CREDIT AGRICOLE : SOCIETAIRES HEROIQUES ET VRAIES QUESTIONS.

Sociétaires exemplaires, engagés dans la défense de leur coopérative, les deux héroïques de Saintes sauront mardi, le 14 mai, si la Cour d'Appel de Poitiers confirme leur exclusion de la caisse locale de Crédit Agricole Mutuel de Saintes. Décision considérable : les vraies questions - qui concernent dix millions de sociétaires - explosent.

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Agressés par des dirigeants cooptés (en dehors d'une réelle gestion démocratique), les deux sociétaires de Saintes exigent tout simplement le respect de la loi fondamentale du 10 septembre 1947. Le respect dû à chacun des co-propriétaires de leur société coopérative.

Ils se sont inquiété de la décision de déménager, à La Rochelle, le siège de la Caisse Régionale, prise d'autorité par les "patrons" de la caisse... ces dirigeants, pour ne pas avoir à rendre des comptes, ont choisi, à l'abri d'une démocratie truquée, de se débarrasser des gêneurs. S'il est possible de virer les propriétaires exigeants, les coopératives n'existent plus. Un tremblement de terre.

Au final, l’arrêt attendu le 14 mai éclairera un vrai choix de société : faut-il accepter que trop de coopératives finissent dévorées de l’intérieur, hors de l’économie sociale et solidaire, victimes de dirigeants-prédateurs ? Voulons-nous, tout au contraire, une économie réellement alternative ? Une économie seule compatible - à l’écart du capitalisme financier - avec un avenir pour la planète et ses habitants...

Indispensable, face à l’urgence, d’examiner quelques questions et de les mettre en débat dans les assemblées générales... tout autant, probablement, que dans le cadre d’une urgente commission d’enquête parlementaire.

Dans tous les cas, le respect des sociétaires est une pierre de touche pour évaluer la qualité de la gestion d'une coopérative.

          La démocratie

Que penser des assemblées générales des 2400 caisses locales de Crédit Agricole (Mutuel) ? Sont-elles satisfaisantes pour les dix millions de sociétaires propriétaires de l'entreprise ? Sont-elles conformes aux exigences élémentaires pour un fonctionnement honnête d’une authentique démocratie ?

Que penser de la vie démocratique au quotidien et de sa transparence ? Quelle est la réelle implication des sociétaires-électeurs, des patrons ? Dans quelles conditions les décisions à prendre, les orientations, les projets, sont-ils soumis à l’appréciation des sociétaires avant d’être validés par le vote ? Y a t-il vote  ? Les compte-rendu dans les quotidiens régionaux sont éloquents.

Les sociétaires de Saintes ont-is décidé de l’abandon de la ville, du déménagement ? Ont-ils accepté l’hypocrisie de la communication (« proximité », etc.) au regard de la réalité des pratiques et décisions ?

          Les élections

Que penser des élections lors des Assemblées Générales et de la banalisation des listes uniques ? De l’absence de vraies candidatures ? Du fait que les électeurs ne connaissent pas les candidats et que ceux-ci ne proposent aucun programme ? Que penser du vote à main levé, du refus du vote à bulletin secret ?

Que penser du fait que les salariés collectent au guichet, dans la perspective de l’AG, un maximum de "procurations en blanc" mises à la disposition du Président ? Au total plus de voix qu’il n’y aura de sociétaires présents… des sociétaires qui, eux, ne sont pas autorisés à détenir plus d’une ou deux procurations ?

Des sociétaires qui ne sont de toutes façons pas en mesure de se concerter, de se regrouper. Ca leur est d’ailleurs interdit, ce serait considéré par les dirigeants auto-proclamés comme une démarche hostile. Plus que pénalisant pour un client soumis à l’arbitraire…

Que penser de l’absence de débat et de l’absence de compte-rendu ? De l’insincérité des procès-verbaux enregistrés au greffe du tribunal ?

          Les Assemblées Générales

Que penser du fait que les AG sont organisées comme d'interminables divertissements folkloriques, ponctués de déclarations déconnectées des vrais sujets, afin de décourager les militants de la coopération, les sociétaires engagés ? En rien de réelles séances de travail conduisant à des choix et des orientations…

Que penser du fait que les dix millions de sociétaires sont parqués dans des caisses locales devenues des coquilles vides, un théâtre d’ombres ? Un rideau de fumée destiné à dissimuler le fonctionnement des baronnies, les Caisses Régionales… qui ne sont pourtant, concrètement, que des filiales ?

Les sociétaires sont pieds et mains liés dans leur caisse « locale » et tout se passe ailleurs. Au mépris de la loi et des objectifs qui étaient ceux de leur coopérative financière. En totale déconnexion de la charte de l’Alliance Coopérative Internationale qui pourtant s’impose.

Tout se passe ailleurs et les sociétaires ne contrôlent rien car les magistrats ne font pas respecter la loi et les politiques détournent les yeux. Question de réseaux.

Les sociétaires ne contrôlent rien ? Ni les filiales (Caisses Régionales et Caisse Nationale) auxquelles ils délèguent la gestion de leur activité « mutualiste » de mise en commun (chacun étant, alternativement ou simultanément, prêteur et emprunteur)… ni les innombrables filiales sociétés anonymes, devenues d’incroyables fromages pour les initiés.

          Les administrateurs

Que penser de la gestion de la caisse locale de Saintes par des administrateurs-figurants, incontrôlables et indifférents ?

Des administrateurs qui ont accepté l’escamotage du mot « Mutuel » sur toutes les façades. Qui valident jour après jour leur humiliation, et la dépossession des sociétaires, en parlant d’une caisse « du » crédit agricole, vue comme l’excroissance d’une entité centrale… alors qu’il s’agit d’une caisse « de » crédit agricole maitresse de tout. Le contraire d'un détail.

Des administrateurs qui obéissent et sont là pour "couvrir" les décisions des dirigeants... de la filiale Caisse Régionale ! Par exemple l'exclusion (extraordinaire) des deux sociétaires trop curieux. Ils demandaient à Louis Tercinier - président de la caisse locale en même temps que vice-président de la caisse régionale (*) - d'expliquer les raisons de la délocalisation des sièges (Saintes et Niort) à la Rochelle.Drôle de structure pyramidale qui marche sur la tête et veut faire de ses meilleurs militants de mauvais sociétaires. Gâchis et trahison.

Que savent les sociétaires des réalités de la structure ? Du groupe ?

          Les origines et les trahisons

Qui se souvient des origines ? En particulier de Frédéric-Guillaume Raiffeisen dont on vient de fêter le bicentenaire de la naissance (30 mars 1818) et qui est le père de notre modèle de banques coopératives, de nos crédits mutuels. Qui se souvient de son oeuvre et de son éthique ? De sa vie (« Car j’ai eu faim », éditions Coprur, Coopérative de Presse Raiffeisen) ?

Qui connait Desjardin (au Québec) et Migros (en Suisse) dont il faut étudier le modèle ?

Qui se souvient des trahisons ? Trop de structures de l'ESS ont connu de fâcheuses évolutions. Ainsi la FNAC (Fédération Nationale d’Achat des Cadres) qui n’a plus rien d’une coopérative ? Par exemple la CAMIF, par exemple la coopérative Normandie-Picardie, et Nouvelles Frontières, et tant d’exemples... Les dossiers lourds d'une économie sociale et solidaire (ESS) vue comme un marchepied du capitalisme féroce. A titre personnel, j’ai beaucoup enquêté et interviewé chez « ces gens là »… pas triste.

Quel sort est réservé aux sociétaires qui alertent, comme Richard Baron et Lucien Normandin ? A ceux qui signalent et dénoncent les prédateurs du sans but lucratif ? Rien d'encourageant pour les sociétaires consciencieux...

Que penser de l’invention des Caisses d’Epargne, coopérative fabriquée artificiellement, et du délire-dérive Arkéa ? Que penser de la NEF ?

         L'avocate et la loi

Que dire de la position de l’avocate de la caisse de Saintes devant la Cour d’Appel ? Pas un mot sur la loi de 47 ou sur la coopération, ni sur les alertes des sociétaires… Une seule plainte : les médias en parlent et c’est insupportable ! Sud Ouest, France 3, et surtout Mediapart… comme un regret de l’omerta.

Il est pourtant indispensable de connaître la loi du 1O septembre 1947, léguée par le CNR (Conseil National de la Résistance), et de s'y référer C'est fondamental, c'est le socle de toute coopérative. Tout autant que le respect de bla charte de l'Alliance coopérative internationale (ACI).

          Le privilège de la force

Des impasses délibérées qui ressemblent à une invocation du "privilège de la force » déjà évoqué, dans une autre procédure, par un directeur juridique du Crédit Agricole Mutuel. Une invocation de la logique bien formulée par Bertolt Brecht : il faut dissoudre le peuple lorsqu’il devient insupportable. Pour le moins lui faire peur, le terroriser.

Conclusion ? La place, en France, des banques coopératives et de leurs sociétaires... le sujet est devenu aussi central qu’explosif. Mardi, l’arrêt de la Cour d’Appel de Poitiers éclairera cet immense dossier.

En imposant le respect des sociétaires et de la loi ? Ce serait un point de départ positif. Qui s’impose.Dans quelle histoire se raconte l'agression des sociétaires de Saintes ? Pourquoi dire mauvais Richard Baron et Lucien Normandin, exemplaires militants de l'ESS (économie sociale et solidaire) qui défendent très simplement leur société coopérative, la logique et les principes des banques non-commerciales créées pour être une alternative à la finance cupide, destructrice ?

Quelle diablerie que de diaboliser les héroïques sociétaires entrés en résistance !

 

(*) Louis Tercinier est un personnage intéressant. Il est devenu président de la caisse régionale et c'est lui qui, défiant la loi, a organisé, en 2014, l'AG de cette caisse régionale de Saintes... avant celle de la caisse locale de Saintes ! C'est lui qui, devant les juges, pour se justifier de l'exclusion, a invoqué une assemblée générale extraordinaire... qui n'a jamais eu lieu ! Entre le monde des affaires et celui du militantisme, bénévole et apparatchik, caricatural et représentatif, il est au centre de l'affaire inventée des "mauvais sociétaires de Saintes". 

 

     Voir sur cette édition Mediapart :

DES SOCIETAIRES HEROIQUES

LE COMMERCE DES PARTS SOCIALES

SOCIETAIRE OU POT DE TERRE ?

DES ADMINISTRATEURS SANS POUVOIR

LES MAUVAIS SOCIETAIRES FACE A LA COUR D'APPEL DE POITIERS

 

Voir CBanque :

Etre sociétaire, à quoi ça sert ?

 

Voir Sud Ouest :

Ils contestent leur exclusion de la caisse locale

 

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