Le 27 août 1990, à quatre heures du matin, l’hélicoptère d’Éric Clapton s’écrase contre une piste de ski près d’East Troy dans le Wisconsin, à seulement quelques centaines de mètres de son point de décollage.
À son bord, à la place qu’aurait logiquement dû occuper Slowhand avec son équipe avant de finalement la céder à un musicien plus pressé, le guitariste Stevie Ray Vaughan voit son destin fulgurant se briser tragiquement. Il avait trente-cinq ans.
Mourir à cause du brouillard, quand l’un de ses albums s’appelle Couldnt stand the weather : il y a là comme une marque de l’ironie du sort.
Remonter la pente et se sortir d’une addiction à la poudreuse pour venir s’écraser sur une piste de ski en est une autre.
(Ironie du sort, point final, j’avais définitivement renoncé à choisir la figure de Clapton comme héros de ce sixième épisode à cause de l’article « Polémiques et Controverses » de sa biographie Wikipédia, qui m’avait passablement gonflé ; mais même quand on sort Clapton par la porte de la chronique, il faut croire qu’il revient en hélicoptère)
La légende
Il faut peu de choses pour devenir une légende. Un destin tragique, un style, et si possible, du talent. Stevie Ray Vaughan avait les trois.
Agrandissement : Illustration 2
Avec son pur look de cow-boy, santiags aux pieds, chemise à motifs, parfois un foulard noué autour du cou, chapeau texan « plateau » avec ou sans panache (pour ce qui est du chapeau, hein ; pour l’attitude c’était toujours avec), il marquait les esprits d’abord visuellement.
Sa technique, ensuite : virtuosité folle, vitesse, agressivité, grattant les cordes jusqu’à s’en faire mal aux doigts, le tout au service d’un blues-rock joyeux et chargé d’émotion qui fit de lui plus qu’un émule et presque un égal de Jimi Hendrix.
Genèse
Stevie Ray Vaughan (prononcer « Stivi Rè Vonne »), dit aussi SRV (prononcer « S R V »), est né le 3 octobre 1954 à Dallas (Texas).
Il débute dans la musique très jeune, par hasard, et apprend à jouer en autodidacte. C’est d’abord son frère aîné Jimmie (qui deviendra lui aussi un bluesman fameux) qui reçoit à douze ans une guitare en cadeau lorsqu’il s’est brisé l’épaule.
Les deux frangins du blues (à ne pas confondre avec les Blues Brothers) apprennent seuls en écoutant les disques de Hendrix, des Yardbirds, ou des Beatles. Les deux Vaughan seront fortement influencés par les trois King (BB, Freddie et Albert).
Le renouveau du blues
Artisan du renouveau du blues dans les années 70/80, ses idoles sont Buddy Guy, Muddy Waters, BB King, Otis Rush Albert King, et Jimi Hendrix, dont il reprend quelques morceaux, ainsi que des attitudes sur scène.
Après avoir joué pour divers groupes, son style s’épanouit et trouve sa forme finale dans la formule « power trio » avec le batteur Chris Layton et le bassiste Tommy Shannon pour former le groupe Double Trouble (d’après une chanson d’Otis Rush).
Agrandissement : Illustration 7
Que serait une rockstar sans son addiction ? SRV n’échappe pas à la règle et tombe dans la cocaïne au milieu des années 80 (cocaïne ? Il faudra un jour parler de JJ Cale sur ce blog) avant de remonter brièvement la pente et de revenir en 1989 avec l’album In Step. La suite, on la connait : concert, hélicoptère, mort légendaire.
En une décennie seulement de carrière « grand public », il laisse 4 albums studio et 1 live, soit un disque de plus que Jimi Hendrix. S’en suivront à l’instar du natif de Seattle une tripotée d’albums posthumes, live, collaborations, et autres compilations, parmi lesquelles on s’attardera sur l’excellent In Session avec son idole Albert King, qui vaut son pesant d'or !
(j'ai volontairement mis un extrait AUDIO afin que l'auditeur puisse s'exercer à distinguer le son de Stevie Ray Vaughan de celui de la Gibson Flying V d'Albert King, dit "le bulldozer de velours". Ça vous pose un bluesman)
Guitare
SRV jouait sur des Fender Stratocaster.
S’il en possédait plusieurs, on retiendra l'histoire de la Strat’ rouge de 1963 qui lui fut offerte en 1980 par sa femme Lenora Bailey, et qu’il surnommera affectueusement Lenny.
C’est avec cette guitare qu’il compose la ballade Lenny qui clôt l'album Texas Flood (1983):
Let’s Dance !
Enfin, une anecdote savoureuse, pour conclure.
On le sait trop peu mais Ray Vaughan assure les parties de guitare sur l’album Let’s dance de Bowie (1983). On raconte que le Thin White Duke aurait était frappé par son talent lors d’un concert à Montreux en 1982 et l’aurait engagé avec Nile Rodgers pour la réalisation de l’album. L’occasion de réécouter avec une oreille plus attentive ou même de découvrir cet album comme je l'ai fait pour ce billet.
Parmi tous les morceaux j’ai choisi Criminal world dont le solo de guitare est du Vaughan pur jus (mais les autres titres sont également marqués par la touche SRV) :
*****
C'était ça, Stevie Ray Vaughan, comète virtuose qui aura brièvement mais puissamment illuminé le ciel du blues avant de s’écraser tragiquement dans les collines du Wisconsin.
Bonne année 2026 !
épisodes précédents :
2. BB King
4. Jimi Hendrix
5. Phil Lynott