Belab
Abonné·e de Mediapart

Billet publié dans

Édition

L'escarbille

Suivi par 61 abonnés

Billet de blog 2 déc. 2017

Quand Goupil devient Margot

Gifler les gaullistes d’un ‘‘ bal tragique à Colombey’’ à la une, vous a tout de même une autre gueule que la vexation chronique de la frange la plus faible de notre société. Caricaturer, c’est esquinter le portrait des grands pour qu’ils rabattent de leur hubris et non martyriser les sempiternels souffre-douleur, soldes des comptes « colonisations » et « esclavage »

Belab
Abonné·e de Mediapart

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

  Billet précédent https://blogs.mediapart.fr/edition/lescarbille/article/231117/du-mechoui-de-pieds-de-porcs-la-curee-des-hyenes-et-des-vautours.

Quand Goupil devient Margot

Pour ce qui est de la crise de nerfs (feinte) de Riss, patron de Charlie Hebdo.

Rappel des faits. Manuel Valls, Caroline Fourest et Charlie Hebdo ont accusé Edwy Plenel et Mediapart de complicité et de collusion avec Tarik Ramadan. Edwy Plenel a répondu à ses détracteurs et les a accusés en retour de nourrir l’hystérie autour de l’islamophobie. Le célèbre moustachu aurait dit, selon Riss (qui pour la circonstance tronqua, déloyalement, les propos d’Edwy Plenel, Cf. précédent billet de l’Escarbille du Club Mediapart), que « la une de Charlie Hebdo fait partie d’une campagne générale de guerre aux musulmans ». La « une » en question est celle qui montre une caricature de Tarik Ramadan en proie à une turgescence gargantuesque qualifiée de 6ième pilier de l’islam.

 À ce propos, le Gaulois colérique rennais, dédaigneux, écrit : « Charlie Hebdo donne dans la caricature des tables à encrier du C.M.1 de l’école communale de mon enfance, de ses ‘’ waterclosets’’ aussi, sur les murs desquels proliféraient une mosaïque de virgules suspectes couleur « caca d’oie » et des graffitis tels que ‘’Nico PD sexuel’’, et autres gracieusetés qui faisaient le désespoir de Mme Romagnolo , la dame de service » (…) « Le professeur Choron se retournerait dans sa tombe, le rouge au front , tant ses héritiers, besogneux, donnent dans l’infiniment petit . '' (…) Gifler les gaullistes d’un ‘‘ bal tragique à Colombey’’ à la une, vous a tout de même une autre gueule que la vexation chronique de la frange la plus faible de notre société. Caricaturer, c’est esquinter le portrait des grands pour qu’ils rabattent de leur hubris et non  martyriser  les  sempiternels  souffre-douleur,  soldes  des  comptes « colonisations » et « esclavage » ''  semble  hurler  la  statue  du Commandeur, ci-devant trépassé Professeur Choron, figée, le « sceptre » à la main, dans une sainte colère pour les siècles des siècles ».

Riss, l’actuel patron de Charlie Hebdo, qui oscillait entre Gargamelle et le Schtroumpf benêt, (sur) joue les schtroumpfeurs de flûte, se pique de machiavélisme et squatte, à la moindre occasion, le costume du  schtroumpf noir peint en bleu : « '' La UNE de Charlie Hebdo fait partie d’une campagne  générale  de  guerre  aux  musulmans '' est  une  phrase que  nous  ne  pardonnerons  jamais, écrit-il. En la prononçant, Plénel condamne à mort une deuxième fois Charlie Hebdo ».

Constatons que Riss donne dans le pathos et vire positivement au nécrophage.

Comment ? Ceux qui n’ont à la bouche que les mots de « liberté d’expression », « droit au blasphème », « droit à l’insolence » refusent le contradictoire et s’offusquent comme les ¾ pucelles du couvent de Sainte Nitouche. Ils en appellent même à « leurs Martyrs » !
Non. Qu’on laisse les morts au chagrin respectable de leurs proches.

À ce sujet, dans un précédent billet, l’Escarbille du Club Mediapart décrit comment Philippe Val mena au casse-pipe l’équipe de Charlie Hebdo (https://blogs.mediapart.fr/edition/lescarbille/article/011017/comment-val-et-malka-ont-amene-au-casse-pipe-l-equipe-de-charlie-hebdo). Riss veut manifestement suivre ce chemin, meurtrier, qui avait enrichi l’ex-directeur du journal satirique.

Puisque les oreilles des uns et des autres sont devenues hypersensibles, je suis sûr qu’Edwy Plenel ne s’offenserait pas si on venait à remplacer le mot « guerre » par « attaque » « assaut » ou tout simplement « discourtoisie ostentatoire » : après tout, l’hypocrisie, comme les abysses, n’a pas de fond. Une fois que nous aurions concédé cette correction « capitale », la dite « discourtoisie ostentatoire contre les musulmans’’ n’en demeurerait  pas  moins  vraie : depuis des décennies, n’a-t-elle  pas  constitué,  ad nauseam, le  fonds  de  commerce des lobbies S.H.A.F., de  Mlle    Caroline    Fourest    (https://blogs.mediapart.fr/edition/lescarbille/article/231116/melle-caroline-fourest-egerie-du-mouvement-gay-et-lesbien) de  Mme  Badinter ( https://blogs.mediapart.fr/edition/lescarbille/article/210717/elisabeth-badinter-un-creve-coeur-0 ) de Charlie Hebdo et de nos medias, en général ?

L’horrible carnage dont le journal satirique fut victime nous a révoltés et nous révolte toujours. La même révolte nous submerge contre l’irresponsabilité de ceux qui, pour des intérêts particularistes ou mercantiles, persistent à souffler sur les foyers de la discorde, agiter les Français les uns contre les autres et mettre en danger la sécurité de nos enfants. D’évidence, Riss se veut l’héritier de Philippe Val.

L’islam ,essentialisé par les soins des lobbies S.H.A.F (Sionistes, Homosexuels, Athées et Néo Féministes) et de leurs medias (Charlie Hebdo, le Figaro, Marianne, Valeurs Actuelles…) en toute logique, se traduit désormais par islamophobie.( Il y a si peu de religion dans ce terme ; on pourrait , aussi bien , le remplacer par « crouillophobie » , « maghrébinophobie » , « nordafophobie » ou d’autres qualificatifs à forger sur ce modèle : notre histoire coloniale n’est pas avare en préfixes ).

De l’ « affaire »Ramadan.

Je ne connais pas Tarik Ramadan. On a dit de lui : « homme au double langage », « prêcheur des frères musulmans », « idole des salafistes » …

Rappelons d’abord aux uns et aux autres que les « Frères musulmans » et « les salafistes » sont deux entités politiques instrumentant l’islam dans leurs partitions respectives, antinomiques idéologiquement parlant : on est l’un ou on est l’autre, mais pas les deux à la fois !

Prêcheur ? Sans doute pour ancrer l’idée d’un homme de religion et vêtir ainsi Tarik Ramadan du costume du Tartuffe.

Tarik Ramadan est un islamologue, un anthropologue : ces qualifications ne confèrent pas le titre d’homme de religion. Par ailleurs, l’islam de France (lien) n’a pas de clergé et n’a encore mandaté (jusqu’à présent) personne pour parler en son nom (c’est du reste le nœud du problème !). Débateur intelligent et habile, l’homme a plus prospéré sur le terreau de l’autisme - désormais atavique- de notre société, de l’exclusion et de la ghettoïsation que sur son « double langage » qui reste à démontrer.

Pire. Quand bien même parviendrions–nous à démontrer ce « double langage », nous n’aurions guère progressé dans la résolution de nos problèmes : nous n’aurions fait, alors, que casser, en la personne de Tarik Ramadan, un thermomètre qui, malgré tout, donne la température de notre corps social. Pour ma part, je préfère que mes ennemis soient intelligents : ils savent jusqu’où ne pas aller trop loin.

À travers les âges, corne de brume salvatrice, la voix de Clémenceau nous rappelle : « On se plaint des déclamations qui affolent de faibles esprits, qui détraquent des volontés instables .Cela est fâcheux, sans doute, mais les déclamations n’entament le pauvre esprit humain qu’aiguisées d’une pointe de vérité .Si vous voulez qu’elles soient inoffensives, enlevez-leur ce pénétrant aiguillon ». Lien https://blogs.mediapart.fr/edition/lescarbille/article/250916/lecon-de-clemenceau-aux-febriles-dhier-et-daujourdhui

Ce n’est pas faute d’avoir recherché, mais je n’ai jamais trouvé en quoi Tarik Ramadan serait un homme au double langage. Aussi, je serais reconnaissant à ceux qui crient l’avoir épinglé de nous démontrer (raisonnablement) sa duplicité. Rappelons qu’un intellectuel se juge à ses écrits, à ses dires, à ses prises de position.

« Je suis de ceux qui attendent des éclaircissements de la justice », a affirmé Edgar Morin, concernant les plaintes pour viol visant l’islamologue. Quant à savoir si Tariq Ramadan jouait un double jeu, comme a pu l’affirmer Caroline Fourest dans Marianne, Edgar Morin http://www.lemonde.fr/societe/article/2017/11/12/edgar-morin-sur-tariq-ramadan-je-suis-contre-toute-humiliation-subie-par-qui-que-ce-soit_5213771_3224.html#rtIOLkYsGf6h12fh.99 a estimé que l’islamologue ne joue pas un « double jeu ». Voir texte complet sur le club de Mediapart lien https://blogs.mediapart.fr/belab/blog/221117/par-edgar-morin

« Quand on considère tous les extraits de tous ses papiers à différentes époques, moi, je pense qu’il a évolué. Le Tariq Ramadan qui est venu me trouver pour débattre avec lui est un Tariq Ramadan qui a exprimé oralement et par écrit son idée d’un islam européen acceptant la démocratie, la liberté des femmes et même l’apostasie, (c’est-à-dire l’abandon de sa propre religion) », a-t-il attesté.

Pour le reste, il y a plaintes. Le tribunal compétent jugera. Tarik Ramadan demeure justiciable, tout comme ses accusateurs du reste. Il bénéficie toujours de la présomption d’innocence. À ce propos, le Code de Procédure Pénale, article préliminaire, stipule : « Toute personne suspectée ou poursuivie est présumée innocente tant que sa culpabilité n'a pas été établie. Les atteintes à sa présomption d'innocence sont prévenues, réparées et réprimées dans les conditions prévues par la loi ».

De son côté, Tarik Ramadan porte plainte contre Mme Fourest pour subornation de témoins. Mme Fourest bénéficie également de la présomption d’innocence.

Pour ce qui est de la principale plaignante dans l’affaire Ramadan.

Cette femme déclare avoir été nuitamment dans la chambre d’hôtel de Tarik Ramadan qui l’aurait alors violée sauvagement. Si elle apporte des preuves concordantes à l’appui de ses dires, l’homme méritera alors le sort des Weinstein, Strauss-Kahn et les autres. Si elle ne peut pas, la parole de la dame valant celle du monsieur, sa plainte sera classée sans suite. Par contre, si la sagacité d’un juge d’instruction venait à conclure aux mensonges et à la calomnie, la dame devrait en répondre devant la loi.

Quoi qu’il en soit, la plainte comporte quelques invraisemblances. Immanquablement, le juge voudrait savoir si la dame était bien montée, de son plein gré, dans la chambre d’hôtel d’un homme seul. Et la dame a déjà déclaré qu’effectivement elle s’était rendue dans la chambre d’un homme seul et de nuit pour prendre un thé.

Le cérémonial du thé ou du dernier verre, même les vertueux juges de siège savent comment il se termine. Ils n’ignorent pas non plus que toute femme sait d’instinct que la nature a ainsi organisé les choses que ,tôt ou tard, à tourner autour du pot , l’homme finisse – comme un enfant obnubilé par la confiture- par trébucher et y donner avidement de la main , du groin, de la bouche , du pain de mie , de la ficelle ou de la baguette - selon le lot de chacun - et de s’insinuer toujours plus loin .

Faisons une pose dans la cinématique de l’hypocrisie. Une femme qui, dans ces conditions, quitterait la chambre en question, sa théière boudée, ne se sentirait-elle pas insultée ? Pire, Il en est même qui ne pardonnent jamais .J’ai le souvenir poignant d’un Pierre Perret, post soixante-huitard, pleurant des griefs justifiés d’une cruelle, tôt, un matin de post-bérézina (lui qui, la veille encore, claironnait, à qui voulait l’entendre, être sur le point de prendre la Bastille !) agrippant au passage les consommateurs du café de Flore, racontant inlassablement ses déboires .En effet , trahi par son fusil devant la barricade , il s’était trouvé en pleine ascension à faire la génuflexion . Quelle dérision que le sans culotte qui singe les aristos ! (Et Agnès Varda, en proie à un strabisme divergent sans doute, qui raconte, à qui veut l’entendre, l’histoire d’un sexe sempiternellement humilié !).

Plus sérieusement :la plaignante se disait salafiste au moment du viol présumé. Il se trouve qu’une musulmane – qu’elle soit pratiquante ou sécularisée - ne se laisse jamais coincer en tête à tête avec un homme : elle s’arrange toujours pour avoir au moins un témoin (ne serait-ce qu’un enfant).Quand un garçon , ignorant des us et coutumes , passe sans prévenir prendre le thé à la menthe chez une camarade marocaine , à la cité universitaire, qu’il ne s’étonne pas de la voir , dans la seconde qui suit, aller emprunter du sucre chez sa voisine , ni voir cette dernière , d’autorité , se joindre à leur réunion : la bonne réputation de cette musulmane est à ce prix.

Aussi, quand on vient me dire qu’une salafiste va chez un homme seul, dans une chambre d’hôtel, de nuit, automatiquement, je conclus qu’elle a décidé de sauter le pas. Certes, c’est son droit, mais c’est aussi de sa responsabilité.

Billet suivant dans l’escarbille de Médiapart (lien).

Bienvenue dans le Club de Mediapart

Tout·e abonné·e à Mediapart dispose d’un blog et peut exercer sa liberté d’expression dans le respect de notre charte de participation.

Les textes ne sont ni validés, ni modérés en amont de leur publication.

Voir notre charte

À la Une de Mediapart

Journal
Algériens sans papiers : la France ne peut plus les expulser mais continue de les enfermer
Dans un courriel confidentiel, le ministère de l’intérieur reconnaît l’impossibilité, à la suite des tensions diplomatiques entre Paris et Alger, d’éloigner les Algériennes et les Algériens sans papiers. Et pourtant : leur enfermement en centres de rétention se poursuit. Une situation « absurde » dénoncent associations et avocats.  
par Yasmine Sellami et Rémi Yang
Journal — Extrême droite
Révélations sur les grands donateurs de la campagne d’Éric Zemmour
Grâce à des documents internes de la campagne d’Éric Zemmour, Mediapart a pu identifier 35 de ses grands donateurs. Parmi eux, Chantal Bolloré, la sœur du milliardaire Vincent Bolloré, qui siège au conseil d’administration du groupe. Premier volet de notre série sur les soutiens du candidat.
par Sébastien Bourdon, Ariane Lavrilleux et Marine Turchi
Journal
La réplique implacable de Laurent Joly aux « falsifications » sur Vichy
En amont du procès en appel ce jeudi du candidat d’extrême droite pour contestation de crime contre l’humanité, l’historien Laurent Joly a publié un livre dévastateur. Il pointe ses mensonges sur le régime de Vichy, et analyse les raisons politiques de cette banalisation des crimes de l’époque.
par Fabien Escalona
Journal
Le parti républicain poursuit son offensive contre le système électoral
Un an après l’investiture de Joe Biden, le 20 janvier 2021, ses adversaires cherchent à faire pencher les prochaines élections en leur faveur en modifiant, avec une ingéniosité machiavélique, les rouages des scrutins. En ligne de mire, le vote de mi-mandat de novembre, grâce auquel une grande partie du Congrès sera renouvelée.
par Alexis Buisson

La sélection du Club

Billet de blog
Quoi de neuf ? Molière, insurpassable ! (1/2)
400e anniversaire de la naissance de Molière. La vie sociale est un jeu et il faut prendre le parti d’en rire. « Châtier les mœurs par le rire ». La comédie d’intrigue repose forcément sur le conflit entre la norme et l’aberration, la mesure et la démesure (pas de comique sans exagération), il reste problématique de lire une idéologie précise dans le rire du dramaturge le plus joué dans le monde.
par Ph. Pichon
Billet de blog
Molière et François Morel m’ont fait pleurer
En novembre 2012, François Morel et ses camarades de scène jouaient Le Bourgeois gentilhomme de Molière au théâtre Odyssud de Blagnac, près de Toulouse. Et j’ai pleuré – à chaudes larmes même.
par Alexandra Sippel
Billet de blog
Molière porte des oripeaux « arabes »
Le 15 janvier 2022, Molière aurait eu 400 ans. Ce grand auteur a conquis le monde, a été traduit et adapté partout. Molière n'est désormais plus français, dans les pays arabes, les auteurs de théâtre en ont fait leur "frère", il est joué partout. Une lecture
par Ahmed Chenikii
Billet de blog
On a mis Molière dans un atlas !
Un auteur de théâtre dans un atlas ? Certes, Molière est génial. Parce qu'il n'a laissé quasiment aucune correspondance, un trio éditorial imagine comment Jean-Baptiste Poquelin a enfanté "Molière" dans un atlas aussi génial que son objet. (Par Gilles Fumey)
par Géographies en mouvement