), l’eau, les communications, les frais scolaires ou d’entretiens de toutes natures, les frais de santé ou de transport, etc… Bref imaginons que toutes ces charges soient le SYSTEME MUSCULAIRE (ce qui dépense de l’énergie)
Même s’il ne s’agit pas d’un muscle, le cerveau ferait aussi partie de ces organes énergivores…

Et imaginons que les rentrées d’argent, le salaire pour certains, le chômage ou la retraite pour d’autres, les aides sociales pour certains ou pour d’autres, les rentrées d’argent liées à des plans d’épargne, des héritages ou des investissements locatifs...
Bref, imaginons que ces rentrées d’argent, ce soit le SYSTEME DIGESTIF (qui permet de récupérer les énergies des aliments)

Le système nerveux coordonne les informations entre ce système musculaire et ce système digestif. Le système respiratoire et le système sanguin utilisent un peu de cette Energie qui rentre pour fonctionner mais ils sont surtout là pour offrir une infrastructure qui facilite la bonne circulation des énergies entre les deux protagonistes principaux : le système digestif et le système musculaire.


Pour finir l’exposition de cette façon de lire le fonctionnement de notre foyer à travers un corps humain, j’ajouterais juste que l’oxygène c’est le contact social : les rapports humains (l’oxygène) sont aussi essentiels que l’argent (la nourriture) au bon fonctionnement de notre « corps économique », mais on ne s’attardera pas sur les mécanismes, je pense que vous avez pigé, que vous pouvez faire la suite de cette explication tous seuls, à votre façon et avec vos mots.
On peut donc passer à l’application de cette métaphore, cette façon originale de représenter l’économie, pour nous aider à la comprendre.

C’est ce que certains appelleraient le « ruissellement ».

Sauf que l’image du « ruissellement » est limitative.
C'est comme s’il n’y avait que la circulation du plus riche vers le plus pauvre...
Alors que la réciproque est bien réelle, et participe même à l’enrichissement des plus riches.

Selon moi il faudrait parler de ce cycle économique comme on parle du cycle de l'eau.
Selon moi le « ruissellement » n'est qu'une des étapes de ce fonctionnement du "corps économique".

 © Christophe Thollet © Christophe Thollet
Selon moi le bon fonctionnement de ce cycle vertueux ne dépend pas seulement des « premiers de cordée » (que du « ruissellement ») mais aussi des « premiers de corvée » (qu’on pourrait appeler l’ « évapotranspiration »), d'une armée de petits acteurs de l’économie (l' « évaporation ») et de tout un système complexe et interconnecté qui mêle la constitution de trésors (la « nappe phréatique ») et le développement d'un réseau économique qui facilite les échanges de biens et de services (les « précipitations »). 

 

On pourrait parler du « milieu naturel » de ces « corps économiques ».

D’un « écosystème économique naturel ».

 

Il y a beaucoup d’autres façons d'interpréter le corps économique et son élément naturel et je ne prétends pas avoir la meilleure interprétation, mais j’espère que celle-ci est compréhensible…

Le système économique tel qu’on le connaît s’est construit au fil de l’histoire.
Il s'est nourri de travaux de certains grands théoriciens qui ont développé la pensée économique : des penseurs tels que John Maynard Keynes (le père de la macroéconomie avec "The General Theory"), Ludwig von Mises (théoricien de « l'école autrichienne », critique du socialisme avec « L'Action humaine »), Adam Smith (précurseur du taylorisme avec son "Wealth of Nations" et sa théorie de la "main invisible"), Milton Friedman (l'ardent défenseur de la liberté économique), David Ricardo (et son "avantage comparatif"), Karl Marx (fermement opposé au concept de libre marché qui contribue selon lui, à la concentration de pouvoirs et de capitaux, au soulèvement du peuple et à terme à la destruction du capitalisme), Joseph Schumpeter (et ses "Business Cycles"), Friedrich von Hayek (théoricien du libéralisme à la Reagan et Thatcher), Alfred Marshall (le père de la loi de l’offre et de la demande), et j’en passe…

Pour autant, le marché d’échanges existait bien avant les premières théories économiques et je suis persuadé que le système actuel est construit sur des fondations qui évoquaient déjà un « modèle économique naturel ».


Bien, alors je continue avec de la gymnastique intellectuelle un peu compliquée :


Dans ce « corps économique », la dette, c’est le surpoids.

La dette, c’est la graisse.
Le recours à des emprunts, c'est la création de graisse.
En s’endettant, le corps devient plus lourd à porter… Il doit augmenter les besoins énergétiques de son « corps économique » pour rembourser ses dettes.

Je sais que c’est un peu difficile à visualiser parce que dans notre corps humain, plus on mange, plus on s’engraisse… Ici, dans ce corps économique, c’est plus subtil : la dette alourdit le corps et l’oblige à trouver d'avantage d’apport énergétique (plus de recettes) ou à avoir moins d’activité musculaire (moins de dépense de fonctionnement) pour retrouver un corps en forme, pour retrouver un corps efficient.


Alors partant de là, je vais vous poser des questions dont vous seuls avez les réponses (mais répondez dans votre tête, inutile de répondre dans les commentaires, c’est juste pour vous faire participer un peu) :

Quelle est la masse corporelle de l’économie de votre foyer ?
Est-ce que votre Indice de Masse corporelle présente un corps en bonne santé ?
Est-ce que l’économie de votre foyer présente les caractéristiques de l’obésité, du surpoids ?
Autrement dit est-ce que vous vivez au-dessus de vos moyens ?
Ne serait-ce qu’un tout petit peu ?



Si en réponse à ces questions vous êtes dans une situation d’obésité, ou du moins vous en présentez les premiers symptômes ou caractéristiques, il faut réfléchir à baisser les dépenses (moins de sorties ou d’achats inutiles peut-être) ou à trouver un moyen de gagner plus d’argent (augmentation, évolution professionnelle…).
A titre personnel, dans notre foyer on vit mensuellement légèrement au-dessus de nos moyens, et dans le fond, si on tient le coup, c’est uniquement parce qu’on a eu la « chance » de bénéficier de morceaux d’héritages qui nous permettent de garder la tête hors de l’eau.
Et j’imagine que beaucoup de mes concitoyens doivent la forme de leur « corps économique » à ce que leur ont donné leurs parents (que ce soit des dettes, des richesses ou des situations professionnelles).
Je ne vous lance pas dans l’analyse de votre propre foyer pour chercher à vous faire culpabiliser sur votre situation économique, mais simplement pour entendre (comprendre) le raisonnement, et pouvoir ainsi l’appliquer sur d’autres foyers, ou d’autres structures qui chacune sont soumises aux mêmes contraintes naturelles : ne pas vivre au-dessus de ses moyens et trouver sa place au milieu de cette ensemble de « corps économique », on pourrait même dire cette « humanité économique ».

Car oui l’argent, cette énergie qui alimente ces « corps économiques », circule de corps en « corps économique » avec une extrême fluidité. Suivons l’une de ces circulations parmi tant d’autres pour mieux saisir la chose : L’argent passe du corps d’un consommateur au corps de l’entreprise à laquelle il achète un produit (passant parfois par le corps d’un distributeur, d’un vendeur, d’un transporteur…), puis du corps de cette entreprise au corps d’un salarié, puis du corps de ce salarié au corps de l’État (via les impôts) puis du corps de l’État au corps d’un hôpital, puis du corps de cet hôpital au corps de l’entreprise qui lui vend les fournitures nécessaires à son bon fonctionnement, etc, etc…
C’est un processus sans fin… Qui fonctionne même (à un rythme différent) dans les fonds d’investissements. Mais j’y reviendrai…


Par rapport à cet exemple, il faut imaginer qu’à chaque fois qu’il rentre dans un nouveau corps, cet argent peut être redirigé dans des milliers d’autres possibilités (que celles de cet exemple) en fonction des choix ou des priorités propres à chaque « corps économique ».



Mais revenons aux questions que je posais sur la masse corporelle de votre foyer :
Si au contraire, vous avez un corps économique en forme, que vous récoltez plus d’argent que vous n’en dépensez, vous construisez des ressources plus solides, des organes en bonne santé, des muscles capables de faire de grandes choses et même les moyens d’avoir encore plus de richesse à venir, en construisant un capital.

Construire un capital c’est faire sortir de votre « corps économique », toute l’énergie qui ne sert pas au bon fonctionnement de son organisme…

« Oh lala » vous vous dites en lisant ça… « Il ne va tout de même pas… »
Et ben si… Désolé, ça ne va pas sentir très bon mais je n’ai pas peur de mettre les mains dedans :

Le capital, c’est la merde !


La construction d’un patrimoine ou d’un capital,
dans ce « corps économique »
c’est comme aller chier.


Je laisse une petite respiration, pour vous remettre de vos émotions ou de votre fou rire…

L’idée étant que, à la différence de l’homme qui ne peut pas manger ses excréments, dans l’économie, l’argent rentre et sort comme il veut. « L’argent n’a pas d’odeur » (humour).


J’essaie de vous détendre un peu face à une idée aussi absurde, mais je vous assure que cette image fonctionne pour comprendre l’éco système de notre économie. Je suis sûr que certains lecteurs qui lisent ou étudient l’économie pourraient parler de grille de lecture « systémique », et je précise : il ne s’agit pas d’une analyse « écosystémique » (où il est plus question de biodiversité) mais d’un mode de lecture simple et universel de notre économie à différentes échelles (notre quotidien, notre pays, le monde).


Je suis désolé parce que je ne veux pas porter un jugement négatif au fait de faire des économies. Moi-même je paie un emprunt sur ma maison, j’ai acheté ma voiture, j’ai un contrat d’assurance vie, j’ai un compte d’épargne, j’essaie de me construire une trésorerie qui me permettra d’imaginer des choses, des vacances, des frais de scolarité à venir…
Je suis sincèrement désolé pour ceux qui croient lire une critique du capitalisme mais je ne vois pas d’autre spécificité de l’organisme humain pour aborder cette construction de richesse. Alors que tout comme l’extraction de la merde est vitale au bon fonctionnement du corps humain, la sortie d’excédent et la création de capital participent à la bonne santé de chaque « corps économique ».


C’est un phénomène constitutif : en fonction de sa constitution, chaque « corps économique » ne peut pas porter plus que l’énergie dont il a besoin. Pour supporter un trop plein d’énergie, un « corps économique » devrait grossir énormément sa masse musculaire, il devrait se dépenser continuellement de façon à ne pas faire exploser les limites de sa physiologie. C’est pourquoi il construit un capital, il fait ressortir le surplus, il le pose, il le dépose…

Mais pour éviter le vocabulaire scatologique, nous n’utiliserons pas le mot « excréments ».
Nous parlerons plutôt d’ « excédents ».

Créer un capital, un patrimoine, c’est mettre de l’excédent de côté.


Entre ce chapitre 5 (que vous êtes en train de lire) et le chapitre 4 (la pièce surréaliste en un acte), vous devez commencer à vous inquiéter pour les penchants scatologiques de leur auteur. Mais j’ai juste besoin de me servir de ce qui existe pour construire mon discours. Et puis le fait d’aller aux toilettes concerne absolument tous les êtres humains, aussi riches ou pauvres qu’ils soient. Tout le monde chie. Et heureusement pour la bonne santé de notre organisme !
Pour en finir avec ce besoin naturel, tout le monde, riche ou pauvre, du chômeur surendetté au footballeur richissime, tout le monde met de l’argent de côté. Ça va des billets de 50€ cachés sous le matelas, aux placements financiers en prenant des parts dans des fonds collectifs. Ça va de l’achat d’une voiture à l’acquisition d’immenses propriétés.


Et dans certains cas, ça peut très bien être une simple pomme, aussi.
Une simple pomme que certains mettent de côté, dans un coin de ce qu’ils appellent leur « maison » (un bout de carton, une chambre d’hôtel de fortune, un squat, un bidonville, une paillasse, le misérable abri providentiel loué par un marchand de sommeil). Ça peut être une simple pomme, dis-je, que l’on regarde jour après jour en se disant « ok ! Si vraiment c’est trop difficile je pourrai toujours partager cette pomme avec mes enfants ».

Il en est ainsi tous les jours, en Syrie, en Uruguay, mais aussi en France, ou en Allemagne.

Les « indicateurs de pauvreté humaine » (IPH-1 et IPH-2) mis en place par le Programme des Nations unies pour le développement permettent de dresser un classement des pays où ce type de pauvreté est la plus présente. Mais ils montrent surtout que cette misère existe partout.

Partout sur terre, il existe des foyers pour qui cette petite pomme permet de croire en un jour meilleur.



Cette façon de mettre de côté est naturelle. Il en est ainsi depuis les premières chasses de l’homo erectus. C’est dans l’ordre des choses de s’approprier un bien, de construire un patrimoine, de se rassurer en mettant des choses de côté, comme il est dans l’ordre des choses de chier. Tout simplement.



Ok me diriez-vous, ça sort du corps mais ça va où ?

Et bien créer un capital, c’est déposer l’énergie excédante dans un autre « corps économique » que le sien, mais en le consignant comme la propriété exclusive de son dépositaire, de son acquéreur.

Oui j’avoue cette phrase est bien sophistiquée.
Mais j’essaie de trouver les mots les plus intelligibles…
Allez-y vous avez le droit de relire cette phrase un peu universitaire…
ça mange pas de pain…

 

Bon alors comment j’explique ça, moi ?

Prenons deux cas de gestions d’excédents :

1- Mettons que vous achetez une voiture, il s’agit de faire l’acquisition d’un autre « corps économique » (la voiture) que le vôtre (le budget de fonctionnement de votre foyer). Cette voiture a elle-même ses propres aptitudes musculaires (le déplacement) et ses besoins élémentaires (entretien, réparation, essence…). Du fait de sa physiologie, le « corps économique » de cette voiture ne produit pas de graisse ou d’excédent économique (autre qu’environnementale, du fait de son émission de CO2 et des énergies à extraire, transporter et transformer pour la fabriquer, mais c’est une autre grille de lecture, dont les mots que vous êtes en train de lire entre parenthèses seront la seule incursion dans toute cette exposition – déjà bien trop longue -).

Les mensualités de remboursement de l’achat de cette voiture vont dans le muscle de votre « corps économique » (ça fait partie de l’Énergie vitale pour vivre, vous auriez fait pareil en louant un autolib’).
Et au fil de cette activité musculaire il se passe deux choses en même temps : d’un côté vous perdez de la graisse (l’emprunt relatif à l’achat de cette voiture), et de l’autre, vous construisez un capital, un patrimoine (vous devenez propriétaire de cette voiture).
Lorsque vous aurez fini de payer le prêt (que vous aurez un corps économique de rêve parce que vous vous serez totalement allégé de vos dettes), vous aurez le choix de faire ce que vous voulez de ce capital : vous pouvez en avoir l’usufruit, revendre la voiture (ça rentrera dans les graisses et le capital d’un autre « corps économique ») de manière à refaire rentrer ce stock dans le système digestif ou à le réinvestir aussi sec dans l’achat d’une voiture plus récente. Vous pouvez aussi décider de la garder aussi longtemps qu’elle voudra bien vous rendre service, ou bien en céder l’usufruit à un autre « corps économique » (votre enfant, un ami ou un collègue en difficulté financière…).


2- deuxième exemple, le fonds de pension. Vous avez un « corps économique » en forme et vous souhaitez vous délester de votre excèdent, en vous garantissant un pécule pour faire face aux difficultés qui pourront arriver lorsque vous quitterez la vie active. Autrement dit, lorsque l’activité digestive et musculaire de votre « corps économique » sera moins performante, que vous aurez moins de rentrées d’énergie élémentaire (une retraite à la place d’un salaire) et une activité physique différente (les frais liés à votre activité professionnelle ou à l’éducation de vos enfants se retrouvant remplacés par des loisirs, des voyages, d’autres choses de la vie…).
En mettant vos excédents dans ce fonds de pension, vous alimentez le « corps économique » de ce fonds de pension, dont les aptitudes physiques (les muscles) permettent de soutenir l’activité économique d’autres « corps économiques » (des entreprises qui elles mêmes peuvent aussi verser leurs excédents dans d'autres fonds de pension).
La physiologie de ce fonds de pension est encore différente de la voiture ou du foyer : plus il y a de dépôt d’excédents (venant de salariés ou d’entreprises), plus la valeur de ce capital augmente (donc de l’énergie en plus de celle des souscripteurs)
Sa physiologie lui permet aussi de décaisser sous forme de rente viagère, le capital appartenant au pensionnaire (jusqu’à « due concurrence » comme on dit).

C’est pas très simple à expliquer mais j’espère que vous comprenez que chaque « corps économiques » a sa morphologie et ses aptitudes propres qui changent en fonction de sa santé et de son genre : foyer, voiture, banque, État, association, fonds de pension, loueur de bicyclette, ou bien immobilier… Partout, l’argent rentre dans un « corps économique » pour y être utile au bon fonctionnement, puis en ressort pour rentrer dans un autre « corps économique ».
Partout l’argent circule. Même là où l’on croit qu’il stagne sur des comptes d’épargne, il est utile à la création de dettes (de graisse), et donc à la création de trésorerie dans d’autres « corps économiques » (grâce à tout ça je peux acheter une voiture).

Et puis dans l’absolu, pour finir de comprendre l’idée de création de richesse à travers l’utilisation de l’excédent, nous pourrions aussi regarder le compostage, ou le fumier dans un jardin : les excédents retournent à la nature, où ils enrichissent l’environnement. Et ce n’est que quand on les stocke dans un coin qu’ils se mettent à puer la mort…

 

 

Bon à présent que vous avez bien saisi le mode de lecture, en partant d’une échelle qui peut parler à chacun, passons à l’échelle du corps de la France.




A L’ECHELLE DE NOTRE PAYS

Alors à quoi ressemble le corps de l’économie de la France ?

 © Christophe Thollet © Christophe Thollet
Avec la même grille de lecture (disons « la morphologie de l’économie »), on retrouve
d’un côté le système digestif (toutes les rentrées d’argent), le système musculaire (toutes les dépenses) et toute l’infrastructure corporelle qui permet la circulation de ces énergies.

Au niveau de l’oxygène, les rapports sociaux (de l’échelle humaine, l’échelle du foyer) sont remplacés par les relations internationales, au sein de l’UE ou avec le reste du monde. Et en ce sens le système respiratoire de la France est un des plus en forme de tous les « corps économiques » du monde.

 



Au niveau du SYSTEME DIGESTIF de la France,
nous avons 5 types de rentrées d’argent :
(les pourcentages sont tirés d’un article du site du gouvernement de janvier 2019)

1 – 45% des rentrées d'argent sont les taxes à la consommation, la TVA : un pourcentage sur chaque transaction sur le sol français, qui est diffèrent en fonction de la nature de la transaction. Cette taxe est définie en fonction de ce que l’État juge indispensable (les produits de première nécessité comme les aliments de base) ou nocif (comme la cigarette) pour les français.
Le montant de cette taxe est aussi défini pour ménager la chèvre et le chou : elle ne doit pas être trop importante pour ne pas ralentir le bon fonctionnement de l’économie du pays, et elle ne peut pas être trop basse pour permettre au « corps économique » de la France d'avoir les moyens de fonctionner. Et il en va de même pour tous les autres « aliments » qui rentrent dans ce corps.

2 – 21% des rentrées d'argent sont les impôts sur le revenu, autrement dit une part de l’Énergie qui part dans le muscle (dans les dépenses) de chaque foyer. On voit alors que l’Énergie qui part dans le muscle (débit) à l’échelle du foyer, arrive dans le système digestif (crédit) à l’échelle de la nation… (juste un petit rappel pour saisir la fluidité de cette circulation entre les « corps économiques »)


3 – 16% des rentrées d'argent sont les impôts sur les sociétés. On pourrait s’amuser ici à dessiner le corps des entreprises, sa nourriture, son oxygène, son muscle, sa graisse, son excèdent… Mais il y a autant de cas de figures que d’entreprises, c’est ce qu’on appelle les modèles économiques.


4 - 4% de cette nourriture, c’est la taxe intérieure de consommation sur les produits énergétiques, autrement dit, une partie de ce que l’on paie quand on prend de l’essence. Ça représentait en 2018 entre 0,59 et 0,66 centimes d’Euros par litre d’essence.

5 – 14% des rentrées d'argent proviennent d’autres contributions fiscales, dont l’Impôt sur la Fortune Immobilière qui remplace depuis 2018 l’Impôt de Solidarité sur la Fortune (ISF), ainsi que la taxe sur les salaires acquittée par certaines activités (banque, hôpitaux, secteur associatif) exonérées de TVA. On y trouve aussi des impôts indirects tels que les droits de timbre et des droits d’enregistrement (en particulier, droits de succession et droits de donation).
A ce sujet, on peut noter qu’à partir des données qu’on peut trouver sur le site du sénat : on comprend que l’argent récolté par les contraventions représente moins de 4% de ces 14% (soit 0,56% de tout l’argent qui rentre dans le système digestif). Tout ça pour dire que, non, l’État n’installe pas des radars pour se faire de l’argent sur le dos des français… L’opération doit à peine s’auto-rentabiliser… Ce n’est ni plus ni moins qu’une politique de sécurité routière pour baisser le nombre d’accidents annuels.


Bon voilà pour la présentation, la plus objective possible des rentrées d’argent qui permettent à l’État de fonctionner. Il faut noter tout de même qu’en plus de ces rentrées d’argent, l’État dispose de ressources non fiscales (en suivant le lien vous en saurez plus) qui représentent 13 milliards d’euros. C’est une somme importante mais qui ne représente que 4,4% des recettes nettes.

 

Passons à présent au SYSTEME MUSCULAIRE,
bref aux dépenses de l’État

Il y a plusieurs façons d’apprécier la force musculaire de l’État :

Dans une publication du gouvernement d’avril 2018,
on voit que l’État français règle le salaire de 8.8 % de l’emploi total en France :

  • 52% dans l’éducation (de l’école à l’université) et la recherche

  • 15% dans la sécurité (police, gendarmerie)

  • 14% dans la défense (armée)

  • 7% dans la gestion des comptes publics (ministère de Bercy)

  • 12% dans tous les autres domaines (salaire des sénateurs, des ministres et de tous leurs attachés d’administration)



Mais en réalité, l’État assure beaucoup plus d’emplois en France parce qu’en plus de verser directement des salaires, l’État reverse des budgets de fonctionnement à d’autres « corps économiques » qui assurent leurs propres ressources humaines : les Hôpitaux, les mairies, les Départements, les Régions, les établissements médico-sociaux, et toutes les EPA, type ministère de l’Écologie, de la Justice ou de l’Agriculture…

On peut voir dans les données annuelles de 2011 à 2018 publiées en avril 2020 par l’INSEE (dont le graphique ci-dessous est issu) que d’une façon plus globale, l’État participe à la prise en charge de beaucoup plus d’agents publics (mais je n’arrive pas à trouver le pourcentage d’actifs que ça peut représenter en France).

En regardant le budget plutôt que les salaires, on voit que la masse salariale de l’éducation et de la recherche ne représente plus que 18% du budget général, là où il totalisaient 52% dans la première façon de regarder les activités de ce « muscle »
(je choisis ce secteur pour avoir une notion d’échelle).



 

Maintenant regardons l’intégralité de la puissance musculaire de la France, avec cette présentation interactive des « décodeurs » du journal Le Monde, publié en décembre 2017 (dont le graphique ci-dessous est issu, mais je vous invite à suivre le lien pour avoir les détails et l’intégralité du graphique).

Répartition des 711 milliards de dépenses du budget 2018 © le Monde Répartition des 711 milliards de dépenses du budget 2018 © le Monde
On voit que lorsque les charges salariales sont mêlées à toutes les autres charges de l’État, l’éducation et la recherche ne représentent plus que 14% du budget général.

 

Comme cette présentation mêle les masses salariales et les frais de fonctionnement de ce secteur, il faut imaginer en partant du décryptage de cet article d’Atlantico publié en 2015, que cette masse salariale de l’éducation et de la recherche (qui sert d’échelle) ne représente plus que 10,5% de toute la masse musculaire de l’État.

On ne va pas dérouler toutes les charges musculaires de l’État (je vous invite à suivre le lien du Monde, qui est très bien fait si vous voulez les détails), mais on peut noter les charges les plus importantes ou du moins les plus emblématiques :

  • 17% de remboursement d’impôts de particuliers ou d’entreprises (telle que la prime pour l’emploi par exemple ou le CICE)

  • 15% d’avances aux collectivités territoriales

  • 8% des pensions de retraite et d’invalidité versées par l’État

  • 6% de remboursement de dette

  • 3% de contribution de l’État au budget de l’Union Européenne.


Pour parfaire cette présentation, je devrais aborder la façon complexe dont sont interconnectés les différents « corps économiques » que sont l’État, la Caisse Primaire d’Assurance Maladie et toutes les collectivités locales (quelle que soient leur taille, des plus grandes telles que les Régions aux plus petites telles que les mairies…).
Mais je pense que cette présentation est déjà bien assez longue comme ça…

Il est à noter que, comme dans tout « corps économique », les emprunts qui permettent à l’État de faire des investissements (sa graisse, sa dette), sont remboursés peu à peu par une activité musculaire (dans le graphique des Décodeurs du Monde de 2017, ci-dessus, il s’agit des 6% de remboursement de dette, équivalant à 41,78 milliards d’Euros).

Je faisais remarquer dans le chapitre 1 (en rappelant les conclusions d’un article de Laurent Chavagneux qui avait inspiré ce premier chapitre) que l’augmentation de la dette pouvait être liée à l’augmentation des taux de remboursement de la dette. De plus je démontrais dans le chapitre 2 qu’aucune des politiques libérales (de droite comme de gauche) n’a empêché depuis 30 ans la croissance continue de la dette publique.

Je ne vais pas faire plus que ces rapides résumés des épisodes précédents car je ne cherche pas ici à démontrer qu’un projet politique est meilleur ou moins bien qu’un autre. Je cherche, dans ce chapitre 5 (que vous êtes en train de lire), à apporter une vision large et intelligible du fonctionnement économique, de façon à dégager une problématique qui dépasse le cadre des institutions de l’État, et de la communauté européenne…


La GRAISSE de la France

Puisqu’on parlait de son remboursement, il est temps d’aborder La dette publique de la France.

On peut voir dans cet article du Monde publié le 20 décembre 2019, que le montant de la dette de la France est établie à la fin de septembre 2019 à 100,4 % de son PIB (disons 100% du PIB), soit 2 415 milliards d’euros. On peut noter que nous sommes donc bien au-dessus des règles de la zone Euro (Le traité de Maastricht stipulant de ne pas s’endetter à plus de 60% du PIB) mais aussi, bien en dessous des 9 266 milliards d’euros de dette d’un pays comme le Japon. En effet, bien qu’endetté à hauteur de 246,6 % de son PIB (disons 250% du PIB), le Japon est depuis des dizaines d’années un des acteurs les plus actifs et les plus stables de l’économie mondiale, comme l’explique cet article du Monde publié le en mars 2017. Il faut noter que la grande caractéristique du Japon est que c'est la Banque Centrale du Japon (la BoJ) qui porte la dette du pays (ce qui est rendu impossible en France depuis le traité de Maastrich). De plus, depuis 2016, la BoJ applique une politique de contrôle des taux longs (yield curve control) qui consiste à s’engager à acheter le montant d’obligations souveraines nécessaire pour atteindre le niveau de taux d’intérêt qu’elle s’est fixé : autour de 0 % pour les obligations à dix ans. Vis à vis de l'Europe il serait extrêmement compliqué d'arriver à un consensus pareil. Toutes ces informations permettent d'avoir matière à comprendre la valeur de cette comparaison, et à quel point son application française est empêchée par des accords qui nécessite une bonne connaissance de la diplomatie et des rouages européens.



Les EXCÉDENTS de la France

Qu’est-ce que la création de capital pour l’État Français ?

Dans le « corps économique » de la France, les « excédents », ce sont toutes les richesses construites sur le territoire (les investissements dans les bâtiments des écoles, des hôpitaux, des routes) ainsi que toutes les entreprises pour lesquelles l’État se porte garant (d’autres « corps économiques » tels que des entreprises dans lesquelles la France a pris des parts). Toute l’infrastructure de la France est son capital. Il est clair qu’il est plus difficile de revendre un hôpital qu’une voiture, mais il s’agit bien du capital de l’État. Il est d’ailleurs communément appelé « le capital public ». A noter aussi (aucune leçon à en tirer, mais les mots sont intéressants) dans des pays communistes tels que Cuba ou la Chine, on parle de « capitalisme d’État ».

Il est temps d’aborder le « corps économique » de l’entreprise (évoqué plus haut dans le « système digestif économique » de la France avec les 16% d’impôt sur les sociétés).

 

« LE CORPS ECONOMIQUE » DE L’ENTREPRISE

Comme je l’expliquais au moment de parler de l’impôt sur les sociétés, je pourrais m’amuser ici à dessiner les muscles et le système digestif de l’entreprise, mais il y a autant de morphologies différentes que d’entreprises. Chacune à son modèle économique qui lui est propre. Je ne vais donc pas partir dans un exposé qui alourdirait ce chapitre (déjà bien assez long).

 © Christophe Thollet © Christophe Thollet
Deux points tout de même :

Il existe des exonérations ou des remboursements de taxes (pour soutenir la vitalité de l’économie) et plein de systèmes complexes mis en place par l’État (avec souvent plus d’exceptions que de règles), pour dynamiser la vitalité de l’emploi, mais en moyenne, on peut noter que sur toute l’énergie que chaque entreprise réussit à mettre dans ses muscles (les bénéfices), entre 11 et 33 ,33% de cette Énergie part dans le système digestif de la France (pour constituer les 16% dont a besoin le « corps économique » de notre République).
Pour faire face à des problèmes de trésorerie, beaucoup d’entreprises préféreraient faire l’économie de cette taxe de façon à éviter de s’engraisser (recourir à des emprunts quels qu’en soient les taux). C’est d’ailleurs ce qui a poussé la création du CICE, et qui apparaît dans le graphisme des muscles de la France (17% de remboursement d’impôts du graphique des décodeurs du Monde, celui avec les petits carrés).

Je n’ai absolument aucune qualification pour avoir un avis là-dessus, mais j’imagine que trouver l’équivalent de 11% de ce qui nourrit le « corps économique » de la France ne doit pas être une chose aisée. Il doit pouvoir être possible de baisser cet impôt mais il faudrait le prendre ailleurs, ou alors avoir moins de besoin dans les muscles…


De même pour en finir avec le « corps économique » des sociétés, je voudrais juste souligner une tendance : elles créent souvent beaucoup d’excédents, dont chaque entreprise est libre de faire ce que bon lui semble. Le « corps économique » de l’entreprise peut le réinvestir dans les organes pour le bon fonctionnement de son « corps économique » (dans les muscles des ressources humaines, les muscles des équipements ou les muscles des budgets de marketing par exemple). L’entreprise peut aussi faire ressortir cet excèdent en réinvestissant dans le capital de l’entreprise (foncier, financier…) ou de tout autre corps économique. L’entreprise peut aussi décider d’en remettre une partie à ses actionnaires (c’est que l’on appelle les « dividendes ») en plus du contrat de capitalisation qui les unit. Ça ne part pas dans le muscle parce que ça ne participe pas au fonctionnement du « corps économique », mais c’est une monnaie courante qui s’entend pour les raisons suivantes :

À tout moment, les actionnaires peuvent décider de récupérer leur capital pour le réinvestir où bon leur semble. Ce système de dividendes permet à l’entreprise de garder ses actionnaires et d’éviter d’avoir à licencier à cause du départ de ces actionnaires.

C’est un système absolument pas vertueux qui est installé par la volatilité et la flexibilité des marchés. C’est là qu’on commence à toucher au cœur du problème…

Qu’il s’agisse des excédents d’une entreprise ou d’un fonds d’investissement, lorsque ces dividendes sortent de ces « corps économiques » pour « remercier les actionnaires », ils devraient repartir dans d’autres corps économiques d’une façon ou d’une autre.

 

Sauf que dans la plupart des cas, il n’en est rien. Ces flux disparaissent de l’écosystème économique (comme l’explique cet article d’Alternative économique publié en octobre 2018). C’est ce qu’on appelle…

 

L’EVASION FISCALE

L’évasion fiscale c’est tout ce qui se fait « au noir ».

C’est tout ce qui échappe au circuit traditionnel de l’économie mondiale.


Si avec 2,5 millions de travailleurs en France, le « travail au noir » donne l’impression de représenter une part importante de mouvements économiques hors du circuit naturel, ça reste une activité dangereuse (passable de lourdes amendes et de sanctions pénales) qui ne représente que 2 à 3% des activités professionnelles en France (comme l’indique cet article du Figaro de février 2019).

Là où il y a une réelle et incessante disparition des richesses du circuit naturel de l’économie, c’est dans les « paradis fiscaux ». En réutilisant la métaphore du cycle de l’eau, on pourrait parler d’un « assèchement des nappes phréatiques économiques », voire même d’un véritable pompage de ces ressources vers les paradis fiscaux.

 

 © Christophe Thollet © Christophe Thollet
Comme l’explique très bien le réalisateur Yannick Kergoat (dans cet interview dans le Nouvel Observateur de janvier 2019 pour parler de son projet de film "La Très Grande Évasion") « Aujourd'hui, l'évasion fiscale, c'est 100 milliards d'euros, chaque année pour la France. 100 milliards d'euros, c'est plus que le budget de l’Éducation nationale. Le déficit budgétaire français, c'est 83 milliards d'euros. »

Il est clair que rapporté au fonctionnement du « corps économique » de l’État ça correspond de façon systématique à l'augmentation du pourcentage de la dette publique du PIB (on le vérifie facilement en croisant les chiffres qu’on trouve dans ce portail de l'Économie, des Finances, de l'Action et des Comptes publics). Et c’est d’ailleurs très clairement dans l’augmentation et la « facilitation » de l’évasion fiscale qu’il faut chercher des explications à l’augmentation de la dette publique (en réponse aux questions sans réponse du chapitre 2).

Tant que cette évasion fiscale existera, il parait évident qu’il sera impossible pour l’État de trouver les ressources afin de mettre en place une politique de transition écologique ou de neutralité carbone. Tant que cette évasion fiscale existera, chaque année, il sera question de monter les impôts ou de baisser les moyens de l’État (écoles, hôpitaux…). Alors que nos services publics sont déjà à l’agonie, comme on a pu le voir dans les manifestations des services hospitaliers, ou comme on peut le voir aujourd’hui, dans la gestion du Coronavirus.

On peut voir dans cet article du Figaro publié en octobre 2019, que l’État s'évertue à lutter contre ce « forage des nappes phréatiques économiques » en mettant en place des cellules de régularisation grâce auxquelles ils ont réussi à récupérer 6 milliards d’euros l’an dernier. Autrement dit 6% de tout ce qui disparaît tous les ans… C’est une goutte d’eau dans l’océan…

C’est terrible mais il faut l’admettre, aucun État n’est armé contre cette professionnalisation de l’évasion fiscale. Le plus terrible, serait d’imaginer que ce combat est inefficace parce que certains ministres du gouvernement ont eux-mêmes pratiqué l’évasion fiscale…

 

L’évasion fiscale atrophie les muscles des « corps économiques » de l’État, mais indirectement elle pèse sur tous les corps économiques qui sont en lien avec l’État (via les impôts, ou la jouissance des biens publics).

 

Le gouvernement actuel n'est pas le grand responsable de cette situation bien sûr.

Et on ne peut pas non plus jeté la pierre aux gouvernements précédents, ni à l'Union Européenne.

Mais dans cette façon systématique de bâtir la solidité de son « corps économique » en oubliant tout au nom de la croissance, et en continuant à ouvrir la porte de ses ministères à des lobbies omniprésents et suréquipés, tous ces acteurs ont une part de responsabilité. Je pense par exemple aux puissants lobbies des traitements phytosanitaires qui ont les moyens (des lobbyistes salariés et équipés d’importants budgets de fonctionnement) d’influencer l’adoption de lois gouvernementales ou européennes, là où les petits lobbies de l’agriculture paysanne sont complètement démunis et inaudibles.

C’est comme ça qu’on se retrouve avec de stupides projets de « green washing » telle que la norme « Haute Valeur Environnementale »… « Avec la certification HVE, estime l’association les amis de la Terre, l'État entend appliquer au vivant les normes issues de l'industrie. Avec cette volonté de sécurisation hygiéniste, la certification ouvre seule l'accès aux marchés et sécurise les approvisionnements des firmes avec des biocides (insecticides, fongicides, herbicides et antibiotiques…) sans améliorer les pratiques agronomiques, et vise à camoufler les risques sanitaires les plus criants de l'industrialisation ». C’est comme ça que sous un joli label tout vert, se cachent en réalité toutes les mesures chères à la grande distribution, et très peu de contrainte biologique…


Quelle que soit sa couleur politique depuis 30 ans, l’État cherche à relancer l’économie en luttant contre le chômage sans peser sur les ressources de son "corps économique". Et pour cela, plutôt que de vouloir prendre en charge les fonctions essentielles (le salaire du nombre suffisant d'enseignants, d'infirmiers, de policiers...), il baisse ses moyens et organise depuis 30 ans, la prise en charge du maximum de salariés possible par les entreprises : dans l'industrie d’abord (où il y a eu beaucoup de fermetures ou de délocalisations) puis dans le secteur tertiaire maintenant (alors que la concurrence dans ce secteur favorise plus une « ubérisation » à travers le monde, que la réelle construction d’une force du « corps économique »).

Ce n’est pas la faute des États qui ont raison de soutenir la vitalité des entreprises.

Ce n’est pas la faute des entreprises qui ont raison de protéger leurs outils et leurs équipes en reversant des dividendes aux actionnaires. Eh oui, s’ils ne le font pas ils risquent la perte des capitaux qui construisent et structurent leurs entreprises.

 

Mais alors que faire ?

Il faut préserver « l'écosystème économique naturel » des « corps économiques ».

Je ne suis qu’un citoyen lambda qui tente de visualiser la situation, de la comprendre et je n’ai ni le bagage culturel ni la compétence intellectuelle pour avoir la solution miracle.

Mais il parait évident que la solution est du côté de la régularisation du fonctionnement des flux financiers. Peu à peu le monde politique s’est déchargé de la gestion des flux financiers et ce faisant, il a laissé le monde financier prendre les rênes de tout un écosystème sans lui imposer la moindre réglementation pour le préserver.

L’économiste Adair Turner préconise dans son ouvrage « Between Debt and the Devil », de retirer aux banques le pouvoir de création monétaire pour le confier entièrement à l’État. L’idée est de faire en sorte que les banques ne puissent prêter qu’un montant égal à leurs dépôts, et donc ne créent pas de monnaie en prêtant plus qu’elles ne possèdent.

C’est une piste, et je ne sais pas si elle est la meilleure.

Quoi qu’il en soit il faut mettre en place des règles qui valent pour tous, partout dans le monde.
Il faut trouver un consensus mondial pour éradiquer l’évasion fiscale.

 

Il suffit qu’un seul petit pays refuse de se soustraire à ces conditions pour que l’évasion fiscale s’y engouffre avec tous les énormes outils économiques qu’elle sait mettre en œuvre.

 

Ce qu’il faudrait c’est un outil comparable au « cadre prudentiel des activités bancaires (Bâle III) » (des accords de régulations bancaires mis en place en 2010 pour faire suite à la crise des subprimes de 2007) mais qui prendrait en compte les données relatives aux urgences climatiques.

Ce qu’il faudrait c’est que les acteurs de l’évasion fiscale comprennent qu’ils sont en train de construire la destruction de la vie sur terre, et qu’ils changent de métier. Je sais qu'il y a beaucoup de naïveté dans cette formulation, mais j'essaie de faire comprendre qu'on ne peut plus se permettre de laisser exister les paradis fiscaux.

Ce qu’il faudrait c’est que les utilisateurs de l’évasion fiscale comprennent que leur enrichissement se fait directement dans le « muscle du corps économique » de l’État, et donc indirectement dans le muscle de tous les « corps économiques », y compris le leur… Et qu’à force de s’enrichir de cette façon, ils détruisent le monde dans lequel ils aiment vivre.

 


Imaginez un monde sans paradis fiscaux

Imaginez la bonne santé de tous les « corps économiques » d’un monde sans évasion fiscale

Imaginez

« Imagine all the people »

 

image-ok-parlons-dette

 

SOMMAIRE

 

PROLOGUE

INTRODUCTION
L’allocution télévisée du président Macron du 13 avril 2020

CHAPITRE 1
Mais de quoi on parle au juste ?

CHAPITRE 2
L'augmentation constante du pourcentage de dette publique dans le PIB français

CHAPITRE 3
Le rachat de la dette publique par la BCE

TROU NORMAND
Et si on arrêtait les caricatures et les idées reçues ?

CHAPITRE 4
« La croissance ! Vite la croissance ! »

BREAK

CHAPITRE 5
La masse corporelle des « corps économiques »
& l’assèchement des « nappes phréatiques économiques »

 

Il faut noter que j'ai longtemps considéré le texte intitulé « grande synthèse et renaissance économique » comme la conclusion de tout ce travail. J'en ai même longtemps parlé sur Facebook comme le « chapitre 6 » (tant attendu). Et puis suite aux retours d'un comité de lecture (avant cette publication sur ce blog) j'ai décidé de le détacher de cet ensemble intitulé « ok parlons dette » de façon à le rendre autonome et lisible sans forcément avoir suivi tout ce (long) processus de fabrication.

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.