Internationale Sioniste et Histoire Juive. (1ière partie)

L'ingérence du salafisme et du sionisme dans le destin de nos compatriotes juifs et musulmans impacte notre vivre ensemble et notre citoyenneté. Nous avons déjà examiné le salafisme-wahhabisme ; examinons, dans le présent article , le pourquoi et le comment de la partition orchestrée par le sionisme.

Internationale Sioniste et Histoire Juive. (1ière partie)

Belab, l’Escarbille du club Mediapart [1], décembre 2018.

L'ingérence du salafisme et du sionisme dans le destin de nos compatriotes juifs et musulmans impacte notre vivre ensemble et notre citoyenneté. Nous avons déjà examiné le salafisme-wahhabisme [2] agissant à l’ombre du CENTCOM et de la doctrine Carter [3] ; examinons, dans le présent, le pourquoi et le comment de la partition orchestrée par le sionisme

Faisons de l’Albert Camus : appelons « un chat un chat ».

N’écrivait-il pas " Mal nommer les choses, c'est ajouter au malheur du monde " ?

Israël agit sur le théâtre international par le biais de deux canaux : la représentation diplomatique traditionnelle et l’internationale sioniste – dont le CRIF et l’AIPAC sont les membres les plus connus en France.

Le CRIF est cet organe actuellement dirigé par un ancien du Betar qui s’est autoproclamé le représentant des juifs de France, au grand dam de la plupart d’entre eux. Il se hausse du col et pose volontiers, pour la galerie, au primus inter pares de l’ambassade d’Israël, ce qui ,bien entendu, n’est qu’une imposture. Cf. Dominique Vidal [4] 

La diplomatie israélienne ferme les yeux, car le CRIF travaille, à plein temps, au développement du communautarisme juif et à son allégeance – affective du moins - à Israël. Mais, comme l’AIPAC et d’autres organisations du même genre, le CRIF est sioniste avant d’être juif et cultive une ambiguïté permanente consistant à ancrer dans les esprits l’égalité, aussi illégitime que machiavélique, « sionisme = judaïsme ».

Cette égalité spécieuse confond indûment une religion et un mouvement politique. Elle est lourde de conséquences : cette confusion recherchée, méticuleusement entretenue, avive la peur atavique juive et contribue à maintenir la diaspora sous les fourches caudines du sionisme.

Dénoncer la politique d’apartheid d’Israël devient, à travers ce prisme déformant, une équivalence logique « antisionisme <=> antisémitisme ». Dominique Vidal [5] Shlomo Sand [6] Danielle Sibony [7], Hanna Arendt, Bernard Lazare, tous d’extraction juive, ont montré et montrent que l’antisémitisme n’est ni l’antijudaïsme ni l’antisionisme.

Aujourd’hui, quiconque s’attaque au sionisme a l’assurance d’être qualifié en retour, aussi indûment que mécaniquement, d’antisémite. Et, même si le sionisme lui-même proclame, au mépris du droit des autochtones chrétiens, musulmans et druzes, « Israël Etat des juifs », que le quidam lambda n’aille surtout pas soutenir que tel ou tel méfait d’Israël est l’œuvre de juifs : il essuierait incontinent un procès d’intention et les foudres conjuguées du CRIF et de la LICRA. «Antisémitisme ! » est devenu l’estoc, et de taille, qui assomme les téméraires qui s’essayent à la critique de la politique sioniste israélienne.

Cette ambiguïté est une constante de l’après-1945. De Ben Gourion à Netanyahou, tous les gouvernements israéliens l’ont utilisée comme bras de levier pour arracher les juifs français à leur fidélité nationale, les amener à « l'alya » et les pousser à faire allégeance à Israël. Eh oui ! Il faut bien faire nombre, contrer la revanche des berceaux entreprise par les indigènes et pourvoir les rangs de Tsahal en chair à canon.

Le fonds de commerce sioniste

Bien que laïque, le sionisme exploite la thora. Mais il se garde bien de suivre ses enseignements et d’en remonter le fil. Et pour cause ! Bon nombre de ses brebis pourraient se réveiller et se convaincre de la « vérité biblique » : découvrir que le frère n’est autre que celui que le sionisme désigne comme ennemi.

Le « peuple hébreu » était un peuple nomade qui avait erré à travers le Moyen-Orient. Parti de Harran avec Abraham, on le retrouva en Egypte puis dans le Néguev, puis à Canaan. Loth, un autre migrant, poussa, lui, jusqu’à Sodome. Après que Loth se fut séparé d’Abraham, l’éternel aurait dit à ce dernier « lève donc les yeux (…) tout le pays que tu vois, je te le donne ainsi qu’à ta descendance » [8] genèse ch.13, ver.14.

Pour aller jusqu’au bout du bout de la question – et ce faisant respecter l’expression du sceau de l’acte de propriété cosigné par l’Eternel lui-même - un bon juif, collant aux préceptes de la Thora, devrait conclure en toute logique que le pays a « contractuellement » été donné par Dieu à la descendance d’Abraham, donc aux arabes de Palestine, héritiers d’Ismaël aussi, et non pas aux seuls juifs héritiers d’Isaac comme le sionisme entend l’imposer. À preuve, les arabes palestiniens, eux aussi, sont circoncis et portent de ce fait « le signe de l’alliance » [9] genèse ch.17 ver.10 et 11.

Par ailleurs, à en croire Shlomo Sand, les arabes palestiniens avaient été juifs avant de se convertir au christianisme puis à l’Islam [10]. D’évidence, si « peuple juif » il y a, les juifs d’hier et les juifs d’aujourd’hui portent donc bien des gênes en commun, en plus de l’ablation du prépuce.

Trop compliqué ? Ça donne mal à la tête ? « Pas seulement à la tête ! On en a plein le dos » s’insurgent les Palestiniens dont le seuil liminaire de la douleur est particulièrement élevé pourtant.

À la faveur d’une imposture, inouïe de cynisme, le sionisme accapare indûment le rôle de rassembleur du « peuple juif » dévolu depuis des millénaires aux assemblées rabbiniques. Pour faire d’Israël le centre gravitationnel de la pensée de chaque membre de la diaspora, il distille, par le biais de ses antennes, une insécurité permanente en dramatisant outrancièrement le moindre fait divers concernant, de près ou de loin, un juif. Toutes les occasions sont bonnes, même s’il faut mentir comme « un arracheur de dents » pour les rendre crédibles ; quitte même à absoudre Hitler de ses méfaits, si cela est utile aux intérêts du moment [11].

« Nul besoin d’être grand clerc pour comprendre que le but de la manœuvre est d’empêcher - aux yeux des juifs d’abord - que l’image du Palestinien errant d’aujourd’hui, spolié, méprisé, brimé, humilié, ne se confonde avec celle du Juif errant d’hier. Il faut enfoncer un coin définitif entre ces deux malheurs et rendre la réconciliation du Palestinien et du Juif impossible, c’est- à-dire asseoir l’apartheid pour les siècles des siècles ». [11] 

« Tribune juive » est au CRIF ce que « l’Humanité » est au parti communiste. Elle écrivait à propos des migrants syriens, hommes, femmes et enfants fuyant la guerre, ces derniers mois [12] : « Qui pense vraiment que ces peuples vont « s’intégrer », travailler et s’adapter à nos mœurs et à notre civilisation ? »« Qui pense vraiment que ces sauvages qui se sont déjà rendus coupables d’actes de barbarie, de prises d’assaut, de franchissement illégal de frontières et qui sont prêts à tout, même à tuer, vont se transformer en agneaux et respecter les lois et les droits ? »

Constatons que cette diarrhée verbale n’a rien à envier à celle rapportée par Renée Poznanski [13]  : « ces centaines de mille Ashkénazis , échappés des ghettos polonais ou roumains ( …)entassés par dizaines dans des chambres , échappent à toute investigation du recensement du fisc et du travail (…)horde (…) que sa constitution physique précaire et anormale [amène] par milliers dans nos hôpitaux qu’elle encombre (…) race primitive [qui corrompt] la race française etc… »

Quel déshonneur ! Pour crucifier l’humanité de ces processionnaires transcontinentaux, des sionistes sans vergogne, tout à leur haine du musulman - masque obligé de leur haine de l’arabe palestinien coupable d’être toujours là, malgré tout – puisent sans vergogne dans le lexique du nazisme et de ses suppôts. Ils font mine d’oublier que ces mêmes mots avaient agoni leurs ancêtres juifs fuyant en masse les persécutions de l’Europe de l’Est et de l’Allemagne durant les années 30.

Définitivement non ! Le malheur au malheur ressemble, il ne saurait en être autrement.

Ce type de discours est loin d’être par hasard dans cette Tribune sioniste, il est le comburant idoine qui embrase durablement les cœurs et excite la concurrence mémorielle si utile à l’entretien de la peur atavique juive.

Cette instrumentalisation insistante du sentiment d’insécurité de la communauté juive suscite inquiétude et agacement chez les officiels français. Mais plutôt que d’entreprendre de purger l’abcès de notre histoire commune comme les Allemands l’ont fait [14], nos officiels – pour qui pourtant la tâche eût pu être autrement plus facile que pour leurs homologues d’Outre-Rhin- se contentent de remuer la vase du passé pour empêcher la lecture du présent. Pire, ils se sentent obligés, de crainte d’être distancés, de s’associer à cette salissante et bien dangereuse alchimie au terme de laquelle précipitent immuablement les mêmes boucs émissaires sous une appellation ou une autre : l’Histoire, avare de sagesse, est généreuse de synonymes.

À sa manière, l’extrême-droite au cri lancinant « immigration, immigration, immigration… », figure désormais une corne de brume ; elle oriente les hommes et femmes de la quasi-totalité du spectre politique français, perdus sans boussole, naufrageurs de la République et d’eux-mêmes. En panne de tout, ils courent toutes les soupes, caressent l’Arabie Saoudite ici, cajolent le sionisme là, contentent partout les communicants des groupes d’intérêts particularistes SHAF [15]. Le spectacle qu’ils donnent chaque année, au gala du CRIF, ressemble par bien des côtés à celui des aréopages de béni-oui-oui d’autrefois venant recevoir « l’aman » d’un Bugeaud ou d’un Lyautey.

Dans le contexte de concurrence mémorielle que nous connaissons, la monstration de cette allégeance ostentatoire alimente inutilement le ressentiment des déclassés et en particulier celui des victimes du matraquage médiatique laïciste, déjà trentenaire.
D’évidence, sionisme israélien et salafisme de l’Arabie Saoudite sont, pour le moins, de faux amis, dont l’ingérence se révèle catastrophique pour la France.

Suite et fin de l'article : https://blogs.mediapart.fr/edition/lescarbille/article/161218/internationale-sioniste-et-histoire-juive-2ieme-partie

Bibliographie

[1] l’Escarbille du club Mediapart:https://blogs.mediapart.fr/edition/lescarbille
[2] salafisme-wahhabismehttps://blogs.mediapart.fr/edition/lescarbille/article/130617/b-4-le-salafisme-wahhabite
[3] doctrine Carter [3] https://blogs.mediapart.fr/belab/blog/241217/les-lobbies-shaf-et-le-desordre-mondial-ne-de-la-doctrine-carter
[4] Dominique Vidal https://blogs.mediapart.fr/dominique-vidal/blog/120618/antisemitisme-et-antisionisme-deux-enquetes-en-forme-de-dementi-cinglant
[5] Dominique Vidal, Antisionisme=Antisémitisme ?,Libertalia
[6] Shlomo Sand Comment le peuple Juif fut inventé , 2008 ,Fayard
[7] Danielle Sibony:https://blogs.mediapart.fr/belab/blog/261118/le-complexe-de-massada
[8] Pentateuque, genèse ch.13, ver.14. .
[9] Pentateuque, genèse ch.17 ver.10 et 11.
[10] Shlomo Sand Comment le peuple Juif fut inventé , 2008 ,Fayard
[11] https://blogs.mediapart.fr/edition/lescarbille/article/011218/de-la-falsification-de-l-histoire-palestino-israelienne
[12] Tribune Juive http://www.tribunejuive.info/international/entre-nous-qui-pense-vraiment-personne.
[13] Renée Poznanski https://blogs.mediapart.fr/edition/lescarbille/article/121016/zemmour-et-finkielkraut-tristes-oublieux-3
[14] https://blogs.mediapart.fr/edition/lescarbille/article/081117/finkielkraut-une-boucle-de-logique-episode-4
[15] https://blogs.mediapart.fr/edition/lescarbille/article/170917/la-coalition-des-interets-particularistes-shaf-ou-l-aristocratie-du-moment

 

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