Internationale Sioniste et Histoire Juive. (2ième partie)

Démêlons davantage le nœud de vipères lové en notre sein. Observons comment l’exploitation des tourbières de l’Histoire alimente l’incendie qui consume nos cœurs et impacte nos vies et celles de nos enfants.

Article précedent :https://blogs.mediapart.fr/edition/lescarbille/article/161218/internationale-sioniste-et-histoire-juive-1iere-partie

Internationale Sioniste et Histoire Juive. (2ième partie)

Belab, l’Escarbille du club Mediapart [1], décembre 2018.

" Rien n'est vrai qui force à exclure ! » écrivait Albert Camus.

De l’antisémitisme

Le sujet est particulièrement délicat. Afin de fermer la porte au nez des immanquables divagations passionnelles, l’auteur laisse la parole à une immense dame, Hannah Arendt - qui fut elle-même victime de l’antisémitisme.

« Idéologie Laïque du 19ième siècle, qui n’apparaît sous ce nom qu’après les années 1870, bien que l’on connût ses arguments auparavant, l’antisémitisme n’est à l’évidence pas la même chose que la haine des juifs d’origine religieuse, inspirée quant à elle par l’hostilité réciproque entre deux croyances antagonistes (…) La montée de l’antisémitisme [ après la guerre de 1870 et la création du Reich Allemand] s’est accompagnée d’une réaction de rejet particulièrement violente à l’égard des juifs émancipés et assimilés (…) l’historiographie juive et non juive , le plus souvent pour des motifs opposés , a commis la même erreur d’isoler les éléments d’hostilité dans les sources juives et chrétiennes , et de mettre l’accent sur la série de catastrophes , d’expulsions, et de massacres qui ponctuent l’histoire juive(…) Naturellement , ce fut l’historiographie juive qui , animée par son instinct polémique et apologétique, entreprit de retracer , dans l’histoire chrétienne , la tradition de haine à l’égard des juifs , tandis que les antisémites , de leur côté, détectaient dans les sources juives émanant des anciennes autorités une tradition assez analogue du point de vue intellectuel (…) L’historiographie ‘’ s’est jusqu’à présent occupée bien davantage de la dissociation des chrétiens d’avec les juifs que du processus inverse ’’, masquant ainsi le fait autrement plus important que la dissociation des juifs d’avec les non juifs, et plus particulièrement d’avec les chrétiens, a pesé plus lourd dans l’histoire juive que l’inverse. La raison évidente en est que la préservation même du peuple juif, en tant qu’entité identifiable, dépendait de cette séparation voulue, et non pas, comme on l’a généralement cru, de l’hostilité des chrétiens et des non-juifs … ». [16] 

Les antisémites représentent les juifs « comme une organisation commerciale internationale, une famille ayant des ramifications dans le monde entier et des intérêts partout identiques, une force secrète embusquée à l’ombre des trônes, transformant les gouvernements en simples façades, ou encore en marionnettes dont les fils sont tirés en coulisse. En raison de leur étroite relation avec les sources du pouvoir étatique, les juifs furent constamment soupçonnés de travailler à la destruction de toutes les structures sociales » [17]  . « La première flambée d’antisémitisme eut lieu en Prusse immédiatement après la défaite devant les armées napoléoniennes, en 1807, lorsque les ‘’réformateurs’’ transformèrent la structure politique, ôtant à la noblesse ses privilèges et donnant à la classe moyenne la liberté de se développer(…) » [18]« Après le Congrès de Vienne (sept.1814 à juin 1815) [19] (…) la noblesse prussienne avait retrouvé beaucoup de son influence sur l’Etat (…) son antisémitisme fit aussitôt place à une discrimination discrète sans autre portée politique » [20]  « Une parfaite harmonie d’intérêts [s’établit] entre les juifs puissants et l’Etat. Les juifs riches voulaient dominer l’ensemble de la communauté juive et la tenir à l’écart de la société non juive : ils y parvinrent. L’Etat pouvait pratiquer une politique de bienveillance envers les juifs riches en même temps qu’une discrimination juridique dirigée contre l’intelligentsia et une ségrégation sociale renforcée, qui trouvait son expression dans la théorie conservatrice de l’essence chrétienne de l’Etat » [21] Mais les libéraux « ne comprenaient pas tout à fait pourquoi et comment le gouvernement jaloux de son indépendance à l’égard de la société, préservait et protégeait les juifs en tant que groupe séparé (…) ils inventèrent les nouvelles formules nationalistes « d’Etat dans l’Etat » et de « nation dans la nation » [22] 

De la même manière, Bismarck, chancelier et artisan du Reich allemand après 1871, qui avait « conservé d’étroites relations avec des juifs (…) [était accusé] de dépendre des juifs et d’être stipendié par eux » [23] 

Ironie du sort, donc ! C’est au moment où l’intégration des juifs allemands des milieux aisés devenait flagrante que l’antisémitisme se propagea comme un jappement d’hydrogène .Il prit à son compte la notion de « peuple juif », forgée par les assemblées rabbiniques, pour la retourner contre les juifs : vous voyez bien qu’ils ne veulent pas s’intégrer, ils cultivent le communautarisme.

Autant de griefs qu’Hitler a fini par rassembler, à côté des thèses racialistes « ariennes » et « nordiques » (un tissu « d’âneries », pour l’anthropologie !) dans le missel du nazisme : Mein Kampf.

L’antisémitisme traversa le Rhin à la faveur de l’affaire Dreyfus [24] (Cf. « l’Escarbille du club Mediapart ».

Du soi-disant « nouvel antisémitisme »

De même que le salafisme est un mouvement politique qui prend en otages les musulmans, le sionisme ambitionne de s’imposer à la diaspora juive en tournant la peur de l’antisémitisme à l’obsession.

Hannah Arendt [16] rappelait : « L’antisémitisme n’est à l’évidence pas la même chose que la haine des juifs d’origine religieuse, inspirée quant à elle par l’hostilité réciproque entre deux croyances antagonistes ».

La relation islam/judaïsme n’a pas eu à pâtir d’un conflit dogmatique comparable à celui qui a opposé, 2000 ans durant, le christianisme et le judaïsme.

Le chapitre de l’hostilité entre islam et judaïsme, vestige de la période Koraïch - avant l’hégire vers Médine donc - s’était refermé du vivant même de Mahomet, quand ce dernier avait bombardé juifs et chrétiens « gens du livre » : ceux qui, comme les musulmans, croient en un Dieu unique et au message d’Abraham relayé par la cohorte de prophètes communs. [25]

Mieux. Dans le verset 130 de la sourate 2, Al Bakkara, le coran stipule : « (…) nous croyons en Dieu et à qui a été envoyé d’en haut à nous, à Abraham et à Ismaël, à Isaac, à Jacob, aux douze tribus ; nous croyons aux livres qui ont été donnés à Moïse et à Jésus, aux livres accordés aux prophètes par le Seigneur ; nous ne mettons point de différence entre eux et nous nous abandonnons à Dieu ».

Tant pis pour les exégètes chafouins du CRIF et des SHAF [15], qui cultivent, à plein temps, la discorde sur le terreau de la peur amendé par le fumier de la haine, je demeure bon apôtre. Je vois plutôt dans ce verset comme une main tendue et beaucoup de tolérance.

Du reste, cette tolérance fut inscrite dans le marbre par les décrets du Khalife Omar et vérifiée dans la pratique, au bénéfice des chrétiens, des bahis et des juifs, aux âges terribles où les bûchers de l’Inquisition champignonnaient sous nos cieux. Longtemps après, Thomas d’Aquin l’honorait encore de ses louanges dithyrambiques.

Puis advint la loi Balfour, droit sortie des basses œuvres de la perfide Albion. Germe du martyr palestinien, elle installa l’injustice, le cynisme et l’irresponsabilité dans le long cours [11].

À l’évidence, l’hostilité envers le sionisme - une réaction politique banale que le CRIF baptise benoîtement « nouvel antisémitisme » - répond à des stimuli bien différents de ceux qui, classiquement, déclenchent l’antisémitisme ou l’antijudaïsme.

Ainsi que le précise Hannah Arendt, Les Origines Du Totalitarisme, sur l’antisémitisme, Calmann-Lévy, P.61 [26]: « On oublie souvent cette loi pourtant évidente : l’hostilité envers les juifs ne prend un sens politique que lorsqu’elle se combine avec un problème politique majeur, ou bien en cas de conflit entre les intérêts des juifs en tant que groupe et ceux d’une des classes importantes de la société ».

Pour ce qui concerne notre actualité ce « problème politique majeur » n’est autre que l’abcès suppurant de la colonisation de la Palestine. Quant au « conflit entre les intérêts des juifs en tant que groupe et ceux d’une des classes importantes de la société », nul besoin d’être un aigle des sciences politiques pour les découvrir dans cette dichotomie qui résulte de la concurrence mémorielle. Cette dernière exacerbe la sensibilité des juifs (travaillée insidieusement par les officines sionistes) et celle (travaillée parfois par des imams salafistes et par des gourous d’extrême-droite) des concitoyens maghrébins et noirs, descendants de colonisés et d’esclaves que leur parenté de destins pousse tout naturellement au soutien de la cause palestinienne. C’est là autant de choses qui forcent chacun à choisir son camp.

Quoi qu’il en soit, la concurrence mémorielle est une dynamique délétère qui nuit gravement à la République et empêche la cristallisation du sentiment de faire Nation selon la définition d’Ernest Renan.

Il incombe à nos gouvernants de dégager la France de cette ornière. La main sur notre Constitution, ils se doivent de veiller sur la loi du 09 décembre 1905 – dogme fondamental de notre laïcité- que des apprentis sorciers (qui se précipitent déjà) entreprennent de ‘‘charcuter’’. Cette loi fut une loi de réconciliation nationale ; elle le demeure.

À son corps défendant, depuis 1989 et l’affaire de Creil, la laïcité a été instrumentalisée dans des problématiques qui ne la concernent pas, ou si peu. Elle a servi de cache-sexe aux luttes particularistes des lobbies SHAF [15] et à celles des islamistes. Ces derniers sont a priori ennemis, mais, à bien y regarder, d’aucuns trouveraient qu’ils sont également compères : conscients du fait que l’hystérie médiatique profite aux deux, ils se sont fait la courte échelle dans l’escalade vers l’horreur que nous vivons.

À ce propos, Belab , citoyen responsable et justiciable, est prêt à démontrer, devant la Cour Constitutionnelle , les agissements coupables ayant porté gravement atteinte à notre citoyenneté, à notre laïcité et à notre paix civile, tels qu’il les a dénoncés dans ses courriers recommandés avec accusés de réception adressés aux présidents Hollande [27] et Macron [28].

Que cesse le saccage de l’innocence.

Bibliographie
[1] l’Escarbille du club Mediaparthttps://blogs.mediapart.fr/edition/lescarbille
[15] SHAFhttps://blogs.mediapart.fr/edition/lescarbille/article/170917/la-coalition-des-interets-particularistes-shaf-ou-l-aristocratie-du-moment
[16] Hannah Arendt, Les Origines Du Totalitarisme, sur l’antisémitisme, Calmann-Lévy, « points essais »n°360, P.7 à 13.
[17] Hannah Arendt idem n°360, P.61.
[18] Hannah Arendt n°360, P.63.
[19] le Congrès de Vienne s’est déroulé de sept. 1814 à juin 1815 : entre autres sujets, les pourparlers des vainqueurs de Napoléon Ier avaient porté sur le nouvel ordre européen terrestre et maritime, sur la réintroduction des avantages du traité de Westphalie dans l’actualité politique européenne, sur le statut des minorités transnationales...
[20] Hannah Arendt, Les Origines Du Totalitarisme, sur l’antisémitisme, Calmann-Lévy, « points essais »n°360, P.67.
[21] Hannah Arendt, idem n°360, P.69.
[22] Hannah Arendt, idem n°360, P.70.
[23] Hannah Arendt, idemn°360, P.72.
[24] l’affaire Dreyfus sur l’Escarbille
[25]. Ni les chrétiens, ni les juifs, ni les bahis n’ont été victimes, en terre d’islam, d’une intolérance comparable à celle subie par les juifs, les cathares, les bogomiles, les vaudois et les protestants, en Europe. Il avait fallu des siècles d’agressions en tous genres pour créer un Baïbars ; il a fallu l’apocalypse de la Doctrine Carter [29] mise en scène par le CENTCOM américain pour qu’éclose la fange vénéneuse de l’islamisme jusqu’au-boutiste, tel que nous le connaissons désormais.
[26] Hannah Arendt, Les Origines Du Totalitarisme, sur l’antisémitisme, Calmann-Lévy, P.61
[27] Lettre recommandée avec AR au Président Hollandehttps://blogs.mediapart.fr/edition/lescarbille/article/011016/lettre-ouverte-m-le-president-de-la-republique
[28] Lettre R AR au Président Macron https://blogs.mediapart.fr/edition/lescarbille/article/160118/ecole-et-manipulations-lettre-ouverte-m-le-president-de-la-republique
[29] Doctrine Carterhttps://blogs.mediapart.fr/edition/lescarbille/article/281216/moyen-orient-genese-du-chaos-et-si-y-regardait-de-plus-pres

 

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.