CREDIT AGRICOLE : DES SOCIETAIRES HEROIQUES

L’incroyable sort fait aux "deux sociétaires de Saintes" a mis en lumière une réalité absurde : il faut de l’héroïsme aux sociétaires des 2500 caisses locales de Crédit Agricole Mutuel pour défendre leurs sociétés coopératives et les valeurs de la coopération.

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La Cour d’Appel de Poitiers rendra - suite à l’audience du 11 mars - son délibéré le 14 mai prochain. Elle dira s’il est possible aux dirigeants cooptés de se débarrasser des sociétaires encombrants (ceux qui posent trop de questions et les bonnes questions) en décidant purement et simplement de les exclure, de les virer, de les exproprier.

          Une alternative

L’Arrêt sera, en fait, d’importance pour tout le système bancaire de notre pays et il est attendu comme tel. Il dira où en est l’identité des banques coopératives et décidera de leur bon fonctionnement. Tout particulièrement en tant qu’alternative aux banques commerciales qui visent le profit.

La Cour d’Appel de Poitiers sera amenée à clarifier toute une série de questions. A commencer par celle du respect de la démocratie et des sociétaires. C’est pour ces derniers qu’existe la coopérative... pas pour les dirigeants ! Bénévoles ou salariés, les dirigeants sont au service de la structure et de ses propriétaires. Au service des sociétaires. C’est le tout premier principe.

           Renverser les logiques

Dans une démocratie, il y a des droits élémentaires, spécialement lorsque la logique est rigoureusement égalitaire (un homme, une voix). Le droit de manifester, le droit de contester, le droit de s’opposer et de proposer des solutions, le droit d’organiser des grands débats, de choisir les élus en fonction de leur personnalité, de leur fiabilité, de leurs projets, de leurs programmes. Le droit de décider.

Le droit de contrôler et d’exiger la transparence et le vote à bulletins secrets… d'exiger des élus qu’ils rendent des comptes.

Ne pas renverser la situation : c’est aux sociétaires, aux électeurs, qu’il appartient de choisir les élus et, éventuellement, de les renvoyer. Pas l’inverse !

Convoqués face à la Justice, les dirigeants avaient un objectif : faire entériner leur prise de pouvoir et la confiscation ; faire valider le privilège de la force. Réduire au silence les résistants.

            Ils ont des principes

A l’audience, l’avocate du Crédit Agricole n’a pas utilisé une seule fois le mot coopérative, pas parlé de la loi, ignoré la loi fondamentale du 10 septembre 1947… L' obsession : les journalistes importuns qui ont été alertés ! La presse régionale, et Mediapart trop écouté. C’est le coeur de la plaidoirie. Quant à la caisse locale, elle est présentée comme une vague « association ». Les sociétaires ? Ils doivent se tenir à carreau et ne pas se manifester. Refusant le blanc-seing aux dirigeants-prédateurs, ils ne pouvaient qu’être mis à l’écart. Surréaliste.

Les sociétaires ne sont pas le problème, ils sont inéluctablement la solution. Le problème c’est la confiscation des coopératives par les dirigeants. A la chute du communisme, en ex-URSS,  les dirigeants des coopératives se sont présentés comme les propriétaires... Situation caricaturale, mais la tentation existe pour qui est bien placé.

Le cas des deux sociétaires est exemplaire. C’est tout le pays de Saintes qui conteste la décision des dirigeants de déplacer le siège de la caisse, à commencer par les responsables politiques, mais « on » a visé deux simples sociétaires sans problème pour terroriser le pays de France tout entier.

Dix millions de sociétaires auxquels est adressé un message inquiétant. Avec une astuce : le règlement intérieur - arbitraire, méconnu et voté à la sauvette par les initiés - pourrait remplacer la loi !

Ruineux de se battre pour le principe… mais les deux sociétaires ont des principes. Et sont devenus un grain de sable dans la mécanique bien huilée des assemblées générales folkloriques et trop bien verrouillées, un caillou dans la chaussure pour le président et pour le gérant de la caisse.

           Dix millions de héros

Un règlement intérieur, pas diffusé, aurait force de loi et deviendrait une menace pour tous les sociétaires… et pour les épargnant car - comble du paradoxe et de l’insensé - les parts sociales sont maintenant « vendues » comme placement. Qui devient sociétaire pour épargner se retrouverait l’épargnant le plus menacé de France... si la Cour d’Appel décide qu’il peut être spolié à tout moment par les dirigeants. Vous avez dit absurde ?

Il est délirant de faire vivre sous la menaces les sociétaires, les propriétaires de la société coopérative !  Les résistants des héros ? Et, finalement, dix millions de héros par procuration ? Peut-être bien.

Dans tous les cas, il est impératif de défendre la coopérative et la loi. Le respect de la loi. Les coopératives sont une chance dont nous avons absolument besoin pour notre avenir. Près de deux siècles d'existence et le meilleur pari pour le temps qui vient où tout est à redéfinir. D’urgence.

Merci aux deux sociétaires qui sauvent l’honneur et parient sur un futur vivable.A l'opposé de la financiarisation de tout.

 

 

           Voir sur cette édition Mediapart :

 SOCIETAIRES OU POTS DE TERRE ?

LES MAUVAIS SOCIETAIRES

LE COMMERCE DES PARTS SOCIALES

DES ADMINISTRATEURS SANS POUVOIR

 

          Voir CBanque : 

 ETRE SOCIETAIRE A QUOI CA SERT ?

 

          Voir Sud Ouest :

ILS CONTESTENT LEUR EXCLUSION DE LEUR CAISSE

 

 

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