Hebdo du Club #47: un besoin de vérités!

Antisémitisme et antisionisme, enquête sur les bébés sans bras, chiffrage des gilets jaunes de Lyon, l'armée française dans le génocide tutsi, répression en Haïti, etc. L'hebdo du Club #47 met en exergue les billets en quête de vérité.

Le leitmotiv de cette semaine dans le Club peut se résumer à un mot, simple, brûlant et souvent incommodant : vérité ! A l’heure des fake news, de la post-vérité, des contrefaçons et autres manipulations éhontées, les contributeurs de notre auguste agora et leurs lecteurs (qui va bien au-delà des abonnés de Mediapart étant donné que les billets du Club sont en accès libre) se sont évertués et parfois même époumonés à remettre au centre du débat démocratique un ingrédient essentiel : le rappel (et quand ce n’est pas possible, la recherche) des faits !

Les chiffres et les mots de l’antisémitisme en France, une enquête citoyenne sur les bébés sans bras, mais aussi le chiffrage des manifestions de gilets jaunes, la justice face aux témoins du massacre de Bisesero au Rwanda, les faux-amis d’Haïti… Florilège des contributions les plus exigeantes. 

Antisémitisme et amalgames

A la fin de la semaine dernière, faisant suite à l’acte 13 des gilets jaunes où plusieurs actes antisémites étaient venus ternir la manifestation citoyenne avec des tags de croix gammée sur le portait de Simon Veil, l’inscription de « Juden » sur la vitrine d’un magasin Bagelstein et le vandalisme du mémorial pour Ilan Halimi, Jérôme Latta a écrit un billet retentissant (120 commentaires, 146 recommandés) intitulé « Actes antisémites : un pourcentage est-il une information ? » Il y revenait plus précisément sur la déclaration de Christophe Castaner, sans jamais minimiser le fait que ces actes soient insupportables en soi.

« Un seul chiffre, mis en avant par le ministre de l'Intérieur, a suffi à de nombreux médias pour qualifier d'« explosion » l'augmentation des actes antisémites en 2018 (soit 541 actes en 2018). À l'examen, ces 74% invitent à une présentation plus circonspecte ». Dans le corps du billet, il y détaillait ainsi que depuis l’année 2000 :

«  - ses variations annuelles sont très importantes ;
- le chiffre a été plus élevé 9 fois (sur 19) ;
- le chiffre 2018 est en dessous de la moyenne (574) ;
- il est très en deçà des niveaux de 2014 (851) et 2015 (800). »

Deux jours après, c’est le billet de Michel Tubiana qui a focalisé l’attention du Club (128 commentaires, 173 recommandés). Il y réagissait sur l’agression dont avait été victime Alain Finkielkraut, mais aussi sur la proposition de plusieurs députés LREM de pénaliser l’antisionisme. Une idée rejetée par Emmanuel Macron pour son inapplication juridique, puis plus ou moins revalidée par le président de la République au dîner du Crif où il a affirmé que l’antisionisme pouvait être considéré comme « une des formes modernes de l’antisémitisme ».

Extrait du billet de Michel Tubiana - « Qu’Alain Finkielkraut attire et attise la haine ne saurait justifier ni cette haine, ni sa nature raciste et antisémite. C’est la raison pour laquelle, avant de prendre en considération ce qui peut déplaire dans le personnage, les insultes qu’il a supportées impliquent une condamnation sans réserve car, au-delà de l’individu qu’elles atteignent, il s’agit là d’une agression contre le fondement de tout contrat social. » Mais poursuivait-il « Est-ce une raison pour faire de ceux et celles qui se proclament antisionistes des délinquants ? » Car si la défense des droits des Palestiniens sert parfois de « cache-sexe à bien des pouvoirs et des manipulations », des régimes arabes vermolus aux « idéologues antisémites avérés comme Soral et consorts », il serait incongru de « vouloir légiférer sur l'antisionisme, alors et surtout que personne ne songe à incriminer ceux et celles, en Israël comme en France, y compris dans la représentation nationale, qui contestent le droit des Palestiniens à avoir leur Etat, voire vont jusqu’à nier leur existence ! »

A la fin de son billet, le président d'honneur de la LDH, craignait aussi que cet amalgame ne serve « nullement à combattre l’antisémitisme mais, tout au contraire, à le renforcer. En assimilant une manifestation de racisme intolérable à une critique fût-elle radicale, d’Israël et de sa politique, ce sont tous les juifs qu’on assimile ainsi aux errements de celle-ci et, particulièrement, à ce qu’elle conduit à faire subir au peuple palestinien ».

19-2-18-boycott

https://blogs.mediapart.fr/fred-sochard/blog/190219/punir-lantisionisme

La confusion entre « juif », « sioniste » et « israélien » est la source de multiples ambiguïtés et manipulations politiques, entretenues hélas parfois par des médias à forte audience. C’est ce que pointait du doigt Isabelle Avran, le jour même des manifestations contre l’antisémitisme du 19 février, (128 commentaires, 113 recommandés) en s’offusquant que France info invite l’ambassadrice d’Israël pour commenter ce qui se passe en France « comme si les Français juifs n’étaient pas français mais israéliens ».

Beaucoup de lecteurs, fort heureusement, ont cherché à revenir à la racine de ces termes. Pour preuve le succès d'un billet de 2006, d'Olivia Elias reprenant une interview de Rony Brauman titrée, « Non, antisionisme et antisémitisme ne sont pas synonymes » où il développait l'idée entre autre que l'on « peut certes être antisioniste par haine des juifs, qui pourrait le nier ? Mais on peut n’être pas moins antisémite et un sioniste ardent... »  

Silence institutionnel sur les bébés sans bras de l’Ain

Sur un tout autre sujet, le Club a accueilli une enquête citoyenne singulière. Levi's, une personne rendue en colère par le silence des institutions face aux parents traumatisés d’avoir mis au monde des enfants avec des bras malformés, a décidé d'« enfiler son gilet jaune » et d'enquêter en solitaire pour essayer de comprendre, en toute humilité, les causes de ce scandale sanitaire. L’investigation, en trois volets (1, 2, 3), se lit comme une enquête policière, où le suspect principal se nomme PCB (polychlorobiphènyles), un « produit miracle » qui date de l’après Grande guerre, comme l’amiante… Une piste qu'elle a décidé de suivre après être tombée sur une pépite sur internet : une carte des émissions atmosphériques de PCB dans l’hexagone faisant apparaître les deux régions impactées, le Rhône et la Loire-Atlantique.

Extrait du dernier volet :

« La vérité, rien que la vérité ...

Petit rappel : question pour un champion !

Je suis, je suis, ... Je suis un composé aromatique organochloré dérivé du biphényle, synthétisé sous forme de mélange, de formule chimique C12H(10-n)Cln. Produit en quantité industrielle à partir de 1929, je suis adoré pendant les Trentes Glorieuses en raison de ma nature ininflammable, faisant au passage la fortune de quelques industriels du secteur électrique. Trahi par mon caractère ultra toxique, je suis banni et traqué à partir de 1987. On me fait la chasse dans les années 2000 pour me détruire et m’empêcher de nuire. Là encore, une occasion pour s’en mettre plein les poches.

J’attends ma dernière heure, arrivant parfois à m’enfuir dans les eaux du Rhône ou dans le panache d’une cheminée. Je tiens ma revanche sur l’Homme car quelques gouttes suffisent pour intoxiquer le poisson au bout de sa ligne ou empoisonner l’air qu’il respire. Grâce à ma stabilité et à ma grande espérance de vie, je finis mon ultime voyage dans les glaces de l’Arctique. Et je n’ai pas dit mon dernier mot.

Je suis le Polychlorobiphényle ou PCB, substance chimique produite et utilisée à gogo. En plus, mon incinération à haute température conduit à la formation de dioxines et de furanes. Comme l’amiante, je suis un produit hautement toxique à certaines doses, provoquant des effets irréversibles sur la santé. Je suis très stable, très résistant et je n’ai pas peur d’affronter la rigueur du cercle polaire. »

Certains abonnés n'ont pas été convaincus par l'enquête, notamment Philips Michel qui ne décolère pas de l'abandon de la « piste des pesticides »...

Omissions sur les Gilets jaunes de Lyon

Quant à Lionel Perrin, c'est une autre omission qu'il a dénoncé, celle des journalistes. « Les compte-rendus nationaux des manifs de gilets jaunes passent largement sous silence le mouvement lyonnais. Le traditionnel comptage des manifestants est en jeu, mais il y a bien plus : en l’absence d’enquête journalistique (de terrain), c’est le gouvernement qui a la mainmise sur l’information », via la dépendance de l’AFP aux communiqués de la Préfecture du Rhône.

Les mensonges des « amis » d’Haïti

Alors que certains se sont attelés à la tâche pour chercher la vérité, d’autres se sont mobilisés pour chasser les mensonges. C’est le cas d’un groupe de citoyens haïtiens qui ont dénoncé le soutien du Core Group (les ambassadeurs des pays et regroupements de pays dits amis d’Haïti) à la police haïtienne « dont les membres et pas les moindres sont de mèches avec les gangs qui sèment la terreur dans la capitale depuis plusieurs mois ». 

Par là-même, ils nous ont alerté sur notre manque d’information (notre indifférence ?) sur ce qui se passe en Haïti. Depuis le 7 février, le pays est quasiment paralysé suite à de nombreuses contestations contre le président Jovenel Moïse. La diffusion d’un rapport sur les malversations liées aux livraisons de pétrole vénézuélien aurait mis le feu aux poudres...

Pour finir, je vous signale plusieurs tribunes qui évoquent ce besoin de dire la vérité et de dénoncer les fictions trompeuses :

« Massacre de Bisesero: la justice française doit se ressaisir »

« Alors que plus personne ne conteste sérieusement la nécessité d’ouvrir les archives françaises sur le génocide contre les Tutsi au Rwanda, la justice refusera-t-elle de regarder ce que l’armée française a fait ou n’a pas fait, en 1994, durant l’opération Turquoise, et d'établir le cas échéant les responsabilités militaires et politiques? »

« Netflix et le gouvernement russe unis dans la calomnie anti-Trotsky »

« Esteban Volkov, petit-fils de Trotsky, et le Centre d’Etudes, de Recherches et de Publications-CEIP León Trotsky d’Argentine et du Mexique s’élèvent, aux côtés de dizaines de personnalités, pour réfuter les calomnies portées contre le révolutionnaire russe dans la série « Trotsky », retransmise par Netflix. »

«Philharmonia», ou l’art de maltraiter

Un collectif de médecins et d'universitaires reviennent sur le prisme néfaste et erroné par lequel la maladie de Huntington est racontée dans la série «Philharmonia» (France 2) à la faveur des exigences de la fiction et dénoncent une «stigmatisation fallacieuse à des fins de divertissement».

 

 

 

 

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