Hebdo du Club #55: et maintenant, on fait quoi ?

Le 1er mai, quelque chose s’est brisé. Après la répression massive des manifestations, suivi du mensonge de Castaner et consorts sur la Pitié-Salpétrière, les masques sont définitivement tombés. Pour une masse critique de personne désormais, l’heure est venue de passer à l’action. Mais que faire ? Appel à la démission de Castaner, à l’abstention, à la désobéissance, à la grève générale, ou à se regrouper dans les cabanes… Petit tour des propositions qui s’élèvent du Club.

Depuis le début du mouvement des «gilets jaunes», en novembre dernier, la répression est présente. Le recensement des violences policières Allô place Beauvau? C'est pour un bilan (provisoire) du journaliste David Dufresne est là pour le prouver.

Depuis le début de ce mouvement inédit (par sa forme d'organisation et sa durée...) mais dont les aspirations - à plus de justice sociale, à l’équité fiscale, à une société plus humaine et plus démocratique - sont vieilles comme la révolution, il y a le sentiment d'être face à un pouvoir qui n'écoute pas, profondément cynique et indifférent à la souffrance humaine.

Depuis le début du mouvement, les autorités mentent. Allô place Beauvau? est ponctué de ses mensonges. La compilation des bobards d'Emmanuel Macron (roi des fakes news) et de ses proches réalisée par Mickael Hajdenberg et la rédaction de Mediapart permet d'en avoir le coeur net.

Tous les ingrédients étaient donc là, rien de nouveau, mais à lire le Club, c'est évident, quelque chose s'est brisé le 1er mai. Dans le fond, l'élément nouveau, c'est peut-être pas une chose en plus, mais une chose en moins : il n'y a plus l'ombre d'un doute. Notre-Dame a brûlé et l'argent s'est mis à couler soudainement à flot. Tout juste après, la messe du « grand débat » a été dite et les mots tant attendus (retour de l'ISF, instauration du RIC...) n'ont pas été prononcés. Puis le 1er mai est venu et la répression et le mensonge se sont de nouveau déployés. Mais là, les contre-enquête citoyenne et journalistique n'ont pas tardé à mettre à bas la fake news politique. Christophe Castaner a pour une fois dû rétropédaler...

L'heure n'étant plus au désenchantement, et à la mélancolie qui va avec, les contributeurs se sont mis illico à chercher des voies de sortie de cette funeste ornière. Attaquer le bastion d'en face, réclamer notre dû démocratique, soutenir une partie des forces de l'ordre, appeler à l'abstention massive, construire des cabanes... Retour sur quelques propositions.

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Attaquer 

Partant d'un constat simple, « nous sommes dans une situation de violence faite aux droits et aux personnes sans précédent depuis Mai 1968 ». Paul Allies, le président de la Convention pour la 6° République et grand ami de Mediapart, a publié le 3 mai, un appel à la démission de Castaner, en prenant au mot Emmanuel Macron, qui lors de sa conférence de presse du 25 avril dernier disait vouloir rééquilibrer démocratiquement les pouvoirs de l’Etat.  

« L’accumulation des atteintes aux libertés fondamentales depuis le début de ce quinquennat s’est précipitée dans la faute lourde du ministre de l’Intérieur ce 1° Mai. Se pose la question de sa démission. Elle paraît même comme un acte nécessaire et préalable de la révision institutionnelle voulue par le président de la République. »

Une proposition soutenue également par Myriam Martin, conseillère régionale Occitanie de la France insoumise dans un billet du 4 mai intitulé « Pourquoi Christophe Castaner doit démissionner »

Plébiscités, les deux billets ont largement été recommandés et commentés. Mais les commentateurs ont globalement signifié qu'ils attendaient mieux que le départ du ministre de l'intérieur...

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 Et sous le billet de Myriam Martin, Lancêtre explique pourquoi il dit à la fois « oui et non » à la démission de Castaner.

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Réclamer

« Puisque vous êtes encore là, Mesdames et Messieurs les « représentants du peuple », je voudrais vous demander un service. Un dernier. » a justement réclamé Zazaz, dans un billet plein d'esprit. « J’ai écrit plusieurs fois au président ces dernières semaines sans jamais obtenir de réponse. C’est pourquoi je m’adresse à vous, en dernier recours. Élus aux assemblées, dans les communes, départements, régions, et élus syndicaux, faites quelque chose pour rendre raison à M. Macron. »

Elle rappelle ainsi aux élus leur devoir de représenter le peuple et de porter son message :

« Imaginez si vous aviez su convaincre de l’urgence de la situation des plus démunis. Si vous n’aviez pas voté les lois avantageant les plus riches en étranglant un peu plus les autres. Si vous n’aviez pas voté les lois de restriction des libertés. Si vous aviez partagé le budget plutôt que de diviser les Français. Si vous n’aviez pas couvert les bavures des agents du président et les violences de la police, alors que les preuves vous accablent d’indulgence envers l’inacceptable. »

Les réactions des commentateurs sont en revanche sans espoir, largement convaincus que « le bureau des réclamations est fermé depuis mai 2017 » comme le résume Annie Madarasz-Bauchet. Et que nous n'avons plus que du vide face à nous.

Michel-Lyon : 

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Diviser 

En l'absence d'interlocuteur, certains ont décidé de choisir la gendarmerie !

Coolcmoi, un contributeur « journaliste indépendant et gilet jaune » nous a livré un billet original empli d'espoir. En mode khawa-khawa, comme à Alger, avec une partie des forces de l'ordre.

« Le 4 mai, pour l'acte 25 des Gilets Jaunes, aucun incident n'a été recensé. Pas un coup échangé du côté des manifestants, comme de celui des forces de l'ordre. Pas de projectile, ni de tir de gaz lacrymogène. Les Gilets jaunes ne seraient-ils subitement plus une "foule haineuse"? Ou le choix de la seule gendarmerie au détriment de la police pour encadrer les manifestants en serait-il à l'origine ? »

Dans le fil de commentaire, Georgia Pouliquen, une abonnée de Mediapart, à l'origine d'une pétition de soutien au colonel de la gendarmerie Di Meo « attaqué par les syndicats policiers pour avoir dit la vérité sur les violences policières dans le documentaire de BFM du 8 avril : Police, au cœur du chaos. » a publié la vidéo (plus de 26 000 vues) qu'elle a faite à partir du billet de Coolcmoi. Elle y appelle à soutenir les gendarmes  : « dites-leur que notre police c’est eux » !

Fille de gendarme, et elle-même ancienne réserviste, elle explique dans la vidéo être convaincue que « tout ça, c’est un espoir. Il faut s’accrocher à ça. S’il y a un moyen de diviser la police et la gendarmerie et de montrer qu’ils sont beaucoup plus sérieux, beaucoup plus solides dans la légalité. Même s’il y a des brebis galeuses, je ne suis pas en train de faire de l’angélisme… »

Alors si une grande partie des commentateurs considèrent aussi que les gendarmes se comportent mieux que les autres, « les bacqueux (de vrais chiens enragés), les Voltigeurs et les BRAV, sans parler des CRS... » dixit Marie-Nejma, ils ne sont pas pour autant prêts à chanter leurs louanges.

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S’abstenir

Dégoûtés par les politiques, et l'idée même de démocratie représentative, un certain nombre de contributeurs assument désormais pleinement l'abstention, quitte à laisser choisir ceux qui voteront. Le billet de Jeanne Deaux est à cet égard plus qu'explicite : « comment dire "non" aux européennes ».

Elle s'explique ainsi : « Le « vote contre » ? Un « non » qui dit non à moitié ? Un « non » qui se déploie dans les vieilles outres de la représentativité, de l'isoloir et de la délégation ? Le « non » de l'opposition qui reste, parce qu'elle est « opposition », assujettie à son opposant, qui règle le jeu, les mises et la partie ? Quel « non » est-ce là, que ce non qui dit « oui » à moitié, au quart, au dixième ? Est-ce le genre de « non » qui peut porter l'avenir, les flammes et le brasier dont nous avons besoin ? » 

...

« Mais que faire alors ? » est la question qu'ouvre immédiatement cette perspective. C'est d'ailleurs son mérite le plus excellent - tout commence avec ce « que faire ? », et tout doit s'inventer en partant de là. Mais on peut commencer, très simplement, par battre le pavé. C'est du bitume, des rencontre, du nombre et des clameurs que s'esquisse le plus le « oui » de demain. »

A la lecture des 133 commentaires, la proposition ne semble pas cependant recevoir un large écho :

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S'auto-organiser 

En fin de semaine dernière, deux propositions appelant à la (re)mobilisation ont fait grand bruit. Il y a eu celle « d'un large collectif d'universitaires et de la membres de la société civile » qui exigeait outre la démission de Castaner, « l'ouverture d’une commission d’enquête indépendante afin de faire la lumière sur les dérives des vrais responsables de sorte qu’ils soient traduits en justice. »

Et la rediffusion de la tribune « Nous ne sommes pas dupes » publiée dans Libération par le collectif Yellow Submarine.

« Nous appelons à écrire une nouvelle histoire. Nous écrivain.ne.s, musicien.ne.s, réalisateur.rice.s, éditeur.rice.s, sculpteur.rice.s, photographes, technicien.ne.s du son et de l’image, scénaristes, chorégraphes, dessinateur.rice.s, peintres, circassien.ne.s, comédien.ne.s, producteur.rice.s, danseur.se.s, créateur.rice.s en tous genres, sommes révolté.e.s par la répression, la manipulation et l’irresponsabilité de ce gouvernement à un moment si charnière de notre histoire. Utilisons notre pouvoir, celui des mots, de la parole, de la musique, de l’image, de la pensée, de l’art, pour inventer un nouveau récit et soutenir celles et ceux qui luttent dans la rue et sur les ronds-points depuis des mois. »

Quelques jours plus tard, une réponse propre au Club de Samizdat « Artistes: nous n'en sommes plus là ! » éclaire bien les réactions suscitées par cette sortie Yellow Submarine.

« Cela est louable. Mais tellement insuffisant face à l’urgence et la gravité de la situation. Si la dérive totalitaire vous inquiète, il vous faut entrer en résistance. » Voilà ses pistes :

« Venez sur les actions, pour nous rencontrer et pour lutter à nos côtés (manif, blocage, banquet, occupation de ronds-points…) ; Mettez le gilet jaune lors d’une de vos représentations (par exemple à la fin d’une pièce de théâtre ou d’un concert). Ou même sur les plateaux TV où vous êtes invités ; Publiez votre soutien au mouvement sur vos propres réseaux sociaux ; Participez en donnant aux caisses de grèves ou de soutien ; Initiez des grèves dans le secteur de la culture (théâtre, musique, audiovisuel, cinéma…) ; Tentez de bloquer, ou au moins de perturber, des festivals (Cannes, Avignon…) ; Organisez des soirées de soutien aux GJ (concerts, spectacles…) »

Radical le Club ? Peut-être. Exaspéré par l'absence de perspective politique désirable, sans aucun doute.

Pour ne pas désespérer Billancourt, finissons cet Hebdo par cet espoir poetico-politique, qui tente de se frayer un chemin : « Pour un printemps des cabanes » 

« Par endroits se dessinent des tentatives de coopération entre différentes fractions des mouvements mobilisés aujourd'hui autour des fronts écologiques et sociaux. Nous esquissons ici le sens possible de ces rapprochements: l'imaginaire des cabanes pourrait servir de creuset de l'invention des mondes nouveaux que nous voudrions opposer à un "système" destructeur. » 

Dans le fil, JLMFI propose une stratégie potager. Un bon début. N'est-ce pas ?

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