L'Hebdo du Club #69: marche ou crève !

Alors que la situation économique se dégrade dangereusement pour les plus fragiles, les musulmans servent de boucs émissaires à un pouvoir entêté dans sa politique ultra-libérale. Pour la première fois, le 10 novembre, (une partie de) la gauche marchera ensemble à Paris pour dire stop à cette islamophobie dont le seul but est de diviser la société.

Pour cette Hebdo 69, loin de l’année érotique, nous voilà plongé dans le thanatos de l’époque : le défoulement sur les plus faibles. Les femmes voilées, les handicapés, les intérimaires, etc., bref tous ceux considérés comme les surnuméraires indésirables d'un système basé sur la prédation au profit des premiers de cordée, des biens-nés, de la bonne couleur, qui du dessus veulent que la machine tourne toujours plus vite. 

J’entends déjà certains dirent, mais voyons, arrêter d’exagérer, c’est vous qui voyez tout en noir ! A ceux-là je réponds simplement que cet Hebdo se base, non pas sur les contributions que j’aurais trouvé pour x raisons intéressantes (l’actualité, l’écriture, l’originalité…) mais sur la sélection des 10 billets les plus recommandés et commentés de la semaine. Il y a un moment où il faut accepter d’entendre la petite musique de l’époque, même si elle est fort désagréable. Le sol se dérobe sous nos pieds...

Silence, on écrase

Et pour certains sous leurs roues !, l'article 28 du PLFSS 2020 ayant décidé d’économiser 40 millions d'euros sur le dos des personnes à mobilité réduite. « Macron l’avait promis, le handicap allait être une priorité du quinquennat. Il n’a pas menti. Les personnes handicapées (et les pauvres plus généralement) ont été sa priorité : précariser de plus en plus, régresser en matière de droits et contraindre à la charité, en prenant bien soin de distinguer parmi cette foule de mendiants les bons et les mauvais, tout comme au moyen-âge. » 

C’est Elena Chamorro, elle-même handicapée (mais - encore - protégée par son statut de fonctionnaire), qui nous a alerté avec un billet écrit avec la colère de ceux qui voient de près ce que le cynisme veut dire. « Pour les mauvais handicapés, ceux qui ne sont pas productifs, il restera les cagnottes sur les réseaux sociaux, peut-être qu'on  lancera même un Téléthon du fauteuil ! »

mendiants

La brutalité sociale, on peut la voir au cinéma avec Ken Loach. Jusqu’à la nausée, pour certains : « À la fin de Sorry we missed You, écrit AmbrymO7 dans Ken Loach m’a tuer, je reste pétrifié, comme posé sur un toboggan sans points d'arrêt plongeant dans l'abîme. Ken Loach ne m'a pas montré, cette fois-ci, la porte dérobée, pas fait sentir le courant d'air frais qui guide vers la sortie de la grotte. Il n'a pas cherché à me dire que cette fois encore il y avait des solutions, qu'on a toujours le choix. Il ne dit rien, et ce rien dit tout. Le film se termine par un écran noir, et ça se passe de commentaires. »

Mais cette brutalité on peut la voir aussi s'abattre sur son voisin le plus proche. Eric Louis 69, un intérimaire de chez Manpower qui ne voudrait pas mourir au travail, nous raconte sa journée du 21 octobre, après 7 semaines de contrat : « il est presque 11 heures lorsque je rassemble mes quelques affaires pour quitter l’usine. Ma situation vient de s’éclaircir. Il est vrai qu’elle était quelque peu confuse depuis mon embauche, à 8 heures… » Dans ce billet, joliment intitulé « la position du missionné », outre le récit détaillé sur la façon inhumaine dont la fin de son contrat lui a été annoncée, il nous fait part de ce qu’il a pu voir de «l’(in)organisation» pleine de « légèreté » de l’usine AGRI CPS, et de son impact sur l’intégrité physique des salariés. La vue troublée par des projections, des côtés déplacées, une main coupée, une entorse, un crâne ouvert… Et de conclure par une interrogation : « La vie d’un chef d’entreprise est désormais remplie de préoccupations environnementales. Et des contraintes financières qui en découlent. Peut-on blâmer un employeur de préférer verser des primes à ses employés, plutôt que de payer pour le retraitement des tôles en fibrociment amianté qu’il démonte du toit de son usine ? »

Resituer les faits, les tenants et les aboutissants, c’est aussi l’intention de la contribution en mode coup de gueule de Voces-olego.yvan32, outré par le malentendu entretenu dans les médias sur le paiement des jours de grève à la SNCF.

« Qu'elle soit déclarée par préavis ou " sauvage", une grève est toujours assumée par les personnels, qu'ils soient roulants (conducteurs, contrôleurs) ou sédentaires (tous les autres). Et les conditions de rémunération, selon les métiers, sont très différentes. MAIS les retenues pour fait de grève sont bien là sur votre bulletin de salaire. » Un rappel d’autant plus nécessaire que le discours sur les privilèges des fonctionnaires et des statuts spéciaux tournent en boucle pour justifier leur disparition, comme le note très justement Le moine copiste dans le fil de commentaire. Le projet ultra-libéral, pour ceux qui ne l’auraient pas compris étant «  un statut égal nivelé au plus bas au nom de l’égalité et de la démocratie ».

https://blogs.mediapart.fr/fred-sochard/blog/311019/les-valeurs-actuelles-de-macron https://blogs.mediapart.fr/fred-sochard/blog/311019/les-valeurs-actuelles-de-macron

Les fachos sont dans la place

La casse, hélas n’est pas que sociale, elle passe aussi par le meurtre. Dans « L’extrême droite tue » Le Cartographe Encarté nous donne le triste bilan des attentats commis depuis le début des années 1990, en se basant sur une page Wikipedia dédiée à ce thème. Norvège, Suède, Royaume-Uni, Belgique, France… A ce propos, Morvan56 apporte un rectificatif fort judicieux, dans le fil de commentaires, en citant un article paru dans l'Huma de Grégory Marin « Du FN au RN, l’histoire sanglante des militants d’extrême droite » où l’on peut constater que les meurtres commis par des lepénistes en France (rarement reconnus comme des attentats !) sont bien plus importants que ceux comptabilisés dans cette page Wikipedia. 

Mal nommer les objets, jugeait Camus, c’est ajouter au malheur du monde. Mais ne pas les nommer du tout, c’est sans aucun doute encore pire. Dans un billet sur le livre de l’historienne Annie Lacroix-Riz, « La non-épuration », Vingtras, un de nos blogueurs historiques du Club nous révèle « pourquoi notre société reste encore intoxiquée par le syndrome de Vichy, quelque soixante-quinze ans après la Libération... » La raison est simple : le récit officiel nous a raconté des bobards, après la seconde guerre les collabos et autres vichystes sont restés dans l’appareil d’Etat ! « Papon, contrairement à l'image qui règne en France, ne fut pas l'exception, mais la règle. »

La recherche de pureté, d’unicité, et son pendant, la stigmatisation, le rejet et l’exclusion de tout ce qui sort du rang, nous y revoilà encore et encore. C’est aussi ce mécanisme que Paul Machto pointe du doigt dans « Si par hasard tu croises un psychanalyste… fripon fais gaffe ! »

Il y parle d’une « drôle de pétition » accusant la psychanalyse, d'exercice illégal de la médecine et appelant à « bouter cette sorcière » hors des universités et des tribunaux. Un hasard ? Sûrement pas d’après notre blogueur qui anime depuis longtemps l’édition participative Les contes de la folie ordinaire. « Faudrait-il rappeler dans quels contextes politiques la psychanalyse a été violemment attaquée et interdite ? Ce fut d’abord au moment de la proclamation de la pureté de la race aryenne, la psychanalyse étant dénoncée en tant que « science juive », et ses livres brûlés dans les autodafés. Mais aussi, elle fut attaquée et dénoncée par le stalinisme et toutes les dictatures d’Amérique latine. Il est révoltant de voir que ce sont les haines, les rejets, les ségrégations, les anathèmes qui ruissellent… Ce ne sont pas les richesses des « premiers de cordée » ! »

Pas en notre nom !

Pour finir cet Hebdo, nous ne pouvons faire l’impasse sur l’éléphant au milieu de la pièce qui obnubile tant les médias que nos commentateurs : les femmes voilées ! Nous ne reviendrons pas sur l’actualité, Mediapart a écrit ici, ici et sur le sujet. En revanche, nous vous invitons à lire l’interview intitulée « le voile a changé de signification » de la sociologue et directrice d’études à l’EHESS, Nilüfer Göle, parue dans le Monde. Elle y donne une clé d’explication précieuse sur le débat qui semble maintenant sans fin entre ceux qui veulent donner "un sens" au voile. Alors que « les recherches montrent qu’aujourd’hui, le voile relève de plus en plus d’une décision très personnelle. (…) C’est ce qu’on a beaucoup de mal à comprendre. La société majoritaire voit dans ce signe d’affirmation une forme d’agressivité. Elle voit dans la femme musulmane ou bien la porteuse de cette agressivité, ou bien une victime de son entourage masculin. On ne voit pas la personne, la trajectoire de vie de ces jeunes femmes. On les déshumanise, on ne les voit que comme des symboles. »

Côté Club, deux tribunes publiées cette semaine ont focalisé l'attention. Celle lancée par un large collectif d’enseignants, de l’école primaire à l’université, Le monde éducatif dit «Non à l'islamophobie», au lendemain du vote du Sénat pour l’interdiction des mères accompagnatrices voilées, qui appelle leurs collègues et l'ensemble de la société à « entrer en résistance » en manifestant leur refus du racisme, de l'islamophobie et de toute forme de discrimination.

Eux aussi, disent-ils, ne sont pas dupes : « comme toujours, dénoncent-ils, en temps de crise économique et sociale, les pratiques religieuses d'une partie de la société sont utilisées à des fins politiciennes pour faire diversion. Au moment même où l'action du Ministre Blanquer est fortement remise en question et où le gouvernement prépare une réforme des retraites très contestée, l'obsession islamophobe est de retour. »

Trop c’est trop, la ficelle est trop grosse. Marche du 10 novembre à Paris: nous dirons STOP à l’islamophobie ! Même les personnalités de gauche (Jean-Luc Mélenchon, Yannick Jadot…, mais pas de socialistes ! ni de partis politiques) disent STOP à l’islamophobie malgré les remous dans leur rang, du fait que l'appel ait été lancé (entre autres) par le CCIF.  

« Il en va des libertés fondamentales de tous. Il en va de la dignité et de l’intégrité de millions de concitoyens. Il en va de notre unité à tous, contre le racisme sous toutes ses formes qui, aujourd’hui, menace une nouvelle fois la France. »

Les organisateurs espèrent se faire « dépasser par la foule » dimanche prochain à Paris. Reste à savoir si les polémiques n'auront pas emportés d'ici là ce rendez-vous de la gauche avec les banlieues... 

Bienvenue aux nouvelles contributrices !

« Chili: la communauté universitaire mobilisée face aux violations des droits humains et pour la démocratie »

Rédigé depuis Santiago, où se déploie une mobilisation considérable dans laquelle ses collègues universitaires sont impliqués, l'universitaire Joëlle Le Marec nous fait part d'un « appel signé par plus de 400 universitaires, chercheurs et enseignants chercheurs, personnels administratifs et techniques, doctorants et étudiants, ainsi que par des enseignants du secondaire et du primaire ».

Bienvenue aussi à la photographe Margot L’hermite pour son billet intitulé « Identité·s »

« Depuis l’ouverture en fanfare du délire identitaire, rhétorique de guerre civile, rejets en miroir ; on ne sait que s'opposer. Je tente de déconstruire, avec l'angle restreint de l'immigration en interrogeant l'identité, source du déferlement de haine (et de panique de l'altérité), dont on a été incapable de se départir. Pour reconstruire à partir du réel, conditionner un souffle, on étouffe. »

  

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